Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 06:19


Une église à Venise


 

Qu'était le froid, j'ai oublié,

Et la chaleur... C'est du passé.


Le soleil s'est effacé,

La lune a disparu.

Hier ? Je l'ai gommé,

Demain me sera inconnu.


Mes parents sont en poussière,

Nul enfant n'est né de moi,

Je ne veux plus de lumière,

De crainte ni de joie.


Penser, vouloir, rêver,

Amour, gloire et laideur,

Des mythes dilués,

Dans le naufrage des heures.


Que sont ces mots mis là ?

Sais-je bien ce qu'ils veulent,

Moi qui m'endors sans éclat,

Sous un voile de lin, seul...

 

Partager cet article
Repost0
19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 05:54
 

 

- Oui, oui… Hm, hm…

- …

- Oui, alors… aujourd’hui… maintenant… ici…

- J’ai pas envie de parler…

- Pourtant… à dix heures, hein ? Hm… Hm !

- Oui, hm… C’est quelle heure ?

- …

- Vous ne répondez pas à ce genre de question… Je l’oublie toujours !

- …

- Maintenant…tiens ! Ça me rappelle un rêve de main. Mais elle ne tenait plus rien. C’était une main inerte… une main…

- Une main avec rien autour…

- Tout d’abord, il n’y avait que cette main. Je la voyais énorme et blanche sur un drap de bain blanc aussi… Ce blanc sur du blanc qui n’avait jamais vécu… ça me… ça me …

- Oui… ça, ça…

- Ça m’échappait ; elle pendait un peu bleue, cette main… Et puis, elle a disparu et la serviette aussi. Il n’y avait plus qu’un oiseau.

- Oui… la main, l’oiseau, les deux.

- (aparté) Non, pas un oiseau, non, surtout pas un oiseau avec la main. Je vois où il veut en venir ! Ces obsessions… Et dire que je paie 45 euros les vingt minutes pour qu’il me refile ses obsessions !

- Oui, l’oiseau, la main… ?

- Non. En fait c’était pas un oiseau. J’avais mal vu mon rêve. Je crois que ma vue baisse sur mes rêves.

- Ah, oui ? Ça baisse, ça baisse ?

- C’était une araignée, j’en suis sûr ! Avec ses huit pattes bien gonflées, bien gorgées de sang.

- Gonflées… huit, huit, huit…

- Huit ! Je sais ce qu’il pense : les pouces ont été sectionnés… Je n’irai pas de ce côté-là ! Il peut toujours déblatérer en tirant sur sa moustache !

- Huit, huit, huit !

- En fait, je ne sais plus si j’ai écrasé l’araignée… Mais j’ai eu envie de le faire…

- Oui, ces huit dans les poils …

- Il veut m’emmener là où je n’irai pas. Je le vois bien ce salaud à trifouiller de ses dix doigts dans… Il le sait cette ordure que je ne bande plus… Il me torture, le sadique et moi je lui refile 45 euros chaudement négociés pour vingt minutes de torture !

- Oui, doigts, araignée, poils…

- …

- …

- j’ai eu un autre rêve cette nuit !

- Autre… autre ?

- J’entrais dans une salle de bain…

- Hm, hum, autre ?

- Il y avait dedans un mec complètement shooté, écroulé près de la baignoire !

- Hm, hm…

- Il avait l’œil dégoulinant et des moustaches… Là, j’ai très bien vu les moustaches. Noires, raides, luisantes, huilées, à la Dali quoi !

- Hum… raides, huilées…

- Ça y est, il remet ça, il m’emmerde !

- Oui, l’huile…

- J’ai ressenti une angoisse profonde, ses yeux en disaient long. C’est une peur longtemps enfouie. Je ne sais pas s’il est encore vivant.

- Oui… long, profondément enfoui…

- Mais, j’en peux plus, je vais le tuer ce tortionnaire ! Deux ans que je bande plus. Il le sait bien ce pourri et il me tourne sur le gril ! Il me coupe tout ! Il me coupe tout !

- Oui… les choses enfouies…

- Alors j’ai fait quelque chose dans le rêve… J’ai pensé au shit colombien…

- Oui, le colon…

- Mais où il m’emmène ce con !

- …

- …

- Oui… hm… "Shit" en anglais, c’est ?

- Je sais que vous savez que je sais ce que c’est "shit" ! Shit! Et re-shit !

- Mais vous ne voulez pas le traduire, hein ?

- D’ailleurs, ça ne devait pas être de bonne qualité. Y a des gens qui fument n’importe quoi ! Et après y s’étonnent d’être tout …

- Inertes, blancs, bleuâtres …

- Pourquoi ?

- …

- …

- …

- Ce type, je lui ai coupé les mains ; elles saignent pas. Elles sont vides comme gonflées d’air en fait. Je lui ai coupé les moustaches aussi. Elles sont tombées sur la serviette. Elles étaient toutes petites. J’ai parlé dans mon rêve… Tiens, je vais te lui dire à ce nul que sa théorie est nulle, nulle, nulle ! J’ai dit au mec qu’avait plus de mains ni de moustaches : ça t’apprendra à faire de la contrebande…

- Contre… bande

- Contre… bande

- Ce sera le mot de la fin, monsieur.

- …

- Les Vingt minutes sont écoulées.

- …

- Cette fois vous avez le compte juste. Merci.

- Merci. A lundi.



                                                                                                   Marie Treize

                                                                                                                  

Partager cet article
Repost0
19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 05:43
                                                                                                                                     Marie Treize
Partager cet article
Repost0
18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 05:39
Survivre au Mal - 3 
 

                                                   4


- Du banal monsieur le directeur ? Considérant les victimes je me dis que le coupable pourrait être une femme. Je sais, elles donnent la vie, encore qu'elles l'imposent... bref, l'actualité mit en lumière des affaires dans lesquelles les mères étaient coupables mais il s'agissait de crimes commis dans le cadre familial, en dehors c'est rare.

- Vous y croyez ?

