Vue de loin je suis belle et souriante,
Riche en voyages et découvertes,
En bourgeons pour qui a la main verte,
Une époque de joie, jamais effrayante !
Mais le temps, lui aussi, est moqueur,
De près je deviens inquiétante,
Réduite à une simple rente,
Maigre et fine à faire peur !
Dois-je te parler de mes amies,
Venues avec moi s'occuper de ton corps.
Et aussi, souviens-toi, de cet esprit,
Dont tu étais si fier quand il était si fort !
Le militaire espère pouvoir m'éviter,
Parfois l'ultime chance,
Pour qui est prêt à supporter,
L'affront jusqu'à la déchéance !
Cependant, je sais être différente,
Réclusion choisie pour l'âme qui est prête,
Tendre vestale mais stricte officiante.
S'affronter, se trouver, où mieux qu'en retraite ?
9
Les policiers observent les badauds, peu s’arrêtent mais tous tournent la tête, les regards s’allument, les bouches salivent et le besoin de téléphoner s'impose… C'est juste un souvenir
!
Y a-t-il des taches sur le sol ? Une silhouette dessinée à la craie comme un fantôme prisonnier ? L’odeur de mort a disparue mais ils la perçoivent malgré tout.
Venant de l’intérieur.
Participons à la douleur d’une famille cruellement touchée, tournons-nous vers l’avenir, aimons-nous les uns les autres.
Surtout les autres, bien cuits, accompagnés d’un excellent Chianti.
Un jour, de fiers et sécurisés immeubles remplaceront ces pavillons confortables. Ils rapporteront plus d’argent. Une famille n’a pas droit à tant d’espace, deux mètres sur un, voici l’espace, létal plus que vital, nécessaire dont chacun disposera bientôt.
- Difficile d’imaginer que la solution soit proche s’inquiéta Kah
- Et pourtant… Quelles traces peuvent-elles persister dans l’air, les murs ? Si nous pouvions y accéder… La souffrance et le désespoir sont des émotions violentes, un écho a pu être piégé quelque part.
- Des médiums et autres vont proposer leurs services.
- La misère est une matière première inépuisable. Restons dans le cadre de notre profession, bien que je m’en écarte parfois. De petites récréations mentales font du bien à l’esprit confiné. Oui, la solution nous attend. La mort savait à qui s’adresser, la liste des copains de la victime nous aidera, le fait que l’âge des proies augmente a un sens.
- Ce serait intéressant de pouvoir communiquer avec elles.
- Une table tournante comme témoin, j’imagine la scène au tribunal.
- Le mobile des crimes vibre de la souffrance du tueur. Mort, folie, les fils qui le dirigent sont solidement tenus par des mains glacées.
- Vous semblez bien les connaître.
- Trop bien.
- Comment, ensuite, supporter son quotidien, ne pas se demander le pourquoi ou le comment ? Surtout comment, moi, j’en sortirai.
- Quand j'ai commencé il n'existait pas de soutien psychologique Parfois les choses changent en bien, même si c’est pour s’adapter aux contraintes de la société moderne. Je vous sens lourd d’interrogations en ce qui concerne mon passé.
- Si je n’étais pas curieux je ferais un autre métier.
- Juste, vous comprendrez que je ne vous dise rien.
- Bien entendu.
Pour la première fois ils échangèrent un regard complice. Diatek se remémora ses premiers partenaires, des aventures partagées avec eux… Des souvenirs douloureux.
- J’ai pensé arrêter, pris quelques mois de repos, mon retour devait marquer un nouveau départ, l’expérience est peu concluante. Pas de regret, avancer était nécessaire, je ne peux éviter une confrontation dont j’ai, malgré tout, quelques chances de sortir vainqueur. Un pas, un autre, savoir que cela n’aura de fin que la mienne, et encore… Je n’ai pas envie de me retourner pour voir un mur de corps raidis par la bêtise, pris dans la bestialité, sans autre face qu’une forme blanche, malléable, et dégoulinante de terreur. alors je me verrais le premier à arpenter des territoires où la conscience ne mit jamais le pied. Vous voyez, je me laisse emporter, il n’y a pas si longtemps…
- Oui ?
