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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 05:43
 

À quoi bon faire durer une torture qui ne me fait plus souffrir ?

La vie est ironique qui fait que celui que l'on veut aider à marcher finit par ne plus savoir que ramper une fois livré à lui-même.

Le vraisemblable est une île perdue sur l’océan du possible.

Seul mon nounours se souvient que je sus pleurer.

Le plaisir est plus grand pour celui qui peut le regretter, il sait quel prix il acquittera pour cela.

La vie ne s’économise pas, elle s’utilise ou se perd.

Ce qui est étrange est que la peur de savoir ne m'effraie pas, au contraire.

Bientôt il y aura un ministère des loisirs forcés.

Un tueur en série distrait la société lui faisant s’oublier, s’oublier sous elle.

Le salut est douloureux quand il est accessible !

Avoir des enfants est plus souvent se répéter que se prolonger.

L'âme lucide espère plus du dernier cri que du premier soupir.

Si la victime est sans réaction c’est qu’elle sait que sa mort lui ressemble.

La folie ne hurle pas, elle murmure...
Je sais ! Mon bon goût me perdra...

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 05:44

 

18, d'ordinaire c'est l'âge de la majorité, en ce qui concerne Amélie Nothomb celle-ci sera littéraire.

Ceux qui connaissent (qu'ils soient bénis) ce blog pourront se demander pourquoi j'évoque un roman à succès, pour ne pas employer un anglicisme, dont ils peuvent lire mille critiques ici, là, ou ailleurs. D'abord il se trouve que ce livre me fut prêté, heureusement, un excellent prétexte pour un de ces articles dont j'ai le secret, ensuite j'avais apprécié les premiers romans d'A.N. Puis, les textes se suivant avec une régularité marketing lassante, je n'y voyais plus que l'expression d'une d'incontinence littéraire, que je comprends d'autant mieux qu'il me semble en être atteint également. Amélie écrit, paraît-il, sans arrêt, sortant un sujet de récit d'un affect et ne propose à la curiosité des lecteurs qu'une partie de sa production, qu'en est-il du reste, le choix fait est-il le meilleur, impossible de répondre à cette dernière question bien sûr.

Je suis donc entré dans cette histoire en cherchant une raison de la reposer. Elle ne s'est pas présentée, sinon quel intérêt de le dire ? Lever la patte sur un auteur « mérdiatique » serait vain et je préfère parler de ce que j'ai apprécié, plus ou moins, la brièveté de ce texte expliquant peut-être que j'en sois venu à bout.


Le titre fait référence à Schubert, choix facile il est vrai, opter pour une « œuvre » des Musclés eut été un challenge plus méritoire à mes yeux, mais bon, on a les références qu'on peut.

Attention à ne pas me dire que je n'ai qu'à le faire, j'en serais capable ! C'est une menace à prendre au sérieux, et pourquoi pas un défi à lancer...

Je me suis éloigné du sujet, pas grave puisqu'il est difficile de parler de ce livre sans en dire trop, même si, dès le début, nous apprenons le sombre dessein du narrateur. Ainsi suivons-nous ce qui le conduisit à l'acte qu'il se prépare à perpétrer.


Roman censé conduire de A à Z, d'Astrolabe à Zoïde, il me semble être mené dans l'autre sens, le A symbolique final devant peut-être, dans l'esprit de l'auteur, signer amour j'en suis venu à la conclusion qu'il signifiait absence, le constat que le héros n'est que cela même s'il ne semble pas l'avoir compris.


Quid de l'auteur (à qui je suggère une prochaine œuvre) ?


 

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 06:08


 

Silence, premier témoin de la création, tu fus le commencement, tu seras la fin.

Tu es la vie, tu es la mort.

Léger, tu sais être pesant, voire lourd de sens.

J'aimerais te dédier un hymne, mais quelles paroles pourraient te louer !.

Ta discrétion n'a d'égale que ta puissance.

Ton frère, le calme, veut te ressembler.

Ta sœur, la paix, est toujours en guerre.

Tu deviens secret lorsqu'on veut te "garder". Échappant alors aux autres, tu les agaces.


On demande souvent, comme par hasard à ceux qui te méconnaissent, de te "respecter", voire de "t'observer"… ne serait-ce qu'une insupportable minute.

On ferait mieux de te prier, tel un Dieu.

Tu affectionnes les sables du désert, la haute mer, les abysses, les grandes plaines, les cimes désertes, les rivières, les forêts, le cadre choisi d'une abbaye cistercienne. Tu protèges et enveloppes, sans jamais les étouffer ceux qui croient en toi pour mieux habiter leur âme.

Tu as des amis plus modestes : les grillons, les oiseaux, le bruissement des feuilles, le clapotis des ondes, ceux qui font le chant de la Terre et qui, loin de te déranger, t'accompagnent en amis discrets, virtuoses chevronnés.

Partie intégrante de son rythme, tu fais respirer la musique, et, sans toi, aucun instrument ne saurait s'exprimer dans une parfaite plénitude.

Tu as hélas de nombreux ennemis : le verbiage, le vacarme des moteurs, les cris, les querelles, de prétendues musiques, les fusils, les canons, tous ceux qui craignent de te rencontrer… Entends-tu notre planète, cet immense théâtre d'horreurs, crier au seuil de l'apocalypse, dans le fracas des bombes : "silence, je tourne"… ?

