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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 07:01
Héritage - 4 
 

                                                  05


- Il doit être gay, il n’y a pas de tante ; Si j’ose dire. Bref ! L’avion jusqu’à New York, puis pour un état du Sud. Paysages superbes, tranquillité dépassant les bornes de l’ennui, heureusement que la bière existe, et que ce mot a deux significations. Une voiture nous attendait, nous devisâmes de choses et d’autres. Dément et cultivé, ça existe. Une maison magnifique, vraiment. Isolée dans un cadre enchanteur, vu de loin. Solide bâtisse, inquiétante vue de près. Mais je suis subjectif. Un personnel trié sur le volet, prêt à tout pour lui. Le regard qu’ils me jettent en dit long ; j’ai bien fait de les tuer tous ceux-là. Je ne fais pas le guide pour entrer dans le vif du sujet : Le sous-sol. La police ne trouva rien en visitant la maison. Le passage y menant part du premier étage, il fallait y penser. Mon père était un monstre, pas un con, flatteur pour moi. Ses actes me dispensèrent d’agir, j’en suis certain, s’il avait résisté ou cédé à la folie totale j’aurais eu plus de difficultés à trouver mon chemin entre l’autisme et la folie homicide. J’ai embrassé les deux mais lui céda à la seconde.

- Vraiment ?

-Dans le cadre professionnel je pus faire quelques sacrifices à celle-ci.

Par peur d’obtenir une réponse Kah se retint de poser une question.

- Un chevalier défend le bien.

- Mon armure est noire de lumière.

- Belle image.

- Claire ! J’ai envie de parler de ce qui s’est produit dans cette maison mais les mots m’emportent. quand j’écrivais cela se passait de cette façon, venait ce qui voulait. Longtemps après, de retour dans cette ville je voulu me pencher sur mes textes, les comprendre et ôter le superflu. Dans cette conversation aucune coupure possible. L’horizon est une ligne imaginaire vers laquelle j’avance. C’est impossible, la distance est immuable ? Pourtant elle s'approche, le bord du monde, le bord de l’étoile, comprenne qui peut cette comparaison. L’inconnu attend, souriant de mes efforts pour retarder l’inéluctable. Mais j’étais dans la maison, le sous-sol. De suite l’horreur imbiba mon âme. Elle rodait partout, dans les cellules, les couloirs, la salle des tortures, s’étirait comme un chat guettant une souris croyant qu’il dort. Un four crématoire individuel, l’extermination démocratisée, le progrès. Un détail me parut curieux, un vide dans la visite, une salle qu’il omit de me montrer, le cœur de l’épouvante, le point névralgique. Quel terme est-il adéquat, s'il en est un ! La nuit suivante je ne trouvai pas le sommeil, sous cette maison une force attendait, maintenant encore je ne peux dire qu’elle fut jamais mauvaise en elle-même tant je la sais dépassant nos médiocres définitions humaines. J’attendis le sommeil. Par le passé c’était entre rêve et réalité que mon esprit se mettait à l’écoute des autres, courant le monde en quête de ma proie, un chien de chasse à l’efficacité redoutable. Cette nuit-là rien ne vint, un trou noir, un voile recouvrait mon esprit. L’unique certitude que j'eus au matin fut que tuer mon père était nécessaire. Le petit déjeuner se passa bien, nous blablatâmes de tout, du reste, de la maison dont il avait dessiné les plans, des environs, un calme mortel entre deux ennemis, chacun guettant l’attaque de l’autre. J’attendis la première occasion pour lui poser la question, il ne fut pas surpris, la nuit était un nouveau test en rapport avec ce qu’il allait me révéler.

- A ton avis, qu’ai-je dissimulé ?

- Le plus important ! Ce lieu est un iceberg.

- Qu’as-tu deviné de précis ?

- Une attente, ce mot est le meilleur que j’ai trouvé.

- Tu as raison, viens, allons voir, tu me donneras ton avis.

Nous descendîmes comme la veille, mon impression fut différente, un plaisir était là, un appétit souriant.

- C’est là, une simple porte.

Il l’ouvrit, j’entrai derrière lui.

- Que vois-tu ?

- Une vitre, un puits surmonté d’une vitre.

- Seulement cela.

- Non, Il paraît vide mais je perçois le danger, la souffrance, des cris, des pleurs… Cet endroit en est rempli.