- Je ne crois rien, c'est un possible.

- Un homme tentant de nous induire en erreur ?

- Ses pulsions le contrôlent, pas l'inverse ! Cette violence montre qu'une rage longtemps contenue s'est exprimée, maintenant elle s'en sait capable, les barrières intellectuelles et morales ont disparues, et la chance fut de son côté. Tuer est une drogue dure et le manque torturant. Le prochain crime est imminent, nous avons peu de temps.

- Vous parliez du choix des proies.

- Il n’est pas dû au hasard, l’assassin veut faire taire sa propre enfance. Un tueur en série qui fut victime de sévices est un poncif, souvent vérifié, au moins dans un cas sur deux. Un passé enfermé, pourrissant il finit par le corrompre, le résultat est sous nos yeux.

- Un cercle infernal.

- Un voyage sans retour. Il, je conserve le masculin par commodité, ne se sent pas vivant, dès lors les autres ne le sont pas davantage. Il ne peut s’en prendre à lui, ses victimes sont des succédanés.

- Vous pensez qu’il les connait ?

- La première c’est probable, peut-être même la voir fut-il suffisant pour le faire basculer.

- Cela nous donne une idée.

- Une esquisse.

- L’esprit humain est compliqué, à croire qu’il faut être fou pour en percer les secrets, sans possibilité de les utiliser par la suite. Inutile de deviser vainement, nous en aurons l’occasion quand nous l’aurons pris. La folie qui le tient ne le lâchera plus, elle pourrait l’emporter. Cela vous paraît plausible commissaire ?

- Oui ! Le cas échéant nous resterions dans l’expectative, nous ferons attention aux suicides dans les prochains jours. Un sursaut devant l’horreur, la certitude de recommencer, la mort pour fuir l’asile et un avenir dégradant. Mieux vaudrait qu’il se tue et que nous l'ignorions plutôt que d’avoir d'autres cadavres.

- À Chaque sonnerie je crains une mauvaise nouvelle. Les journalistes sont partout, avec les chaînes d'infos chaque heure doit apporter son scoop. Ils sont en bas et voudraient une déclaration.

- Je veux bien leur dire deux mots ! Le commissaire Kah est chargé de l’enquête, je l'assiste, à lui d’être en première ligne.

- Et de récolter les lauriers éventuels ?

- Bien entendu, vous savez comme la publicité est quelque chose que j’aie en horreur. Il s’en sortira parfaitement.

- En ce moment des spécialistes donnent leur avis, enfin, donnent...

- Ils font la promo de leurs bouquins, ils sont contents, les chaînes aussi qui ont quelqu’un semblant savoir ce qu’il dit. Mais je suis mauvaise langue, ce n’est pas toujours vrai, si c’est toujours inutile !

- Vous avez raison commissaire, raison… le mot est ironique.

- Ironique !

Le commissaire savait que le divisionnaire savait... Ainsi, ne disant rien il se comprirent. Les paroles sont souvent gênantes par leur incapacité à rendre compte de situations complexes.

N’est-ce pas ?

- Heureusement le flair du policier n’a pas encore été informatisé.

- Bientôt tout sera virtuel, nous nous serons fait électroniquer.

- Le mot est joli.

- Puisé dans le livre d’un auteur régional, peu connu mais je pense qu’il ne cherche pas, lui non plus, la publicité.

- Ne serait-ce pas l’idéal, que tout soit contrôlé par ordinateur ? Chacun vivra dans une machine. Vivra…

- Je pense que c’était l’idée de l’auteur dont je viens de parler. Des impulsions lumineuses dans des cœurs de silicium pour qui être aurait un sens différent du nôtre, rien ne dit qu’il serait meilleur, ou pire. Pour supprimer la mort le mieux c’est encore de supprimer la vie !

- Ne nous sommes-nous pas éloignés du sujet ?

- De la discussion naît la lumière ! Une idée en appelle une autre. L’inconscient demande parfois la parole, encore faut-il lui laisser un champ d’expression suffisant.

- Vous avez raison. D’un autre côté je trouvais le raccourci saisissant entre ces crimes et votre retour dans la ville de votre enfance.

- Je me suis déjà demandé si c’était un hasard.

- Vous vous êtes répondu ?

- Il y a une logique, un lien, mais leur nature m'échappe.

- Vous trouverez, j'en suis sûr.

- Je vous laisse la responsabilité de cette affirmation. Je ferais de mon mieux avec l’aide, efficace, de mes collègues.

- Vous appréciez le travail en équipe ?

- À ma façon, tout dépend de l’équipe même si je préfère rester seul. Quand j’ai commencé… Maintenant les contraintes sont plus grandes, trop grandes j’en ai peur pour que je les supporte longtemps.

- Vous pouvez espérez monter dans la hiérarchie ?

- Je le redouterais plutôt. Je ne me souhaite pas votre place, non que vous l’occupiez mal, au contraire ! J’ai besoin de pouvoir agir à ma guise, ce n’est pas l’accroissement des codes, les tutelles diverses, les droits machin-truc. J’aime le risque physique, pas politique, pas l'odeur d’une société anesthésiée par des contraintes formolisantes.

- Anarchiste ?

- Libertaire, à ma façon ! Un comble alors que je fais partie de la police depuis presque vingt ans. Encore que liberté soit un mot étrange, une réalité en laquelle je ne crois plus, un territoire auquel on pense mais que l’on ne peut atteindre.

- Tout dépend des motivations qui furent vôtres.

- Le goût de la chasse, le besoin de croiser la mort. Je la connais bien, du moins ai-je la faiblesse de le penser, n’empêche, quand mon heure sera venue j’aurais peur comme n’importe qui. Je me demande désormais si je suis encore capable d’aller vers la vie.

- Idée indigne de vous commissaire, c’est une excuse en laquelle vous ne croyez pas. Je comprends que pendant des années vous avez voulu fuir, ce retour dans votre ville démontre que vous avez quelque chose à y faire, un rendez-vous. D’aucuns verraient votre inconscient à l'œuvre. Sur le coup vous n'avez pas saisies vos motivations, maintenant je suis persuadé du contraire. Les destinations les plus difficiles à atteindre sont les plus proches. Vouloir aller loin c’est souvent désirer n’arriver jamais.