Bienheureux les malentendants, ton royaume leur appartient !

On ne te gagne pas, on te mérite.


Ignorant ton éternelle disponibilité, certains veulent "t'acheter" sans doute parce qu'on leur a dit que tu valais de l'or !

Je me souviens de cette première nuit en Chartreuse où je venais de quitter la ville. Sans me prévenir, tu as empli ma demeure. Comme je ne te connaissais pas, un instant j'ai eu peur. Depuis, fidèle ami, mon amant, tu ne me quittes plus.

Chaque soir, je n'entendais pas venir ta petite complice, féline, délicate et soyeuse, jusqu'au moment où elle posait son doux menton sur le dos de ma main pour murmurer en ta compagnie son air favori, intarissable et lénifiant.

Lorsqu'il n'y aura plus que la nuit, ornée de sa grande lettrine, tu seras encore là, sublime pour toujours.


Jacques APPAR

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:29
L'Âme de l'Enfer - 06 
 

                                                         07

Comparer l’inconnu à un papillon peut faire sourire, comment ce qui s’est nourri de tant d’horreurs pourrait-il incarner la beauté ? N'en est-il pas l’inverse, une puissance obscure et destructrice. « C'est le mal » dit-on sur son passage, une notion qui ne les concerne pas, lui est en deçà, les autres sont au-delà ! Un prédateur est-il maléfique ? Ces choses dans les baraquements sont matière. Il s’éveille, les mots structurent ses pensées, le monde se précisant lui renvoie sa réalité.

Quelle différence entre gardiens et prisonniers ; lui et eux ?

Est-ce le moment de s'interroger, le lieu, et cette enfant qui l'observe. Pour lui la nuit n'existe pas, il y voit parfaitement, elle sûrement pas.

Un trouble nouveau l'envahit, le cœur qu’il n’a plus voudrait battre, trop tard pour apprendre, un sentiment inutilisé s'éteint. Sait-il ce qu’il ressent. Une attraction qu’il ne peut nommer, comme un monde espéré, enfin proche mais inaccessible. Un regard immense, des yeux lumineux qui l’obligent à baisser les paupières, pour la première fois.

L’adversité fut pour lui source de satisfactions innombrables, cette fois ce n’est pas un ennemi qu’il découvre, c’est pire. Il cherche la haine, le rejet et ne trouve que curiosité, se peut-il que dans l’océan de haine qu’est le monde se trouve une île de lumière. Sa malédiction fut de s’en approcher pour la sentir reculer, s’allier à l’horizon et disparaître, le regardant s’épuiser sans pouvoir renoncer, cherchant en soi des ressources pour se traîner où la raison voudrait qu’il renonçât ? Comment renoncer, il ne sait pas mourir, la sortie dans son dos est refermée. Continuer, désespérer, retrouver la force d’un pas de plus. Il n’en est pas là, son esprit lui montre un futur improbable, ce qu’il désire c’est cela, s’épuiser, faire d'un instant une souffrance, un échec rassurant, confirmant la supériorité du destin, lui le subit sans l’influencer. Il pourrait partir, laisser ce regard trop pur le suivre, le brûler, il pourrait… Mais il ne le fera pas, sûrement pas. La chance s’offre d’une autre voie, les horreurs passées sont impardonnables, ce n’est pas une raison pour les récupérer, pour vider les poubelles de sa conscience et rechercher des restes de restes. La compassion est inconnue au bataillon, des morts jalonnant son chemin il ne retient rien, le remord serait une chance, un signe de conscience, il ne peut se forcer, pas même face à… Que ferait-il alors ? Question vaine, ce qu’il sent est un pouvoir sans limite, non que ce dernier grandisse, en tournant son attention vers lui il le découvre, en perçoit la faiblesse. Celle du moment, d'assimiler ce qu'il dévora, éveillé il emportera tout sur son passage. Une faiblesse, une seule force également, équilibre parfait, une force tapie au cœur de chaque chose sans qu’il puisse préciser, ces mots expriment ce qu’il ressent, un moule imprécis, incapable de détailler, de s’approcher, donnant une idée générale, la réalité dense d’un pouvoir dont les limites croissent avec l’univers.

Heureusement il ne comprend pas tout ce qu’il dit.

Pour l’instant !

Les regards transpercent le temps, se cherchent, tenaillés par la peur de se trouver, angoissés de se découvrir dans les yeux de l’autre. Il ne sait plus reculer, la haine reflue. Que faire ? Aboyer un ordre, bredouiller des paroles sulfuriques ?

D’une dernière braise peut surgir le feu salvateur, non pour assurer la continuité de la vie mais pour que le néant l’accepte. Une dissolution sans absolution, le néant comme seule chance d’être différent.

Ambiance étrange d’un monde d’ombres, théâtre à l’intérieur duquel s’agitent d’informes silhouettes, voilà que deux s’arrêtent, se font face, pire, se comprennent, s’apprécient. Les opposés se rapprochent dit-on, jamais exemple plus fort n’existera que celui-ci.

Il voudrait… Mais il ne peut plus. L’odeur de la mort ne le dégoûte pas mais cela pourrait arriver, l'atroce devrait faire vaccin, repousser les pensées agréables, les promesses d’un monde meilleur. C’est un piège, il fait face au pire monstre qui soit : un masque de pureté ! l’insupportable clarté de la vérité ?