- Il n’y a pas si longtemps je passais mon temps à écrire, j’étais loin, croyais-je, les mots coulaient de mon esprit par mes mains, accepter suffisait. Parler me laisse le temps de comprendre quoi que j'ai à me dire je suis capable d’y survivre et de poursuivre.
- Seul, demanda Kah ?
- La solitude est lourde pour qui n'existe pas vraiment.
- Vous manqueriez à nos services.
- C’est gentil de me le dire, j’en étais sûr mais une confirmation est rassurante. Un tour de manège de plus, utile, trop utile.
- Finalement je pense que les journalistes vous éviteront, par excès de matière, ils veulent des personnages simples, sommaires. Trop de pensées, d’esprit, de personnalité, qui se reconnaîtrait en vous ?
Diatek sourit.
- Résumons, les faits nous indiqueront la marche à suivre. L’enfant est dans sa chambre, il joue, il a rendez-vous. Quelqu’un tape aux carreaux, il ouvre, sort… Ensuite il est tué sur-le-champ.
- Quelle certitude que tout ait été arrangé ?
- Il pouvait voir au travers des volets, l’assassin ne pouvait être sûr de la bonne réaction. La logique veut que la rencontre ait été prévue.
- Ce qui me fascine c’est la rage souriante. Comment quelqu’un tenu par une haine féroce peut-il discuter en sachant que son interlocuteur va mourir de sa main ?
- Le besoin ! Le tueur a besoin de sa victime, le mot n’est pas trop fort, c’est comme un charme qui agit. Je ne crois pas au hasard, comme dans la nature, le prédateur attrape l’animal le plus faible. En l’occurrence ce n’est pas une faiblesse physique ni intellectuelle mais une fragilité psychologique que le tueur ressent. C’est une explication basée sur l’expérience pas sur des études chiantifiques. Je suis certain pourtant qu’elle est bonne dans une majorité de cas.
- L’assassin frappa deux fois.
- Ce qui n’en fait pas un facteur ! L’enfant n’a pas crié, du moins personne ne l’a entendu, il est tombé, ensuite le second coup fut porté. Inutile il indique une violence croissante, le besoin de tuer encore une fois.
- Il n’est pas possible d’imaginer qu’un seul enfant ait été la cible, les autres seraient là pour noyer le poisson ?
- Envisageable mais invraisemblable.
- Le tueur serait venu à pied ?
- Une voiture se fait remarquer en pleine nuit, trop de bruit, surtout dans une petite rue.
- En croisant des gens d’apparence anodine je me demande si le meurtrier n’est pas là, tout près, si c’est cet homme souriant et bonhomme, ce grand maigre, ce petit gros, si c’est machin ou truc, s’il nous regarde passer en souriant certain que nous ne le prendrons jamais. Qui sait, l’idée me vient comme ça, s’il n’a pas pour but de se suicider, ainsi nous resterions dans le mystère et lui laisserait planer une ombre inquiétante pour longtemps.
- Le cas s’est déjà présenté.
- En totale contradiction avec ce que nous savons des tueurs en série.
- L’exception confirmant la règle.
- J’espère que ce ne sera pas cela, surtout pas.
- Il pourrait venir se livrer. Si j’avais un enfant je m’inquiéterais…
- Puisqu’il choisit des victimes plus âgée à chaque fois, supposons que la prochaine devrait avoir environ dix ans, à moins que cela ne corresponde au traumatisme fondamental, s’il y en a un. Mais c’est souvent le cas, un point de départ. Sa quête s’arrêterait à ce barrage, comme si c’était le but, se rencontrer et se comprendre enfin.
- Il répondra à ces questions quand nous l’aurons pris.
- S’il le peut.
- Vous comptez l’abattre ?
- Fut un temps… Mais c’est si loin tout ça.
- Je ne serai pas indiscret.
- Je préfère.