- Il me semble qu’à nouveau nous dérivons.

- Vous avez un assassin à retrouver, j’ai envie que vous donniez votre maximum pour cela, si vous avez des raisons de penser à autre chose cela altérerait l’enquête. Je ne veux pas que vos préoccupations perturbent l'enquête. C'est mon rôle de veiller sur mes collaborateurs même vous que je ne peux prétendre connaître, ni comprendre.

- Vous auriez dû choisir la prêtrise, vous avez le don du prêche.

- Utile dans notre métier, les mots sont si importants, savoir parler, amener l’autre à se confier, à se confesser pour rester clérical.

- Vous pensez que j’ai quelque chose à avouer ?

- Qui n’en a pas ? Gardez vos secrets, l’aura de mystère qui vous entoure excite l’imagination. Qui sait où se trouve la vérité. Ailleurs me direz-vous, dans la lumière ou la nuit ?

- La réponse n’est pas difficile à trouver.

- Une choses est simple quand on la voit de face. L’oser l’est moins.

Les deux policiers se retirèrent dans leurs pensées. Curieuse conversation alors que deux cadavres gisaient dans des tiroirs réfrigérés en attendant que justice leur soit rendue, eux qui, d’où ils étaient, devaient savoir que ce mot avait moins de sens que d’autres dont les vivants se gobergent. Chacun suivant celui qu’il ne peut rejoindre. La vie est un manège, les sujets tournent sans avancer.

Diatek prit cette image, souvenir d’enfance. Il courait sans savoir qu’il fuyait, tournant sans voir de quoi il refusait de s’approcher.

- Notre époque sent la mort, l’idolâtrie. Les dieux ont laissés tomber le masque, les croyants ne parviennent plus à croire, le vide seul les attire. L’informatique, la cybernétique, les ...iques, ne sont que des façons de rester mort. Les tueurs en série sont les vedette d’une civilisation ou le réel est flou, où logique et cohérence deviennent des termes obsolètes. La toile s’étire mais ce sont les mouches qui tissent afin de s’y prendre au piège, de s’y complaire, victimes.

- Commissaire, vous ne faites pas mentir votre réputation, cette aura d’étrangeté qui vous masque. Moi j’ai toujours voulu réussir. L’histoire banale de l’enfant pauvre s’élevant dans l’échelle sociale par le travail et des relations bien choisies. J’ai saisi les opportunités se présentant à moi, parfois celles se présentant à d’autres ! Cela me semblait logique, j’en avais le droit. Un de plus. Mes subordonnés ne sont, en majorité, que des portes s’ouvrant sur la banalité dont ils sont issus. Vous êtes différent, meilleur et pire, l’un va si bien avec l’autre.

- C’est aussi mon avis.

- Les grands esprits se rencontrent, une chance, ils sont rares. Les normaux n’ont pas d’efforts à produire, ils sont si proches, dans une cage sans barreaux, ils font efforts pour ne pas voir que s’éloigner est permis, qu’arpenter les chemins du possible est question de vouloir.

- Chacun de nous recèle une rassurante geôle intérieure, dur de se trouver une raison pour s’en éloigner, la nature humaine s'y plait.

- Oui, je regarde au dehors, un pas suffirait… Trop tard, ce qui ne fut pas fait jeune est difficile par la suite. La porte derrière soi a claquée.

- Parfois nous sommes poussés sur cette voie.

- Vrai.

- Vous avez des enfants, vous leur apprenez cela ?

- Non, enfin oui, j’ai des enfants mais je ne leur apprends rien. Qu’importe les discours, l’exemple est plus important, le mien fut désastreux, humainement parlant, père absent et délaissant sa famille au profit de sa réussite professionnelle. Les enfants…

- Je sais, on ne les choisit pas, on les fait et on les subit ensuite jusqu’au bout, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

- Les miens ne sont pas si mal, je me demande seulement ce que j’ai de commun avec eux. Vous-même en avez ?

- Pas que je sache. La lignée semble devoir s’arrêter mais qui sait quel désir pourrait s’emparer de moi l’âge venant.

- L’âge incite à faire ce à quoi l'on se refusait vingt ans avant. Le point de vue change alors que le terme du chemin se rapproche.

- Il est vrai que je ne connais pas mon géniteur. Entreprendre des recherches ne m’a jamais intéressé. Des amies eurent ce désir à ma place, cela occasionna bien des heurts. Je déteste que l’on pense pour moi. Ainsi me sens-je isolé, rien avant, rien après, seul dans un univers où je suis plus libre que beaucoup, d’une inquiétante liberté certes mais enrichissante. Que vaut ce qui ne coûte rien ?

- Pour combler l'absence l'esprit saisit une image rassurante.

- J'en eu au long de ma vie, que je choisis, alors que quoi que je fasse je ne pourrais choisir mon père, il me faudrait faire avec ce qu’il est, et n’est pas. Les racines sont à la mode… Notre tueur arrache les siennes, puise en lui les bases de son être plus pour se détruire que pour se tuer. La généalogie est une curieuse science, quel intérêt de connaître quelques dizaines de ses ancêtres quand il en manque des milliers, des millions si l’on veut remonter loin ? Une liste, une échelle semblant une cage. Je retombe sur mes pieds.

- Vous êtes plein de questions, revenir vous rapproche des réponses.

- Leur proximité m'inquiète. L’obscurité autorise l’imaginaire à fausser le futur, voir même le présent. La lumière tue les hypothèses, elle est une obligation à laquelle il devient impossible de renoncer. Elle éclaire et brûle ai-je lu dans le livre que j'évoquais, je vous en apporterai un exemplaire, il mérite ce terme ! Ce n’est que trop vrai, je lutte contre moi et me le dit, feignant de penser que je ne peux qu’attendre. Je suis timoré, velléitaire, aussi médiocre que ceux dont je me gausse et qui, eux, ont l’excuse de l’ignorance. La bêtise est un alibi que l’intelligence ne peut utiliser sans se trahir. Le pire des crimes.

- Vous l’avez commis ?

- Même pas, je voudrais me dire qu’il est trop tard, que je ne peux plus que rester courbé sous un joug que ma force ne peut renverser. Il n’en est rien, le licol me fit plier quand j’étais jeune, me redresser est affaire de volonté. La force est là qui m’attend et me détruira si je ne l’utilise pas. Je cherchai une sérénité saupoudrée d’amnésie et de renoncement. La bête était loin, je suis venu me fourrer dans sa gueule, elle, mon amie, mon passé et, donc, mon avenir.

- Vous n’avez pas choisi votre profession par hasard.

- Existe-t-il seulement celui-là ?

- L’autre option fut tentante aussi ?

- Je m’y serais perdu, dommage…

- La voie du sang est trompeuse, belle Circé mais pire que la mort.

- Je n’ai pas dormi assez profondément. Le mauvais chemin est derrière moi. Je fis face à un embranchement à trois voies. J’ai pris la bonne, tant pis ! Parfois je songeais à la folie, me disant qu’elle serait une solution, je l’ai vaincu. A quel prix…

- Le monstre qui nous occupe en ce moment n’a pas résisté.

- Il ne pouvait agir autrement.

- La folie ne voulait pas vous emporter ?

- Elle fut une amie, un guide dont je n’ai pas pris le temps de méditer l’enseignement. Cette affaire me dit que c’est ce que je dois faire.

- Autant la solutionner rapidement.

- C’est mon intention, comme celle de tous. Chacun veut aller au bout avant la fin de l’année, les fêtes ne mériteraient pas ce nom avec un tueur en liberté.

- La psychanalyse aurait été une profession intéressante.

- Non, je n’ai pas envie d’écouter des histoires banales, des vies sans intérêt, d’écouter sans rien dire, auditeur de quotidiens mornes hantés de névroses affligeantes, de psychoses déstructurant des esprits nanifiés. Il reste tant à faire… Je m’en occuperai quand j’aurais le temps. Certains animaux prennent pour leur mère la première créature qu’ils voient. La folie a-t-elle quelque chose à voir avec un animal ? Un animant peut-être, Elle vint à moi, maternelle, m’allaitant d’un acide nourrissant qui l’ingère et y survit.

- Intéressante façon de formuler les choses.

- Confuse, je l’admets. Entre la mort et la folie je fais des mélanges intéressant bien qu’ils me semblent stérile.

- Vous avez eu des marraines spéciales ?

- Les fées qui se penchèrent sur mon berceau me firent des cadeaux qui me reste à apprécier.

- Je ne veux pas de précision, cela ne me regarde pas.

- Mais vous voudriez en savoir plus ?

- La curiosité est une qualité chez un policier.

- Malheureusement cette fois je ne peux satisfaire la vôtre, la mienne est trop grande.

- Je vois. Vous êtes le fils que j’aurais voulu avoir.

- Vous m’auriez eu jeune.

- J’ai toujours été précoce.

- Vous feriez un père acceptable, trop pour expliquer les choses.

- Nous sommes différents, vos obstacles furent intérieurs, les miens sociaux, progresser socialement est plus simple qu’humainement, je suis allé loin, j’ai réussi dans la vie, vous irez haut, très haut.

- Mon chemin est difficile mais il monte. Difficile parce qu’il monte ?

Partager cet article
Repost0
18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 05:33
Partager cet article
Repost0
17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 06:34

   

Park Chan-wook 박찬욱 (précisons qu'en Corée le nom de famille se place en premier) naît le 23 août 1963 à Séoul, en Corée du Sud. Il étudie la philosophie à l'université de Sogang mais l'accent n'étant pas porté sur l'esthétique qu'il voulait étudier il reporte son intérêt sur le cinéma après avoir vu Sueurs froides, superbe film d'Alfred Hitchcock avec Kim Novak. Soulignons pour l'anecdote qu'il rencontra sa future épouse lors de la projection de ce film. Il créera alors le Sogang film community. Après de multiples petits métiers dans le cinéma il tourne en 1992 son premier film, The moon Is... The Sun's Dream, un drame urbain se déroulant dans les milieux du crime, de la mode et de la prostitution (c'est pas la même chose ?) de la ville de Pusan.

Ce film sera un énorme bide ! En conséquence Park ne réalisera son deuxième film qu'en 1997, 3 Members, sans être un échec comparable au précédent ce film ne connaît qu'un petit succès.


En revanche en 2000 Myung Films lui propose d'adapter le roman DMZ de Park Sang-yun (Park est un nom courant en Corée) autour de la frontière entre les deux Corée. Il réalise donc JSA (Joint Security Area), un thriller politique mettant l'accent sur une plaie toujours ouverte de son pays et qui ne cicatrisera que par la réunification mais c'est un sujet qui nous entraînerait trop loin, j'espère la voir !

Un incident se produit à la frontière, l'affaire semble simple mais la tension étant forte et le risque de guerre réel la Commission des Nations Neutres (Suède - Suisse) envoie Sophie E Jean (Lee Yeong-ae) une Suissesse d'origine coréenne enquêter sur le terrain. Elle se rendra vite compte que la réalité est sensiblement différente des faits notés dans le rapport d'enquête. Au fil des interrogatoires nous verrons ce qui s'est vraiment passé.

Grâce au succès de ce film, le deuxième en Corée à l'époque, le réalisateur peut s'attaquer à un projet ancien qui n'avait pas rencontré l'approbation des producteurs : Sympathy for Mister Vengeance, un drame violent et très très sombre mettant en scène un jeune sourd-muet voulant payer la greffe de rein de sa soeur malade, lui n'étant pas compatible. Il est prêt à tout pour cela, comme vendre son propre rein, bien sûr ce qui arrivera sera loin de ce qu'il espérait, en désespoir de cause, sur la suggestion de sa copine, il décide d'enlever la fille de son ex-employeur... A partir de là sa situation n'ira pas en s'améliorant, au contraire, mais je ne veux pas vous gâcher le plaisir de le voir. Une remarque au passage, cet handicapé aurait pu jouer dans batte-man !