Mots qu’il découvre, dangereux par ce qu’ils dessinent, ce qu’ils esquissent, tout cela était prévu, il se croit libre, apte à ressentir… Illusion ! Qu’il fasse un pas et la laisse se tendra, qu’il ait un espoir, qu’il veuille parler et une force incoercible le tirera en arrière dans un ricanement de joie malsaine. La joie ne l’est-il pas toujours ? Ce qu’il connut fut-il différent, son plaisir quand il… Il…

Ils ?



Elle, oui… Le mot est plus joli.

                                        * * *

Où suis-je ? Qui suis-je ? Trop d’images dans ma tête, impressions qui m’envahissent, me dispersent, que m’est-il arrivé ? Comprendre ce qui s’est produit, où je me trouve viendra après. Organiser les mots, les pensées, choisir, ordonner. Je suis je. Le flot m’emporte, je le sens autour de moi, en moi, j’en fais parti, il ne me détruit pas, il me porte, me soutient et ne me détruira plus. Il aurait pu, je n’ai pas cédé, sans vouloir, je me souviens d’un choc, violent, je suis toujours là, un être sans nom ni visage, les mots manquent, cela viendra, je sais ! Patience, ne rien forcer, rester ouvert. Le temps a-t-il un sens ici ? Il est la surface sur laquelle je surnage. Je vois l’image, j’entends les mots, je perçois la violence qui m’emporte. Elle n’est pas hostile, force brute, utilisable si je parviens à l'absorber. Un pas, une marche, l’esprit sait avoir une destination bien qu’il ignore laquelle. Le temps est complice, pouvoir dont j’ai faculté d’utilisation si je l’assume sans reculer le moment venu. Les événements m’entraînent, ma mémoire est confuse mais rien n’est perdu, la connaissance est à disposition de ma volonté quand elle sera suffisamment forte pour la contrôler. Une grande puissance, une énergie à apprécier lentement pour ne pas me disloquer. Ce risque est une chance, il montre deux chemins, le plus brillant, mêlant chaleur et réussite, piège ; l’autre, sombre, tortueux… lui conduit à une vraie destination, promesse d’avenir. Prendre le bon, l’erreur ne m’emportera pas comme jadis. Je ressens les échos de chocs anciens dont les cicatrices sont autant de marques de regrets de situations que je ne voulus pas, chacune pouvant m’anéantir sans que je sois capable de les apprécier, cela valait mieux. Lucide, j’aurais renoncé au combat, le découragement prend celui qui constate qu’elle cime il veut gravir. Le chemin sera long, j’atteins au pouvoir le plus important, né de la lucidité, fille de la compréhension, les difficultés sont autant d’aliments suscitant en moi émotions et ressentis, un déferlement de forces dont je saurais me sustenter. Les mots sont jolis, doux, tentant, chaque pas à son sens, j’avance vers moi.

Moi ?

Je suis quelque chose ? Quelqu’un ? Je ne sais ni d’où je viens ni où je vais. Pas de choix, pas à moi de dire ce que je veux, de possibilité de trier, tout est à accueillir, je ne céderais plus à mes vieux démons, me laisser saisir par l’action, surtout ne plus penser ! Je me souviens de douleurs, il y a longtemps, j’étais un enfant… Maintenant ? Adulte, vieux… Pas de responsabilité du vouloir, emporté par le pouvoir de la conscience sachant sur quoi elle repose, de quelle puissance elle dispose. Je sais cela, et plus, presque trop. Ne pas me laisser subjuguer par des impressions trop vastes, des paysages si beaux que je voudrais m’y perdre, les intégrer pour toucher à un absolu dont je réaliserai trop tard qu’il n’est qu’un désert de cendres parsemé de mirages dont aucun n’est une réalité accessible, aimante.

Je suis, je pense, je sais ! Souvenir de cet enfant, loin et proche à la fois. Le temps est différent, j’en ai peu, je suis jeune par rapport à lui. Fait-il une différence entre ma naissance et maintenant ? Un espace réduit mais pour moi ce laps est immense. Je me sens comme ces poupées gigognes, mais inversées. Impossible de trouver le grand dans le petit ? Quelle importance, je ne suis pas dans le réel, je ne suis pas là pour faire cadrer mes impressions, mes souvenirs, mes pensées avec une réalité n’ayant plus de sens.

Sens ?

Que sont devenus les miens ? Combien en ai-je ? Cinq ? Non, plus, ce chiffre vient d'un symbolisme primitif, détail, regarder le réel, de ce présent, ce qui importe est ce que je sens, ce que je suis, là, maintenant. Difficultés attractives, raison de progresser, peu importe les errements, le doute. Résister à la tentation de renoncer, au découragement. Je peux faire mieux, pire.

Enfance ! la mienne : petit garçon dans la ville, des immeubles, des gens ne me regardant pas, que je ne veux pas voir. Honte, peur, refus de part et d’autre, un comportement apprécié, copié. Regrets ? Non, souffrances souvent, désir de mort, mais ce sont des impressions du passé, maintenant c’est autrement, et plus. Enfance ! petit garçon, un pont, l’eau noire, je passe souvent, la ville d’un côté, la nature de l’autre, une montagne, des arbres, des murs, traces du passé. Ruines, squelette d’un siècle que je n’ai pas connu… Souvenirs volés, entendus, des dessins, mais le pont est entre deux mondes.