Les deux hommes restèrent silencieux, du coin de l’œil Kah surveillait son partenaire non sans s’interroger en cherchant dans sa mémoire ce qu’il savait de cet homme.
L’apparence trahit-elle la réalité, le monde est-il aussi terrifiant et nauséeux qu’il semble ? Ces gens qui marchent, ces automobilistes prêt à rager contre ces imbéciles de piétons qui les méprisent, avant que les rôles ne s’inversent ? Qui peut comprendre ce qu’il est, et admettre ce qu'il n’est pas ? la vie se résume-t-elle à une perpétuelle agitation ou cette agitation masque-t-elle l’absence de vie ?
Diatek se pose mille questions pour éluder la seule valable. La réponse serait facile à trouver, alors tout serait différent et à son tour il ne pourrait plus reculer. C’était son espoir en retrouvant sa ville : se replier sur son passé pour masquer qu’en lui la volonté de vivre était à l’œuvre et qu’il s’abandonnait à ses manipulations.
Le décor avait peu changé, des badauds, des bagnoles, des crottes de chiens. Le quotidien normal et dissimulateur.
Est-ce cela le bonheur ? Mais non, il le sait, la crise et les difficultés ne sont là que pour emplir l’esprit de préoccupations basiques. De même que l’envie d’accumuler de l’argent, l’exaspération de pulsions fondamentales, pourquoi chez certains cette libération ne serait-elle pas l’envie de tuer ? Il ne s’agit plus de manger ses proies, ce qui arrive pourtant, mais, symboliquement, tuer c’est voler une vie, intérioriser un être, le réduire à l’état de pantin mental. La plus subtile, ou vicieuse, forme d’absorption.
Le bonheur ? L’atteindre c’est le tuer, se perdre dans un ennui sans fin. L’éternité ne peut être autrement.
L’enfant aimait sa maison, l’adulte qui retourne dans les murs de son passé le recherche mais n’en trouvera que l’ombre fuyante au détour d’une porte, d’un coin de rue, d’un escalier.
Les fantômes aussi se lassent.
* * *
Des mains espèrent encore. Le mur serait-il enfin parfait ? L’angoisse ronge le ciment, un rai de lumière pourrait s’infiltrer. Il ne faut pas. L’occultation de l’ailleurs doit être complète pour y disparaître.
Ou le croire.
Pourquoi l’esprit veut-il conserver l’espoir, répéter les mots menteurs qui affirment que demain est possible, que la sortie est proche ? C’est faux, rien ne changera. L’effort pour s'insensibiliser fut trop grand pour reculer. La souffrance serait trop vive, elle est l’ennemie, le monstre riant dans le noir, qui veut et veut, toujours davantage.
La main ne sortira pas de l’eau au dernier moment, elle ne se tendra pas pour un ultime appel, la vie si perverse pourrait la saisir.
Si la victime est sans réaction c’est qu’elle perçoit que la mort, en face, lui ressemble.
Diatek cherche pour ne pas trouver, s’arrête sur un détail pour le faire éclater entre ses pensées sans parvenir à la certitude d'avoir échoué.
Le pire est fragile, il demande que l’on croit en lui constamment.
Son imagination explore toutes les directions. Le froid serait bien, une ère glaciaire qui recouvrirait le monde d’un linceul de frissons. Alors le temps serait figé, l’apparence prisonnière, rien ne changerait plus.
A bien y réfléchir cela ne modifierait rien.
Retenir le temps, trouver la formule mathématique, l’équation magique le réduisant à merci. La lire pour que naisse l’éternité.
Il s’amuse de son délire, sait que rien ne transparaît, qu’il ne sera plus emporté, lui. Quelque chose d'inexplicable le retient. Étrange ciment empêchant sa dislocation, la peur n’est pas l’ennemie, sans elle le monde serait glacé comme celui auquel rêve tant de gens, auquel croient tant de spectres se croyant vivants.
Enfant il passait ici, empruntait cette rue, marchait des heures sans rien voir, l’esprit courant sur des terres magnifiques. La folie vint à sa rencontre, les bras tendus. Il fut le plus fort. Un combat pénible et long dont nul ne sut rien. Le prix fut exorbitant, il l’acquittât. Il sait qu’il lui faut mériter sa souffrance, sa Passion, mériter...