                                                                                                                                      
Ce film connaîtra un demi-succès dans son pays mais aura une belle carrière dans nombre de festivals comme celui du film policier de Cognac en 2002, il est aussi le premier d'une trilogie concernant la vengeance qui sera suivi l'année suivante de Old Boy. Nouvelle réussite principalement due à l'interprétation "habitée" de Choi Min-sik (il fut un temps question d'un remake américain avec N. Cage... Heureusement ce projet fut abandonné, dommage que Cage ait reporté son attention sur un autre film asiatique, thaïlandais celui-ci, Bangkok Dangerous, autant l'original peut faire passer un bon moment, autant l'autre peut amener à se diriger vers les toilettes ! Ce n'est que mon avis mais je le partage, et c'est moi qui m'exprime.)

Alors qu'il s'apprête à fêter l'anniversaire de sa fille, Oh Dae-su est arrêté pour ivresse sur la voie publique, relâché rapidement il est enlevé sur le chemin du retour. Il sera séquestré durant 15 ans avant d'être libéré, charge à lui de trouver la raison de son emprisonnement et d'agir en conséquence. Une scène notable, celle ou l'acteur principal mange un poulpe vivant (4 seront utilisés en fait), en y repensant je me demande comment Cage aurait pu en faire autant ! Nous ne le saurons jamais et le cinéma pousse un grand ouf de soulagement.

Puisque vous avez suivi jusque-là vous avez compris qu'il manque un volet à la trilogie, ce sera Lady Vengeance !

Injustement accusée du kidnapping et du meurtre d'un enfant, Lee Geum-ja sera incarcérée dans une prison pour une femme, séjour durant lequel elle trame sa vengeance. La mise en scène magistrale mais surprenante en regard de ses films précédant et place en première ligne une femme sublimement interprétée, mais je suis subjectif, par Lee Yeong-ae, ceux qui sont restés éveillés jusque-là se souviendront qu'elle était la vedette de JSA, et le retour de Cho Min-sik dans le rôle du méchant faisant chanter Lee Geum-ja afin qu'elle se laisse accuser à sa place. Dans un petit rôle nous retrouvons Song Kang-ho qui était une des vedette de JSA et le policier enquêtant dans Mr Vengeance.
Un film pour lequel j'ai un faible d'abord pour sa vedette féminine, il faudra que je vous en dise plus sur elle un jour. (En photo ci-dessus)

Récemment je vous ai présenté I'm a Cyborg but that's okay ! Je suis un c...  son dernier film sorti en France.

Présent au Festival de Cannes cette année THIRST, CECI EST MON SANG, film mettant en scène un prêtre partant en Afrique pour expérimenter un vaccin contre un virus. Les choses ne se passant pas comme prévu il se retrouve contaminé et croit être condamné mais, à la surprise générale, il guérit quasi miraculeusement.
Mais temporairement puisqu'un jour il se met à tousser du sang pour finalement mourir... pour une journée seulement, le lendemain, à son réveil il se découvre vampire. Son âme sera-t-elle sauvée par sa passion pour une belle jeune femme, mariée à son ami d'enfance !

"Un film non sans rapport avec mon éducation catholique et mon histoire personnelle" avoue le réalisateur qui présente son film comme un mélodrame érotico-gore !

Après tout Jésus n'a-t-il pas dit "Buvez car ceci est mon sang !"
Religion et passion ne sont-elles pas censées faire bon ménage ?

Ce film a trouvé un distributeur pour les pays occidentaux, espérons qu'il sera visible en France, dans plus que quelques salles pour une seule semaine !
Bien sûr le téléchargement est possible, mais je rappelle qu'il est (parfois) illégal...

 




          

Nous retrouverons dans ce film Song kang-ho, Shin Ha-kyun, Kim Ok-bin, Mercedes Cabral, Eriq Ebouaney, Oh Dal-su.


             Song Kang-ho (un habitué des films de Park Chan-wook !)




             Kim Ok-bin





             Affiche officielle !





             

À la vôtre !



         
        Filmographie :            

Moon is the sun's dream (달은 해가 꾸는 꿈)

3 members (3인조)

Judgement (Simpan) (심판) (court-métrage de 26 minutes)

J.S.A. Joint Security Area (Gongdong gyeongbi guyeok JSA) (공동경비구역 JSA)

Sympathy for Mister Vengeance (Boksuneun naui geot) (복수는 나의 것)

Old boy (Oldboy) (올드보이)

3 extrêmes (Three... Extremes) (쓰리, 몬스터 : 컷) (segment Cut)

Lady Vengeance (Chinjulhan geomjasshi) (친절한 금자씨)

Je suis un cyborg (Sai bo gu ji man gwen chan a) (싸이보그지만 괜찮아 )

Thirst (Bakjiwi) (박쥐)

Partager cet article
Repost0
16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 06:15

 

Nous ne pouvons compter sur les autres que quand ce sont eux qui veulent nous demander quelque chose.


Il y a des gens si peu présents que leur mort n’est qu’une formalité.


Je trouverai mes semblables quand je saurai être unique.


Ne faire que du beau c’est faire du vent.


La voie qui mène à la vérité est semée des embûches que nous jetons devant nous pour ne pas l’atteindre.


Si mon œuvre me fait peur c’est qu’elle est à mon image.


Je l’ai beaucoup aimée, elle qui ne méritait pas mon amitié.


La pureté est salissante.


Simuler la folie pousse vers la démence, simuler la normalité pousse vers la connerie.


Ce n'est pas interdit, c'est plus cher !


Je peux vous souffler une question, pas une réponse.


Après avoir réalisé un rêve autant réaliser un cauchemar.


Les vrais asociaux ne sont pas révolutionnaires.


Une mort sûre peut donner la rage.


Je suis une bouteille de poison qui aurait le sourire.

Partager cet article
Repost0
16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 06:08
Partager cet article
Repost0
15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 06:25
Survivre au Mal - 2 
 

                                                   3


Il ferme les yeux, imagine la scène, l’enfant dans son berceau, les parents qui s’éloignent, tranquilles, des mains surgissent, s’emparent du petit être et l'emportent. En une minute il était possible de se perdre dans les rues sans se faire remarquer. D’autres crimes vont-ils se produire, seul le premier pas coûte dit la sagesse populaire, en ce domaine c’est souvent vrai. Des années sont nécessaires avant le passage à l'acte, le temps d'épuiser l’imaginaire. L’esprit se lasse de manipuler des images, la sauvagerie ne se contente plus d’animaux ou de films, elle exige un aliment plus fort, une saveur que la réalité seule lui apportera. Agir est libérateur, source de crainte au début, le tueur ensuite s’interroge, pourquoi avoir attendu, c’était si simple, si jouissif. Les policiers ne le trouveront jamais, ils sont trop bêtes. Il ne sera jamais pris, jamais !

Le deuxième pas sera plus assuré, les suivants seront faciles.

Difficile de retrouver qui n’a, avec sa victime, que des liens tissés par le hasard.

Les yeux mi-clos il s’interroge sur ce qui aurait pu se produire si lui avait été assassiné. Mais n’est-ce pas le cas ? Tout cela est l'œuvre d’un esprit repoussant la mort et générant une fausse vie pour se protéger de l’anéantissement ?

Rien ne change, où que l’on aille c’est avec soi. Ce monstre tueur d’enfant ne sera pas une pièce de plus pour sa collection déjà si riche, c’est une créature lisse, plate, brillante…

Un miroir !

Il est des rendez-vous qui se repoussent sans s’annuler, sauf à s’annihiler soi-même, trop facile ! Son refus de céder à cette solution prouve, bien qu’il redoute de se l’avouer, qu’il sait pouvoir, devoir, plonger au plus profond, non pour trouver mais pour abandonner.

L’odeur du sang ne le fait plus palpiter, ses narines ne sont plus en quête d’une fragrance repoussante. La folie était attirante, forme malléable et dangereuse, un adversaire qu’il crut à sa mesure, qui le fut, alors qu’il n’avait pas compris pourquoi.

Tuer est un désir puissant, une pulsion qui fait souffrir mais détruit qui lui cède. Pouvoir divin, prendre une vie, dire que cela suffit, celle-ci ne sera plus, nous le voulons !

Nous ? Mais qui est l’autre, qui est là ? Qui EST ?

Quels miasmes ont-ils gonflé le ballon, où le vent va-t-il l'emmener ?

Toute son énergie sert à retenir les pièces d'un puzzle mental afin qu’elles ne se réunissent pas encore. L’abîme est fascinant, mais s’y jeter n’apporte pas de soulagement. Le poids dans ce vide-là n’en est que plus grand, et quand l’évidence surgit de l’erreur, cela arrive toujours, il est trop tard pour reculer en se bouchant les oreilles afin de ne plus entendre le rire de la démence.

Une âme se perd, non de se briser, mais en maintenant sa cohérence.

L’unique moyen de rejeter un fardeau est de connaître sa nature.

Qui regarde l’abîme, l’abîme le regarde. La phrase du philosophe lui plait, encore qu’il se demande ce qui se passe quand c’est l’inverse.

                                        * * *

Le chien tire sur sa laisse, son flair a perçu un truc inhabituel, il veut en savoir davantage. Derrière ce taillis, au bas de cette pente il vérifiera si son flair ne le trompe pas.

Son propriétaire le suit, là, ailleurs, quelle importance ?

Il regarde le décor, la ville et son manteau de brume, les montagnes, le centre commercial tout près, et puis- là, en bas, le vieux mur, la fortification et puis… On dirait…

                                        * * *

Diatek regarde les grilles. Elles sont du même vert que dans son souvenir. Enfant il aimait ce jardin public installé sur les contreforts de la Chartreuse. La pente est raide mais c’est un détail. Plus haut un parc était, est toujours, accessible, des remparts, des sentiers, un monde qu’il occupât souvent.

Quelques minutes de grimpettes, un attroupement, un de plus, il peut entamer une collection ! Il se fraie un chemin en s'attirant quelques remarques qui s’éteignent quand un agent en uniforme le salue.

Il n’est pas surpris par le cadavre d’un autre enfant blotti contre les pierres, cette collection-là il l’a commencé depuis longtemps !

- La série continue, cette fois les médias vont nous tomber dessus.

Diatek opine lentement, lui qui a toujours fuit le vedettariat, voilà qu’en retrouvant sa ville d’origine, relativement calme, les feux de la curiosité médiatique risquent de troubler sa tranquillité.

- Jamais deux sans trois dit le proverbe, pour une fois espérions qu’il ne sera pas confirmé. Le monstre a faim de sang et de publicité.

- Dommage qu’il ne s’en prenne pas plutôt aux journalistes ! Entre eux et les amateurs de crimes il aurait de quoi faire. Je me demande ce que dirait un vampire virtuel de se trouver face à un tueur et à la perspective de se trouver à la une.

- Si un journaliste vous entendait il tremperait sa plume dans le vitriol.

- Ça lui éviterait de la plonger dans la merde ! Mais je ne suis pas là pour me laisser aller. Tous les pisse-copies ne sont pas à mettre dans le même seau hygiénique, il en est faisant bien leur métier, dommage que d'autres fassent la une ! J’ai du respect pour les morts, pas pour ceux se revêtent de leurs dépouilles. N’oublions pas que donner une bonne image de la police fait partie de nos obligations, le gouvernement et ses représentants locaux nous en seront gré.

- Vous le croyez vraiment ?

- Non ! Mais trêve de billevesées, quels sont les faits cette fois ?

- Classique, un homme sort son chien, l’animal se laisse guider par son odorat en tractant son propriétaire lequel le regarde faire sans imaginer ce qu’il va découvrir, comme l’autre il y a quelques heures. Lui aussi a ressenti un sacré choc, découvrir un cadavre d’enfant n’est pas un moment aisé à encaisser. Je parie que tout le monde va se méfier des formes suspectes, que nous allons être dérangés pour des colis bizarres, des sacs intrigants, et que nous ne découvrirons rien nulle part. Le criminel a agit très vite puisque le père était un peu plus haut, derrière le virage, le tueur a été ultra rapide et décidé. Il a saisi l’opportunité. Vraisemblablement il n’était pas loin quand le corps a été trouvé. Le sang coulait encore, sans quoi l’odeur eut été étouffée par le froid. Si le témoin s’était retourné il aurait pu le voir, il aurait dû le voir. Un adulte aurait pu survivre à cette blessure, les secours ne sont pas loin, ils sont arrivés en quelques minutes, finalement le portable a du bon.

- Deux crimes coup sur coup comme si le criminel voulait prendre de l’avance, se laisser aller à ses pulsions pour les dominer ensuite le plus longtemps possible. Le temps n’aide pas, il fait si froid que les gens réduisent leurs sorties, à fortiori dans un parc public, là encore les parents vont se culpabiliser.

Des "experts" allaient et venaient essayant de récupérer un indice, n’importe quoi, le commissaire laissa son regard aller au loin alors que son esprit était ailleurs, combinant des images, cherchant un point commun, une piste, retrouvant des formes venues du passé, des spectres moqueurs, les seuls à pouvoir l’aider.

                                        * * *

Une voix s’élève que personne n’entend, prisonnière dans un casque, chant de mort pour âmes illusoires.

L’esprit suit la musique, qu’importe s’il ne comprend pas les paroles, la voix suffit, lien vers un monde dont il s’éloigne de plus en plus.

L’appartement est vaste, confortable, un immense désert pourtant où les oasis sont asséchées et le sable vide d’empreinte.

                                        * * *

L’homme est effondré, la tête penchée il observe un sol qu’il ne voit pas, parcouru d’images qu’il retrouve comme pour les retenir avant que le temps ne les altère. L’absence est un océan dans lequel il est difficile de se perdre volontairement.

Diatek regarde ce décor qu’il connaît si bien, sur la gauche, un peu en hauteur deux bancs l'observent, il aimait s’y asseoir, regarder discrètement les promeneurs. Un visage parfois retenait son attention et excitait une imagination qui n’en demandait pas tant.

Les montagnes au loin restent indifférentes les murs séculaires attendent il ne sait quoi, peut-être qu’un jour il n’y ait plus rien à voir, que la ville à leurs pieds se dissolve, que tout s’effondre, et que la nature reprenne ses droits. Le commissaire sait que cela arrivera, il lui suffirait de fermer les yeux, la réalité disparaîtrait, si ce mot a un sens. Quelle est la vraie nature de ce que nous voyons ?

Parfois il regrette d’avoir fait l’effort de saisir dans le monde l’image suffisante pour avoir envie d’y revenir. Le gouffre était si proche, promesse d’une paix qu’il refusa.

Le père… Un enfant sans papa est un orphelin mais quel est le mot pour dire le contraire ? Le père donc lève les yeux, regarde ce policier venu s’asseoir près de lui. Répondre ? À quoi bon !

- C’est un cauchemar commissaire, je vais rouvrir les yeux et ce que je viens de vivre disparaitra de mon souvenir, rien. Ce serait bien si c’était vrai, vraiment bien. Je connais la vérité commissaire, je l’ai vu, de si près, j’en doute pourtant, je veux en douter, je veux espérer… Saleté d’espoir qui invite à refuser l’évidence.

- Pour l’accepter doucement.

- Plus rien ne sera doux maintenant, plus rien, jamais. Par ma faute. J’ai participé à la création d’une vie, je croyais que cela suffisait, qu’elle ne courrait aucun risque, et voilà que parce que j’ai été imprudent une minute cette vie appartient au passé et m’en accuse. Je sais, vous faites votre métier, il est important de retrouver le coupable, je voudrais vous aider, j’aurais voulu avoir le sang froid de chercher l’assassin tout de suite, il n’était pas loin n’est-ce pas ? J’ai entendu ce que vos hommes disaient… Je n’ai rien compris, la situation m’a dépassé.

- Comme elle dépasserait tout le monde ! Quand on connaît les faits on s’accuse mais nous ne pouvons pas reculer dans le temps.

- Je comprends vos paroles commissaire, intellectuellement, mais mon esprit m’assure que j’aurai dû… J’avais un peu d’avance, j’ai vu le chapiteau du cirque, en bas, je me suis approché, je pensais que ce serait bien d’y aller avec le petit… Il aurait aimé voir les animaux, les fauves… Mais les pires bêtes sont parmi nous commissaire, ce n’est pas à vous que je vais l’apprendre. Une minute de joie par la perspective d’un bonheur à venir. J’ai oublié le présent et mon fils est mort, il était heureux de marcher, de découvrir la nature, il aimait cet endroit… La mort l’y attendait, sournoise, vicieuse…Le Seigneur m’a puni commissaire et je ne sais pas pourquoi ?

- Le Seigneur ?

- Pour vous ce mot ne veut rien dire, c’est du passé. Dieu…Je n’ai pas envie d’essayer de vous convaincre, vous me répondriez que laisser mourir un enfant est indigne d’un dieu d’amour… Peut-être avez-vous raison commissaire, mais peut-être pas.

- Le peut-être me suffit, moi non plus je n’ai pas envie d’essayer de vous convaincre de quoi que ce soit, je suis là pour découvrir un assassin, ses motivations, qu’il soit dirigé par une force supérieure, qu’il le croit, cela n’est pas de mon ressort et j’en suis heureux. Je m’en tiens aux faits, aux actes. À chacun d'affronter ses croyances.

- Vous n'en avez pas ?

- Non, j’ai admis depuis longtemps qu’il existe des interrogations que je n’effacerais jamais par la réponse adéquate. Dès lors j’évite la question, c’est aussi simple que cela.

- C’est une forme de sagesse que je pourrais vous envier. Curieux métier que le vôtre pourtant même s'il est indispensable puisque des crimes sont commis mais vous êtes vous demandé pourquoi c’est ainsi ? Sans crime vous n’auriez pas de raison d’être.

- Sans doute.

- Vous vivez avec la mort, l’horreur, chassant les criminels comme d’autres le gros gibier.

- Uniquement les homnivores.

- Je vous fais perdre votre temps, l’assassin cherche sa prochaine victime, il guette, observe, attend l’occasion, comme ici. Il attendait, il espérait, je lui ai donné l’opportunité de tuer mon enfant. J’ai tourné le dos. Il m’a vu, j’en suis sûr, il nous observait, quand je me suis éloigné il a frappé, vite, en quelques secondes tout était dit n’est-ce pas, rien n’était plus possible. Dites-moi commissaire, pensez-vous pouvoir arrêter la mort ?

- Elle est un adversaire au-dessus de mes moyens, je me limite à ceux qui s’en font les hérauts. Vous n’avez vu personne ?

- Vu ? J’ai seulement croisé un couple de personnes âgées. Je n’ai pas fait attention, je ne savais pas.

L’homme regarde à nouveau entre ses pieds, l’esprit ailleurs. Inutile de l’interroger davantage le commissaire sait qu’il n’apprendra rien de plus. Chacun trouve le repos de l’âme où il peut même si lui ne la cherche plus, il sait que si elle existe ce n’est que dans le néant et tant pis si un croyant le nomme Paradis.

- Si on avait su… est une phrase qu’il a entendue souvent et dont il connaît la pertinence. Mais si nous savions ce qui nous attend nous ferions tout pour qu’arrive autre chose, par conséquent pour que ne survienne pas ce qui est prévu. Dès lors comment solutionner ce paradoxe que connaître demain peut donner le pouvoir de le modifier et, par conséquent, rendre cette perception fausse ?

Son collègue a suivi les premières investigations, vaines, comme prévu. Il tente de retrouver la position du tueur mais le sol est gelé, aucune empreinte détectable. Derrière un buisson, à l’affût. L’adulte s’éloigne, le gosse se rapproche, peut-être attire-t-il son attention.

Il frappe, jette le corps et s’en va alors que quelques secondes plus tard l’homme au chien arrive. L’enfant se vide de son sang, essaie de résister mais l’adversaire est trop fort.

La folie se libère sur-le-champ, explosive, nourrissant la sauvagerie. Force intérieure qu’il connaît si bien qu’il pourrait se demander d’où elle vient, à quoi elle sert.

Ou QUI elle sert !

Quelques secondes, un hurlement intérieur, l’occasion, le hasard peut être, il n’y croie pas. L’instinct, l’observation, une rage intérieure, quelque raison, bien que le mot soit déplacé, qu’il ignore encore.

Et voudrait ignorer toujours !

Il le sait, une victime supplémentaire ce n’est pas se satisfaire, ce n’est pas étancher sa soif, c’est l’inverse, toujours.

                                        * * *

- Un fou, cette fois plus de doute, un monstre est en liberté et a choisi notre région pour s’exprimer. Inutile de dire que c’est un honneur dont elle se passerait bien et nous aussi !

Diatek opine pour manifester son approbation au discours de son supérieur hiérarchique, un homme qu’il connaît mais juge intelligent.

- Ne nous perdons pas dans les grands mots et les commentaires à la mode. Qui que ce soit il est parmi nous, circule dans nos rues, cela veut dire qu’il les connaît, ça peut être n’importe qui et vous savez que ce genre de situation si elle dure peut amener des dérapages, chacun se laissant aller à douter de son voisin, à tort la plupart du temps et pour des raisons n’ayant rien à voir avec celles officiellement affichées. Il frappe, vite, lâchement, et rentre dans son terrier où il jouit de ses crimes, du mal qu’il fait. La victime n’est qu’un moyen ce n’est pas elle, en tant qu’individu qui est visée. J’ai employé le terme de monstre, cela ne veut pas dire quelqu’un avec un faciès déformé, un regard halluciné, au contraire, il est souriant, sympathique, discret mais serviable. L’opposé de l’idée que l’on se fait d'un psychopathe. Nous ferons la liste des malades ayant séjournés en hôpitaux spécialisés, inutilement mais nous devons suivre toutes les pistes, la chance peut nous sourire, et nous en aurons besoin. Tablons sur l’excès de confiance qui le fera courir trop de risques et se perdre. Il a réussi ses premiers coups, pour lui tout est aisé et la police ne fait pas le poids, il voudra nous narguer, nous pouvons l’espérer bien que cela implique d’autres victimes possibles. Chaque parent surveillera ses enfants, à nous de déterminer son mode d’action, dans quelles circonstances il préfère agir, d'établir son profil pour utiliser un terme à la mode et auquel je crois peu je ne vous le cache pas. Ce n’est pas une raison pour ne pas être attentif à des techniques nouvelles. Heureusement Commissaire je sais que ce genre d’affaire ne vous est pas inconnu, des enquêtes sortant de l’ordinaire furent votre quotidien, je sais, j’exagère, mais à peine.

- A peine, c’est vrai !

- Pensez-vous que la médiatisation fera sortir notre homme du bois ?

- Non, je ne le sens pas désireux d’être une vedette de l’actualité même si c’est quelque chose qu’il ne peut ignorer. Pour lui tuer est une nécessité, c’est une constante dans ce genre d’affaire même si je ne tente pas de tracer son portrait, c’est un peu tôt pour cela.

- Néanmoins vous pouvez nous en dire quelque chose.

Survivre au mal - 4

Partager cet article
Repost0
15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 06:17
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Archives