- Comment sert-il ?

- Des victimes y sont jetées pour y mourir, les plus faibles de faim, les autres, aussi, mais après avoir tout tenté pour survivre. Je devine leurs regards quand une nouvelle victime leur est offerte. Mon métier me fit croiser nombre de monstruosités, un endroit comme celui-ci, jamais… Me revient le souvenir d’un conte que j’écrivis, un des premiers, une vengeance. Pas de puits, juste une salle vitrée. Un homme s’y réveille, réalise où il se trouve, veut s’échapper… Je passe les détails inutiles. Le but était de le pousser vers la folie en lui offrant en nourriture le cadavre de son enfant, ou son propre bras proprement tranché. Il refuse, avant de céder, il mourra de faim. Le responsable se pendra ensuite. Tout est mal qui finit mal.

- Les grands esprits se rencontrent, viens, allons y faire un tour, de l’intérieur l’impression est plus forte.

Un escalier descendait autour du puits, nous y pénétrâmes, la porte était une pierre déplacée par un contrepoids, facile de bloquer le système, impossible de sortir. L’impression d’étouffement me saisit, le puits était vide et cependant gorgés d’angoisses, prières ou menaces que je dus ressortir. Mon père souriant en attendant que je retrouve mon calme, il savait ce que j'éprouvai.

- Étonnant non ? Cet endroit me ressemble, j’y suis chez moi. La première fois que j’y descendis fut une révélation. J’aime pourtant rester là-haut contemplant ces êtres abandonnant leur humanité ; ce masque si facile à déposer ; pour se battre, se dévorer, régresser, redevenir ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être. Beaucoup se trouvent des excuses, j’ai vu un couple se faire une scène, l’homme accusait sa femme, lui faisant porter la responsabilité de leur présence ici afin de justifier qu’il la tue.

- La chasser de son cœur pour la mettre dans son estomac.

- Belle image. Ici, la vérité s’impose, dans des conditions aussi extrêmes tricher est impossible.

- J’entendais des centaines de voix se mêler, des rires et des larmes, dansaient devant moi un ballet d’ombres, des formes se ruant les unes sur les autres, se déchirant pour survivre quelques heures de plus, un nid de haine, une sauvagerie sans nom. L’image de certains camps me revint, ce puits les dépasse largement. L’encrier du pire. J’ai vu des femmes serrer le cadavre de leur enfant, une charogne dont elles se nourrissaient pourtant, j’ai vu des hommes rire en contemplant leurs viscères et qu’ils tentaient de dévorer, j’ai vu des enfants ronger des restes pourris. Un éblouissement qui m’emporta, une force contenue qui trouve enfin la voie de la libération… Un cri résonna, un cri libérant des centaines d’âmes maudites par une seule bouche acceptant de hurler. La mienne, l'âme hyène ! J’ai titubé, frémit quand une vague de froid passa sur moi. Fondu au noir ! Rouvrant les yeux je découvris mon père sur le sol, assommé. J’ai parlé de bord du monde, je l'avais atteint et m'était penché. Mes yeux ont vu trop loin et ce qu’ils découvrirent est en moi, attendant que j’ose comprendre. Je suis resté debout, le silence était absolu, l’épouvante s’était éloignée. Mon père haletait, luttant contre la violence du coup que je lui avais porté. S’il n’avait pas été un athlète je l’aurais tué. L’action fut un soulagement, après quoi je me suis détourné pour quitter cette antichambre de l’Enfer. Bloquant la porte derrière moi. Ainsi puis-je penser que mon père est mort bien que je n’en ai pas la preuve. Restaient les domestiques. Ils se méfiaient, pas assez, prendre un revolver fut facile, les tuer aussi, mes sens fonctionnaient mieux qu’ils le firent jamais, une balle, un mort, économique. Le vide Kah, la frontière que l’esprit s’impose pour se développer tranquillement. Vient le moment où il ne peut aller plus loin. La chenille se fait chrysalide puis papillon, avant de naître celui-ci se dégage difficilement de sa protection, il l’abandonne ou s’en nourrit. N’existe-t-il pas un papillon capable de s’enfermer à nouveau pour renaître sous une autre forme ? Je caresse mes limites et plus loin le réel existe encore. Le pire est la peur du meilleur. La barrière cède Kah et j’ai peur. Une autre histoire me revient, j’en commis des centaines. Une maison dont la pièce la plus importante est sombre et secrète. L’écrivant je pensais à la conscience, ce qui se voit ; à l’inconscient, ce qui se cache, et cette partie de l’inconscient faite d’ombre et d'omnipotence. Il est facile de tout lui mettre sur le dos, je m'accroche à la poignée pour croire la porte close. J’ai souvent depuis, deux puits, évoqué cet endroit, ce pas dans le minéral, dans le passé. Les racines sont à la mode, les retrouver… Quelle bêtise ! Elles plongent vers le passé et l'absence d’esprit. Lâcheté, satisfaction facile, suffisante pour les médiocres, aller plus loin est difficile, jusqu’à comprendre. Ce n’est pas ton cas. Mes mots sont sibyllins ? Pour moi aussi, comprendre Kah, comprendre ce que nous sommes pour progresser. Je ne peux être moins obscur. Tiens ! Obscurité, un autre conte : Un homme rêve qu’il marche sur un chemin, de chaque côté grouillent des formes étranges qu’il sait être les hordes du néant à l’assaut de l’ultime réalité qu'il incarne. C’est moins simple ? Bien ! Il avance puis s’interroge, est-ce la bonne direction ? Il se retourne mais d’évidence le chemin n’a qu’un sens, comme le temps, pour nous. Tu me suis ? Bravo ! Il arrive jusqu’à une forteresse prodigieuse constituée principalement d’un donjon semblant toucher le ciel. Je passe sur les péripéties, finalement il arrivera au sommet de ce donjon, de là il apercevra l’ultime lumière présente dans l’univers et par cette seule action vaincra les forces du néant. Amen ! Mon héros se réveille prêt à changer de vie. Résultat rapide pour ce qui fut mon texte le plus long, 5500 pages. C’est beaucoup, mon personnage, et moi à travers lui, prolongeait le rêve car il savait qu’au réveil sa vie changerait, comme moi en concluant ce récit j’ai modifié ma façon d’écrire et les thèmes de mes récits.

- C’est moi qui suis pantois, en un seul mot, ce n’est pas une illusion.

- Gentil de le préciser. L’histoire continue, le passé n’a pas tout dit, par exemple mon père, j’ai croisé son regard avant de partir, je le crus plein de surprise, maintenant je me demande si ce n'était pas de la satisfaction. Une conclusion logique à une vie où la mort portait un manteau de sang. Voir venir la fin doit être intense, sentir son corps se détruire lentement et la conscience luttant jusqu'au bout comme pour avoir le temps de jeter un œil par dessus l'épaule de la Camarde. J’ai pris sa succession, bien que je ne sache pas laquelle.

- Il aurait pu se dévorer ?

- Non, l’avenir confirmera cette opinion. Avant de partir j’ai averti la police, elle a dû se poser des questions.

- Pas seulement elle.

- Vrai, il me faudra apporter les réponses, et pas qu'aux flics.

- J’avais compris. L’angoisse est le début de la pénitence.

Diatek hocha la tête. Pardon ? S’ils connaissaient ce mot, lui-même…

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 05:57
 

Qui va ma définir, en usant de quels termes,

Puisant dans le passé ou un album d'images ?

Suis-je difforme et laid, inquiétant d'être sage,

Agité et hurlant, tenu par des mains fermes ?


J'excite la pensée, parfois l'imaginaire,

Servant à incarner jusqu'à l'inexcusable,

Des effrois populaires, émissaire impeccable,

Produit de mille péchés, fruit pourri de la Terre.


Tu me hais, cependant j'excite tes envies.

Quel trouble ressens-tu de me voir enfermé,

Répulsion et désir, pulsions inavouées,

Une partie de toi que tu souhaites endormie.


Je fus star littéraire et puis de cinéma,

Sacré quand je deviens difforme par la gloire.

Le trop, le pas assez, de l'asile à la foire,

Où que portent tes yeux, regarde, je suis là !


Héraut d'un avenir effrayant mais plausible,

La nature est joueuse mais jamais insensible.

Associant les contraires elle fait ainsi démonstr'

ation qu'il est permis d'être fier d'être un monstre.



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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 05:56
C'est le jour de fêter un excellent anniversaire à O Hyun Ran























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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 05:53
Héritage - 3 
 

                                                 04


- Dois-je dire bonjour papa ?