Entre deux mondes ? Deux époques, deux vies, intermédiaire entre deux périodes que je peux comprendre, simultanément, retrouver le passé me donnera l’assise pour comprendre le futur. Je sais la logique de cette organisation. Comprise, la vie n’est pas hostile, à son élu d’accepter ses règles. Moi je les connais, je les apprécie, elles sont le squelette de mon existence, cette surface sur laquelle je peux tenir, sur laquelle je peux être, en méritant ce terme. Je sais l’enfance, ce petit garçon, je le revois sur une photo : hiver, manteau, un bonnet, une paire de lunettes, l’air de s’interroger sur sa présence, sur ce qu’il est et n’est pas. Je devine le rêve derrière ces yeux. Au réel hostile il abandonne un minimum et construit un palais idéal en son esprit. La perfection est un piège, vouloir l'incarner implique d'effacer les autres et leur monde fictif. Apparences aux comportements machinaux. Il aurait pu être ainsi, entrer dans son univers pour n'en plus sortir. Il faillit céder mais se retint à des images... Non ! Une seule, fillette aux cheveux noirs, si jolie… Elle l'accompagne quand il s'endort, lui permet de ne pas quitter la réalité des autres tout en vivant dans la sienne. Ainsi, fut-il longtemps sur ce pont. J’en sais l’importance et pourquoi cette photo est ce qui me revient en premier, symbole de ce que je suis toujours comme lui… Je suis lui, il est moi ! Le temps est une illusion oublier la violence de l’éternité, c’est voir un monde en deux dimensions, comme une psyché renvoyant des images sans profondeur ni perspective, un miroir de pensées refusant d’être digne de leur nature profonde.

Ces termes sont compliqués, je suis encore ce petit garçon, il est déjà moi, je vis en lui, une menace autant qu’une promesse. Entre les réalités tout est possible, la normalité n’a plus, ou pas encore, cours.

L’enfant, la nature, un parc immense, un massif montagneux, des murs, remparts d’un autre temps… Pourquoi en ai-je besoin ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand travail est à faire, je suis là pour cela. J’ai eu envie de dire non, de céder quand… Quand quoi ? Le rideau d’un beau rouge, sang, tombait lentement. J’ai choisis mon côté, sachant qu’en le laissant choir il m'isolerait des autres, je serais prisonnier des ténèbres. De l’autre côté est le chemin tortueux, la lumière, les regards, la présence qui me fait souffrir peut m’apporter la vie. Mélanger serait passionnant, laisser le rideau m’ensevelir, faire guillotine s’il a ce pouvoir… Me couper en deux ! Est-ce ce qui arriva ? Un peu d’un côté, beaucoup de l’autre. Rester sur ce pont est tentant, du mauvais côté, noyant mes pensées et mes espoirs dans la surface molle d’un suaire tissé de lâcheté, de peur, de renoncement et de servilité, faisant semblant de désirer ce à quoi j’aurais renoncé, idolâtrant le mur me séparant de la vie, de moi-même.

Est venue l’heure du choix. Retrouver des images, des émotions… cet enfant ? Je n’ai plus rien à lui demander, il m’a tout dit, plus de secret entre nous et je lui dois beaucoup. Il me nourrit et je lui apporte la paix qu’il attendait. La force de l’espoir vient de la souffrance qu’il génère, de ce qu’il fait sortir de soi. Violence, torture, douleur ; j’ai voulu souffrir, me suis nourri du martyr, ai détruit, fait mal, joui du mal infligé. Retournant l’arme contre moi, le sang coula, pulsion destructrice, que reste de moi une flaque malodorante. Ma force fut insuffisante, je me mutilai pour ne pas me détruire en lacérant mon esprit. Mon corps aurait-il survécu ? Un légume attendant de pourrir, sans être ni vouloir, alors IL/JE aurait ouvert les yeux et la souffrance nous aurait emporté pour une éternelle malédiction.

Des mots, encore, une chaîne qui plonge dans un… Je le sais ! Plus de doute, l’importance est d’oser, elle plonge dans un puits !

Un puits ?

Lequel ?

Un puits est comme un pont en plus lâche. Rester où l’on est pour puiser ailleurs, le pont laisse la possibilité d’aller, soi, de l’autre côté.

Les deux peuvent ne plus faire qu’un. Là est le symbole, inutile de chercher une réalité qui serait plus qu’une illustration, donnant à une impossible réalité la puissance révélatrice dans mon esprit.

Symboles, union des contraires, accouplement à la progéniture riche et nourrissante. Quel être mythique se nourrit-il de ses enfants ? J’ai des difficultés avec les noms, encore maintenant, ici. Dire mon nom serait-ce m'éveiller ? Je sais quel puits de chair me vomit, m’expulsa couvert d’un linceul de glaire et de sang, d’un ichor délicat dont mes lèvres furent humectées, goût étrange que je n’ai pu oublier.

Plaisir des lèvres, rouge sur rouge, goût et dégoût, ai-je connu trop tôt la futilité d’un plaisir derrière lequel je n’aurais fait que courir ?

Réponse absente, dommage. Plus tard, bientôt, le temps n’a plus de sens, je puise dans le passé. La chaîne est lourde, le seau rempli d’émotions, d’images, de douleurs, chaque affect est une pièce de mon être, un peu de cette âme incomplète que je recèle, un trésor en forme de douleur, une souffrance en forme de lumière, palpitant dans mes doigts, brûlant mes chairs, dévorant mon esprit, le purifiant jusqu’à n’en laisser qu’une braise que le souffle de la vie anéantira pour une éternelle seconde.

Comprendre. Le puits est ouvert, une naissance, impossibilité de rester entre les deux, la mort pousse, la mort incite, devant c’est la vie qui sourit et son apparence est plus hideuse que celle dont c’est la raison d’être pour ces faibles esprits reclus dans leurs cavernes de rites. Autant grossir le barreau, autant mettre ses poings contre ses paupières, refuser la lumière est plus douloureux que l’accepter !

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 06:16

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 21:47


 

Errant, tel Ahasverus, je découvris sur le blog de Catherine un défi : "Littérature policière sur les 5 continents", bien qu'intéressé j'avoue avoir tardé à y participer, c'était donc un défi lent (je sais, c'est nul, mais malgré une longue rééducation dans un institut spécialisé je ne peux me retenir !). J'ai lu des centaines de romans policiers il y a quelques années et ce genre était sorti de mon coeur de cible, raison de plus pour y revenir, le genre ayant évolué et de nombreux auteurs ayant fait leur apparition.

Je fréquente les bibliothèques et profite des livres que l'on me prête ; autrefois mes piles de bouquins approchaient le plafond, désormais je suis plus sélectif, peu de livres méritant, à mon sens, d'être relu, quand je reste sur une bonne impression j'ai peur qu'une seconde visite ne me déçoive.


Difficile de faire un choix dans la production des polars disponibles, celui fait ci-dessous est sous réserve qu'entre-temps je n'en découvre me concernant davantage et me paraissant plus (in)digne d'être portés à l'attention générale.


Europe : La Malédiction de Constantin - Mine G Kirikkanat (Turquie) (je sais, la Turquie est à 99,9 % en Asie ! J'en choisirai un autre, promis)

Amérique : Toute la mort devant nous - Sandra Scoppettone (USA)

Asie : La Chambre rouge - Edogawa Ranpo (Japon)

Océanie : Le Gant maudit - Ngaio Marsh (Nouvelle-Zélande)

Afrique : African psycho - Mabanckou Alain (Congo)


La curiosité me prenant qui sait si je n'en rajouterais pas d'autres...

Reste à les lire, ça ne devrait pas être trop difficile !


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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 06:07

 Chung Kyung-wha

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 05:42

 

Le hasard étant malin comme il se doit j'eus sous les yeux un livre intitulé : Question de l'être et beauté féminine, suivi de Comment errez vous ? Curieux de nature je pris l'ouvrage et lu une brève bio de l'auteur : Normalien, Jérémy Nabati enseigne la philosophie au lycée.


Le temps suspendit son vol, allais-je sur cette seule phrase (presque menaçante) reposer le livre et me replonger dans la lecture de Mes voisins les Yamada qui n'a rien à voir. Que nenni, j'ouvris le roman et commençais à lire. Bien m'en pris puisque je tombais sur un court roman (une qualité à mes yeux !) suivi d'autres textes allant de la nouvelle au poème, le tout formant un ensemble, plus ou moins cohérent, plein d'invention, de poésie, d'humour et de réflexion sérieuse, mais légère, une alchimie rare.

 

Aldo est en quête de l'idéal féminin (autant dire qu'il n'est pas arrivé !) et croit le rencontrer en la personne de Flora... Quel risque court-on à courir après une image et, pire, à la rencontrer ? Combien de temps peut durer l'hallucination et qu'arriverait-il si ça n'en était pas une ?

Marqué par Vian et Queneau (y'a pire non ?) l'auteur nous propose donc son premier livre et il est toujours intéressant d'assister aux premiers pas d'un auteur avec l'envie de le retrouver. Le deuxième essai étant souvent plus ardu à réussir que le premier.

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 05:31
L'Âme de l'Enfer - 05 
 

                                                  06

Est-elle encore une enfant ? En quelques jours il lui semble avoir vécue plus qu'une vie, passant du bonheur à la peur, éprouvant la souffrance et la faim. Et cette question : Pourquoi est-elle du mauvais côté ? Si les rôles s’inversaient. Nulle part n’est posé un sceau faisant frontière malgré ce qu’ils disent, tous. À croire qu’ils ne font qu’un.

Secret gorgé d’interrogations, et ce murmure... Pas une voix, pas un chant, un bourdonnement. Elle voudrait fermer son esprit puisque ce ne sont pas ses oreilles qui la trahissent, pleurer, demander, courir… Son corps lui fait mal, ses yeux faiblissent, elle tremble d’épuisement mais en elle persiste une lumière qui ne s’éteindra qu'étouffée par les circonstances, jamais parce qu’elle aura renoncé à se tenir debout.

Des femmes monologuent, les hommes marmonnent, tant de bruits, d’occasions de se soulager, dans un soupir ou un cri, de raisons d'oublier sa pudeur, crainte cherchant à imposer le mutisme. Ne rien dire mais continuer à penser.

