Il était une fois un prince qui regardant par delà une impénétrable forêt les hautes tours d'un château inconnu. Se renseignant autour de lui diverses versions lui furent données. Pour certains il s'agissait d'un lieu maudit où se retrouvaient les sorcières, pour d'autres le repaire d'un ogre, seul être capable de traverser les remparts de ronces protégeant l'édifice. Curieux de nature le jeune homme enfourcha sa monture et s'en alla affronter un mystère qu'il sentait digne de lui.
Impossible d'avancer autrement qu'à pied, ce qu'il fit donc, prenant cent précautions il s'engagea dans ce qui semblait une impénétrable jungle. Non sans difficulté mais mû par une envie irrépressible il finit par surpasser l'obstacle et faire face à une forteresse obscure et glacée. Regardant autour il lui si quelque sorcière ou ogre s'apprêtait à l'agresser il continua sa progression. La herse était relevée, comme une invitation, ses craintes redoublèrent autant que son désir d'en savoir plus, il eut été bien bête, arrivé là, de repartir sans connaître le fin mot de l'histoire.
La cour était vide, pas même un envol d'oiseau pour troubler un silence menaçant. Il s'engagea dans un corps de bâtiment, examina une pièce après l'autre, se demandant si jamais il découvrirait quelque chose. Pas un meuble, pas même de poussière, aucune trace qu'un être vivant fut jamais passé avant lui par ces couloirs.
Finalement il arriva devant ce qu'il savait être l'ultime pièce de la bâtisse, sans grand espoir il en poussa la porte et s'arrêta net, pétrifié par ce qu'il découvrait : allongée sur un lit drapé de bleu, sous un baldaquin indigo il aperçut une jeune femme, une jeune fille même pensa-t-il en s'approchant pour la voir mieux, presque une enfant aux cheveux obscurs, à la peau diaphane et aux lèvres curieusement rouges. Son cœur accéléra brusquement, quelques pas de plus, il observait la belle et en voyant la poitrine se soulever régulièrement sut qu'elle dormait mais que son état ne pouvait être naturel dans un endroit qui sentait le maléfice plus que la magie.
À peine capable de penser il s'approcha encore, mis la main sur la cheville de la jeune femme qui ne bougea pas, la peau était douce, fraiche mais pas froide, doucement il remonta sa main jusqu'à toucher la robe blanche sous laquelle elle continua presque de sa propre volonté.
Il jeta ses vêtements incapable de résister à une passion manifeste...
Quand les crocs se plantèrent dans sa gorge sa conscience n'était plus qu'une fenêtre ouverte sur un implacable destin.

Repue, la Belle s'étira, elle n'avait plus besoin de faire semblant de respirer, dans ses
yeux d'un bleu nocturne mille souvenirs d'autant de vies eussent pu être contemplés si jamais homme avait pouvoir de lui résister. Un seul existait, elle le savait, le sentait, l'attendait...




