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Tant de pages ! Les pierres du mur derrière lequel je me cachai, je dus en rajouter à
mesure que je grandissais pour m'abriter.
Un cœur qui bat surmonte tout. Ma geôle avait trois côtés, ’enfant m’interdisant de
reculer. J’espérai le ciel sans voir le gouffre sous moi, mon attention se portait où je savais nulle sortie possible. J’ai couru pour revenir à mon point de départ.
J’ai vécu par personnages interposés, surtout un policier, expert en enquêtes mystérieuses,
malsaines, des qualificatifs qu’il appréciait. Il avait choisi le bon camp, libérant ainsi ses pulsions sans culpabilité, il triomphait de ses ennemis en étant pire. Il vécut nombre d'aventures
avant que je ne l'abandonne afin d'user du JE. Il revint dans les premiers volets du triptyque évoqués plus haut. Affrontant son passé
alors que je n'osai le faire, il le condamna avant de connaître un sort funeste mais temporaire. La réunion reste à organiser, lui, l’être des camps de la mort et moi : La
Trinité ! L'écrivant je le réalise, il était temps. Leur fusion serait transcendante.
L’esprit sait vaincre le temps, l’incarner en des êtres improbables lui évitant de
comprendre, puis s'efface l’illusion, la réalité appelle les vivants. Gabriel embouchera sa trompette au moment du Jugement Dernier sans prévenir, c’est sympa, mais, aujourd’hui, qui accepte la
vie au point de pouvoir l’entendre ? J’ai l’impression qu’il sonne déjà.
Symbole dont je crains de comprendre le sens. Mégalomanie, délire persistant ?
Peut-être, je préfère la folie à la connerie et quand je regarde le monde autour de moi je n’y vois pas trace de raison, alors… Qu’importe si mon ambition dépasse mes moyens, elle me fait vivre,
me procurant sensations et émotions que peu comprendront, ma vie m’appartient et jamais je ne céderai à l’appel des sirènes. Leur piège c’est la normalité, en deux mots c’est
pire !
Les mots trahissent la pensée, je sens la pierre sous mes doigts, ce n’est pas un hasard si
les murs de ma chambre sont dépourvus de papier peint, j’avais besoin de la nudité juste peinte, à l’image de nos ancêtres des cavernes, de mes ancêtres du présent. La lumière les effraie, ils
reculent, régressent, se perdent. Quelle part de hasard dans mon existence, de tests sélectifs ? Je vois ainsi les chocs que je vécus. D’autres les regardèrent, les adorèrent jusqu’à devenir
leur propre victime, une plaie suppure vite lâcheté et peur. Ai-je dépassé les autres, la Passion pour, dans le silence du tombeau, découvrir la résurrection à venir ?
Je sais, c’est littéraire, tant mieux si ça semble faux, faux… Je l’entends… Que m’importe
si nul(le) jamais ne découvre ces phrases. Non, je mens, je crains leur acceptation, j’aime l’utilité anonyme. Chez certains indiens c’était une qualité. Je me vis dans un regard au point d’en
être humilié, de ressentir pour la première fois la honte de n’être que « ça » ! J’ai envie de le retrouver, différent. J’aime cette vision d’un chemin foulé par beaucoup
d’esprits, avançant je vois de moins en moins de traces. J’ai peur qu'un jour il n'y en ait qu'une et de sentir en moi la force de fouler un sol vierge, de découvrir, à travers mes yeux ce que
tant d’autres attendant de regarder.
Mé-ga-lo-ma-nie (sur l’air de Méditerranée par T Rossi).
L’horizon recule, le bord du monde existe, de mon monde.
Comment prouver que ces mots ont un sens, même s’il n’est pas celui que j'attends ? Je
me suis nourri de mes émotions négatives. Elles sont des réalités électrochimiques comme un orage dans un ciel trop clair, une énergie devant s’évacuer. Le cerveau est un univers en soi, nous
n’en savons pas plus sur lui que sur l’autre, que sur les autres, équidistant de l’infiniment grand et de l’infiniment petit il peut les comprendre et les admettre. Une pièce d’un puzzle manque,
noire sur fond de nuit, en apparence inutile, et pourtant son absence fixe l’attention et rend impossible la compréhension. Je suis face à cette image, redoutant de découvrir la dernière pièce
dans ma main, de me voir la mettre en place et de me reculer pour la voir. Le bord d’un monde... Les mots sont des lambeaux de bandelettes que j’arrache, j’ai mal de réussir, envie de nudité,
plus tard un autre dépassera mon empreinte, le flambeau se transmettra.
Tuer aurait été banal ! J’aurais voulu faire plus, mieux, pire, la barre est haute. Le
ciel s’est ouvert, le sang sèche sur moi, une croûte dont je me débarrasse. L’imagination autorise tout, en mieux, la réalité eut été d’une infinie tristesse, moments de rage, de plaisir infini,
de désespoir sans nom. Rien de romantique dans l’âme de celui qui doit tuer encore, en tremble de dégoût et d’excitation, il sait qu’il a tort mais qu’il est trop tard. La porte a claquée dans
son dos.
Qu’aurais-je ressenti ? Je m’en fous !
Un souvenir, un homme devant moi, nous sommes sur un quai, l’eau est en contrebas, la rue
est déserte, je me rapproche, la nuit tombant tôt en février, déjà… Coïncidence ? Je comprends par les mots, dans le feu de l’action. Bref ! la rue, le type, quelques pas, un flot de haine
me submerge, je lève mon arme, une masse à manche court pour tenir dans la poche d’un manteau. Le choc, le bruit, le cri étouffé, le corps qui s’effondre, un rideau qui s’arrache. Je passe d’une
chaleur infinie au zéro absolu. Mon désir de mort faillit s’imposer, faillit seulement. Est-ce le moment de naître ?
Je suis scié ! Un effort bonhomme, on est pas rendu.
Passage à l’acte imaginaire, soulageant une tension sans autre voie d’évacuation, écrire, à
l’époque, m’était difficile. Difficile de reprendre pied, mes pensées m’échappent, s’imposent et ricanent sur le papier.
Un cadavre devant moi, instant souvent repris, par plaisir, maintenant je sens le poids
d’une lucidité galopante, on dirait une maladie. Je n’ai plus envie de poursuivre cette séquence, je comprends son message.
Je dis la vérité sans la comprendre sur le moment. Comme cette première lettre : « une
image devient toute la réalité… », c’était vrai.
Entre autre, je digère le choc, merci.
Dresser la liste des idées violentes que j'eus est superflu, à découvrir, ou recouvrir,
massacrer, violer, disperser… Un jeu trop simple est sans attrait. Décrire mille crimes ? Je sais le faire, technique maximale et imagination minimale, des milliers de pages portent les fruits
blets de ces graines malsaines. Jamais je n’aurais puisé dans la mort d’un innocent la force de mériter la réalité. Celui qui est à tuer est en moi.
Une étape s’achève, une dernière empreinte, bientôt l’inconnu(e).
Les murs blancs et doux ne me protégeraient pas de moi-même, qu’importe la folie, je sais
danser avec elle c’est moi qui dirige.

Devant moi le ciel est d’un bleu profond, je suis bien sur ce banc, seul dans ce parc. Vide, froid, le réel s’estompe. À quoi bon animer encore ce corps inutile, ce cœur battant par habitude,
sans désir ? Mon esprit est las d’un combat incompréhensible, il désire fermer les portes, ne plus voir, ne plus entendre, ne plus bouger, ne plus… Hors de portée, à ce jour, des
explorations scientifiques, existe un petit groupe de neurones à l’intérieur duquel il aurait trouvé refuge définitivement. L’Amour me retint, Elle m’attendait. Je sais que c'est faux, j’avais
besoin d’un but hors de moi, envie de la revoir, déjà.
Quel mot définit cet état ? Catatonie je crois, l’esprit ne contrôle plus rien, reste
une plante anthropomorphe qui s’étiole lentement. Un état de la schizophrénie, grave sinon irréversible. J’aime cette idée de l’impossible vaincu, par Elle, impossible contre impossible. Se
sentir DEUX sans l’autre, ça c’est intéressant. Jolie litote !
Pourqu(o)i mon âme n’a-t-elle pas explosée, elle eut trouvé la paix.
Envie de souffrir ? Impression, en creux, de le pouvoir. De le
devoir ?
Dans quel but ? Personnel ? Non ! Pour quelle raison ? J’aime ce mot
janusien. Manipulation des termes en attendant le mien. Celui-là en a trois, de sens, y’en manque ! Le loyer à payer, la fin de la fin, la fin de la grossesse, la mise bas n’est pas loin,
est-ce à dire qu’au-delà du symbole mourir c’est naître ?
Catatonie, joli mot. Jeu excitant, le meilleur est de gagner contre l’ennemi puis de jouer
contre soi, à l’image du joueur de casino qui gagne la première fois mais perdra toujours ensuite.
Ne pas rejouer c’est gagner. Et pourtant les jeux de c… Ne manquent pas, j’en sais quelque
chose.
Folie ? Complice au masque flétri, symbolisé dans l’enfermement.
L’Enfer me ment ?
Asile, couloir, spectres en quête d’un esprit perdu à jamais dans les méandres de délires
insurmontables, je suis parmi eux, j’y étais en février 89, dans l’ombre des murs. Un lieu d’aide, de perte, on me tient en vie et j'ignore pourquoi. Les mots de sang courent sur les murs, je les
vois, je les comprends, je les aime maintenant.
Je croyais souffrir, la vie est pire, cet état d’absence appelle la mort dans ce qui remue
encore. Il est trop tard, réclusion à perpétuité. Mille chemins s’ouvraient, un seul de mauvais, celui que je pris.
L’imagination permet de deviner à quoi on échappe, pas ce qui vient. Y aurait-il un démon
attaché à mes basques, une poupée vaudou au fond d’un tiroir ? La pire paralysie est mentale, pas corporelle. Elle se nomme intégrisme, fanatisme, nationalisme...
Refuser est un grand pouvoir, ce démon est amical, cette poupée est une complice, en se
liguant contre moi ils m’imposent un effort plus grand, me permettront une découverte plus intéressante.
Les murs de ma chambre suintent le passé, il m’est arrivé de m’en éloigner parfois, ceux
dans lesquels je me retrouvais renvoyaient ma lâcheté et le sourire d’une geôlière ne peut le changer.
L’immeuble est séculaire, combien de vies y quittèrent-elles ce monde ou y apparurent,
fugacement ?
Une vie est une bougie, un souffle l’efface, la mienne résiste dans la tempête, c’est le
calme qui la menace. Elle se nourrit de l’air et si elle vacille elle refuse de céder. Je me suis ancré dans la Passion, dans la souffrance au point de croire que la normalité sera ma
fin.
Un ver et une étoile ? Non, une bougie et un soleil bleu, ainsi est la flamme la plus
chaude. Une lumière amoureuse d’un astre non pour s’y perdre mais pour s’y découvrir. J’ai voulu effacer mes désirs, mes rêves, ma personnalité, mon ambition. Que mon point de vue ne soit pas
partagé ne veut pas dire qu’il ne le sera jamais.
* * *
Des bouches avides, des formes rampantes surgissant du chaos, des fantasmes souriants,
gueules ouvertes sur des crocs brûlants, une langue bifide, curieuse et exploratrice. L’horreur est une matière pouvant produire une étrange beauté. Ma promise vêtue de noir, sa traîne poisseuse
de sang laisse une trace visqueuse et malodorante, un voile opaque dissimule son visage. Dans les ruines d’une église maudite j’avance vers elle porté par l’écœurement et l’excitation. Sur les
bancs de pierre des formes se tournent vers moi, des yeux morts ou crevés, bouches déformées, visages hagards, sourires se devinant dans le plissement d’un masque de cuir. L’assemblée me regarde,
m’attend, m’espère. Une place m’est réservée, quelque part, un autre viendra, je le verrai passer, c’est écrit. C’est tes cris ! Ces monstres sont sortis de mes contes, mélanges d’assassins
et de victimes, corrompus par une quête effrénée d’un plaisir suicidaire, je connais. Mes jambes sont lourdes, mes muscles répondent mal, ainsi débute la rigidité cadavérique. La mariée m’attend,
sereine près de l’autel parsemé de traces brunes que le temps ne veut pas effacer. Plus haut le vitrail principal a disparu, je distingue un ciel lointain, quelque chose attend que la voie
s’ouvre, ce n’est pas la nuit extérieure que je découvre mais l’obscurité du cœur de l’univers. En ce lieu des centaines de vies se perdirent, l’assemblée, déjà guettait le retour de son dieu,
d’autres refusèrent en sachant qu’ils ne survivraient pas à ce combat, qu’une fois la porte de bois refermée derrière eux nul n’en sortirait vivant. Ils donnèrent leurs vies sans comprendre
pourquoi, animés par la certitude que ce qui attendait ne devait pas revenir.
M’approchant d’elle je perçois une fragrance curieuse, elle s’est ointe d’une huile
spéciale pour dissimuler son odeur je pense. Le recul n’est plus permis. Quelques pas, l’officiant surgit de la nuit, long visage maigre, regard sans vie mais sur les lèvres un sourire indiquant
qu’il sait, lui aussi, son vêtement tâché de terre m’indique d’où il vient.
Il m’interroge, ma bouche dit oui mais ce n’est pas ma voix, une main se tend, grouillante
de vers affamés, mais non, la peau est douce, tendre. L’alliance noire lui va si bien. C’est son tour. Elle répond, je n’entends rien mais la vois passer l’ombre à mon doigt. Je souris, ce n’est
pas moi, impossible. J’attends une douleur, que le cercle minéral consume ma peau, mais non. Nous sommes unis, l’audience sourit, l’ombre se fait plus dense, elle coule sur nous, je veux agir et
ne le puis. Je ne sais plus, j’espère une peur que je ne peux ressentir.
Elle s’approche, se colle à moi, je cherche le souffle de sa respiration, le mouvement de
sa poitrine, rien. Qui est dans mes bras, quel corps abject vais-je découvrir ? Mais quand la robe glisse c’est sur des épaules tièdes, une poitrine haute, un ventre plat, des hanches
larges, des jambes longues. Je veux maîtriser mes mains, retenir ma bouche, je ne peux pas, je ne veux plus. Elle me caresse, me pousse sur l’ancien autel, m’y allonge. Elle me déshabille, ses
doigts savent, sa bouche est sans fond, avide, sa langue tourne autour de moi, m’approche d’un plaisir que j’appelle et qui se retire au dernier moment. J’ai oublié le lieu, les regards. Est-ce
moi qui gémit ainsi ? Sensations oubliées, la nuit nous entoure et nous protège. Je vais disparaître en elle, tout oublier, ne plus être, un cri peut-être, un hurlement.
Celui d’un nouveau-né ?