- Alors vous acceptez ?
- Vous pensez que j'ai le choix ?
- Ne l'a-t'on pas toujours ?
- C'est une façon de parler, néanmoins il reste des points que je voudrais éclaircir.
- Allons-y, si je peux vous aider.
- Vous le ferez avec plaisir, je n'en doute pas. Je me demandais seulement si vos supérieurs étaient au courant.
- Mes supérieurs ? Le pluriel est plutôt singulier, disons qu'il doit y en avoir deux, maximum.
- Je vois, si nous nous faisons prendre je devrais tout prendre sur moi et vous nierez avoir eu connaissance de mon existence, de mes agissements pour vous, vous les nierez et pourrez prouver que lors de nos rencontres vous étiez ailleurs.
- On ne peut rien vous cacher.
- C'est que je connais vos moeurs.
- Parce que vous pensez que les vôtres sont meilleures ?
- Non, ce serait trop dire.
- Je suis heureux que vous le reconnaissiez.
- Vous me connaissez assez maintenant pour savoir que je ne me cache pas derrière des explications improbables ou des excuses bidons, j'assure ce que j'ai fait, le problème en l'occurrence est que voudriez que je le fasse pour vous tout en étant prêt à soutenir le contraire.
- La main droite ignore ce que fait la gauche.
- Mais laquelle suis-je ?
- Disons que vous êtes le bras vengeur.
- Et le bras d'honneur ?
- Ce sera plus difficile, vous le savez.
- A cause de cette saloperie de puce que vous avez placée dans mon crane et qui vous donne ma position continuellement.
- Et que vous ne pouvez enlevez sans intervention de spécialistes, il va sans dire mais je le précise malgré tout que, à tout moment, nous saurons quel est l'endroit que vous occupez, si c'était un hôpital nous serions rapidement averti et nous interviendrions.
- Je pourrais même prendre une balle perdue.
- Avec vos antécédents ce ne serait pas du luxe, le policier qui vous tuerait aurait droit à une médaille et une promotion.
- Vous êtes un bel enfoiré.
- Ce qui prouve que nous sommes faits pour nous entendre.
- Sans doute, revoyons donc ce qu'il va advenir de moi dans les prochaines semaines.
- Vous voulez dire jusqu'à votre mort ?
- Exactement ! N'est-ce pas une bonne idée ?
- Si, même si je devine que vous en avez une derrière la tête en nous ayant proposé cela, vous espérez pouvoir un jour nous échapper.
- Vous me croirez si je vous disais le contraire ?
- Non.
- Alors inutile que je me fatigue.
- Tout à fait.
- Et l'âge de la retraite, ce que vous allez me demander exige d'être en forme.
- Si vous l'atteignez nous en reparlerons.
- D'autant que cacher un tel secret pourrait finir par être difficile, et je ne parle pas de vos problèmes de conscience. Ils finiront bien par intervenir, vous savez qu'un jour les choses peuvent déraper et des innocents connaître un sort funeste.
- Ne vous inquiétez pas pour ma conscience, je ferai avec elle, pas de danger que j'aille me confesser, à un prêtre ou un psy. Nous, et je souligne ce nous, ne devons parler à personne, et je souligne encore davantage ce personne, de l'accord qui nous lie.
- Soit.
- C'est d'accord ?
- Oui, vous avez ma parole, pour autant que vous lui accordiez du crédit.
- Mais c'est le cas, vous êtes assez vaniteux pour la tenir.
- C'est vrai, il faut bien que je me trouve des qualités.
- Parfait, vous êtes prêt à passer quelques temps en prison, à subir un procès ?
- Oui, j'espère simplement que la fin sera celle prévue, que vous n'allez pas me faire un coup en vache au dernier moment.
- Condamné pour condamné, quel intérêt de vous faire croire que vous devez seulement faire semblant de mourir ?
- Aucun sans doute.
- Bien ! Donc tout se passera comme prévu, vous ne ferez pas appel de votre condamnation à mort et serez exécuté par injection létale.
- J'aurais le temps de réfléchir dans le couloir de la mort, qui vous dit que je ne vais pas changer d'avis et finalement préféré le poison ?
- Votre profil psychologique correspond à ce que vous êtes, un tueur froid et méthodique, un vrai psychopathe malgré les nombreux films censés mettre en avant vos semblables. Vous aimez tuer, faire souffrir, c'est en vous au point que vous ne supporterez la cellule qu'à la pensée de pouvoir recommencer, seulement ce sera sur des cibles données à l'avance, par mes soins, des gens qui le mériteront.
- Ça reste à définir.
- C'est mon problème, je pense avoir la stabilité nécessaire pour ne pas déraper et vous désigner qui n'aurait fait qu'un excès de vitesse. Seulement des criminels de sang avérés, voire même des concurrents à vous.
- Hmmm vous me donnez faim, j'ai l'ambition d'être le meilleur dans mon domaine, alors éliminer des concurrents serait parfait.
- Votre regard me laisse penser que ça ne serait pas une si bonne idée. Votre véritable nature est difficile à maîtriser n'est-ce pas ?
- C'est juste, j'ai le choix entre tuer et me tuer, et visiblement j'ai déjà opté pour une solution au détriment de l'autre, voire des autres ! Vous savez qu'il est vain de vouloir tout planifier, les choses se passeront autrement, en mieux, en pire, à nous de faire un choix dans le feu de l'action.
- Vous êtes intelligent, je comprends pourquoi vous avez réussi à nous tenir en haleine pendant tant d'années.
- Mais vous avez réussi à m'avoir, vous êtes doué.
- Ce n'est pas faux.
- Vous aimez la chasse, et vous venez de trouver un nouveau chien.
- Parfait, restez donc assis pendant que j'appelle la police, attendez-vous à de l'agitation, des insultes ou des coups.
- Je m'attends au pire, c'est ce que je me dis chaque matin dans la glace ! Ça tombe bien, le pire, c'est moi...

