
06
"Tu parles !" fut le cri de l’esprit des deux français, avec des réflexions semblables en écho chez leur… Oui, leur collègues américains.
- Vous êtes le point commun commissaire, survivant d’une tragédie qui nous échappe, ne vous étonnez pas si l’on pense que vous en savez plus que vous n’en dites. Vous êtes d’une nation amie, quoique concurrente, en cette matière cependant nous pensions que nous devrions mettre en commun nos savoirs.
- Lequel avez-vous que vous auriez omis de nous préciser, vous attendez de nous la plus complète sincérité montrez l’exemple.
- Et bien…
Regard sur son groupe, ainsi put-il constater, ainsi que le policier français s’y attendant, qu’il n’y avait pas que des amis.
- Nous disposons de moyens de collecte de renseignements performants.
- Certes mais l'intéressant n’est-ce pas les renseignements eux-mêmes ?
Sourires de quelques-uns !
- Sans doute.
- Qui me concernent ou le paraissent ?
- Voilà.
- Et qui sont ?
- Qui sont intéressant !
- Jolie réponse. Je vous écoute, voyez, je sous tout ouïe.
- Vous avez visité notre pays il y a quelques temps avant d’y revenir et que se passe ce que nous savons.
- C’était un secret ?
- Non.
- Alors ?
- Lors de ce voyage se produisirent des événements étranges.
- Déjà ?
- Oui.
- J’attire les coïncidences.
- S’il ne s’agit que de cela.
- De quoi d’autre ? Vous tournez autour du pot, ce serait plus simple d’y mettre les doigts ?
- Des morts !
- Des morts ?
- Voilà !
- Entre mes visites dans votre pays, il n’y a pas de décès ?
- Si, mais nous vous pensons responsable de ces morts.
- Mais vous doutez. Des preuves, empreintes, témoignages ?
- Rien de probant, rien d’utilisable devant un grand jury.
- Soit, des morts, que vous ne regrettez pas ai-je cru comprendre. Quel rapport avec moi ? J’ai voyagé chez vous, en cherchant vous trouverez d’autres crimes à m'imputer sous prétexte que je me trouvais dans la même ville. Vous n’êtes pas renommé que pour la gentillesse de vos concitoyens, il existe par-ci, par-là, et même ailleurs, pour ne pas dire un peu partout, une certaine propension à la violence. Vous m’en accusez ?
- Non !
- Alors ?
- Le style !
- Le style ?
- C’est l’homme a dit un de vos écrivains, j’ai oublié lequel.
- Buffon ! Vous connaissez cette citation, c’est signe d’une grande culture, nous ne vous en demanderons pas davantage, n’est-ce pas professeur ?
- Absolument commissaire, absolument.
- Nous en étions au style, vous disiez.
- Rapide, violent, adapté aux victimes.
- Y aurait-il un tueur dans mon ombre ?
Son sourire se crispa, assez pour insinuer le doute dans l’esprit de ses vis à vis.
- Peu importe, tenons-nous en aux faits, à la réalité constatable.
- Des cadavres, ma proximité au moment du décès, suis-je le seul dans ce cas ? Je gage que vous avez quelque chose d’autre à dire.
- Votre père !
- Bienvenue chez Freud, vous vous en éloigniez ces dernières années.
- Ne mettons pas tout sur le dos du père et… Je ne suis pas psychiatre.
- La preuve, vous parlez, mais pas de ce que vous voulez dire. Avez-vous besoin d’un divan, que je m’allonge derrière vous ?
- Vous vous payez ma tête ?
- Je m’amuse, c’est une forme de l’esprit français, caustique, moqueur.
- Arrogant.
- Seulement quand c’est justifié, l’est-ce ?
- Non.
- Soyez sincère, direct, nous perdons tous notre temps.
- Votre père a réussi dans les affaires chez nous, il ne vous a jamais reconnu mais a fait un voyage dans votre ville, vous l’avez rencontré, êtes venu avec lui, dans une propriété qu’il possède en un lieu si discret que la plupart des cartes l’ignore, une chiure de mouche diriez-vous.
- Vous approchez la civilisation en employant de tels mots.
- Moquerie ?
- Je m’adapte, emploie votre tournure d’esprit pour vous comprendre.
- C’est le b-a-ba du métier, attention cependant ou vous allez mettre l’esprit, vous risquez de voir le monde sous un jour différent.
- C’est un risque pour qui ?
- Pour vous, mais je vous ai interrompu je vous prie de m’en excusez.
- Une digression n’est jamais inutile.
- Bien vu.
- Donc votre père, riche, mais pas trop, il donnait l’impression d’avoir pu l’être davantage sans en avoir ressenti l’intérêt.
- Ce qui vous étonne.
- Oui.
- Vous évaluez un individu à la mesure de ses possessions.
- En partie.
- Une maladie des pays jeunes, puérils, j’ai cinq billes de plus que toi, je suis le plus fort, mais le plus fort n'est pas le plus intéressant, le plus riche n'est pas le plus important, un jour, peut-être, si vous continuez à vouloir vous mettre à notre place, vous comprendrez ce que je veux dire par-là.
- Ce n’est pas le sujet, il aurait pu, ne le voulut pas, il avait autre chose.
- Par exemple ?
- Oui, par exemple ?
- Vous n’en savez rien ?
- Quasiment.
- Voilà une réponse ambiguë.
- Merci, vous voyez, j’y viens.
- Encore quelques années d’efforts et cela vous arrivera naturellement, plus d’effort à faire, plus de concentration à tenir, alors le monde vous apparaîtra sous un jour nouveau… Pas forcément plus beau.
- Merci de me prévenir.
- Je peux être très gentil à l’occasion.
- Ce qui ne semblait pas être le cas de votre père.
- Connaissez-vous un homme riche qui le soit ?
- Certains y arrivent.
- Les meilleurs acteurs seulement, les autres connaissent la vie et leurs concitoyens, la valeur de la première et le prix des seconds, ils vendent l’une en achetant les autres ; à moins que ce ne soit le contraire.
- Là n’est pas la question. Votre père avait autour de lui une bande d’amis haut placés, tous morts, ce sont eux auxquels je fis allusion il y a trois minutes, vous voyez la relation entre ces décès et vous qui les connaissiez, indirectement.
- Sont-ils venus en France ?
- Certains oui.
- Ai-je pu les rencontrer, quand mon père est venu me voir je ne le connaissez pas, comment aurait-il pu en être différemment de ses amis ? D’autre part il les connut une fois ma conception assurée, pour ce que je sais de lui il n’avait pas quitté la France avant ce moment, rien ne prouve que j’ai pu voir ces hommes.
