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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 06:37

 

Titre original : Photo Finish (1980)

Traduction : Sophie Dalle

Paru le 30/09/1999

Éditeur : 10/18 - Collection Grands détectives

ISBN : 2-264-02927-7

 







Primitivement j'avais choisi un autre roman de Ngaio Marsh : Le gant maudit ! Ce dernier me passant sous le nez depuis un moment à la médiathèque je me suis donc rabattu sur Photo d'adieu du même auteur.

L'histoire est on ne peut plus simple, dans la lignée des romans policiers anglais à la Agathe Christie. L'inspecteur Alleyn, le héros de NM, et son épouse, sont invités dans une île néo-zélandaise par l'amant de la Sommita, plus grande cantatrice du monde, née Pépitone !

Sommita ça fait plus diva, cours, vole et reviens à nos moutons ! Donc le couple est convié à assister à un récital de la chanteuse mais également prié d'enquêter sur un malfaisant s'amusant à envoyer à divers journaux des portraits difformes de la vedette.

Comme il se doit une fois que l'intrigue se noue l'île se voit coupée du monde par une violente tempête, nous assistons donc à un crime en vase clos même si le vase est un peu large. Le cadavre de la Sommita sera retrouvé un poignard fiché dans la poitrine, une photo étant transpercée par la lame. L'intrigue est classique, la galerie de personnage complète, l'amant douteux, l'impresario soupçonnable, l'habilleuse semble taire quelque chose... Bref, chacun voit les feux de la curiosité policière se tourner vers lui alors que l'assassin est... découvert dans les dernières pages du roman où l'on s'aperçoit que le passé n'oublie jamais.

 

Une des dernières œuvres de NM je l'ai trouvé alourdie par un préambule trop long, des heros trop nombreux, dont la liste se trouve en début de livre, heureusement ! Des descriptions inutiles et des dialogues constituent la majeure partie du roman, gênant ainsi, je trouve, le développement des personnages.
Il n'est pas inutile de rappeler que Ngaio Marsh vit le jour en 1895, à Christchurch, et que son premier livre parut en 1934. Elle disparut en 1982.

Héritière du dix-neuvième siècle son style, au vingt-et-unième paraît daté, non qu'il soit désagréable mais il y a dans ces pages une odeur de poussière plaisante à petite dose et les fils de l'intrigue, de ficelles à l'époque, sont devenus des câbles.

Un autre regret, que la romancière n'ait pas puisé dans l'histoire de son pays et sa culture, mais peut-être le fit-elle dans ses précédentes productions. Je tenterais de trouver ses premiers romans afin de me faire une idée plus précise d'une œuvre que j'ai découvert en participant au défi : Littérature policière sur les 5 continents ! 

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 06:28

 

La pensée fait l'humain, nous sommes supérieurs !

Dit en se rengorgeant le René fier de lui,

Ma formule est magique et dissipe la nuit,

Dans laquelle l'animal restera inférieur.


Le primate prit son temps avant de lui répondre :

Tu dis vrai grand penseur, tu sais bien raisonner,

Comme tout ce qui est creux, je dois donc m'incliner,

Nous voyant côte à côte qui pourrait nous confondre ?


Tes réalisations prouveront ton génie,

Ta science pourra décrypter la nature,

Croyant l'améliorer, oui, tu en seras sûr,

Mais pourras-tu jamais effacer la connerie ?


Elle est consubstantielle de notre création,

Répondit sagement le métaphysicien.

Le quadrumane pensa : Substantielle, ça c'est bien,

Mais elle sera première en matière d'expression.




Le singe et le sapiens un moment se jaugèrent...

Se contemplant de près ils se virent parents,

L'humain est animal, le nier est imprudent.

Rigolards ils allèrent partager une bière !

 

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 06:20
L'Âme de l'Enfer - 15 
 

                                                 16

- Tu nous as fait peur !

L’air pur lui fait du bien, le paysage est magnifique, les arbres séculaires, les oiseaux dans le ciel, une nature qu’il connait mieux.

- Tu désires rester seul ?

- (un temps) Non, je le fus, et le resterai toujours. Depuis que j’ai rouvert les yeux je me pose des questions mais évite les réponses.

- Personne ne t’as dit ce qui s’est passé ?

- Non, je suppose que c’était fait pour.

- Oui, nous pensions qu’il te faudrait du temps pour récupérer et que j’étais le mieux placé pour en parler avec toi.

- Parfois il me semblait que tu me connaissais mieux que moi-même.

- C’est toujours vrai ?

- Non, et là encore je trouve une raison de cultiver les regrets, de regarder le passé avec envie. Le chemin est ouvert largement devant moi, je vois clair, loin, j’aimerais fermer les yeux, tout laisser tomber.

- Le cadre n’est-il pas magnifique ?

- Si ! Un cadre ! Que représente le tableau, sur quoi est-il est peint, cette toile sur laquelle le réel se forme avec une précision croissante.

- La réalité nous copie ?

- Nous sommes son chemin, elle s’affine, se précise, nous allons, cherchant le pourquoi, imaginant le comment et nous arrêtons. Tout cela est si complexe, trop pour moi.

- Tu te sous-estimes, rien de ce que tu ressens ne t’es insupportable. Un tribut à un fond de lâcheté, d’humanisme misérabiliste, un grain de poussière que le vent emporte, le désert n’est plus nu.

- Comparaison habile.

- Je le suis, l’avais-tu oublié ?

- Non. Pourtant, raconte-moi, j’ai joué mon rôle sans conscience, j’ai des images mais entendre les faits de ton point de vue m’importe.

- Où s’arrêtent tes souvenirs ?

- À la maison du dernier membre du club, celui qui m’attendait.

- Il t’attendait ?

- Oui ! Il m’a parlé en une langue oubliée que j'ai comprise. Je sais avoir hérité de la sauvagerie et des facultés de mon père.

- Tu es entré, j’ai attendu, écouté. Finalement j'ai appelé Wool, il m’a écouté sans rien dire ; je pense qu'il voudra en savoir plus. Tu aurais vu l'équipe d'intervention, comme à la télé, boucliers, masques, gilets pare-balles, tout l'attirail, disproportionné, après tout il n’y avait pas de crime commis, s’offrir aux dents de ses amis est-il condamnable ? Je suivais, cela m’a remis en mémoire certaines de nos enquêtes, l’ambiance était différente, trop d'incohérence entre les moyens et l’objectif, cent chasseurs pour un lapin. Un incident aurait pu dégénérer en tuerie, l’ambiance, d’étrangeté de cette maison, la nuit, les ombres, une mise en scène parfaite.

- Oh oui !

- Les fenêtres ont été brisées, les portes enfoncées, celle de devant n’était pas fermée, je t’avais vu l’emprunter mais ils craignaient un piège, quelle imagination pour ne rien comprendre. Bref ! Dans le hall un froid impossible nous saisit, comme l'empreinte d'un passé récent. Un silence surprenant malgré les hommes qui se précipitaient. La maison était vide, restait une porte bizarre, noire, elle semblait avoir été brûlée et d'une ancienneté improbable. Des micro ultrasensibles surprirent des murmures incompréhensibles.

- Le douzième personnage transvasait des souvenirs en moi, pas les siens. Il n'était qu'un intermédiaire... La mort était le seul moyen de me les donner, de me les rendre, être atomisé et reformé. Je ne vois pas d'autres façons d'expliquer ce que je ressens.

- Les sommations furent vaines, la voix continuait, imperturbable.

- Auriez-vous attendu que la porte se serait ouverte.

- C'est ce qui arriva, les haches furent sans effet. Elle s'entrebâilla seule, en fait aucun moyen ne permettait de la fermer. Nous sommes descendus, le silence était palpable, des caves, une pièce au fond, un puits comme celui que nous connaissons, en moins ancien.

- Une reproduction.

- C’est le mot… À l’intérieur, des cadavres carbonisés, les autopsies ont prouvé le suicide, ni traces de coups, ni violence, toi seul semblait intact, mais mort ! Un choc, je n’y ai pas cru, tu ne pouvais pas mourir ainsi. J’étais sûr que tu étais.. ailleurs, seulement ailleurs.

- Disons ça ! Vous m’avez emmené à l’hôpital, examens, et, surprise, si le corps était inerte, le cerveau, lui, fonctionnait mais sur une onde bizarre, l’activité en des zones cérébrales rarement employées. Ce n’est pas clair mais ça doit être près de la vérité.

- C’est ça, ce qui étonne tout le monde, sauf moi, je sais que tu es capable de tout pour te faire remarquer, pourquoi te satisfaire d’un comportement quelconque. Ton cerveau a repris une activité normale, et puis le cœur s’est remis à battre, le sang à circuler, impossible ! Les faits sont là, tu es vivant, un mystère devant la science.

- Loin devant.

- Elle ne pourrait expliquer ce qui arriva ?

- Oh si ! Mais elle n’est qu’un moyen, elle n’existe pas en soi, l’homme primitif parle encore en nous. Nous voyons des dieux partout, nous nous disons monothéistes, il n’en est rien. Le problème n’est pas la science mais l’esprit du scientifique qui se pose une question en l’adaptant par avance aux réponses qu’il possède et à celles qu’il ne veut pas trouver. Il a un chemin sur lequel il avance, regarder ailleurs le fait souffrir. Je comprends cela, trop bien.

Les deux hommes se turent, le plus âgé, le savant, tentant de faire le point, lui avait pu regarder hors du sentier des habitudes, avec son ami ils avaient découvert ce qui y rodait et qui, parfois, intervenait dans la réalité.

- Mes paroles sont sibyllines pour moi aussi, je voudrais qu’un silence définitif m'envahisse, il n’en est rien, tout est là, ricanant, sachant que je ne peux rien oublier. Repos, ensuite le chemin continu, le désert s’ouvre, la forteresse me tend les bras, celle de la peur, une frontière haute mais fragile. À la regarder elle paraît faite de lois insurpassables, un peu de volonté, d’aptitude à souffrir et tout vole en éclat. Des mots, toujours des mots, je gagne du temps moi aussi, comment traduire ce que je ressens avec d’aussi piètres moyens ? Restons-en à ce que nous disions. Les question se posent sur moi, et à travers moi sur la vie et ses mystères. Tout cela sera mis sur des circonstances particulières, un individu exceptionnel, je n’ai pour mériter ce mot qu’une capacité d’utilisation spécifique, que chacun pourrait posséder, de moyens qui sont en tous. Le problème n’est pas dans la force mais dans la capacité à l’utiliser, de surpasser les blocages empêchant l'harmonie de l’être et, plus, celle de chacun avec tous. Une voix n'est rien, toutes... À l’image de ces peuples vivant sur les flancs des volcans, lieux nourris par la puissance assoupie, temporairement. Souvent le réveil est lent, des signes l'annoncent, ça ne sera plus le cas, le choc qui vient sera d’une insigne violence et peu survivront. J’aime… Il me semble que nous nous sommes éloignés du sujet.

- En apparence, tu le sais bien. Symbole, ce que tu as vécu peut être vu ainsi, mais qu’est-ce que c’est ?

- Un masque posé sur une vérité indéfinissable autrement. Ils ont évolué, le désir d’aller voir dessous fit naître la science, et pourquoi pas un moyen plus précis, capable de dessiller les yeux quitte à leur imposer une lumière qui les détruirait.

- Si tu parlais de ce que tu as vécu, perçu ?

- Un voyage, un héritage, plus que seulement héréditaire. Je dois à mon père une béance intérieure laissant circuler une force primaire, une violence à laquelle il céda. Pas moi, ou différemment. La sélection œuvra, l’adaptation guidant la survivance, des potentialités mises à l'épreuve, un obstacle placé sur le chemin du vivant, la plupart des créatures s’écrasent contre le mur, elles s’entassent jusqu’à ce que certains trouvent le moyen de passer. Et puis la particularité de quelques-uns devient générale, jusqu’au prochain obstacle. Il est là, posé devant l’esprit. Un courant et la capacité de le supporter. Ainsi puis-je plonger dans le passé pour découvrir une lignée dépassant les liens du sang, les lois de la génétique, une troisième voie, un héritage dont le support reste à définir. Ce n’est pas mon problème, un potentiel circulant donnant une impression de continuité, d’éternité qui n’en est pas vraiment une, pour l’enveloppe qui porte un nom, qui a un visage et une représentation sociale. Quelque chose demande à être entendu, écouté, accepté, aimé pour employer un mot perdu dans la banalité des relations humaines. J’ai perçu ce fil conducteur, conducteur d'énergie, il détruisit mon père, me fit souffrir, mourir, presque… le toucher et encaisser la violence de ce contact. Pauvres mots, petit vocabulaire, quelle savoir faudrait-il pour expliquer ce que je veux dire ? Folie en laquelle j’ai cru, et puis, tu vois, je suis encore debout, un peu moi-même, plus quelque part. Le chemin est ouvert, s’il me paraît si long c’est qu’il dépasse ma petite vie. Quel rapport avec une enquête, avec une secte de cannibales, avec une tempête glacée détruisant une ville ? Synchronicité, alliance, ce qui se passe ici induit des réponses aux antipodes. Il fut un temps où regarder le ciel permettait de dessiner l’avenir, expression d’un savoir intérieur, la certitude fait concordance, un diapason n'a-t-il pas deux branches ? Comment expliquer cela calmement, simplement ? Le chemin vers une définition de la vie plus dense, plus proche de la conscience, une pyramide dont la base serait l’univers. Sélection menant à la simplification, pas l’inverse. Pyramide parce que la densité augmente. Ainsi progresse la vie, par étapes. Nous ne sommes pas la dernière, J’en vois une autre, au moins, elle est en préparation, le relais sera passé un jour, dans mille ans, un million d’années, ou dix minutes… Un arbre est peu évolué, il vit longtemps, un être humain est plus complexe, une forme de vie plus performante mais s’usant vite, la vieillesse est un phénomène liée à la vie même, l’important n’est pas que tous suivent le même chemin, un suffit qui ouvre la voie aux suivants... Et tue ceux qui ne peuvent passer ! Si je me comprenais je demanderais mon admission à l'asile. J’ai raté mon échec ! Bref, je suis parti d’un regard vers l’espace, vers le passé, ce qui se produisit en lui se produira en nous, le fil n’est pas rompu depuis l’origine du monde. Le problème était de comprendre… C’est illusoire, une réponse ne m'apaise qu'une seconde. Le creux remplit le vide… Ou est-ce le contraire ?

- Si je comprenais je demanderais une cellule près de la tienne.

- Nous pourrions encore discuter.

- Et sombrer plus avant dans la folie.

- N’est-ce pas déjà le cas ? Sommes-nous ici, face à ce ciel d’un bleu parfait ? Le soleil ne nous brûle pas encore, on dirait qu’il nous appelle, qu’il veut nous dire quelque chose.

- Nous sommes nés en lui.

- Nous continuons à naître, la pyramide des éléments nouveaux, plus petits, plus puissants, plus précis, comme une image sur un écran, plus le point est petit plus l’image sera nette, jusqu’à ce qu’elle soit parfaite. Comme si la télévision était le désir de regarder ailleurs, avec tous, dans la mauvaise direction, hors et loin de soi.

- Voilà une critique du petit écran comme je n’en ai jamais entendue.

- Précise et peut-être vraie.

- Sûrement.

Le vent leur fit du bien, presque frais, les rayons du soleil étaient doux, bientôt la chaleur serait implacable.

Lui aussi ?

Lui d’abord !



- Un détail me revient, un seul des cadavres était celui d’une femme, elle semblait très âgée...



Le convalescent ne put dissimuler son sourire.



Jamais l’obscurité n’est plus forte, plus dense, qu’en pleine lumière.