- Ravi que tu aies compris.

- J’ai mis le temps, c’était difficile, tu fus si peu présent, dans ma vie.

- Pas de curiosité ?

- Mon instinct me soufflait qu'elle serait assouvie sans que j'aie rien à faire et que plus tard je saurais mieux ce serait. Il semble que nous ayons un faible écart d'âge.

- Vingt ans !

- Le hasard, ou le destin, mis en scène ta rencontre avec ma mère.

- Je préfère le premier, le second impliquerait un inquiétant calcul.

- Une préméditation ?

- C'est le mot. Mais c'est un domaine où ton intelligence trouvera à s'exprimer mieux que la mienne. Tes qualités dépassent les miennes.

- La différence est surtout dans leur emploi.

- L'héritage engendre parfois un conflit de générations.

- Des choix opposés comme cela arrive rarement.

- C’est une façon de voir.

- Voir ? Mais je sais ce que j’ai vu.

- Un test qui ne s’est pas terminé comme prévu.

- Un test ?

- J’avais envie de savoir ce que tu valais, la nature de notre lien, notre proximité. L'épreuve aurait pu te détruire, je pressentais qu'elle ne le ferait pas. J'aimerai disposer des moyens de m'exprimer clairement mais je manque de ton aptitude à la réflexion, je ressens, j'agis, l'animalité est puissante en moi, elle me dit que nous étions semblables, trop pour que je reste ou que je t'abandonne. Me basant sur ma vie je prévoyais tes difficultés, les risques que tu courrais, l'enfermement, la dislocation... Je fis au mieux pour protéger ton esprit. Ton cerveau traduira mes piètres phrases. Il me fallait intervenir. La chance que tu survives était infime, elle suffit. Ton silence est une approbation J’ai partagé tes sentiments, tes affects, ton incompréhension devant ce que tu percevais de ta nature et de ses différences de celle des autres. Tu aurais pu te replier dans un renfermement autistique, conservé le minimum social, un suaire à l’image de la norme. - J’ai opiné ! C’était vrai Kah, vrai. - Le choc te scinda sans te briser, chacune des parties évolua jusqu’à… Mais tu sais cela aussi bien que moi. Elles sont en voie de se réunir, c’est parfait. Ce qui se produisit fut différent de ce que j’avais prévu, je voulais te dire, t’expliquer, te montrer... Quand tu t’enfuis je sus que c’était la meilleure solution, j’aurais pu te découvrir aisément, pour moi pas de cachette introuvable. Les circonstances furent favorables.

– Il avait raison, les parois se rapprochaient, le choc me força à me réduire au minimum pour survivre dans l'espace qu'elles laissaient, ainsi j'ai eu le temps de les éprouver, de les comprendre pour les traverser. L’imaginaire s’ouvrait sur l'infini, la mort de cette enfant me montra l'en-dessous de l'être, le seul abri accessible, infime espace entre les crocs du destin. Trop littéraire, mais comment m'exprimer autrement ? L’hérédité ? lui-même parla d’héritage comme s'il en était débarrassé en me le confiant ! Ce qui est étrange est que j'ai peur de savoir mais que cette peur ne m'effraie pas... - J’ai suivi ta carrière, la comprenant mieux que quiconque, les médias ne se sont pas intéressés à toi, non par ignorance mais par crainte, l’instinct qui hurle de regarder ailleurs, d’éviter ce chemin car la maison de l’ogre est au bout, un ogre ne dévorant que l’illusion pour relâcher l’âme nue dans un monde devenu insoutenable. La comparaison est bonne, valable pour toi aussi. Tu as retrouvé le passé. Lien ai-je dit ? Désirs violents, pervers, tu n’osais pas les accepter en toi avant cette fameuse nuit, je t’ai permis de les rencontrer, le temps, lui, t’aida à les admettre. Leur message est simple : Tu es un individu, pas un pantin social rêvant d’une inaccessible conscience. Enfant moi aussi, j’ai accepté ma nature, mes désirs. Tu me comprends. Regarde mes mains, elles sont propres mais couverte d’un sang que je vois, que je sens, indélébile. Je me suis accroché à la réalité comme j’ai pu, par le crime. Peu de chose en regard de l’actualité, des morts sur les routes qui troublent si peu de consciences. Un nom qui ne leur convient pas. Nous sommes les plateaux indissociables d’une unique balance. Les journaux seraient ravis de découvrir que le père du meilleur policier du pays est un tueur, la situation ne manque pas de sel.

- Le conflit dégénération ! Les liens du sang !

- Le fils peut dépasser le père.

- Il a souri, tu vois Kah, j’évoque ce moment et ce faisant je distingue ce que je veux dire. Bien sûr le fils dépasse le père, c’est son rôle, parfois d'une façon que le géniteur n'attendait pas, lui voulait se prolonger sans soupçonner un changement possible. Rares sont les pantins osant lever les yeux. Je revis mon enfance, les images qui me venaient, le plaisir qu’elles m’apportaient, le devoir de les graver dans le réel pour survivre. Les voix murmuraient, mille souffles brulants, l’Enfer me tendait ses lèvres. Maintenant il le connaît !

- Jadis les villes étaient parsemées de terrains vagues et vielles bâtisses, ensuite les immeubles poussèrent n’importe où, n’importe comment. Un vieil immeuble, un terrain de jeux pour nous, je n’étais pas solitaire, au milieu du troupeau je passais inaperçu. La démolition se faisait attendre, nous glissions entre les murs branlants, montions dans les étages pour regarder au travers des planchers crevés, l’occasion s’est présentée ; un copain, nous tenant à la rampe nous avions conquis le dernier étage, en nous penchant nous pouvions voir l’enfilade des étages dévastés, je l’ai frappé avec une force que je ne connaissais pas, sa main a quitté sa prise, il a basculé en avant, j’aurais pu le rattraper, il l’attendait, croyait à un jeu. Il a compris ce que je voulais, son cri couvrit mon rire. Je l’ai vu tomber quinze mètres plus bas, un bruit sourd suivi d’un silence qui m’emplit d’aise. L’immeuble fut vite détruit, je ne fus pas soupçonné, comment un enfant tuerait-il un de ses compagnons d’amusement ? Et pourquoi ? Oui, surtout, pourquoi ?

- Je doute qu’il ait jamais su pourquoi. A cette question il aurait répondu : Par plaisir, cruelle erreur !

- Le premier d’une longue série, elle court encore. J’ai appris à faire durer le plaisir. Une vie que je ne peux ta raconter ici, cela viendra en un autre lieu. Je fis des disciples, tu l’as vu, j’eus du mal à en trouver de dignes de moi, la plupart imaginaient un plaisir nouveau, de l’avoir vécu les tuait. Avec le temps je pus choisir.

- Il attendait que je prenne ma place parmi ses disciples, que je le suive sur un chemin en spirale, croyant avancer mais tournant en rond sur une voie de plus en plus étroite. Il se voyait si fort, maître de ses désirs comme de ses actes, il ne fut jamais qu’un esclave ! D’un côté j’enviais les plaisirs qu’il avait connus ! Tuer pour sa propre satisfaction, illusoire ! Jouir d’un massacre qui n'apporte qu’un instant d’oubli. J’ai ressenti ce désir, m’en prendre à n’importe qui, n’importe où. Cet homme qui avance… L’image s’imposa un après-midi en moi, comme un ordre, ou presque. J’ai résisté et le plaisir ressenti, je le compris plus tard, fut plus important que celui que j’aurais connu en cédant à cette pulsion. J’ai approché des esprits possédés par le goût du sang. Mon enfance fut peuplée de fantasmes macabre… Fruits vénéneux de l’impression laissée par une certaine nuit mais aussi murmures de ma véritable nature. La même que mon père ! Le vertige me prit quand je me penchai sur l’abîme sans que jamais je puisse tomber, me retenant au dernier moment. Me retenant… Quelle fut ma responsabilité ? Maintenant je contemple le chemin parcouru et m’y vois agir manipulé par des désirs, des ambitions, des craintes et des espoirs dont je ne suis que l’émergence. La réalité n’est pas ce que nous en voyons, tous les physiciens te le diront, n’en va-t-il pas de même pour nous, notre vérité n’est-elle pas en deçà de notre réalité matérielle ? Ce que nous voyons du monde physique est une adaptation à nos sens, ce que nous savons de nous-même est soumis à la même évidence. Bien sûr il y a l’inconscient mais je me demande s’il n’est pas qu’un masque posé sur une imperceptible Vérité ? Imperceptible… De moins en moins peut-être, comme si la trame de notre esprit rejoignait celle de la matière, comme si la Création était Une et notre conscience soumise aux même lois qu’une galaxie ou qu’un atome ! La tentation du pire m’a offert l’univers illimité de la folie pour courir après un apaisement introuvable. Un geste suffisait, sans le vouloir mon père m’aida à résister. Le choc qu’il causa me fit dépasser les murs et leur ombre rassurante, effleurer la démence sans avoir la force, occupée ailleurs, de lui céder. Merci papa ! Fuite ai-je dit, les portes de sortie furent nombreuses, je suis passé trop rapidement, j’ai pu les ouvrir, regarder, désirer… Je m'égare, une vieille manie, je reviens à mon géniteur. Disciples… Il fonda une association à but non lucratif : Le Club des Atroces ! Joli nom n’est-ce pas ? Je passe les détails de cette rencontre et des autres, il me raconta sa vie, ses expériences… J’écoutais, entendant ce qu’il ne me révélait pas, ce qu’il ignorait.

