- Beppo ?
Bizarre cette voix. Ce rêve est déplaisant, moi qui d'ordinaire ne fait jamais de cauchemar je me retrouve à écrire sans comprendre pourquoi ni pour qui ?
Culpabilité ?
Je n'ai jamais regretté ce que j'ai fait, ce que des ignorants nommèrent crimes ! Comme si ce mot avait un sens quand il s'agit de faire progresser non seulement la science mais sa propre espèce, bien sûr cela peut être au détriment de quelques-uns mais c'est le fonctionnement naturel d'événements sur lesquels nous ne pouvons agir vraiment. Je suis recherché depuis si longtemps mais j'ai des amis, des vrais, dignes de ce...
Pour être franc, et je peux l'être dans le contexte du sommeil, je doute qu'ils seraient aussi protecteurs s'ils n'y trouvaient pas leur intérêt, la plupart du temps sous forme d'argent, mais c'est ainsi que les choses se passent, les instincts nous mènent par le bout de nos hormones sans que nous puissions les combattre, il est si simple de se trouver une bonne raison de faire une mauvaise chose, à moins que ce ne soit le contraire.
Ne dirait-on pas que je veux m'excuser, il n'en est pas question, j'ai toujours pris mes
responsabilités, annoncé à mes cobayes ce que j'allais leur faire et assumé leurs disparitions par la suite, à quoi m'aurait servi qu'ils vécussent ?

Certes je ne suis pas arrivé au terme de mes recherches mais je suis certain que si tel avait été le cas alors j'aurais été encensé, couronné
d'un Nobel, au moins, et reconnu pour le génie que je suis en réalité, mais les forces obscurantistes étaient plus fortes que nous le pensions et malgré le Fürher nous avons été battus et j'ai dû
fuir, quitter mon laboratoire. Heureusement j'ai continuer mes recherches par la suite et pour certains de ceux qui me condamnaient officiellement, dès lors comment croire que la civilisation
qu'ils prétendaient représenter soit meilleure que la nôtre ?
J'ai accepté, sans renier mes convictions et mon admiration pour notre chef défunt, je
devais m'adapter aux circonstances.
Étrange que j'ai cette impression de
lucidité, peut-on rêver que l'on rêve et regarder par dessus son épaule son comportement en ayant un semblant de conscience.
La vérité est-elle celle-ci ou...
Impossible ! Je suis trop jeune encore pour mourir comme cela, bêtement, par noyade, j'aurais voulu être abattu, après avoir eu le temps de faire aboutir mes recherches, sans les nombreux bâtons qui me furent mis dans les roues je sais que j'y serais arrivé, je le sais, et le monde aurait dû se mettre à genoux devant moi.
Si tel est le cas alors pourquoi suis-je là à écrire comme si j'étais contraint de le faire. Je ne peux bouger, je ne peux arracher cette plume de ma main et l'encrier est toujours plein.
Est-ce cela l'Enfer ? Si oui alors je suis capable de l'affronter, je savais que je n'avais rien à craindre durant ma vie et que le moment venu je saurais affronter le destin avec élégance et sourire.
Ce n'est pas raconter ma vie qui me ferait de la peine, faudra-t-il que je remonte jusqu'à mon enfance avec mes frères, refasse le chemin jusqu'à cet instant où j'ai plongé pour la dernière fois... Au fond c'est à l'image de ma vie, aller sous la surface, chercher la vérité des événements sans me satisfaire de ce qui rassasie les esprits débiles. Ce n'est pas une damnation insupportable, au long de ma vie je pris plaisir à mes actes et si certains les nommèrent tortures ce fut par inculture et limitations cérébrales, comme si nos projets étaient accessibles au commun... Je me souviens, nous en parlions autour d'un verre, le soir, en écoutant de la musique, nous parlions poésie, musique, rarement science, nous n'étions pas là pour évoquer nos boulots.
Un bruit, curieux, il vient de devant, mais je ne distingue rien et la lumière éclairant ce bureau vient de je ne sais où, comme si l'air lui-même était lumineux.
Ce sont des pas, traînants, quelqu'un ayant des difficultés pour avancer, j'en ai connu
quelques-uns, que j'ai libéré de leurs vies inutiles, des fardeaux pour eux et pour la société, après tout que ne disait-on pas de ceux qui les premiers firent des
autopsies pour découvrir le fonctionnement du corps humain !
J'étais un pionnier et si je fis des erreurs au moins aurais-je permis que d'autres perdent du temps à les refaire.
Ces pas, pourquoi évoquent-ils quelque chose en moi, un souvenir lointain, quand j'étais... Oui, je me souviens, ces jumelles naines que j'ai sauvées d'un destin funeste, pour un autre qui le fut à peine moins puisqu'elles survécurent !
Oui, je vois leurs silhouettes, et derrière elles... Combien d'autres qui viennent
vers moi, oui, je comprends maintenant, mais je ne céderai pas, je les écouterai tous et toutes, enfants comme adultes, je sais qu'il me faudra écrire leurs vies, leurs souffrances dont je fus la
cause, je tiendrai jusqu'au dernier, j'en suis sûr, j'en suis...

Hong sang-soo
가 우물에 빠진 날), sorti en France le 26 février 2003, qui connaît un vrai succès public et critique. Il reçoit des prix au Blue Dragon Coréen, au Festival du film de l'Asie
pacifique et aux festivals de Rotterdam et Vancouver. Le film dépeint avec des performances improvisées et peu de dialogues, une relation amoureuse moderne.
grand succès commercial. La femme est l'avenir de l'homme (여자는 남자의
미래다
sortira Woman on the Beach (해변의 여인
la femme est l'avenir de l'homme : Hunjoo, j
Conte de cinéma