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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 07:09





Une récompense méritée

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 07:10

 

M'aperçois-tu du ciel, veines d'un temps oublié,

Charriant mille souvenirs, peur sang et âme liés.

Je me souviens des cris, de la joie, de la rage,

Sous un soleil de plomb comme par une nuit d'orage.


Le fer, la chair, la joie, la camaraderie,

Les vains commandements, des chefs l'incurie !

Après le feu du jour, des plaintes dans la nuit,

Sans pouvoir que prier que cesse l'agonie.


La mort est là, partout, qui fauche les âmes,

Elle même est épuisée et de sa faux la lame,

Doit être nettoyée, trop engluée de drame.

Que ne peut-elle pleurer, la mort est une femme !




Vois-tu, en t'approchant, les spectres prisonniers,

Retenus par l'effroi d'être par Dieu reniés,

Leur os sont dispersés en un vaste charnier,

Sur lequel rien ne pousse, ni glaïeul ni rosier.


Cent mille quintaux de chair pourtant nourrirent la terre,

En fut-elle écœurée ou est-ce qu'elle espère,

Que bientôt, que demain, quand reviendra la guerre,

Les humains réunis finiront sous la pierre.


Entre mes murs de boue les contrastes s'unirent,

Animaux costumés s'efforçant de sourire,

Par l'instinct regroupés pour affronter le pire,

Ni passé ni futur, l'oubli pour élixir.


Ailleurs, bien loin de moi, oublieux des charognes,

Combien d'industriels se sont frottés les pognes ?

Entre vins et caviar et de l'eau de Cologne,

Pour vaincre les relents de leur triste besogne.




Les survivants aussi acquittèrent leur écot,

Images entreposées, revenant en échos,

Lors de cauchemars tus, des regards, des sanglots...

Mais le legs est transmis, je sais qui tient les maux !


L'après n'est pas pour moi, je ne peux rien cacher,

Le crains celui qui sait devoir se reprocher,

Un acte ou un refus ; son cas sera tranché,

Loin de moi qui ne suis qu'une banale tranchée.

 

 

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:06

 

Le bleu, surtout ciel, c’est pas une couleur que j’aime. J’ai trop vu les voiles bleus en plâtre des statues de cette vierge dans l’église et par-ci par- là, dans les chapelles de campagne. On me traînait dans les processions, on m’abandonnait sur le banc dans la chapelle de la Sainte Vierge avec les envies de pipi qui ne tardaient pas ; j’avais peur des toiles d’araignées pendues aux colonnes, peur des recoins où s’entassaient les débris des dieux démodés, peur des souris qui n’avaient pas peur de moi et se livraient à leurs petits commerces.

Je ne manquais pas de mères pourtant. J’étais l’enfant unique de Louise la boulangère toujours dans le pétrin par ces temps de guerre. Elle avait quatre sœurs. Elle me confiait à ses frangines toutes célibataires et sans enfants. Il y avait ma préférée, Berthe aux grands pieds de palmipède et puis Augustine la grande gueule, Florine aux gros lolos voyageurs, Olivia et ses moustaches. Toutes pieuses, les petites mains du curé ! On m’embarquait, on me déposait, on me laissait en attente, on m’oubliait, on me couvrait de baisers en me retrouvant sur le banc en face des voiles de plâtre bleu, sage, assis en tailleur sous la garde des araignées et des souris besogneuses. Les tantes ne manquaient pas d’ouvrage dans l’église du bourg normand : Berthe lavait à grande eau la nef. Belle et bien bête. Je veux dire bien bête de s’esquinter le dos au lieu de regarder ses soupirants. Augustine dirigeait le chœur des dames et demoiselles, Florine s’occupait de la sacristie avec le curé pour l’aider. Ça prenait du temps tandis que je rongeais mon frein et que l’envie de pipi me tortillait sur mon banc. Olivia s’occupait de dépoussiérer les Joseph, Rita, Thérèse, Nicolas et autres Martin. Une fois même elle me caressa de son plumeau. Somnolant dans la pénombre j’ai poussé un hurlement croyant à une attaque des toiles d’araignées. “ Et alors, Poussin ! Qu’est-ce qui t’arrive ? ”


Et voilà, Poussin ! J’étais le poussin d’Augustine, de Florine, de Berthe, d’Olivia. Un mot doux avec un bec.


J’ai parlé très tard. Mes premiers interlocuteurs furent Miquette la chienne papillon qui ne s’est jamais envolée en dépit de ses grandes oreilles qu’elle dressait pour me répondre. Oui, l’oreille droite ; non l’oreille gauche. Rien du tout quand elle ne comprenait rien. Alors elle s’asseyait et me tirait la langue. Le chat me comprenait aussi, un fainéant aux griffes prestes. Il me ronronnait des berceuses bien plus efficaces que les contes horrifiques de mes tantes. Elles raffolaient d’histoires d’ogres et de revenants : pourvoyeuses en cauchemars.


J’ai eu, me disait-on, un berceau garni de satin bleu et je n’ai pas beaucoup gazouillé. Je vomissais beaucoup dans les dentelles. Le lait de ma mère ne passait pas. Toujours pressée de retourner à son commerce, elle n’attendait pas mon rot et me confiait à d’autres bras, d’autres haleines, d’autres odeurs musquées d’aisselles et de ventre, d’autres voix postillonnantes, d’autres manières de manipuler mon petit torse et mes petites fesses.


Poussin, poussinet, pupuce, poussipouninet, poupou et j’en passe…


Ah ! Je les ai bien remplies vos mains, mes tantes. Ah ! Je les ai bien humidifiées de mes larmes vos lèvres voraces. Poussin, poussinet, je te mangerai de baisers. Pourquoi pleures-tu ? Si mignon à croquer ! Miam, miam, miam sur le petit ventre ! Le joli zizi du poussinounet ! J’avais peur de vos grandes bouches (sauf celle de Berthe, si paisible), de vos baves, de votre force inattentive. Je passais de mains froides en mains chaudes ; de seins plats en seins ronds. Les seins doux et ronds de Berthe, son odeur de tilleul et de cerise. Contre eux, j’avais un peu de repos et je m’endormais.

Et puis j’ai grandi. Mon corps. Je parlais peu. Mes études au cours privé de la rue des Augustins furent un fiasco : rêve au lieu d’écouter, répond à côté de la question, recherche la solitude. Certes j’avais d’excellents résultats en rédaction mais j’étais tellement nul dans toutes les autres disciplines qu’il fallut renoncer au séminaire.

Je bricolais à la boulangerie, décorateur de mokas, virtuose de la poche à douille.. Faut bien que tu gagnes ta croûte, Poussin ! Je peignais aussi de petites natures mortes, des chats, des chiens et des souris sans jamais utiliser le bleu. J’ai eu un succès paroissial. Les commandes rapidement étendues au canton. Le tourisme gagnait notre région riche en églises romanes. Je vendais des images de chapiteaux sous un ciel blanc.

Pauline n’était pas une beauté mais elle sentait bon. Elle était parfumeuse et esthéticienne dans la localité voisine. Le soir des noces je tremblais de désir dans la chambre nuptiale réservée par mes parents à l’hôtel des Voyageurs. Mon father me parlait pour la première fois, me donnant des conseils que j’écoutai à peine tant ils me firent rougir.

Pauline en nuisette de satin bleu, m’appela. Elle rayonnait de bonheur dans le grand lit : Viens mon Poussin, Viens…

Nous n’eûmes pas d’enfants ensemble, c’est le responsable de la cellule communiste qui se chargea de ma descendance avec foi et persévérance. Je devins le père légal d’enfants du plus beau roux. Tante Augustine rappela que nous avions eu un ancêtre rouquin au XIX me siècle…

Je me fichais bien des gênes et autres ciments générationnels. Je peignais nuit et jour pour nourrir et éduquer notre portée de renardeaux.

Poussin ! Il faut commander du mazout ! Poussin, as-tu réglé la facture d’électricité ?

Pauline me rappelait à mes devoirs. Je regardais avec appréhension les canines naissantes des petits. Plus ils grandissaient, plus j’avais l’impression de rétrécir et d’être en danger.


Cette époque est bien loin maintenant. J’ai trouvé le bonheur et la paix. Je peins toujours. Le directeur m’encourage. Grâce à ton talent, me dit-il, nous allons enfin pouvoir rénover le réfectoire et les chambres du premier étage. Il me tape amicalement sur l’épaule et m’apporte personnellement du café et des crêpes. Ne perds pas de temps…

Et il y a mieux… Je me suis trouvé une bien jolie poule, la plus fraîche de l’hôpital. Elle glousse quand je la baise dans ses draps de soie commandés à la Redoute (la valeur de trois tableaux). Elle dort nue. Je la regarde dormir nue au matin, cette lumière nacrée qui joue dans le duvet de ses joues. Elle m’appelle Son Grand Coq Génial.

Quelque fois une très belle femme, plus très jeune, un peu cassée, me rend visite.

Elle m’apporte des mokas. Elle est bien gentille mais… je ne la connais pas.

Elle me dit : c’est pour toi Robert. Je sais que tu les aimes.

Je crois qu’elle est un peu folle. Peut-être a-t-elle perdu un être cher qui se nommait Robert ? J’aime son odeur de tilleul et de cerise.

 

Marie Treize

 

 

 

 

 

 

 

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 06:45
L'Âme de l'Enfer - 14 
 

                                                 15

- Je crois que j’ai faim.

- Moi aussi.

Ils sourirent, déjà dans l’après, imaginant le moyen de s’échapper. Un incendie et y disparaître, banal ! Ils mirent la représentation au point en mangeant. Pour la première fois depuis des temps immémoriaux il rit et les domestiques dans leurs beaux uniformes noirs frissonnèrent.

Les regards furent satisfaits de voir le maître du camp englouti par le brasier, les pompiers mirent beaucoup de temps pour intervenir. La peur qu’il inspirait était telle que sa disparition soulageait soldats et prisonniers, tous, sans le savoir, identiques à ses yeux. Ce fut tout juste s’il n’y eut pas un grand hourra quand la maison s’écroula.

À quoi bon chercher leurs ossements, les témoins étaient nombreux qui les avaient vu se consumer ou entendu hurler, nul n'avait envie de s'approcher des ruines, qui sait ce qu'il pourrait y découvrir.

Pour lui qui disposait du pouvoir d'influencer les consciences la fuite ne posait aucun problème. C'était un jeu, de grands enfants, mais un jeu tout de même.

Placé au cœur du nazisme il profitait des secrets que celui-ci avait percé et des "relations" que certains dignitaires établirent la fin du conflit venue. Ils seraient au bon endroit au bon moment.

L'ultime aube arriva, la décision une fois prise dissipe l’angoisse.

Le temps est clair, la journée devrait être belle, le pays est en guerre mais le soleil se moque des bombardements, de la propagande, les regards glissent sur eux, ne pouvant les mettre au jour. Ce n’est plus un jeu, dans quelques heures tout sera fini, puisque la mort ne peut être arrachée par un moyen normal autant chercher autre chose.

Ils se regardèrent sans parler, les yeux disent tout, en quelques mois tout a changée. Le nazisme vaincu le monde voudrait sourire, il n’a pas réalisé, et il lui faudra longtemps pour cela, que le pire attend son heure dans un silence pesant, qu’il fourbit ses armes et peut tout ravager. Les années ne signifient rien pour qui est l’incarnation même du temps, ils le savent, en ont parlé au point de pouvoir ne plus exister que l’un pour l’autre. Adam et Ève à l'envers.

L’heure s'approche, tout ira vite, un cri, le temps se figera. La bête griffera le monde plus profondément qu’elle le fit jamais. Le meilleur moyen d’échapper au pouvoir le retenant était de se rapprocher de sa source rauque et destructrice. Un éclair suffirait pour que leurs corps ne soient même plus des souvenirs.

L’avenir se débrouillerait sans lui.

Espéraient-ils.

Un bourdonnement dans le ciel serein. Dans l’agitation une ville s’interroge les yeux levés. Le ciel était clair, le vent avait fait son travail, l’avion ne ratera pas sa cible.

Lui seul pouvait entendre la soute s’ouvrir, pouvait observer la bombe qui tombait en sachant ce qu’elle était.



Il prit l’enfant dans ses bras, ils se serrèrent fort, si fort… L’éclair brisa le monde. Un souffle donne la vie, un autre la reprend, tordant la matière dans une chaleur infernale, mains des dieux récupérant leur œuvre pour le refaçonner.



Ils eurent un moment de tranquillité, une seconde au goût d’éternité.

                                        * * *

Monde étrange que celui de la vie, une étendue reflet, un mensonge, une force prenant l’apparence du pire possible afin que l’embrasse qui peut passer par-dessus ses craintes les plus folles, ses désirs les plus violents. Je sais ce que j’ai désiré, quelle vie aurait pu être mienne. La police était le cadre idéal, mon passé d’auteur m’y aida, je retrouve ces textes "d’avant la vie" , comme un ancien et un nouveau testament, à ceci près que les Testaments n’en sont pas. L’important n’est pas là, avancer, vouloir. Le chemin est à la dimension d’un esprit faisant du délire sa matière première, sachant le regarder, l’accepter, pour s’en saisir et l’utiliser. Reproduction infidèle, mon talent coûte cher, signe que l’avenir peut mériter ce nom.

Un monde immense, la Vie elle-même devrait disposer de l’éternité pour l'explorer. J’ai besoin d’accepter cette fragilité, le néant à venir est une chance que j’utilise à mon avantage. Que m’importe ce qui vient et que je connais, je sais quelle puissance est à l’œuvre : tentante et brûlante pour sélectionner. Une force ignorant les définitions limitatives de l’humanisme, ces barreaux de la cage.

Que valent ces milliards de vies ? L’utile sera digéré, son souvenir guidant ceux qui prendront le bon chemin. Et moi, par les empreintes dans lesquelles je pose mes pensées. Il n’y en a plus, j’affronte un désert, une nouvelle réalité. Explorateur… Le mot me plairait moins connoté destructeur, colonisateur ; explorer pour voir, comprendre et continuer. Être c’est avancer sur le vide, dans l’éternité, le but est là. Si je rêve d'être celui qui comprendra il me reste la lucidité de savoir qu’il y a peu de risques pour cela. Ce serait facile d’ouvrir les bras à un instant pour m’en satisfaire et refuser de regarder plus loin, au travers d’une émotion, au-delà d’un désir que je comprends mal.

Un autre vocabulaire est à apprendre, un monde à définir avec des moyens différents, je sais, je sens… sans savoir, encore, le dire.

Ne pas aller trop vite, le délire est un pouvoir que j’ai perdu, dans le temps… Référence inutile ! Le passé est un temps dont je conserve une parcelle pour m’en nourrir, pour la briser entre mes pensées et ainsi aller par le présent vers un avenir moins flou.

Si j’étais sûr d’être incompréhensible…

Une chance ou un risque ? Et pour qui ?

Le temps ne m’effraie plus, tendre complicité devant une rencontre transcendant l'hérédité ; une perception dont l'écho résonne en moi, dérivant entre les apparences admissibles par les simples d'esprits en attendant celui qui l’entendrait. Quel lien entre lui et moi, est-il mon aïeul ? Le sang dans l'encre permet à l'âme de passer par les mots, ainsi peut-elle se découvrir ! Je suis un vêtement, un spectre spirituel qui glisse, se disperse et s’oublie. Une opportunité autorisant à tout changer y compris son nom, je sais lequel je dois reprendre car il m’appartient et tant pis si je suis incapable d’expliquer pourquoi.

J’ai atteint le sommet du donjon, l’éclair que j’attends est celui d’une bombe, celui d’une page qui se tourne, d’une vérité comprise. Dans cette explosion devant l'anéantir il - grand-père ? - espérait trouver la paix. Si j’ai hérité de mon géniteur une qualité c’est cette acuité cérébrale, vieux sens, oublié peut être. Qu’importe la réalité concrète, pour l’heure me suffit l’apparence, viendra le temps de l’explication, d’utiliser la scission. Ainsi fut-il, espérant en ce six août rompre le pacte et perdre son éternité dans un baiser avec la mort atomique. Les regards sont curieux, d'ordinaire un bombardement est un chapelet, cette fois un seul objet tombe auréolé par le soleil. La peur de l'inconnu est la plus forte, là où cent fois plus auraient causé une panique normale une seule provoquait l'effroi.

Le soleil gifle la terre, des dizaines de milliers de vies sont dévorées par un souffle comme nul n’en connut, une brûlure insoutenable. Le grondement de mille orages dont il reste en moi un écho d’une froide précision. Je vois au travers de cet homme, nous nous rencontrons, il s’ouvre ! Oubliés sa peur, ses carnages, la paix est une masse de fer, un éclair, un cri, celui de la naissance de la responsabilité du savoir, celle du risque que l’esprit peut concevoir. Il est vain de donner valeur à un refus ne relevant pas d’un choix. Si un seul chemin se présente que vaut de l’emprunter ? Avec Little Boy autre chose surgit, pouvoir regarder la vie et lui dire non, le moyen pour l’espèce de se détruire. Elle le ferait en ayant une perspective insupportable. Si j’étais sûr de ne pouvoir comprendre laquelle mais ce mur infranchissable est celui de mes paupières closes sur une vérité que je connais déjà.

Il n’est pas seul mais tient une enfant - déjà ! - contre lui. Bien sûr… L’éclair illumine l'espoir d’un silence définitif. C’est l'inverse ! Il ne trouve pas la paix mais se disperse en milliards d'atomes, son esprit, lui, ne peut mourir, il est fils de la vie. Sinon à la détruire en totalité il ne peut espérer s'échapper. Quand l’univers sera froid, s’il fallait que tout recommence, il sera là, ultime regard, dernier battement de cœur, hurler non au néant. Une qualité dont j’ai hérité.

Je voudrais trouver le lien physique et spirituel. Un océan accessible aux esprits souffrant d’hypersensibilité. Mon père ne put résister, il posa en acte ses désirs pour se soulager d’un savoir dévorant qui, le traversant, ralentit puis passa en moi. La douleur sut être optimale, à peine plus eut été intolérable. J’eus le réflexe de m’accrocher alors que se levait une tempête cérébrale, un ouragan quantique puisque cette physique sait lire les phénomènes mentaux. La pensée est accessible à la conscience sachant sur quoi elle repose.

Délirer me soulagerait, j’ai peur de rouvrir les yeux sur des regards m'observant d'une curiosité malsaine. Eux dont je me nourris, eux qui encaisse les effets d’une haine qui se disperse dans l’autodestruction. Je dois d’être là aux bourreaux et aux victimes, aucun ne comprit le pourquoi, le monde est ébloui par une clarté froide ne cachant rien, soubresauts de l'explosion créatrice du temps et de ces milliards d'esquisses que l'humain nomme vies, du protozoaire au sapiens, la mienne y compris. Regretter serait vain, comprendre sanctifie ce qui arriva. Je ne suis qu'un pantin aux yeux ouverts !

Folie ?

Cet esprit fut le premier à sentir le souffle de la vie, celui qui anima le corps, forma l’instinct puis perfectionna son œuvre en lui donnant la conscience. Il y en eu d’embryonnaires, se parant d’humanisme, en fait de reniement, uniquement désireuse de figer le temps, sentant la violence à venir, et optant pour la politique de l’autruche. Celui par les yeux de qui je vois fut le premier à réaliser que la Bête pouvait s’affronter et être vaincue, qu’elle le voulait.

Il fut une étape, mon père tint le témoin avant de me le passer. Je l’en remercie, la malédiction est douce pour qui ose l’apprécier.

Les illusions meurent, j’espérais une Bête plus forte, dommage !

Je perçois son corps mais c'est moi qui respire, des présences, des regards, des pensées, j’ai envie, et peur d’une autre vie : la mienne, dans un autre monde : le mien.

La chaleur m’envahit, amicale, je voudrais cesser de penser. La résurrection m’effraie. Une grande curiosité m’entoure, des contacts sur mon crane, mon corps, des électrodes, autour de moi grouillent les espions, je ne peux plus faire semblant. Fermer l’esprit, réclamer un peu de repos, juste un peu, ce n’est pas trop demander. Je ne peux pas, tricher m’est interdit.

Il n’y a pas d’enfance, la peur seule m’observe. Des explications me seront demandées, mais à qui parler ?

Elle ?

Le rêve est doux, même si une petite voix se plait à souligner qu’il n’est que cela, que jamais ce que j’espère ne sera réalité. J’ai envie d’aller contre l’évidence, de la saisir au collet pour lui ôter son sourire moqueur. Voyant son vrai visage je saurais qu’elle m’énerva pour me faire avancer. Ce que je crus m’être hostile était là pour m’inciter au travail, à la constance, avec un objectif ne collant pas à la réalité. Sur celle-ci fut collée une image imprécise. Ainsi fis-je, regardant par dessus le désert pour admirer un avenir dans lequel je pouvais croire, jusqu’à ce qu’il soit si près que le choc soit terrifiant et libérateur. Le cri qui résonna en moi fut celui du garçonnet qui sait avoir perdu son duel. J’ai vu l’enfance morte, tenté de m’emprisonner dans ses bras si faibles qu’ils volaient ma force. Le contact de la charogne ne m'amuse plus. Point de tricherie, seul le regard lucide est autorisé.

Je suis bien dans la liberté, mon corps sera long avant de retrouver ses capacités d’antan, peu importe, le temps est un ami, j’en connais les subtilités. Présence, puissance, il attend d’être utilisé, c’est tout.

Je vais avoir mal ?

Je vais avoir envie d’avoir mal. C’est plus pervers, digne de moi.

Que s’est-il passé durant mon absence ? Je sais à qui le demander.

J’ai faim, où est ma montre, mon carnet, mes notes, j’ai tant envies…

Non, je ne suis pas seul sur un esquif de volonté affrontant les vents de l’infini, c’est pourtant l’image la plus proche de ce que je devine, les vagues se succèdent, la nouvelle plus haute que la précédente, chacune déplaçant une énergie nourrissante. Le piège est de croire que je peux la contrôler.

Le dernier piège ?

Que suis-je voulais-je me demander ? Il va être temps de répondre, pas tout de suite, j’ai besoin d’un peu de repos, après quelques tartines, du pain croustillant, du miel, de la confiture…

Ne plus lutter, ne plus vouloir, calme, le temps d’adoucir mes craintes, d’oublier mes désirs, le temps d’être est proche, il est là.

Je suis !

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 06:42

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 06:27

 

Mon cher Abraham,


Non content de vous être approprié mon nom et, pire, la culture de mon pays, voilà que plus d'un siècle après vous un de vos descendants se permet de revenir troubler mon repos. Non seulement vous avez fait de moi un personnage terrorisant, damné, faisant semblant de vivre mais reprenant votre œuvre le cinéma me rabaissa au niveau d'une caricature. Croyez-vous que je ne sois qu'une espèce de Jack l'éventreur traversant le temps en semant les victimes derrière lui ? Pourtant vous auriez pu dire tant, dire mieux, exploiter les contradictions de ma nature, et, devrais-je dire, de La Nature, n'est-ce pas qui associe vie et mort en un indissociable couple dont je suis l'incarnation ? En outre vous me donnez des pouvoirs que je ne possède pas quand aux miroirs ils n'ont pas honte de moi, pourrais-je en dire autant de vous !



Votre époque est riche d'individus me ressemblant, vaguement, mais plutôt que de sang c'est de misère qu'ils s'abreuvent, ni l'argent ni la gloire n'étant gages de longues vies.


Je reconnais volontiers la valeur littéraire de votre texte bien que je le juge inaboutie, probablement à cause de sa forme, l'échange épistolaire. Faudrait-il qu'au lieu d'une psyché ce soit sur une page blanche que je me penche afin d'y trouver ma propre vérité au cœur d'une vie dont je ne suis pas las malgré sa longueur. Et, rédigeant cette missive je comprends pourquoi le pitoyable humain que j'utilise actuellement se sent proche de moi, quel cousinage nous unit, lisez quelques-uns des récits de ce blog, quelques-uns, rares il est vrai, ne sont pas sans mérites s'ils ne sont pas destiné comme votre roman à connaître une immortalité que, et vous le reconnaîtrez, vous me devez. N'est-ce pas ironique que ce soit par un immortel damné que votre nom vaille d'être passé à la postérité alors que celui de Marie Nizet connut un destin posthume moins brillant, vous savez de qui je parle n'est-ce pas ?


Peut-être également m'en voulez-vous d'avoir poussé dans l'ombre vos autres textes, les lecteurs curieux et intelligents, les deux s'associent aisément, sauront les trouver, le présent offre une rapidité de communication que votre époque ne connut pas, la construction de votre récit en eut été changée.


Vous voyez, la rancœur coulait dans mes phrases au début de cette lettre et voilà qu'elle s'est enfuie et que je dois conclure vous être redevable de ce que je sois encore là et ce, j'en suis certain, pour longtemps...


Mais j'allais oublier la raison de ce courrier, vous souhaiter un bon anniversaire de naissance. Vous savez que pour moi c'est celui du décès qui importe.


Vous transmettrez à Dacre mes salutations, et la promesse qu'un jour prochain j'irai lui rendre une petite visite, je sais qu'il me conviera à entrer chez lui et que nous aurons une longue, longue, conversation.


D.

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 06:24

 

Sur ton corps je garde les traces du passé,

Des moment si anciens que tu pus oublier,

Choc sur un front d'enfant, souvenir de blessure,

De violence acceptée comme d'actes impurs.


Je signe ton besoin d'intégrer un troupeau,

Quand tu te scarifies, crois-tu être plus beau ?

Tu peux me caresser, moment de nostalgie,

Sourire en me voyant, te proclamer messie.


Un écrivain en moi puise l'inspiration,

Sur mes lèvres, en baiser, il fera d'un poison,

Des vers à sa façon, œuvre de mirliton.

Peu sont, en vérité, digne de la Passion !


Parfois c'est dans l'esprit que je laisse une empreinte,

Oubliée un moment, ombre simulatrice,

Maquillée par pudeur, la perfection est feinte,

Nul ne sait effacer une vraie cicatrice.

 


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