Oui, quelqu’un passa par ces rues qui lui ressemblait, quelqu’un qu’il aurait pu devenir, quelqu’un que la folie n’eut pas emporté s’il avait été plus fluide. Résister fragilise et amène sa propre désintégration.
Les ombres furent amicales, les murs tentateurs, un fil lumineux persista à lui parvenir. Les obstacles furent des marches qu’il gravit vers un futur qu’il craint d’entrevoir.
Une simple porte de placard ?
- Prenons cette rue Kah. Si nous avions des chiens de chasse mentaux ils retrouveraient les effluves de la démence, ce serait super.
- Nous n’en sommes pas là.
- Imaginons ! Le tueur est repu, la main dans sa poche il tripote son arme. Il est impensable qu’il soit passé ici sans croiser personne.
- Et pourquoi pas ? S’il habite près son parcours fut bref, le froid dissuadait les promeneurs, sans oublier la peur d'une mauvaise rencontre. Facile de faire le faraud dans son coin, quand il s’agit de prendre un vrai risque il y a moins de volontaires. L’idéal serait de rencontrer l’heureux possesseur d’un caméscope qui l’aurait étrenné la nuit dernière.
- Cela nous faciliterait bien les choses.
- Trop, notre plaisir en serait amoindri.
- Plaisir ?
- Le mot vous dérange ?
- Au contraire, en prendre dans l’exercice de sa profession, même la nôtre, est nécessaire. Défendre la société, protéger les faibles…
- Vous pensez qu’il n’en valent pas la peine ?
- Chaque cas est particulier, ce n’est pas la fortune qui fait la valeur de l’individu, sinon dans le contexte d’une société dégénérée. Mais c’est là une remarque qui pourrait m’attirer quelques inimitiés.
- L’amitié n’a pas de sens pour vous ?
- Je m’en méfie, dans le cadre professionnel c’est dangereux.
- J’ai entendu parler de vos anciens partenaires.
- Tant mieux, cela nous évite de les évoquer.
Kah se le tint pour dit, momentanément. Il reviendrait à la charge.
Chacun reprit le cours de ses réflexions. Diatek sentait son jeune collègue supputant à son sujet. Finalement il aurait préféré un complice moins intelligent, à croire que cette dernière était contagieuse. Mais il pensa cela pour s’amuser, il avait toujours eu du mal à contrôler son ironie. Avec ses adjoints… Il se ressaisit pour repasser dans sa mémoire les divers éléments de l’enquête.
Il se souvint de leurs éclats de rire quand la tension d’une affaire était trop lourde le rire les soulageait avant de replonger.
Rire en public est obscène, vivant donc suspect.
Avoir un autre ami, un nouveau partenaire ?
Non, il était trop tard, trop tard. Qui sait ce qui lui arriverait. Il ne trouverait de réponse que dans le face à face avec lui-même.
Le Horla l’observe dans les miroirs, prêt à l’y attirer pour prendre sa place. Il va l’affronter, aimer la souffrance, violer la folie et dépasser la mort, ou l'inverse !
Des ombres lui font signe, le gué est sûr.
Piège !
Et si…
Non, non, pas cette fois !
Les vagues gonflent, l’océan se forme, le vent se lève. L’esprit est poussé vers le large où les abysses promettent la paix. Il en reviendra, il a sa lumière.
La vie, dit-on, vient de la mer, en fait elle ne fit qu’y transiter le temps d’un baptême, elle vient de plus loin, de l’Aube.
Le monstre ne peut la vaincre. Son enfance est détruite, aucune de ses victimes n’aura son visage, il ne prendra aucun des leurs. Les sacrifices humaines ne donnent rien, même si le sacrifié est l’officiant.
Les murs ne protègent que de l’extérieur !
Il vit une lumière, par elle il réalisa la présence des parois, le piège se refermant. Le refuser fut le… Non, le refuser EST le plus difficile !