- Difficile de suivre, la situation est compliquée, ces retrouvailles se produisirent après le décès de tes partenaires ?

- Oui, et tu te demandes comment ils trouvèrent la mort ? En service commandé, lors d’une mission dangereuse, pour cela ils reçurent une jolie médaille, à titre posthume, et leurs familles une rente suffisante.

- Ce qui n’explique rien.

- Il les a pris par surprise, et pour cause…

- La ressemblance ?

- Oui… Chacun eut un moment de surprise, croyant me voir sans en être sûr, un temps qui lui suffit pour frapper. Il m’apporta leurs têtes, ainsi voulait-il trancher ce qui en moi désirait la réalité des autres, il n’avait pas compris que par cet acte il signait son arrêt de mort. Pas compris… Maintenant je me demande ce qu’il voulut vraiment. Je suis resté calme quand il a retiré les voiles noirs, les têtes de mes amis étaient sur la table, yeux écarquillés d’incompréhension. Le test fut réussi, mais pas comme il l’espérait. Je l'ai suivi aux États-Unis, son quartier général. Dans la sauvagerie ambiante il avait fait son nid. Je savais que j'allais le tuer avant d'éliminer ses partenaires, ce qui ne saurait tarder. Eux doivent savoir que je suis cause de la disparition de leur maître. Ils ont peur, redoutent le coup qui les tuera, le temps les fragilise. J’ai pensé, brièvement, aller voir des collègues du FBI, j’imagine leurs têtes ! Intervenir m’incombait. Ils classifient les tueurs en série en trois catégories, j'ai rajouté : les "tueurs polymorphes" changeant leur mode opératoire, ayant assez de recul sur eux-mêmes et leurs actes pour les modifier et échapper à la détection. Quand le moment sera favorable je me ferais une joie d’argumenter, de développer mon sujet plus tard. Ils jouissent, outre de leurs forfaits, d’assez d’intelligence pour réussir socialement. Ils ne cèdent pas à la facilité qui perd l’assassin qui, réussissant ses premiers crimes se croit invincible. Tous sont inattaquables, responsables et influents, insoupçonnables ; leurs vies ne sont opaques que où il faut pour dissimuler la vraie obscurité. Rien de plus inquiétant pour un policier que des gens sans zone d’ombre. La vertu est le masque du vice !

- Antiaméricanisme primaire ?

- Secondaire ! J’étais favorable à ce pays jusque dans les années 80, après quoi mon opinion s’est inversée. Maintenant je m’en méfie, le pire danger n’était pas à l’Est, l’Histoire l’a prouvé ! L’intelligence détruit, elle a raison. Je m’étonne de dire cela, si le monde n’est pas œuvre de la démence est celle de la connerie. L’intelligence devient folle d’être inutilisée. A s’imaginer supérieur on se révèle le contraire. Les tueurs libèrent la sauvagerie de tous, ainsi la société continue, pourrissant en regardant ailleurs. Ce ne sont pas les paroles que la bouche d’un policier doit proférer n’est-ce pas ? Je me sens loin des autres, à un stade différent. Il en existe trois, buccal, anal, génital, j’en rajoute un : Social !

- Et un autre, si tu dépasses le quatrième.

- Juste, il n’est pas encore baptisé, nous y reviendrons.

- Tu parlais d’un voyage au pays de l’oncle Sam.

 

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 05:44
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 05:39


 

Pour commencer le pique-nique il y avait une succulente viande froide avec des cornichons, mes oncles, eux, n’étaient pas venus.

 

Ça tombait bien ! Je hais les cornichons, le problème était que je ne savais pas comment éviter de les manger.

 

Je les ai cachés dans une feuille de laitue qu'adroitement je lançai dans un buisson d’orties.

 

Après le repas, par curiosité, je suis allé voir, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un gros crapaud occupé à se délecter de ces choses au goût bizarre, à le voir ainsi j’eus l’impression qu’il fumait le cigare, vite, prendre une photo.

 

Hélas le vent s’est levé, les orties se sont abattues sur le pauvre animal qui s’est enfui sans toutefois lâcher sa proie.

 

Après les bourrasques de gros nuages sont venus, la pluie menaçait, il était temps de partir sans oublier de récupérer nos déchets, dommage ai-je pensé, mon copain le crapaud aurait trouvé de quoi s’alimenter pendant une semaine, moi j’étais pressé de rentrer pour essayer mon nouveau vélo, rouge.

 

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 05:36
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 05:33
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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 06:11

 

Le bleu, surtout ciel, c’est pas une couleur que j’aime. J’ai trop regardé les voiles bleus en plâtre des statues de cette vierge dans l’église et par-ci par- là dans les chapelles de campagne. On me traînait dans les processions, on m’abandonnait sur le banc dans la chapelle de la Sainte Vierge avec les envies de pipi qui ne tardaient pas ; j’avais peur des toiles d’araignées pendues aux colonnes, peur des recoins où s’entassaient les débris des dieux démodés, peur des souris qui n’avaient pas peur de moi et se livraient à leurs petits commerces.

Je ne manquais pas de mères pourtant. J’étais l’enfant unique de Louise qui avait quatre sœurs. Elle me confiait à ses frangines toutes célibataires et sans enfants. Il y avait ma préférée, Berthe aux grands pieds en canard et puis Augustine la grande gueule, Florine aux gros lolos, Olivia et ses moustaches. Toutes pieuses, les petites mains du curé. On m’embarquait, on me déposait, on me laissait en attente, on m’oubliait, on me couvrait de baisers en me retrouvant sur le banc en face des voiles de plâtre bleu, sage, assis en tailleur sous la garde des araignées et des souris besogneuses. Les tantes non plus ne manquaient pas d’ouvrage : Berthe lavait à grande eau la nef. Belle et bien bête. Je veux dire bien bête de s’esquinter le dos au lieu de regarder ses soupirants. Augustine dirigeait le chœur des dames et demoiselles, Florine s’occupait de la sacristie avec le curé pour l’aider. Ça prenait du temps tandis que je rongeais mon frein et que l’envie de pipi me tortillait sur mon banc. Olivia s’occupait de dépoussiérer les Joseph, Rita, Thérèse, Nicolas et autres Martin. Une fois même elle me caressa de son plumeau. Somnolant dans la pénombre j’ai poussé un hurlement croyant à une attaque des toiles d’araignées. “ Et alors, Poussin ! Qu’est-ce qui t’arrive ? ”


Et voilà, Poussin ! J’étais le poussin de Gabrielle, d’Augustine, de Florine, de Berthe, d’Olivia. Un mot doux avec un bec.


J’ai parlé très tard. Mes premiers interlocuteurs furent Miquette la chienne papillon qui ne s’est jamais envolée en dépit de ses grandes oreilles qu’elle dressait pour me répondre. Oui, l’oreille droite ; non l’oreille gauche. Rien du tout quand elle ne comprenait rien. Alors elle s’asseyait et me tirait la langue. Le chat me comprenait aussi mais c’était un fainéant aux griffes prestes. Il me ronronnait des berceuses bien plus efficaces que les contes horrifiques de mes tantes. Elles raffolaient d’histoires d’ogres et de revenants.


J’ai eu, me disait-on, un berceau garni de satin bleu et je n’ai pas beaucoup gazouillé. Je vomissais beaucoup dans les dentelles. Le lait de ma mère ne passait pas. Toujours pressée de retourner à son commerce de mercerie, elle n’attendait pas mon rôt et me confiait à d’autres bras, d’autres haleines, d’autres odeurs musquées d’aisselles et de ventre, d’autres voix, d’autres manières de manipuler mon petit torse et mes petites fesses.


Poussin, poussinet, pupuce, poussipouninet, poupou et j’en passe…


Ah ! Je les ai bien remplies vos mains, mes tantes. Ah ! Je les ai bien humidifiées de mes larmes vos lèvres voraces. Poussin, poussinet, je te mangerai de baisers. Pourquoi pleures-tu ? Si mignon à croquer ! Miam, miam, miam sur le petit ventre ! Le joli zizi du poussinounet ! J’avais peur de vos grandes bouches (sauf celle de Berthe), de vos baves, de votre force inattentive. Je passais de mains froides en mains chaudes ; de seins plats en seins ronds. Les seins doux et ronds de Berthe, son odeur de tilleul et de cerise. Contre eux, j’avais un peu de repos et je m’endormais.

 

Et puis j’ai grandi. Mon corps. Je parlais peu. Mes études au cours privé de la rue des Augustins furent un fiasco : rêve au lieu d’écouter, répond à côté de la question, recherche la solitude. Certes j’avais d’excellents résultats en rédaction mais j’étais tellement nul dans toutes les autres disciplines qu’il fallut renoncer au séminaire.

Je bricolais à la mercerie. Faut bien que tu gagnes ta croûte, Poussin ! Je peignais aussi de petites natures mortes, des chats, des chiens et des souris sans jamais utiliser le bleu. J’ai eu un succès paroissial. Les commandes rapidement étendues au canton. Le tourisme gagnait notre région riche en églises romanes. Je vendais des images d’églises romanes sous un ciel blanc.

Pauline n’était pas une beauté mais elle sentait bon. Elle était parfumeuse et esthéticienne dans la localité voisine. Le soir des noces je tremblais de désir dans la chambre nuptiale réservée par mes parents à l’hôtel des Voyageurs. Mon father me parlait pour la première fois, me donnant des conseils que j’écoutai à peine tant ils me firent rougir.

Pauline en nuisette de satin bleu, m’appela. Elle rayonnait de bonheur dans le grand lit : Viens mon Poussin, Viens…


Nous n’eûmes pas d’enfants ensemble, c’est le responsable de la cellule communiste qui se chargea de ma descendance avec foi et persévérance. Je devins le père légal d’enfants du plus beau roux. Tante Augustine rappela que nous avions eu un ancêtre rouquin au XIX me siècle…

Je me fichais bien des gênes et autres ciments générationnels. Je peignais nuit et jour pour nourrir et éduquer notre portée de renardeaux.

Poussin ! Il faut commander du mazout ! Poussin, as-tu réglé la facture d’électricité ?

Pauline me rappelait à mes devoirs et soudain je regardais avec appréhension les canines naissantes des petits. Plus ils grandissaient, plus j’avais l’impression de rétrécir et d’être en danger.


Enfin cette époque est bien loin maintenant. J’ai trouvé le bonheur et la paix. Je peins toujours. Le directeur m’encourage. Grâce à ton talent, me dit-il, nous allons enfin pouvoir rénover le réfectoire et les chambres du premier étage. Il me tape amicalement sur l’épaule et m’apporte personnellement du café et des crêpes. Ne perds pas de temps…

Et il y a mieux… Je me suis trouvé une bien jolie poule, la plus fraîche de l’hôpital psychiatrique. Elle glousse quand je la baise dans ses draps de soie rouge commandés à la Redoute (la valeur de trois tableaux pour les payer). Elle dort nue. Je la regarde dormir nue au matin, cette lumière nacrée qui joue dans le duvet de ses joues. Elle m’appelle Son Grand Coq Génial.

Quelque fois une très belle femme, plus très jeune, un peu cassée, me rend visite.

Elle m’apporte des gâteaux au miel. Elle est bien gentille mais je ne la connais pas.

Elle me dit : c’est pour toi Robert. Je sais que tu les aimes.

Je crois qu’elle est un peu folle. Peut-être a-t-elle perdu un être cher qui se nommait Robert ? J’aime son odeur de tilleul et de cerise.


Marie Treize

 

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 05:59

Vision Marie Treizienne d'un coin de Méditerranée !

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