Elle pense, donc elle est, comme aurait dit quelqu’un dont elle ignore le nom, surtout ne pas jouer sur les mots, ne pas dire : Elle pense donc elle hait, la première proposition serait effacée par la seconde.

Quelques heures de sommeil, de quoi tenir, un jour, un jour encore. L’esprit ne voit pas au-delà, retrouver son grabat est une victoire. Les locataires des baraquements changent souvent...

Le soleil s’approche, le sommeil s’estompe, elle s’habille doucement, enfile ses chaussures à semelles de bois et glisse, pour faire le moins de bruit possible, vers la porte. La journée sera pénible, la chaleur n’en sera pas seule coupable. Elle aperçoit une silhouette, retient un sursaut. Satan contemple son œuvre.

                                        * * *

La peur est un univers sans limite, le regard de l’autre devient insulte, penser tourmente. Sa différence se lit sur son visage, chacun doit savoir ce qu’il fait. Mais non ! Rien n’a changé, c’est sa honte, le mot est juste, honte de trahir, de mentir et de rapporter ce que font ses compagnons d’infortune. Aucune illusion sur un traitement de faveur possible, un sursis, un travail moins pénible, apparence, il ne peut en être autrement sinon chacun se douterait de son rôle en fait s’il trahit c’est lui-même, contre un passé en lequel il ne se retrouve plus, un coup d’éponge sur un tableau qu’il veut retrouver vierge afin de lui imposer de nouvelles définitions, un nouvel espoir.

Espoir ? Il sourit de ce mot en regardant autour de lui ces formes en lesquelles il se reconnaît. Même visage, yeux, silhouette, là est la volonté organisatrice, réduire chacun au minimum qu’il partage avec tous. Qu’aucune différence ne soit plus visible, jamais. Il sent cela et sa souffrance grandit au point de devenir une amie. Il entend les conciliabules, les plans pour s’évader, le tunnel qu’il faudra creuser, comment évacuer les déblais, étayer la galerie, comment… Dispositifs compliqués dont l’intérêt est de masquer le sourire de la mort, un départ pour une autre partie de ce camp dont nul ne revient jamais.

Les rumeurs circulent, se contredisent. Comprendre est superflu, rêver incarne un impossible avenir.

Les murmures se tarissent à l’indication du surveillant placé près de la porte, une visite surprise peut survenir n’importe quand, une fouille apportant un surplus d'angoisse et le sourire sur la face des soldats.

Alors qu’une ombre passe devant les baraquements une autre s’impose, elle aussi souriante, sachant combien de haine se déverse sur elle. Ce serait si facile de s’unir, de sortir bâton et ongles, d’oublier les rêves pour détruire celui que chacun connaît comme le responsable de tout cela. Le commandant du camp, l’architecte, le concepteur dont on murmure qu’il procéderait à d’infâmes tortures quelque part. S’il osait voir la situation, pense-t-il, aucun ne le supporterait. Lui-même doute et craint une confrontation écrite depuis toujours. Pourquoi ne tentent-ils rien ? Devinent-ils que ce serait vain, ou pire : révélateur d’une insoutenable réalité. Comment s’adapter à un ennemi que rien ne peut abattre, vraiment rien ? Une balle dans le cœur ferait grandir son sourire. Une plaie qui suppurerait à peine, aucun sang ne coulerait, la balle disparaîtrait, la terreur ressentie par les victimes serait d’autant plus grande que s’affrontant à un pouvoir que les mots ne peuvent circonscrire. Du gouffre l’ombre s’animerait d’une présence nouvelle, une puissance primordiale. Se nourrir de mythologies est une chose, croire en dieu ou au diable, en parler entre soi, murmurant d’archaïques prières ou invocations, ça en est une autre de rencontrer le mal incarné ! Quel croyant supporterait la confrontation avec sa foi si elle consumait apparences, mots et attitudes ? Croit-il en mieux qu’un mirage généré par incapacité de supporter la réalité ?

Il sait les interrogations qu’il suscite, cela ne relève pas de l’humain mais de l’animal. C’est le chien sur le dos en signe d’allégeance, c’est la proie qui, ne pouvant fuir, fait le mort. Pas de réflexion, de lucidité, aucun ne porte en soi la capacité de sortir d’un jeu d’images dont il est une parmi d’autres. Pas de différence entre victimes et bourreaux. Pantins au service d’une cause qu’ils ne comprendront jamais parce que rien en eux n’est assez solide pour admettre un tel savoir. La croyance s’impose quand le savoir devient inaccessible.

Tranquille il va son chemin, ces haines, peurs et agressivités sont nouvelles pour lui, non par leur violence mais par la compréhension qu’il en a. Lui qui vit tant de morts, tant de douleurs commence à maîtriser son désir intransigeant, à entendre un ordre dépassant sa personne. Un changement l’autorise à poser un regard clair sur ce qui l’entoure. Ce camp, cette guerre, tout cela n’a qu’un but : assouvir un appétit féroce. Sa lucidité viendra de l’apaisement de cette faim.

Maintenant pourrait-il souffrir ? Éprouver le passage du temps et sa raison d’être sont des nouveautés, le plaisir n’est plus où il le prenait, la violence et la rapacité n’ont plus de sens, dans quelques heures il donnera l’ordre de boucher le puits, rien n’en sortira plus.

Des mots courent dans son esprit, moments étranges, souvenirs de vies d’avant, d'autres époques, force invincible dont il perçoit la réalité intime. Lui-même ne saurait dire le nombre d’années écoulées depuis qu’il chemine. Il a vu tout et plus, la naissance des civilisations, leur essor puis leur écroulement. Ce qu’il vit, si ce mot a un sens, est l'agonie d’une époque, pas la mort du temps, la fin d’un cycle, l’approche d’un risque dont il se sait porteur.

Sa mémoire grouille de mille et mille images, que de romans il pourrait rédiger en puisant à l’encre de son passé. Craindrait-il une découverte, de s’arrêter sur son passé pour en lire le sens ? Il ne fit que courir pour remplir une mission, le temps ne comptait pas, ce chemin s’achève, son utilité va-t-elle subir ce même sort ?

Aurait-il peur… Et de quoi ?

Ce sont eux qui ont la meilleure part, victimes promises à une pénible agonie avant de disparaître en fumée pour ne laisser qu’un nom que la mémoire retiendra comme on se fixe sur hier pour refuser demain. La mort nourrit la vie. Cette dernière le sait bien.

Qui dans ce camp est vivant ? Ou quoi !

Il est l’ouvrier d’un projet, d’un désir, qui n’est pas le sien.

S’arrêter et chercher. Il découvrirait des perspectives nouvelles, des chaînes à ses pensées, ses désirs. Ses ? Possessifs hors de propos, il n’a rien voulu ni désiré, agissant sous l’emprise d’une force patiente qui se relâche d’elle-même. Elle se prépare à évoluer, à s’imposer d’une façon qu’il ne comprend pas encore.

Un lépidoptère ; la chenille rampe avant de générer la chrysalide sous la protection de laquelle un bouleversement s’opère. Un papillon va naître, incarnation de beauté et de fragilité. Est-il cela ? Aurait-il pu dire non ? Il se veut au-dessus de ce comportement veule et accepter sa responsabilité. Il a griffé l’histoire, labouré le temps de ses serres sanguinaires avec un zèle sans pareil pour fuir la vie, trace de lumière si proche. Un reste d’âme, source d’une souffrance inextinguible.

Les mots glissent entre ses doigts, pensées floues, incontrôlables, papillon dans le papillon, chrysalide dans la chrysalide. Que s’active la force qui le tient et jamais il ne lui résistera, il dispose d’un répit pour comprendre et agir. Le pire des pièges, celui qui fait tomber vers soi, une espèce de chute en hauteur.

À ce point de ses réflexions il croisât le regard de l’enfant.

                                         * * *

L’ombre peut-elle mêler froid et chaleur, sait-elle combiner les antagonismes ? La vie est-elle autre que cela ? Affrontement de forces n’existant qu’ensembles ?

Une enfant ne peut utiliser la vocabulaire nécessaire pour extraire de son esprit la peur qui y palpite ou les pensées affleurant à la surface d’une conscience peu marquée par le temps, non vierge d’expérience désagréables mais sans que celles-ci aient été, déjà, destructrices. La souffrance est utile quand elle lézarde la coquille de la routine, des apprentissages reposant sur la peur du temps qui passe et un désir intérieur d’exister par soi-même.

Elle voudrait se dire cela alors que l’homme s’est arrêtée, elle pense homme en sachant que c'est faux. Un être sans âge, des traits lisses sur lesquels le temps aurait refusé de passer, par peur ou par honte. Il lui fut montré, soulignant qu’il aimait se promener et choisir une proie. Bourreau, monstre, incarnation du mal absolu, les qualificatifs ne manquaient pas et avaient l'avantage de se recouper. La même répulsion instinctive, et pourtant la peur s’imposait à la haine. Elle se rappelle l’avoir aperçu, de dos, la première fois, alors qu’il s’offrait. Aucun gardiens pour le protéger d’une attaque décidée et suicidaire, elle eut cette envie de se jeter sur lui, regarda ces adultes parlant, souffrant, mais incapables d'agir, rien n’aurait changé, nul ne fit un geste, les pensées refluèrent aux tréfonds d’esprits tanières, d’âmes cavernes. L’expression vint spontanément. Fascinée par le passé elle avait construit une grotte pour ses poupées, les posant, assises, les yeux clos par peur de la lumière. Elle l’avait sentie sans regretter une image qui lui revenait avec d’autres alors que l’être s’était arrêtée. Pas de nom, de prénom, on disait « il » sans majuscule mais avec une terreur qui l’eut justifiée. Elle chercha en elle une haine suffisante pour oser quelque chose, l’enfance à parfois des courages que l’âge, ensuite, contient. Trop de réflexions, non pour se trouver des raisons d’agir mais pour excuser leur immobilisme, dépassant l’espoir pour construire un château au futur, postérieur à l’acte, somme des erreurs et des échecs, indication qu’il était vain de tenter quoi que ce soit, l’action aggraverait les choses. Les mots couraient, son cœur battait plus fort, une chaleur l’envahit. La nuit se fit plus sombre, les nuages parurent recouvrir la terre, effacer les traits, les uniformes, noirs ou rayés, rapprocher les âmes par des silhouettes confuses.

Elle ferma les yeux, senti fléchir ses genoux, se recula pour s'appuyer à la paroi de bois, ses doigts cherchèrent une prise, ne trouvèrent que le contact rugueux du réel, ce qui l’avait fait ciller était invisible, une présence sans trait. Percevait-elle cela en elle, ou ailleurs ?

Ailleurs ?

Comment aurait-elle pu ? Les privations, la difficulté de survivre, l’étrange pitié dont elle avait profité. Elle dormait, un cauchemar s’amusait à ses dépends, travestissait l'insupportable réalité. Elle s’enfouissait dans un délire plus profond que la rêve. Elle avait vu la folie survenir chez certains qui soudain refusaient de bouger, l’esprit cédait, implosion mentale entendit-elle proclamer sans comprendre ces termes. Une enfant ne peut saisir celle, elle ne le doit pas.

Interdit !

Un autre souvenir… Une tante à laquelle elle avait dit que d’ici deux jours elle serait morte. C’était sorti sans préméditation, elle ignorait en parlant le mot que sa bouche articulait. Sa vision s’était réalisée, les regards de ses parents s’étaient fait craintifs, elle entendit parler d’un don, rien ne revenant elle oublia l’incident.

Qu’est-ce qu’un don, ce pouvoir de lire la mort, car en y repensant… Mais non, elle délirait, les phrases perdaient leur signification dans un esprit les regardant couler, espérant que ce soit ainsi sans parvenir à influencer la réalité. Les images restèrent précises, la peur résistait, évidence d’une lucidité implacable.

Elle releva les yeux, jamais elle n’avait vu une telle nuit, l'obscurité s’incarnait dans le réel, se nourrissant de l’air, le repeignant de sombre pour tout effacer alors, les yeux devenus inutiles, le temps de la vraie vision surgirait.

Un autre souvenir, petit jeu genre colin-maillard, bandeau pour ne pas tricher, marcher lentement, deviner les obstacles, écouter, ressentir l’impact d’une voix, dépasser les mots pour découvrir l’autre face de la réalité. Elle hocha la tête, était-ce le moment de chercher d’aussi étranges images ? Pourquoi revenaient-elles, quelle relation avec cet homme, car relation il y avait, cette ombre du réel dont elle ignorait la voix puisait en elle des souvenirs lointains en regard de sa jeunesse. L’ombre attire l’ombre comme la lumière attire la lumière, dans la nuit la plus profonde les deux se rejoignent en une union contre nature, humaine peut-être.

La peur disparut, l’aversion ressentie pour le maître du camp fit place à la curiosité, d’abord pour le changement ressentit, ensuite pour cet homme qu’elle devinait derrière la nuit, dissimulé derrière un masque si sombre que seule l'absence de lumière permettait de le révéler.

On lui demanda de renter, impossible, ses forces suffisaient à ne pas agir, pas l’inverse, d’un appel qu’elle entendait, non plus celui d’une mort voulant prévenir mais d’une vie cherchant à communiquer.

Elle sourit et l’obscurité se lézarda. elle entendit parler de forces mauvaises, de l’attraction du serpent sur la proie qu'il va absorber.

Était-elle l’oiseau ou le reptile ?

Les deux...

Elle sourit, la nuit trembla, une main prit la sienne, elle se dégagea. Un gémissement la troubla, une voix qu’elle reconnu, la sienne.

Et si, pour une fois, une unique fois, l’oiseau absorbait le serpent ?

La saveur de la lumière passe difficilement pour celui qui réalise qu’il courut longtemps derrière ce qui était si proche.

Il devine des regards, la crainte dont il fait l’objet. Il y a peu il aurait imaginé avec plaisir la mort de ces créatures. Ce n’est pas qu’il en soit à la compassion, plutôt une indifférence intermédiaire, ceux qui ne lui servaient pas n’eurent jamais d’importance à ses yeux. Abrité derrière ses pensées se tendaient des fils étranges manipulant un pantin heureux de courir, de détruire, de s’asperger de sang. Il sourit en se remémorant des passages violents de son existence, moments de jubilation lors de massacres sans nombre, abreuvant la terre de vies ainsi justifiées. Ici son désir fut différent, tuer était insuffisant, détruire, effacer, absorber. Il prit les proies qui se présentaient, pour lui l’un vaut l’autre et s’il pouvait les détruire tous il en serait satisfait, éliminant jusqu’au dernier prisonniers et gardiens. La Terre était un paradis avant qu’un primate ait l’idée de se dresser sur ses pattes arrières. Jamais un mouvement n’eut pires conséquences.

Rien n’est éternel. Ce qui naquît mourra. Son interrogation le concerne ; lui, restera-t-il prisonnier de son incapacité à mourir, de ce qu’il prit pour un avantage et qui serait la pire malédiction. Au fond il soulage à ses victimes, en les tuant il leur évite l’enfer de l’existence !

Pensées futiles face à l'ombre qui se rapproche. Souvenir à récupérer, la faiblesse comme une qualité, un sursaut, le dauphin remontant à la surface pour respirer avant de retrouver les profondeurs où lui-même ne supporterait plus la pression, son esprit ferait place à cette force insidieuse. C’est l’explication, pas un sursis mais la préparation d’un changement, le papillon émerge lentement, réserves consommées, au sortir de sa protection, épuisé, il devra attendre avant d’agiter ses ailes que celles-ci sèchent, il frémira de sentir l’air libre, un temps d’émotion avant de s'envoler vers un incroyable destin.

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 05:27

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