Accepter de voir, renoncer au cocon, sortir. Les premiers pas de l’âme sont plus émouvants que ceux du corps.
Un refus de plus, de trop… Elle dira oui, elle est encore là.
Le vent se lève, il a faim de soi, les filins de peur ne le retiendront pas, l’espoir gonfle les voiles, le cri est un océan qui n’est pas infini !
* * *
La peur rode mais la vie a des obligations difficile à différer, les courses, le travail, le chien a sortir, les enfants à conduire à l’école.
Le jour apaise les craintes comme si le danger ne venait que de l'ombre, comme s’il ressemblait à ces vampires dont on dit qu’ils ne peuvent sortir qu’au coucher du soleil. Ce qui est faux, la preuve…
Dans l’obscurité les terreurs puisent leur crédibilité, la lucidité s’estompe, le visage de l’esprit s’impose, les ténèbres pour miroir.
Le loup porte un costume trois pièces, ou un jean décoloré, comment s’y retrouver si les règles ne sont plus respectées, si les rôles se superposent, comment ? A qui se fier. L’âme se cache d’elle-même, de sa vérité, elle ne la supporterait pas.
Des murs ? Une forteresse grandissant de jour en jour, prison trop solide, bientôt ne restera de place que celle pour un esprit allongé dont la respiration sera impossible. Le silence, l’immobilité, l’univers sera de pierre, une source, apparente, de sécurité.
Des familles pleurent, d’autres ruissellent de joie ; comme si cela avait le moindre lien
avec un assassin. Que change-t-il à l’ordre du monde ? Il focalise une attention qui l’attendait, qui l’espérait, le voulait pour ne plus regarder vers elle-même !
Deux amies cheminaient, la première guidant l'autre,
- Sais-tu que déjà nous passâmes par ici,
Murmura l'ainée se voulant bon apôtre,
C'est le plus court chemin pour aller chez mamie.
La seconde se tut, charmée par un décor,
Nouveau pour son esprit malgré une affirmation,
Que le temps, affamé, déjà dévore.
Pour ses yeux tout est frais, nouvelles sensations.
Il en va autrement de sa grande complice,
Qui sait qu'après le tournant surgiront,
Trois chênes et six pins ombrant le vieil hospice,
Qu'il faudra trente pas pour toucher le perron.
Le passé pour elle est un fardeau,
Ne fuient ni les sons ni les mots,
Chaque instant en photo,
Et l'avenir s'approche sans cadeau.
Tout pour sa camarade maintenant est sourire,
Hier était... mais, hier, qu'est-ce que ça veut dire ?
Fut-il vécu, gorgée de joie ou du pire,
L'instant est sitôt né qu'il expire.
Ainsi vont-elles, sœurs plus que siamoises,
L'une est remplie quand l'autre est vide.
Chanceux qui se souvient du goût des framboises,
Mais veinard est celui en qui s'oxyde,
Les souvenirs des moments de douleur,
En conservant l'ombre d'un cri de bonheur.
Mémoire et Amnésie bornent nos vies,
Nous cherchons l'une, l'autre nous héle,
L'imparfait équilibre est ainsi,
Jusqu'à ce que l'oubli lui-même nous appelle !
La magie fut le premier jet de la psychanalyse.
C'est trop simple pour que tu oses comprendre.
Le pire est passé, le plus dur reste à faire.
Le berger fait partie du troupeau.
Nous parlerons du passé quand nous y serons.
La valeur de la vie ne se mesure pas à sa longueur.
Comment vivre près des autres en acceptant qu’ils nous renvoient l’image de ce que nous sommes ?
Les taux de la criminalité renforcent la société.
L’éthique est le boulet que se pose à la pensée l’esprit craignant d’avancer.
Le plus difficile c’est de faire son deuil de ce qui jamais ne fut vivant.
J’apprendrai en aimant ce qui me rebute.
Le risque c’est peut-être de n’en pas courir.
Faire réfléchir un con c’est s’en faire un ennemi.