- Vous ne niez pas l'avoir rencontré, il aurait pu vous parler de ses amis.
- Hypothèse.
- Que vous ne remettez pas en cause !
- Il m’a parlé de sa vie, de ses activités, de certaines de ses relations, les retenir toutes auraient été impossible, de là à affirmer qu’il ne m’a jamais parlé de ces hommes dont vous venez de me parler, je ne peux rien jurer.
- Explication plausible.
- Tout cela pour en arriver ou ? Vous pensez que tout se tient ? Mon père, sa visite, mon voyage, les meurtres, ce qui s’est produit ici et, pour finir, ce qui m’est arrivé ?
- Pourquoi pas !
- Il faudrait beaucoup de talent pour rédiger une histoire cohérente avec des éléments si disparates.
- Vous n’en manquez pas, vous-même vouliez être écrivain.
- Il y a longtemps, juste un besoin d’écrire, pas celui d’être lu, compris.
- Tout le monde souhaite cela.
- Je le fus dans le cadre de mon métier et des amis que je m’y suis fait.
- Mais qui ne sont plus de ce monde, à l’exception du professeur Morton.
- Ce sont les aléas du métier, chez vous il n’arrive jamais que des policiers tombent, victimes de leur devoir.
- Si, bien sûr, et nous le regrettons tous.
- Je vous vois venir, vous allez affirmer qu’il y a un lien entre la mort de mes deux collègues et amis et la liste énumérée plus avant.
- Ce serait osé.
- Donc vous n’allez pas jusque-là.
- Il y a un point commun !
- Moi.
- Oui.
- Est-ce suffisant ?
- Pour attirer notre attention oui, pour en tirer des conclusions non. Nous en restons aux faits, en parler peut faire avancer les choses.
- Je découvre que vous en savez long sur moi, ma vie et ses péripéties.
- Vous êtes un homme exceptionnel Diatek, sans vouloir vous flatter.
- Je l’admets et vous approuve, maintenant allez en paix.
- Bref, comme vous diriez, vous êtes une énigme au centre de nombreux mystères, commissaire, votre père aussi et ses amis défunts également.
- Mon père, convoquez-le, confrontez-nous ?
- Nous ignorons ce qu’il est advenu de lui.
- Vraiment ?
- Croyez-moi nous avons tout fait pour le retrouver, nous aimerions l’entendre cependant nous ne sommes arrivés à rien.
- Conclusion ?
- Il lui est arrivé quelque chose. C’est, je parle de lui au présent, c’est un personnage important qui ne peut pas s’en aller comme ça. Les témoins dessinent un homme fort, autoritaire, compétent, intelligent, une volonté hors du commun. Comme vous diriez "les chiens ne font pas des chats ! " Vous êtes son fils, et plus fort que lui dans bien des domaines.
- Chien ou chat ?
- A votre avis ?
- Chat, doux, ronronnant, capable de sortir ses griffes, de passer du minou adorable au tigre rugissant. Votre père est un séducteur hors pair, dans tous les domaines, le don de dominer par la gentillesse, de manipuler par l’intelligence, Vous êtes comme lui.
- Ce qui ne nous avance pas beaucoup.
- C’est vrai, reste le mystère de sa disparition.
- Vous comptez sur moi pour le lever ?
- Disons pour y contribuer.
- Comment ?
- Simple, en nous disant de quelle façon vous vous êtes séparés.
- Quel rapport avec les événements récents ?
- Vous êtes trop fin policier commissaire pour ne pas savoir qu’une enquête est un écheveau de multiples fils qui semblent ne pas former un tout cohérent, en tirer un fait parfois avancer loin de lui un élément que nous n’avions pas remarqué.
- Juste.
- Nous sommes d’accord. Nous pourrions dissocier certains phénomènes naturels de ce qui vous est arrivé, y voir une coïncidence.
- Pourquoi pas, comme ma présence à proximité de meurtres ayant mon père pour, lointain, commun dénominateur.
- Pourquoi ne pas dire les choses ainsi ?
- Certes, disons donc ça.
- Que vous est-il arrivé avec votre père ?
- Quand ?
- Quand il est allé vous voir ?
- Nous avons parlé, de tout, de rien, de sa vie, de la mienne, de ma naissance, de la suite.
- C’est vague.
- Quand un père vient voir son fils trente ans après l’avoir fait, sans se faire annoncer, il est normal de parler de choses simples, banales.
- Qui ne paraissent pas vous avoir touché ?
- L’idée de père n’existe pas en moi, j’avais fait le deuil de ce concept bien avant de le rencontrer, ce qui n’empêchait pas de profiter de l’expérience. Il y a à apprendre de tout.
- Qu’avez-vous appris ?
- Pas grand-chose, que je pourrais être riche un jour.
- L’héritage est parfois un mobile.
- Et mon poing dans la gueule ?
- Une réponse intéressante.
- Juste, vous progressez.
- Entre nous je ne dis pas que vous auriez pu tuer votre père pour son argent, ce n’est pas quelque chose qui semble vous motiver.
- J’ai vieilli, vécu des choses pénibles, un peu de confort me tenterait.
- Votre père ne vous en a pas parlé ?
- Si, il souhaitait que je travaille avec lui, que je quitte la police pour me préparer à lui succéder ce qui impliquait que je vienne m’installer ici pour être mis au courant de ses affaires, un travail de plusieurs années.
- Vivre en Amérique ne vous intéresse pas ?
- Non, y voyager, pourquoi pas ? Il s’y passe toujours quelque chose, vous ne me contredirez pas sur ce point.
- Soit, vous êtes malgré tout venu chez nous, enfin, chez votre père.
- Pas longtemps.
- Vous en êtes reparti pour y revenir avec votre ami le professeur Morton.
- Pourquoi ne pas profiter de l’endroit, c’est une belle maison, étrange, animée, pour des gens curieux comme nous c’est l’idéal.
- Vous saviez que votre père serait absent ?
- Non
- Vraiment ?
- Oui, je pensais l’y voir, et puis non.
- Conclusion.
- Aucune, il n’était pas là, nous sommes resté peu de temps.
- Pourquoi ?
- Mauvaises vibrations !
- Ce qui ne nous dit pas où est votre père.
- Cherchez-le, je m’en fiche.
- Pensez-vous qu’il soit encore vivant ?
- Pourquoi pas ?
- Vous n’en êtes pas sûr ?
- De quelle façon le serais-je ?
- Intuition.
- Je ne suis pas chargé de l’enquête.
- Elle vous intéresse ?
- Non.
- C’est votre père.
- Mon géniteur.
- C’est être bien dur.
- Question d’éducation. Vous êtes programmé, pour aimer votre père ?
- Comme nous tous.
- Parce que vous l’avez connu, et que vous attendez que vos enfants vous aiment. Tout cela m’est étranger.
- Freud verrait un lien entre l’absence du père et l’absence d’enfant.
- Il aurait raison.
- Et ?
- Et je constate que je n’ai pas pris le chemin le plus utilisé, j’en suis fort aise puisque je n’en peux plus changer, autant l’apprécier, voilà tout.
- Vous savez ce que nous voudrions ?
- Bien sûr.
- Non, c’est ?
- Visiter la maison de mon père, vous n’avez pas tenté de le faire ?
- À quel titre ?
- Il a disparu, son absence met en cause ses entreprises, ses activités font vivre de nombreuses personnes, et vous n’avez rien fait, je suis certain que vous auriez pu visiter sa maison si vous l’aviez voulu.
- Certes.
- Et, vous ne l’avez fait parce que…
- Nous n’avons pas pu entrer.
Le commissaire ne put contenir son rire, Morton en écho !
- Vous disposez de tant de moyens et une maison vous résiste ?
- Il est important que nous restions discret.
- Dites-nous. J’ai l’habitude, pour mener un interrogatoire, de ressentir mon interlocuteur, depuis que nous parlons vous n’osez pas,. Vous voulez des renseignements dont je dispose probablement pas sans me faire connaître ceux que vous connaissez.
- Vous en savez plus sur cette maison que nous.
- Autant, peut être, pas plus. Vous avez dû compulser je ne sais quels ouvrages, aujourd’hui il est possible de tout savoir très vite.
- Tout cela ressemble à une de ces histoires qui font accourir les spectateurs au cinéma, mais avec un arrière goût de réalité, de violence, une terreur étrange et sans nom. Voyez, je vous dis ce que je pense. Nous vivons dans un monde technologique, nous voulons comprendre, surtout notre peuple, pour vous c’est différent, alors quand nous sommes confrontés à une somme de mystères inhabituels nous nous interrogeons.
- Et vous ne savez pas y renoncer.
- Voilà.
- C’est bien, je gage qu’autour de nous certains n'ont pas votre vision, ils sont plus bornés que vous, désireux de tout réduire en principes éculés, parfois c’est impossible, vouloir comprendre est un piège, je l’ai voulu, espéré, et puis j’ai admis que j’avais plus à gagner à admettre, à prendre l’évidence pour ce qu’elle est. Souvent j’ai perçu derrière elle des mystères qui me tentaient comme un vertige, il est illusoire de vouloir aller trop loin et de croire pouvoir en revenir car nous sommes limités, si limités que nous le refusons.
Et moi ? Les mots sur le papier intriguent l’écrivain, il ne voulait pas des sensations qui le traversent, une mystérieuse émotion qui… Non, il le sait, se ment. Nul mystère. Amour... le terme ne convient pas, trop simple, l’impression de frôler la vie, d’être presque vivant, lui qui l’a toujours refusé, craint, l’a senti si proche que sa morsure le fait encore souffrir.
Regrets ?
Non, l’impression est passée, cruelle mais nécessaire. Pourquoi ces larmes à nouveau, non plus nées du délire mais de la réalité, trop belle, trop proche, un monde qu’il ignore comme ces personnages ignorent qu’il en existe un autre derrière l’apparence, il y en a toujours un. Obscur, fait d’ombre, capable d’apprécier la lumière, d’en ressentir l’implacable beauté, ses personnages expriment son contraire, êtres pris entre deux possibles, incapable de supporter les ténèbres comme la lumière et cherchant à se protéger des deux.
Il est à la croisée des destins, des chemins, il ne peut choisir un côté ou l’autre, il s’ouvre, s’offre. Inutile d’être ce monde clos, cet asile, ces murs à l’ombre desquels il crut découvrir la paix pour découvrir une souffrance pire que celle qu’il avait connu. Chercher le pire c’est regarder la lumière, se dire qu’elle existe et n’est pas inaccessible.
Mots, impressions. Où est la haine qui le soutenait, la sauvagerie, l’immense répulsion qui le fit quitter le monde ?
Finies ? Non ! Transformées ! Elles ne furent que moyens de détourner l’énergie, la vie en lui, qu’à l’utiliser à l’encontre de ce qu’elle est, de ce qu’elle peut, de ce qu’elle veut.
Comprendra-t-il jamais cela, vraiment. Il le voit comme un spectacle, l’accepter autrement, l’absorber… Mais c’est ce qui se passe, ce qu’il ressent, ce venin qui s’insinue, ces émotions qui voilent ses yeux, là est la vie, là est ce qu’il fuit et regarde désormais comme un Graal auquel il craint de s’abreuver.
Miroir de papier, suis-je toujours le plus fou ?
- La tare c’est nier son incapacité, dites-nous en plus à propos de cette maison.
- Son passé, construite sur un site très ancien, peut-être pré-indien.
- C’est ce que je savais sur l’origine des bruits courant sur cet endroit
- Choisi par hasard par votre père ?
- Non ! Le hasard ne fut jamais son ami, lui, aussi, et je lui suis redevable de cela, pouvait admettre ce qu’il ne comprenait pas.
- Pouvait, imparfait, commissaire.
- Ce qui convient à ce que je vous dis, c’est venu tout seul, comme si de parler de mon père m’incitait à percevoir sa situation.
- Peut-être.
- Vous avez une autre explication ?
- Des supputations, mais la question n’est pas là, nous y reviendrons.
- J’en suis certain. Ce choix ne fut pas celui du hasard, comment, quel instinct lui fit prendre la direction d’un lieu si reculé… Je préfère ne pas le savoir, connaître ses raisons ne peut qu’être déplaisant.
- Cela nous sommes tous près à le croire.
- Encore des cachotteries ?
- Nous n'allons pas abattre nos cartes aussi facilement ?
- C'est le jeu, mais n’attendez pas de moi que j’agisse autrement.
- Nos pas nous rapprochent, nous risquons de nous retrouver.
- C’est un risque ?
- J’ai dit risque ?
- Oui.
- Le mot m’a échappé, qu’en pensez-vous commissaire ?
- Qu’il convient à la situation, que vous avez une explication que vous allez me donner. Ne vous cachez pas derrière le secret de l’enquête.
- Je ne sais pas si je dois, si je peux…
- Vos collègues opinent, pourquoi s'arrêter ? Mon compatriote La Palisse l’aurait dit à loisirs, reculer ne fait pas avancer.
- Un homme de génie comme seule votre race peut en générer.
- J’ai cru que vous alliez faire une analogie avec moi ?
- Pour le génie ?
- Bien sûr.
- Si vous voulez…
Génie ?
Être ou avoir ?
Ainsi que le disait Mahler "Qui n’a pas de génie devrait s’abstenir !"
Il sourit au papier, belle formule, digne de lui, au besoin il la
replacera, dommage qu’il soit trop honnête pour la faire sienne.
- As-tu de quoi me payer voyageur ?
- Bien sûr, voilà.
- Rares sont les vivants qui osent descendre jusque-là, encore que vivant ne semble pas un terme te convenant.
- Ton œil est sûr nocher.
- Expérimenté. De même humain ne me semble pas non plus te seoir.
- Je suis ici justement pour en savoir plus sur moi.
- Sur toi, drôle d'idée.
- Celle d'un temps futur où les mots sont différents mais ce qu'ils signifient identique, et masqué. Trouver le miroir convenable est difficile. Ici plusieurs s'offrent.
- Et chacun te donnera un aperçu de toi-même différent. Le temps est pour moi une notion floue, heureusement, la conscience également, mais je suis distrait par les âmes qui viennent à moi et dont chacune me laisse plus que le paiement dont elle s'acquitte.
- Un poste d'observation fascinant, j'espère que nous aurons l'occasion d'en discuter.
- Pourquoi pas, tu viens chercher quelqu'un ?
- Moi ! Une quête que je fais, par chance, consciemment.
- Chance ?
- Du moins pour l'instant, qui sait ce que je te dirais en repartant, si je repars.
- Tu n'es pas sûr d'en avoir encore envie ?
- Peut-être le poids de mon âme sera-t-il trop lourd pour ton embarcation plutôt que l'inverse.
- Je te dis malgré tout à bientôt, vois, d'autres esprits m'attendent.
- À bientôt Charon...
Toile de José Benlliure Y
Gil
Bullesdosèrent : Effet produit par une
consommation excessive de boissons fermentées d'origine industrielle, l'air ainsi accumulé devant s'extérioriser d'une façon ou d'une autre, le plus souvent d'une autre
!
Horraure : Phobie du matin, chagrin.
Idolatrine : Admiration pour des idées de M...
Insomnie : Éclipse de sommeil.
Intelligence émotionnelle : T'es con, mais t'es gentil !
Mathématichien : N'oublie pas Thalès !
Mentir : Dire ce qui aurait dû arriver.
Night Clubber : Individu très axés soirs.
Paradis : Compte en cieux dans un quartier réside en ciel.
Pimenteur : Rajoute à ses propos des inventions censées en aviver le goût.
Saunacotra : Lieu où la chaleur humaine fait vite suer.
V.I.P.pi-room : Où les vedettes s'emm... en feignant le contraire.
Amos Tutuola (1920-1997) - (my life in the bush of ghosts -1954)
Belfond - littérature étrangère
ISBN 2-7144-2118-0
Traduction : Michèle Laforest
Réédition 10/18 1993
Ces deux éditions sont épuisées.
(Couverture française introuvable)
Porté au théâtre à Avignon, mis en scène par Guy Lenoir, avec Isaach de Bankolé.
Un album de Brian Eno et David Byrne paru en 1981 porte également ce
titre.
Né à Abeokuta au Nigeria, son père, Charles, était fermier. Tutuola entend son premier conte en Yoruba à l'âge de 7 ans. À la mort de son père en 1938 il doit quitter le Salvation Army primary school défiitivement et s'occuper de l'exploitation familiale. La vie de fermier ne
lui convient pas et en 1940 il part pour Lagos où, durant la Seconde guerre mondiale il travaillera pour la R.A.F. Le conflit terminé il fera de nombreux petits boulots.
En 1946 paraît son premier livre The Palm-Wine Drinkard. Amos Tutuola, Nigérien, écrit dans un anglais proche de l'oral. En 1954 paraît My Life in a bush of ghosts, l'histoire d'un enfant de huit ans échappant à un raid de marchands
d'esclaves pour se retrouver seul dans une brousse peuplée d'esprits et de fantômes, une brousse au cœur de la forêt tropicale, un lieu résistant aux assauts du « progrès ». Ainsi que
resterait-il en nous de ce que nous sommes vraiment si comme cet enfant nous étions confronté à des croyances que nous pensons extérieures, lointaines, oubliées peut-être ?
Bien sûr ce livre remonte à plus d'un demi siècle, une autre époque pour bien des gens mais ce livre nous permet de mettre entre parenthèse la réalité technologique de notre temps pour nous
ramener à un âge où rêves et terreurs se mêlent et viennent d'un temps que nous croyons enfouis si profondément qu'il est destiné à rester inaccessible. Du point de vue du lecteur je dirais que
le plaisir est d'autant plus grand de retrouver des émotions enfantines, spontanées, sans être puérile au sens benêt du terme, qu'il est possible de fermer le livre, lu pour le Défi des Littératures de l'imaginaire sur les 5 continents, pour le rouvrir plus tard.
Sympa d'épouser une fantôme (ça arrive dans la réalité !), d'être transformé en vache (no comment !), en tronc-chantant (à ne pas confondre avec un étron-chantant...), d'être enfermé dans une
amphore et embarqué... Le lecteur, lui, est entraîné bien loin de son quotidien, et, franchement, ça fait du bien. Alors laissez-vous prendre par l'imaginaire, vous m'en remercierez, un peu, et
serez redevable à Amos Tutuola de nous ouvrir à la culture yoruba. Passez de la Ville-sans-Nom à la Ville-sans-Espoir jusqu'à la Vallée de la Perte ou du Gain, qui sait ce que vous garderez de
votre rencontre avec Superlady... Un seul regret, devoir lire, écouter serait tellement mieux !
Raymond Queneau traduisit L'ivrogne dans la brousse en 1953, certains crurent qu'il en était l'auteur sous un pseudonyme. La littérature
africaine, à l'époque, semblait improbable.
Le mot du jour
Célibataire : L'ajourné de la femme !
05
Le rêve est mort. Il revoit la tombe, ces cadavres, l’enfance hurlant un appel qu’il entendit vingt ans plus tard, le temps d’arrêter de courir, d’oublier sa peur, de regarder dans le miroir de
papier sans craindre un reflet cruel. Rien de pire que d’oublier ce que l’on fuit car lui ne vous oublie pas, au contraire, il fait un détour pour ressurgir en provoquant le plus grand choc
possible.
Rêve de folie, une peur glacée dont la morsure ne s’effacera jamais.
Jamais !
Le venin est étrange, il ne l’a pas tué, au contraire, la momification était en cours, sans cette morsure elle aurait continuée, il se serait embaumé lui-même dans des bandelettes de papier. Non, cette morsure fut bénéfique et ce souvenir fut lumière et violence.
Il ne le regrette pas, signe qu’il a connu un changement important.
En cours ?
La durée différencie une momie d'une chrysalide. La seconde devenant la première quand la vie ne trouve pas à s’exprimer, qu’elle manque de force pour la déchirer et atteindre la lumière. Le problème étant de se réveiller, de prendre le temps de la réflexion. Le papillon sait qu’en naissant il volera vers la mort, désire-t-il rester où il se trouve ? L'espoir devient prison mais il gagne en temps ce qu’il perd en substance, en connaissance, en vie puisque cette dernière se définie plutôt par sa qualité que par sa quantité.
Jolie formule, pour un peu il serait fier de lui et aurait raison.
Il sourit de ce qu’il pense, c’était, c’était… Il ne sait plus, comme un rêve dont il aurait ressenti la conclusion mais pas le déroulement.
La nuit, le rêve… L’espoir qui s’enfuit pour que s’impose une réalité plus étrange encore que ce qu’il imaginait.
Fermer les yeux, se souvenir… Ils étaient là, attendant, il s’est déshabillé, a descendu quelques marches… Quelques ? N'était-ce pas des milliers, peu importe, les apparences sont une chose, leur sens est différent, il sait que se mélangèrent deux époques, que derrière les faits existait une autre vérité plus puissante, plus efficace et dangereuse.
Ils étaient là, il n’avait pas peur bien que sachant ce qui l’attendait, il n’a pas cillé quand l’éclair a pénétré sa poitrine, il est tombé, tombé… Si loin qu’il ne sait plus, une chute pour l’éternité.
La mort l’a surpris, un froid total, immédiat mais protecteur, la vie s’écoulait hors de lui quand elle revint. La vie, mais Sa vie ? Il hurla et entendit un autre cri, il accepta d’en être l’écho et cela suffit.
Il est embarqué vers… L'éternité ? Ce rêve fou de la vie ? Non, pas vraiment, ce qui naquit mourra, l’univers aussi ! Il ne veut pas être là encore et encore, pris dans un enchaînement néantique.
Une nuit est-elle toujours matrice d’un nouveau jour ?
Piège d’espoir pour supporter l'obscurité. Imaginer au bout du tunnel le point de lumière aide à ne pas bouger, le meilleur moyen pour aller nulle part étant de croire mouvement ce qui n’est qu’un piétinement.
Rêve ou chimère ?
Il sourit de son lapsus, ne l’efface pas, il en dit ainsi plus qu’il n’en voulait.
Presque trop.
Trop ?
La nuit aide à réfléchir, miroir pour qui joue avec l’obscurité comme une enfant avec de la pâte à modeler, pour lui la nuit est intérieure, elle n’est pas l’amie qui dit oui, qui feint, elle est plus, pire. Elle est vraie, sait embrasser autant que mordre, étreindre autant que griffer.
Il aime les deux !
Naguère il écrivait la nuit, dormait le matin, dans ce décalage il puisait une force épuisante qu'il ne retrouverait plus.
Une envie est un jouet qu’il regarde en sachant que bientôt il n’y croira plus qu’elle se délitera et qu’une autre la remplacera. Elle sont des ombres qui passent, jouets de l’enfant qu’il affecte d’être resté.
Affecte ou infecte ?
Il s’est infecté ou affecte de l’être, de lettres, infecté par les lettres...
Jeu à volonté !
Fut un temps… Mais le passé n’apprend rien, sinon à ne plus l’écouter, les yeux dans le rétroviseur ne voient pas ce qui l’attend, c’est ce qu’il fit, prenant le papier pour miroir, croyant voir au travers pour, finalement, s’y découvrir.
À quel prix !
A-t-il tout payé, les intérêts furent-ils pris en compte, amusant pour lui persuadé de n’en pas avoir, un mot aux sens ambigus. Plaisant jouet.
L’aube ?
N’est-ce pas une tenue pour quelque culte archaïque ?
Crépuscule irait mieux !
Il n’aura pas dormi, pas de fatigue, au contraire, ses forces reviennent, et avec elles…
L’heure n’est pas au savoir, pas encore à la compréhension. Des mondes, des vies, plus qu’il l’imagine, d’abord admettre ce qui fut, déchiffrer les images qui diront plus qu’il l’attend. Peu importe, il ne s’agit pas de retenir une leçon mais d’accepter qu’elle soit donnée. L’important est le sens plus que la forme. A quoi bon apprendre par cœur un texte si c’est pour le répéter comme un perroquet ? Il apprendre, il saura.
Et il souffrira ! Il en est sûr par avance, leçon de la vie qu’il retint.
Ne pas… Ne plus…
Le comprendre serait-ce signe de vie ou…
§ § § §
Rencontre. Le commissaire et Morton face aux enquêteurs. Le silence est pesant, les premiers sachant ce qu’ils peuvent dire, les autres redoutant ce qu’ils vont entendre. Tant d’événements étonnants se sont produit ces derniers jours qu’ils craignent que d’autres soient à venir qui les expliqueraient. Imaginer est une chose, la confirmation est plus difficile à supporter, l’esprit gommant ce qui le gêne, le modifiant sans se soucier de la réalité. L’être humain sait mentir à son semblable mais surtout à lui-même, sa première qualité.
- Commissaire…
L’interpellé ne dit rien, se tournant vers celui qui vient de parler.
- … La situation est complexe. Nous ne sommes que des policiers, des intermédiaires entre le pouvoir et le peuple, ce dernier attendant du premier une explication qu’il nous importe de découvrir.
- Et vous pensez que j’ai une solution simple pour vous ?
- Ce serait bien.
- Vous savez ce qu’il en sera de quelques explication que vous donnerez.
- Certains la croiront, par besoin, d’autres la refuseront, par envie d’imaginer autre chose ou par méfiance vis à vis du pouvoir. Croyez-moi, le plus simple est encore de ne rien dire, de trouver des mots assez flous pour que chacun y mettre ou y prenne ce qu’il veut, vos employeurs sauront faire ça, en tant que politiciens c’est leur métier ?
Pas de réponse exprimée, quelques sourires plus ou moins contenus.
- Si j’avais une explication je vous la donnerais, soyez-en sûrs.
Derrière lui Morton retient un sourire. Dissimuler en expliquant ! Ce serait si simple de dire la vérité. Les autorités savent qu’en présentant d’une façon adéquate certains événements il n’en sort que doute et refus.
- Prenons les faits commissaire, si vous le voulez bien.
- Nous en tirerons des conclusions plus ou moins réalistes.
- Il semblerait que vous vous soyez déshabillé de vous-même, vous étiez nu quand vous êtes descendu, seul, dans ce puits.
- Je sais ce que j’ai fait. Quand je suis entré dans cette maison…
- Sans attendre de renforts !
- J’y viens ! En entrant je savais ce qui allait arriver. Ne me demandez pas comment. Je me vois, j’entre, me déshabille, descends, personne ne me menace, personne ne me pousse et cependant il y a quelque chose, une ambiance, une envie, un désir qui m’ordonnait de venir.
- Vous vous souvenez du coup… j’allais dire fatal ! Pour beaucoup vous revenez d’entre les morts. La nouvelle donnée, et les journalistes savent écouter nos conversations, fut qu’il n’y avait pas de survivant, le policier français qui se trouvait là avait trouvé la mort pendant son enquête en ayant pris des risques inconsidérés.
- Ne suis-je pas vivant devant vous messieurs ?
- Si !
Et pourtant ils doutent, si le commissaire s’évanouissait devant eux, si la lumière du jour passait à travers lui, ils seraient soulagé, n’importe quoi d’extraordinaire qui confirmerait ce qu’ils pensent, le voir là, normal, est insupportable.
- Affolement, la précipitation, cent raisons expliquer que l’on m’ait cru mort, vous comprendrez que je ne puisse rien vous dire à ce propos, j’étais… absent.
- Nous avons l’évidence que vous êtes vivant, nous en sommes heureux, nous avons les résultats de l’hôpital, ils sont aussi troublant et ne vont pas dans le sens que nous espérions.
- C’est-à-dire ?
- Vous avez subi un choc immense, perte de poids, déshydratation, faiblesse extrême. Votre blessure était superficielle malgré tout car trois jours après vous êtes là et votre blessure a quasiment disparue. Il ne s’est pas écoulé une demi-heure entre le moment où vous êtes entré dans la villa et l’intervention de la Garde Nationale, rien ne justifie votre état, votre survie. Vous n’êtes pas mort, c’est évident… Commissaire je m’interroge et cela me trouble, soyons sincères, nous sommes entre nous. Vous n’êtes pas un inconnu pour nos services, nous sommes alliés, si pas amis, n’empêche, chacun aime à observer ce que fait son voisin, nous en savons un peu sur vous, un peu plus que vos compatriotes, assez pour tout imaginer, si vous voyez ce que nous voulons dire ?
- Fort mal, excusez-moi, la fatigue est encore là malgré ma récupération rapide. Je suis un policier parmi d’autres, je veux bien reconnaître que mon domaine est peu apparu sous les feux de l’actualité, ce ne fut dicté que par le souci de la discrétion.
- De ne pas affoler.
- On peut le dire ainsi.
- Qu’est-ce qui affolerait un pays quand le pire semble quotidien ?
- Je travaille depuis longtemps, tout a changé depuis mes débuts, ce qui semblait extraordinaire ou insoutenable il y a dix ans est aujourd’hui le sujet de dessins animés pour les enfants qui confondent réel et virtuel au point de se demander si la différence existe vraiment. Les affaires que j’ai eu à résoudre attireraient peu l’attention aujourd’hui.
- Une élégante façon de ne pas répondre.
- Je suis policier aussi, je sais comment les choses se passent. Soyons clairs, tout n’est pas à dire, il est bon que restent dans l’ombre des faits inquiétants, non les plus violents, ce n’est pas l’abondance des cadavres qui trouble, au contraire, nous en voyons tous les jours et la télévision est un charnier, parfois cependant il y a autre chose, enquêter sur ces phénomènes n’implique pas de les comprendre, seulement de parvenir à y mettre fin, rien de plus.
- En tant d’années vous avez appris, compris. Nous connaissons votre valeur, votre intelligence, je ne dis pas cela par flagornerie et ces mots m’écorchent la bouche, je constate un fait, pour certains vous seriez capable de réussir dans tous les domaines. Nous savons que le meilleur moyen de cacher son intelligence est de la montrer sous un jour peu favorable, de faire le pédant, le vaniteux, celui qui sait, dit, et s’amuse de l’ignorance de ses petits camarades, c’est dissimuler son intelligence sous le masque de la culture, de la simple mémoire, il est évident que vous disposez des deux.
Le Français sourit, flatté, quoi que sachant que tout était vrai.
Vanité, vanité…
- Nous nous comprenons commissaire. Nous ne vous en demanderons pas davantage sur ce qui ne nous regarde pas.
- Ce qui veut dire que vous en savez assez.
- Non, justement.
- Assez pour ne pas vouloir en savoir davantage.
- Fine remarque.
- Ne suis-je pas intelligent ?
- Et plein d’esprit, vous êtes français, vous tenez les mots.
- Qui tient les mots tiens les gens. Les mots, les moyens d’informations, contrôler les imbéciles mais la question n’est pas là.
- Juste, commissaire, juste.
- Alors, tout ça pour en déduire quoi ?
- Que malgré tout nous serions curieux d’en savoir plus.
- Trop ?
- S’il le faut.
- Mais puis-je traduire en mots un ressenti tellement intime ? Je savais ce qui allez arriver, ce n’est pas le hasard qui fit que je me suis trouvé dans votre ville alors que se sont déchaînés des éléments inhabituels.
- C’est gentil de le confirmer.
- Mais je suis gentil, adorable même, dans certaines circonstances sur lesquelles je ne m’étendrais pas ici.
- Et nous en sommes heureux, quoi que…
- Flatteur !
Les deux hommes se regardèrent en souriant, ainsi, pour une fois les Américains avaient bien choisi, le commissaire fut sûr que ce porte-parole avait du sang français dans les veines, un américain de deuxième génération, un prosélyte peut-être, les pires !
- Bien, pas une surprise, logique.
- Pour le reste, à titre personnel, je reconnais que je ressentais les choses sans en avoir le descriptif, j’ai fonctionné naturellement, instinctivement serait trop simple. Je me suis laissé faire en sachant que j’étais guidé mais sans savoir par quoi.
- Vous saviez qu’une si grande violence allait exploser ?
- Non, je devinais une énergie considérable en attente. Ai-je été endormi, la chauve-souris vampire anesthésie localement sa victime.
- C’est gentil de la part de ce mammifère. Quel rapport avec nous ?
- Aucun !
- Vous cherchez à nous endormir ?
- Non.
- Mais pas à nous réveiller.
- Pas davantage, je me réveillerai en même temps que vous.
- Vous le redoutez ?
- Oui.
- Vous ne semblez pas peureux, vous en avez vu d’autres, la mort en face, souvent, et, qui sait, de plus près encore.
- La mort n’est pas ce le pire, non, vivre l'est, savoir. Mourir est le mieux qui puisse arriver.
- Vous en parlez avec regret ?
- Disons avec nostalgie.
- Ce qui est encore pire, c’est comme si…
- Comme si ?
- Comme si !
- Comme ça !
- Soit commissaire. Comme si ou comme ça ? Moi aussi je joue sur les mots.
- Vous avez raison, ils donnent du piquant à une vie qui en manque tant. N’auriez vous pas une ascendance française ?
- Ma mère…
- Je vois.
- J’ai choisi l’avenir.
- Ou l’illusion, vous êtes allé au plus simple, choisir le chemin qui descend n’est plus facile qu’au début, vient le moment où les cuisses font mal, ou l’esprit hésite, ne pas se retourner, ne pas douter de soi, voir la pente est dangereux, cela incite au radicalisme, au fanatisme, au nationalisme.
- Je ne tomberai pas dans ce travers.
- Je le souhaite.
Et mon œil disait le Français.
Il est glauque répondait le traître.
- Bref, nous parlions de vous, de vos enquêtes, de votre présence.
- J’affirme avoir été porté par les événements. J’ai souvent agit ainsi, intuitivement, le pif est un vieil ami. Vous ne le connaissez pas, vous avez vos ordinateurs, vos portables, tout un tas de trucs qui finiront par se demander à quoi vous leur servez, mais je m’égare, nous ne sommes pas là pour ça. La violence s’est déchaînée, naturelle, surnaturelle, question de définition, paraît naturel aujourd’hui ce qui est électronique, mécanique ; surnaturel ce qui fait appel à des forces inconnues. L’homo sapiens est amusant, il croit tout savoir, s’amuse des erreurs de ses prédécesseurs mais n'anticipe pas les moqueries de ses descendants.
- Intéressante opinion.
- Adaptée ! Être réceptif à une réalité aide à noter ses modifications. Les paupières closes gênent pour voir, l’esprit éteint restreint la compréhension.
- Vous êtes sensible au surnaturel, au surnaturel naturel pour prendre vos mots ?
- On peut le dire ainsi, une tournure d’esprit, un don.
- De qui ?
- Du hasard !
- Vous n’êtes pas croyant.
- Non, pensant seulement.
Énerver son adversaire pour l’affaiblir, infériorisé il réagit avant de réfléchir.
- Dieu n’existe pas pour vous ?
- Ni pour ni contre.
- Certains n’ont aucun doute.
- Je suis heureux que vous en reveniez au fanatisme.
- Ce n’est pas…
- Mais si. De la sensibilité dont je parle, il vous reste juste assez pour craindre et vous cacher derrière votre signe de croix.
- Nous ne sommes pas là pour parler de ça.
- Moi non, vous si !
- Vous en êtes sûr ?
- Évidemment. Pour vous ce qui s’est passé annonce l’Apocalypse, un trop grand mot Vous vous croyez nécessaire, faisant d’une vie la représentation de ce qui compte, l’aboutissement de la création. Il n’en est rien, croyez-moi, puisque vous aimez croire et ne pouvez que cela. C’est une erreur, nous ne sommes rien, vous comme moi.
Mais quel moi ?
- Vous ne me ferez pas sortir de mes gonds.
- Vous en avez ? J’ai cru que vous étiez incapable d'énervement.
- Vous aussi croyez.
- En rien, la preuve.
Le plus haut représentant de l’administration crut bon d’intervenir.
- Messieurs, je vous en prie, votre joute n’intéresse que vous, nous ne sommes pas ici pour satisfaire un esprit de compétition entre beaux parleurs mais pour comprendre, si nous le pouvons, ce qui s’est passé.
- Comprendre ?
- Oui, commissaire, oui !
- Qui en est capable ? Pas moi ! Un jour quelqu’un apportera une explication. Nous ne pouvons pas tout dominer, autour de nous se produisent des événements qui nous échappent quand bien même se servent-ils de nous pour exister, pour s’imposer.
- Vous en savez plus que vous dites commissaire. Même si savoir n’est pas le terme adéquat. Intuitif avez-vous dit, soit, mais cela nous étonnerait que vous n’ayez pas une idée. Nous n’attendons pas d’explication, les médias trouveront les leurs puisqu’ils ne seront pas satisfait de la nôtre.
- Si je pouvais… Est-ce trop tôt, trop tard ? J’ai été saisis par… quelque chose, parce que j’étais sensible, aimantable pour trouver une analogie correcte. Il se peut que demain j’ai une meilleure idée, pour l’heure tout est confus. J’ai été blessé, affaibli par l’épreuve, anormalement et plus qu’il n’y paraît. Il y a un long moment maintenant que nous parlons, il est illusoire de croire que nous résoudrons tout en une confrontation. Vous et moi avons besoin de temps, que maturent ce que nous nous sommes dit. Les idées font leur chemin seules dans l’esprit, souvent elles aboutissent à rien et disparaissent d’elles-mêmes, parfois elles passent l’épreuve de la vraisemblance et s’imposent.
- Pas toujours ?
- Il n’y a jamais de toujours. Quel plaisir tirer de la certitude, quelle valeur aurait une vie détentrice du savoir absolu, pouvant solutionner chaque problème ? Vous et moi avons besoin de faire le point, en plus j’ai faim.
"Français" ne put retenir le porte-parole muet depuis dix minutes.
"Vivant - répondit le commissaire - un synonyme, je vous l’accorde".
Les français se retrouvent dans un monde gorgé d’incompréhension, le sentant et le détestant. Les. Étasuniens aiment tout expliquer, en particulier à ce qu’ils ne comprennent pas
- Le jeu est intéressant commissaire.
- Tant mieux professeur. Ils ont bien choisi leur représentant.
- J’ai cru que vous alliez parler d’un procureur.
- Pas à ce point là, il ne s’agit pas de nôtre, de vôtre procès.
- En êtes-vous sûr ?
- En principe.
- Charger un bouc de tous les défauts simplifie la situation pour les autres qui se relient en montrant du doigt le seul porteur d’iniquité.
- Vous ?
- Je suis le survivant, le point commun de tout ce qui s’est produit ces derniers jours. Leur compréhension est mise à rude épreuve, de là à me mettre au pilori il y a un pas que je les sens près de franchir.
- Vous êtes une victime.
- Nous verrons, profitons de ce repas, peut-être sera-ce le dernier.
- Vous êtes optimiste.
- Non, moqueur !
- Cynique.
- Aussi ! Mais se moque de tout qui sait la vanité des choses.
- Bien entendu cet endroit est truffé de micros.
- Je suis sûr qu’il y en a dans les toilettes, ils font de ces choses maintenant, des prodiges de miniaturisation, on dirait qu’il s’agit d’une crotte, non, c’est un micro. La crotte n’est pas là, elle écoute.
Regard complice des deux français avant de s’attaquer au contenu de leurs assiettes.
Retour dans la salle d’audience, chacun reprend sa place, les groupes humains se facilitent le conditionnement en ritualisant leur comportement, moins de temps perdu en vaines réflexion, ce qui convint une fois sert à nouveau, encore et encore.
- Messieurs, si nous reprenions le cours de nos réflexions ?
"Beau numéro de faux-cul" souffla Morton à son ami qui opina.
- La situation est compliquée. Faisons preuve d’intelligence en ne nous affrontons pas, nous sommes du même côté, chacun soucieux de faire éclater la vérité.
"Elle te défigurerait !" Pensa le commissaire, certain que son complice se faisait une réflexion similaire, de nombreuses années passées à se fréquenter dans des conditions périlleuses incitent à se ressembler, par l’esprit sinon par le physique.
- Commissaire vous admettrez que nous avons besoin d’en savoir plus, il
s’est produit des choses fantastiques ces derniers temps. L’évolution des mentalités et la diffusion d’émissions télévisées à succès font que le public regarde cela avec distance. Son monde se
définit au travers de son écran plat, les réactions sont lentes, diffuses, si l’on excepte quelques groupes ici ou là, quelques agitateurs ou profiteurs. Ce qui s’est passé n’est pas loin de
ressembler à un épisode de telle ou telle série. Je ne les connais pas assez bien pour en nommer une en particulier.
1954, Teddy Daniels et Chuck Aule, U.S. Marshalls se
dirigent vers Shutter Island afin d'enquêter sur la disparition de Rachel Solando, une patiente de l'hôpital
psychiatrique. La tempête menace et le capitaine du ferry est pressé de les débarquer sur cette terre peu hospitalière. Ils sont accueillis par les gardes du lieu qui les conduisent du quai
jusqu'à l'hôpital lui-même. Des bâtiments inquiétants dont les plus anciens remontent à la guerre d'indépendance.
Ils sont reçus par le Dr. John Cawley, éminent psychiatre prônant l'usage de méthodes modernes et médicamenteuses plutôt que celles, alors en vigueur, plus chiruradicales. Autant les cellules des malades normalement anormaux sont sévères, autant les habitats des médecins sont magnifiques. Outre ces locaux existe un pavillon réservé aux anormaux anormaux, ceux du genre violents et susceptibles de violence à tous moments.
Immédiatement Teddy ressent de la méfiance envers ce médecin, et la mise en scène semble abonder dans son sens, plus encore quand les policiers rencontreront le Dr. Jeremiah Naehring dont l'accent évoque chez l'U.S. marshall ses souvenirs de la seconde guerre mondiale quand, avec son régiment, il arrive à Dachau et découvre ce qu'y firent les nazis...
Ainsi le film va-t-il évoluer, tissant l'enquête, les souvenirs et les rêves. Comment Une patiente a-t-elle pu s'évader
d'une cellule fermée et disparaître en ne laissant derrière elle qu'une espèce de rébus ; que sont venus faire les marshalls en réalité et, pire encore, la réalité est-elle ce qu'elle semble ;
ces médecins sont-ils là pour aider leurs patients ou en faire de simples cobayes ; qui se cache, ou est dissimulé, dans le bâtiment interdit... La mise en scène nous pousse dans une direction,
puis dans une autre jusqu'au dénouement dont je ne vous parlerai pas bien sûr, ce serait dommage.

Inutile d'épiloguer sur le talent et la maîtrise de Martin Scorsese ou de Dennis Lehane, l'auteur du roman, en revanche j'avais gardé l'image de DiCaprio dans le film que vous savez, autant dire que je n'étais pas fan, je dois avouer qu'il est remarquable et j'aurais
fait enfermer qui m'aurait affirmé que j'écrirai ceci un jour.
Mis à part Ben Kingsley, impeccable, j'ai eu
plaisir à retrouver Max von Sydow dont je garde un grand souvenir de son rôle de prêtre dans l'Exorciste,
de la possession à la folie, ou l'inverse, le chemin n'est pas long, l'un est le reflet de l'autre, mais lequel ? Une pensée pour Ted Levine qui joue le directeur de l'Hôpital et qui incarnait, il y a bientôt vingt ans, le rôle de Buffalo Bill dans le Silence des Agneaux ! Lui non plus n'est pas déplacé ici.
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Difficile d'en dire plus. Le pire n'est pas forcément ce que l'on se cache mais ce que l'on fait pour cela. L'esprit dissimule un traumatisme, repeint par-dessus... il ne gomme pas vraiment, l'image veut revenir comme un noyé cherchant à se délester pour remonter à la surface d'une conscience qui lutte pour le maintenir au fond alors que le meilleur, le seul probablement, moyen de l'oublier est encore de l'affronter au risque de s'y perdre ou, plus sûrement, dans ce but.
Où trouver la paix sinon ? Oui, c'est la solution ultime, pour ne pas dire finale.
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Tenir un blog ? Ouais, bonne idée, mais si ça permet d'avancer ça ne change pas la destination. Une dernière clope et je
voudrai bien aller jusqu'au phare (je sais il y en avait déjà un dans Lovely Bones, c'est la saison). Êtes-vous sûr d'être occupé à lire cet article, en cherchant à le comprendre, risquant d'y
parvenir mieux que moi et de ne jamais pouvoir quitter Leerony Island...
Mais c'est une autre histoire !
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |