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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 05:39
Survivre au Mal - 3 
 

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- Du banal monsieur le directeur ? Considérant les victimes je me dis que le coupable pourrait être une femme. Je sais, elles donnent la vie, encore qu'elles l'imposent... bref, l'actualité mit en lumière des affaires dans lesquelles les mères étaient coupables mais il s'agissait de crimes commis dans le cadre familial, en dehors c'est rare.

- Vous y croyez ?

- Je ne crois rien, c'est un possible.

- Un homme tentant de nous induire en erreur ?

- Ses pulsions le contrôlent, pas l'inverse ! Cette violence montre qu'une rage longtemps contenue s'est exprimée, maintenant elle s'en sait capable, les barrières intellectuelles et morales ont disparues, et la chance fut de son côté. Tuer est une drogue dure et le manque torturant. Le prochain crime est imminent, nous avons peu de temps.

- Vous parliez du choix des proies.

- Il n’est pas dû au hasard, l’assassin veut faire taire sa propre enfance. Un tueur en série qui fut victime de sévices est un poncif, souvent vérifié, au moins dans un cas sur deux. Un passé enfermé, pourrissant il finit par le corrompre, le résultat est sous nos yeux.

- Un cercle infernal.

- Un voyage sans retour. Il, je conserve le masculin par commodité, ne se sent pas vivant, dès lors les autres ne le sont pas davantage. Il ne peut s’en prendre à lui, ses victimes sont des succédanés.

- Vous pensez qu’il les connait ?

- La première c’est probable, peut-être même la voir fut-il suffisant pour le faire basculer.

- Cela nous donne une idée.

- Une esquisse.

- L’esprit humain est compliqué, à croire qu’il faut être fou pour en percer les secrets, sans possibilité de les utiliser par la suite. Inutile de deviser vainement, nous en aurons l’occasion quand nous l’aurons pris. La folie qui le tient ne le lâchera plus, elle pourrait l’emporter. Cela vous paraît plausible commissaire ?

- Oui ! Le cas échéant nous resterions dans l’expectative, nous ferons attention aux suicides dans les prochains jours. Un sursaut devant l’horreur, la certitude de recommencer, la mort pour fuir l’asile et un avenir dégradant. Mieux vaudrait qu’il se tue et que nous l'ignorions plutôt que d’avoir d'autres cadavres.

- À Chaque sonnerie je crains une mauvaise nouvelle. Les journalistes sont partout, avec les chaînes d'infos chaque heure doit apporter son scoop. Ils sont en bas et voudraient une déclaration.

- Je veux bien leur dire deux mots ! Le commissaire Kah est chargé de l’enquête, je l'assiste, à lui d’être en première ligne.

- Et de récolter les lauriers éventuels ?

- Bien entendu, vous savez comme la publicité est quelque chose que j’aie en horreur. Il s’en sortira parfaitement.

- En ce moment des spécialistes donnent leur avis, enfin, donnent...

- Ils font la promo de leurs bouquins, ils sont contents, les chaînes aussi qui ont quelqu’un semblant savoir ce qu’il dit. Mais je suis mauvaise langue, ce n’est pas toujours vrai, si c’est toujours inutile !

- Vous avez raison commissaire, raison… le mot est ironique.

- Ironique !

Le commissaire savait que le divisionnaire savait... Ainsi, ne disant rien il se comprirent. Les paroles sont souvent gênantes par leur incapacité à rendre compte de situations complexes.

N’est-ce pas ?

- Heureusement le flair du policier n’a pas encore été informatisé.

- Bientôt tout sera virtuel, nous nous serons fait électroniquer.

- Le mot est joli.

- Puisé dans le livre d’un auteur régional, peu connu mais je pense qu’il ne cherche pas, lui non plus, la publicité.

- Ne serait-ce pas l’idéal, que tout soit contrôlé par ordinateur ? Chacun vivra dans une machine. Vivra…

- Je pense que c’était l’idée de l’auteur dont je viens de parler. Des impulsions lumineuses dans des cœurs de silicium pour qui être aurait un sens différent du nôtre, rien ne dit qu’il serait meilleur, ou pire. Pour supprimer la mort le mieux c’est encore de supprimer la vie !

- Ne nous sommes-nous pas éloignés du sujet ?

- De la discussion naît la lumière ! Une idée en appelle une autre. L’inconscient demande parfois la parole, encore faut-il lui laisser un champ d’expression suffisant.

- Vous avez raison. D’un autre côté je trouvais le raccourci saisissant entre ces crimes et votre retour dans la ville de votre enfance.

- Je me suis déjà demandé si c’était un hasard.

- Vous vous êtes répondu ?

- Il y a une logique, un lien, mais leur nature m'échappe.

- Vous trouverez, j'en suis sûr.

- Je vous laisse la responsabilité de cette affirmation. Je ferais de mon mieux avec l’aide, efficace, de mes collègues.

- Vous appréciez le travail en équipe ?

- À ma façon, tout dépend de l’équipe même si je préfère rester seul. Quand j’ai commencé… Maintenant les contraintes sont plus grandes, trop grandes j’en ai peur pour que je les supporte longtemps.

- Vous pouvez espérez monter dans la hiérarchie ?

- Je le redouterais plutôt. Je ne me souhaite pas votre place, non que vous l’occupiez mal, au contraire ! J’ai besoin de pouvoir agir à ma guise, ce n’est pas l’accroissement des codes, les tutelles diverses, les droits machin-truc. J’aime le risque physique, pas politique, pas l'odeur d’une société anesthésiée par des contraintes formolisantes.

- Anarchiste ?

- Libertaire, à ma façon ! Un comble alors que je fais partie de la police depuis presque vingt ans. Encore que liberté soit un mot étrange, une réalité en laquelle je ne crois plus, un territoire auquel on pense mais que l’on ne peut atteindre.

- Tout dépend des motivations qui furent vôtres.

- Le goût de la chasse, le besoin de croiser la mort. Je la connais bien, du moins ai-je la faiblesse de le penser, n’empêche, quand mon heure sera venue j’aurais peur comme n’importe qui. Je me demande désormais si je suis encore capable d’aller vers la vie.

- Idée indigne de vous commissaire, c’est une excuse en laquelle vous ne croyez pas. Je comprends que pendant des années vous avez voulu fuir, ce retour dans votre ville démontre que vous avez quelque chose à y faire, un rendez-vous. D’aucuns verraient votre inconscient à l'œuvre. Sur le coup vous n'avez pas saisies vos motivations, maintenant je suis persuadé du contraire. Les destinations les plus difficiles à atteindre sont les plus proches. Vouloir aller loin c’est souvent désirer n’arriver jamais.

- Il me semble qu’à nouveau nous dérivons.

- Vous avez un assassin à retrouver, j’ai envie que vous donniez votre maximum pour cela, si vous avez des raisons de penser à autre chose cela altérerait l’enquête. Je ne veux pas que vos préoccupations perturbent l'enquête. C'est mon rôle de veiller sur mes collaborateurs même vous que je ne peux prétendre connaître, ni comprendre.

- Vous auriez dû choisir la prêtrise, vous avez le don du prêche.

- Utile dans notre métier, les mots sont si importants, savoir parler, amener l’autre à se confier, à se confesser pour rester clérical.

- Vous pensez que j’ai quelque chose à avouer ?

- Qui n’en a pas ? Gardez vos secrets, l’aura de mystère qui vous entoure excite l’imagination. Qui sait où se trouve la vérité. Ailleurs me direz-vous, dans la lumière ou la nuit ?

- La réponse n’est pas difficile à trouver.

- Une choses est simple quand on la voit de face. L’oser l’est moins.

Les deux policiers se retirèrent dans leurs pensées. Curieuse conversation alors que deux cadavres gisaient dans des tiroirs réfrigérés en attendant que justice leur soit rendue, eux qui, d’où ils étaient, devaient savoir que ce mot avait moins de sens que d’autres dont les vivants se gobergent. Chacun suivant celui qu’il ne peut rejoindre. La vie est un manège, les sujets tournent sans avancer.

Diatek prit cette image, souvenir d’enfance. Il courait sans savoir qu’il fuyait, tournant sans voir de quoi il refusait de s’approcher.

- Notre époque sent la mort, l’idolâtrie. Les dieux ont laissés tomber le masque, les croyants ne parviennent plus à croire, le vide seul les attire. L’informatique, la cybernétique, les ...iques, ne sont que des façons de rester mort. Les tueurs en série sont les vedette d’une civilisation ou le réel est flou, où logique et cohérence deviennent des termes obsolètes. La toile s’étire mais ce sont les mouches qui tissent afin de s’y prendre au piège, de s’y complaire, victimes.

- Commissaire, vous ne faites pas mentir votre réputation, cette aura d’étrangeté qui vous masque. Moi j’ai toujours voulu réussir. L’histoire banale de l’enfant pauvre s’élevant dans l’échelle sociale par le travail et des relations bien choisies. J’ai saisi les opportunités se présentant à moi, parfois celles se présentant à d’autres ! Cela me semblait logique, j’en avais le droit. Un de plus. Mes subordonnés ne sont, en majorité, que des portes s’ouvrant sur la banalité dont ils sont issus. Vous êtes différent, meilleur et pire, l’un va si bien avec l’autre.

- C’est aussi mon avis.

- Les grands esprits se rencontrent, une chance, ils sont rares. Les normaux n’ont pas d’efforts à produire, ils sont si proches, dans une cage sans barreaux, ils font efforts pour ne pas voir que s’éloigner est permis, qu’arpenter les chemins du possible est question de vouloir.

- Chacun de nous recèle une rassurante geôle intérieure, dur de se trouver une raison pour s’en éloigner, la nature humaine s'y plait.

- Oui, je regarde au dehors, un pas suffirait… Trop tard, ce qui ne fut pas fait jeune est difficile par la suite. La porte derrière soi a claquée.

- Parfois nous sommes poussés sur cette voie.

- Vrai.

- Vous avez des enfants, vous leur apprenez cela ?

- Non, enfin oui, j’ai des enfants mais je ne leur apprends rien. Qu’importe les discours, l’exemple est plus important, le mien fut désastreux, humainement parlant, père absent et délaissant sa famille au profit de sa réussite professionnelle. Les enfants…

- Je sais, on ne les choisit pas, on les fait et on les subit ensuite jusqu’au bout, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire.

- Les miens ne sont pas si mal, je me demande seulement ce que j’ai de commun avec eux. Vous-même en avez ?

- Pas que je sache. La lignée semble devoir s’arrêter mais qui sait quel désir pourrait s’emparer de moi l’âge venant.

- L’âge incite à faire ce à quoi l'on se refusait vingt ans avant. Le point de vue change alors que le terme du chemin se rapproche.

- Il est vrai que je ne connais pas mon géniteur. Entreprendre des recherches ne m’a jamais intéressé. Des amies eurent ce désir à ma place, cela occasionna bien des heurts. Je déteste que l’on pense pour moi. Ainsi me sens-je isolé, rien avant, rien après, seul dans un univers où je suis plus libre que beaucoup, d’une inquiétante liberté certes mais enrichissante. Que vaut ce qui ne coûte rien ?

- Pour combler l'absence l'esprit saisit une image rassurante.

- J'en eu au long de ma vie, que je choisis, alors que quoi que je fasse je ne pourrais choisir mon père, il me faudrait faire avec ce qu’il est, et n’est pas. Les racines sont à la mode… Notre tueur arrache les siennes, puise en lui les bases de son être plus pour se détruire que pour se tuer. La généalogie est une curieuse science, quel intérêt de connaître quelques dizaines de ses ancêtres quand il en manque des milliers, des millions si l’on veut remonter loin ? Une liste, une échelle semblant une cage. Je retombe sur mes pieds.

- Vous êtes plein de questions, revenir vous rapproche des réponses.

- Leur proximité m'inquiète. L’obscurité autorise l’imaginaire à fausser le futur, voir même le présent. La lumière tue les hypothèses, elle est une obligation à laquelle il devient impossible de renoncer. Elle éclaire et brûle ai-je lu dans le livre que j'évoquais, je vous en apporterai un exemplaire, il mérite ce terme ! Ce n’est que trop vrai, je lutte contre moi et me le dit, feignant de penser que je ne peux qu’attendre. Je suis timoré, velléitaire, aussi médiocre que ceux dont je me gausse et qui, eux, ont l’excuse de l’ignorance. La bêtise est un alibi que l’intelligence ne peut utiliser sans se trahir. Le pire des crimes.

- Vous l’avez commis ?

- Même pas, je voudrais me dire qu’il est trop tard, que je ne peux plus que rester courbé sous un joug que ma force ne peut renverser. Il n’en est rien, le licol me fit plier quand j’étais jeune, me redresser est affaire de volonté. La force est là qui m’attend et me détruira si je ne l’utilise pas. Je cherchai une sérénité saupoudrée d’amnésie et de renoncement. La bête était loin, je suis venu me fourrer dans sa gueule, elle, mon amie, mon passé et, donc, mon avenir.

- Vous n’avez pas choisi votre profession par hasard.

- Existe-t-il seulement celui-là ?

- L’autre option fut tentante aussi ?

- Je m’y serais perdu, dommage…

- La voie du sang est trompeuse, belle Circé mais pire que la mort.

- Je n’ai pas dormi assez profondément. Le mauvais chemin est derrière moi. Je fis face à un embranchement à trois voies. J’ai pris la bonne, tant pis ! Parfois je songeais à la folie, me disant qu’elle serait une solution, je l’ai vaincu. A quel prix…

- Le monstre qui nous occupe en ce moment n’a pas résisté.

- Il ne pouvait agir autrement.

- La folie ne voulait pas vous emporter ?

- Elle fut une amie, un guide dont je n’ai pas pris le temps de méditer l’enseignement. Cette affaire me dit que c’est ce que je dois faire.

- Autant la solutionner rapidement.

- C’est mon intention, comme celle de tous. Chacun veut aller au bout avant la fin de l’année, les fêtes ne mériteraient pas ce nom avec un tueur en liberté.

- La psychanalyse aurait été une profession intéressante.

- Non, je n’ai pas envie d’écouter des histoires banales, des vies sans intérêt, d’écouter sans rien dire, auditeur de quotidiens mornes hantés de névroses affligeantes, de psychoses déstructurant des esprits nanifiés. Il reste tant à faire… Je m’en occuperai quand j’aurais le temps. Certains animaux prennent pour leur mère la première créature qu’ils voient. La folie a-t-elle quelque chose à voir avec un animal ? Un animant peut-être, Elle vint à moi, maternelle, m’allaitant d’un acide nourrissant qui l’ingère et y survit.

- Intéressante façon de formuler les choses.

- Confuse, je l’admets. Entre la mort et la folie je fais des mélanges intéressant bien qu’ils me semblent stérile.

- Vous avez eu des marraines spéciales ?

- Les fées qui se penchèrent sur mon berceau me firent des cadeaux qui me reste à apprécier.

- Je ne veux pas de précision, cela ne me regarde pas.

- Mais vous voudriez en savoir plus ?

- La curiosité est une qualité chez un policier.

- Malheureusement cette fois je ne peux satisfaire la vôtre, la mienne est trop grande.

- Je vois. Vous êtes le fils que j’aurais voulu avoir.

- Vous m’auriez eu jeune.

- J’ai toujours été précoce.

- Vous feriez un père acceptable, trop pour expliquer les choses.

- Nous sommes différents, vos obstacles furent intérieurs, les miens sociaux, progresser socialement est plus simple qu’humainement, je suis allé loin, j’ai réussi dans la vie, vous irez haut, très haut.

- Mon chemin est difficile mais il monte. Difficile parce qu’il monte ?

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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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