La lucidité empêche d’agir plus que l’inconscience.
Je veux être compréhensible, pas explicable.
Le 02 06 1909, parution du Daehanminbo 대한민보/大韓民報 avec en Une le premier manhwa, sous le titre Saphwa (삽화), œuvre du caricaturiste Lee Do-yeong (이도영). En août 1910 l'occupation japonaise entraine la supression du Daehanminbo. Il faudra attendre les suites du soulèvement du 1er mars 1919 pour que le Japon autorise de nouvelles publications. De nombreuses BD japonaises sont éditées ainsi que des réalisations de propagandes visan, par exemple, à encourager la production de riz comme tribut au Japon.
En 1924 paraît Les vains efforts d'un idiot (Meongteongguri heonmulkyeogi 멍텅구리 헛물켜기) de Noh Su-hyeong (노수형), premier manhwa à utiliser les phylactères. Le manhwa devient le média privilégié pour dénoncer l'occupation nippone. En 1928, toujours dans le Chosun Ilbo Ahn Seok-ju publie des BD en une seule case (Manmun Manhwa) sur la vie quotidienne dans le seoul occupé.

Après la Libération le pays est sous administration américaine et soviétique. La presse est moins contrôlée et des manhwa satyriques font leur réaparition. Le Professeur Kojubu de Kim Yong-hwan (김영환) paraît dans le Seoul times. Ce dessinateur créera aussi Le soldat Totori pour exalter le courage des soldats du Sud lors de la Guerre de Corée. Il créera le 15 septembre 1948 Manhwa Haengjin (만화행진/漫畵行進) (Le manhwa en marche), première revue consacrée à la BD. Ce magazine sera censuré dès le deuxième numéro !
Le 13 mars 1949 sort Manwas news, publication hebdomadaire qui durera un an, publiant outre Kim yong wan, Kim Seong-hwan (김성환), Shing Dong-heon (신동헌), Kim Eu-hwan (김의환) et Lee Young-chun (이영천).
Durant le conflit (1950-1953) chaque camp utilse le dessin comme moyen de propagande. À Cette époque les revues de manhwa
multiplient les récits d'aventures et fantaisistes comme Le docteur Hendel de Choi Sang-gwon (최상권).

Ces revues sur un papier de mauvaise qualité appelées les Ttakji manhwa (딱지만화) publiées à Busan permettent à de jeunes auteurs de faire leurs débuts. Le manhwa prend alors sa
forme contemporaine.
Le coup d'état du 16 mai 1961 limite la liberté d'édition, en 1966 un monopole éditorial sera accordé au distributeur Hapdong Munwhasa. En 1965 signature d'un traité d'amitié et de commerce avec le Japon, la culture nippone était interdite et le sera officiellement jusqu'en 1998. Le manhwa s'épanouit dans le récit narratif, le drame historique et les adaptations de classiques chinois et coréens par Go U-yeong (고우영), en particulier avec les séries Im Keog-jeong (임꺽정), Suhoji (수호지/水滸志), Samgukji (삼국지/三國志) adaptation de l'Histoire des Trois royaumes, son plus grands succès, ainsi que Chohanji (초한지/楚漢志), Seoyuki (서유기/西遊記), Garujikijeon (가루지기전) ; les sagas de Bang Hak-ki (방학기) se distingueront par la qualité de leurs scénarios et le naturalisme des dialogues. Parallélement à ces publications destinés aux adultes paraissent de nombreuses revues pour la jeunesse révélant entre autres Kil Chang-deok (길창덕), Yun seung-hun (윤승훈), park Su-dong (박수동) et Shin Mun-su (신문수).
Après le coup d'état militaire du 12 12 1979, les années 80 seront plus contraignantes, les salles de prêt proposent de longs récits s'étalant sur de nombreux volumes, genre lancé par Lee Yeon-se (이현세) avec Une redoutable équipe de base-ball (Gongpoeu Oeingudan) mettant en scène une équipe de nuls qui à force de volonté et d'entrainement battent les équipes japonaises, le suivront Heo Yeong-man (허영만) ou Park Ki-jeong (박기정).
La manifestation du 10 juin 1987 appelle une politique d'apaisement, le manhwa s'ouvre à des genres inexplorés, en
particulier le récit réaliste qui traitera des problèmes de la campagne et de la pauvreté urbaine. (Lee Doo-ho, Oh Sae-young, Cho Yang-ho, Shin Young-sik, Lee
Hee-jae). Kim Su-jeong crée Dooly le petit dinosaure "cousin" de Snoopy qui connaîtra un immense succès.

Dans les années 90 les sujets traitant du quotidien s'imposent, notamment dans les publications desinées aux filles (sunjeong manhwa). Disparue dans les années 70 celle-ci revient en force. Les
auteurs sont majoritairement des femmes : Shin Il-suk, Kang
Gyeong-ok, Kim Hye-rin, Lee Kang-joo ou Hwang Mi-na. Cette
dernière créa en 1985 le magazine Nine. Elle utilise également la Corée comme cadre de ses histoires. Paraîtront également des revues
spécialisées dans la science-fiction et l'héroic fantasy. À noter qu'en Corée il existe une quasi parité entre femmes et hommes.
Les auteurs masculins s'appuient sur leurs expériences pour décrire le quotidien, familial principalement, Choi ho-cheol décrit la vie quotidienne des citadins (Euljirosunhwanseon) et souligne la difficulté de s'occuper d'un bébé (Chez Hee-ram), Hong Seung-woo évoque la paternité dans Bibimtoon contant la vie d'un jeune couple et de son enfant, Yoon Tae-ho évoque l'amour entre personnes âgées dans Romance, Lee Yoo-jeong (이유정) se penche sur le fétichisme des petites culottes blanches des lycéennes en uniforme et la violence au quotidien.
Depuis la fin des années 90 de nouveaux manhwaga (만화가) bouleversent les structures graphiques et scénaristiques et prèchent l'individualisme. Snowcat (né en 2001 - prix 30 Millions d'Amis 2006 !), de Kwon Yoon-joo, en est l'exemple,
ce petit
chat aux grands yeux ronds s'oppose à la culture collective et
prône le droit à la solitude et à une vie hors des cadres habituels. Son site : http://www.snowcat.co.kr/ est une forme de journal intime réactualisé
presque quotidiennement. Lee Hyang-woo dessine sur du tissu ou fabrique des poupées qui deviendront les
personnes de ses BD, Iwan s'attaque aux cases dans Jumping, et Kim Jae-in (김재인) crée Mashimaro (마시마로)
, lapin blanc dont les
aventures continuent en animation flash sur le web. Yang Young-soon (양영순) traite des fantasmes masculins dans Nudi nude (1995)...
Aujourd'hui internet est devenu un support normal pour le manhwa en plus des ventes en librairie et des manhwabang, réseau de bibliothèques créé en 1959 où l'on paye à l'heure et qui sont ouvertes 24h/24 ! Il en existe environ 3 000 aujourd'hui.
Quelques majors (Daewon C&I, Seoulmunhwasa, Sigongsa, Haksan, Chorokbarmagics) se partagent le gros de la production. Les manhwa sont disponibles sur le web en téléchargeant les planches et en payant électroniquement. De nombreux studios en conçoivent spécialement pour les téléphones portables, E3Net propose depuis 2003 un service accessible par abonnement mensuel.
Comme le manga japonais et le manhua chinois le manhwa est fortement influencé par l'art classique chinois et les
gravures anciennes (Xe siècle) qui servaient à diffuser les canons bouddhiques. Dans la gravure coréenne Bomyeongshibudo (보명십우도/普明十牛圖) une vache raconte une fable, la page est
découpée en case et l'image surmontant le texte l'illustre.

Signalons que le manhwa se lit de gauche à droite ! Vous n'aurez pas de difficultés pour en trouver et découvrir une richesse bien loin de l'image que vous pouvez en avoir...
Pour en savoir plus vous pouvez aller, d'abord, sur bédés d'Asie.
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |