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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 07:00


 

Encre blanche ou poison, oubli, inspiration,

Lit, cœur d'un moment, troublante tentation.

Compagnon souriant, tu tends la main vers moi,

Toujours prompt à t'aider pour effacer l'émoi.


De poètes autrefois je fus mieux qu'une muse,

Pour leurs abus d'excès j'étais la bonne excuse.

Ouvrant en leurs esprits cent chemins intérieurs,

Sur lesquels ils trouvèrent le pire et le meilleur.


Maintenant est malade qui cède à mes avances,

Innocent d'être faible attiré par l'errance.

Crois-tu que je sois fier de mes millions d'esclaves ?

Âmes assoiffées d'espoir finissant en épaves.


J'ai mille nom, goûts, couleurs, réchauffant qui a froid,

Rassurant l'isolé envouté par l'effroi.

Tu crois m'avoir vaincu en étant abstinent,

Mais le jeu continu, le duel est constant.


C'est ton anniversaire ? Ton conjoint s'est barré ?

Dans ton dos, bruyamment, la porte vient de claquer.

L'obscurité t'accueille et soudain tu t'affoles,

Dernier vers... avant d'autres. Une larme d'alcool !


 

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 07:00


vieuxcouple2.jpg

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 07:00


 

 

Est-il si grave de mourir, est-ce un avantage de l'être de manière violente ? La question n'est pas ainsi posée dans ce film et pourtant l'héroïne semble dire non à la première interrogation mais oui à la seconde.

 

Suzie Salmon (comme le saumon répète-t-elle) est une adolescente sans histoire, blonde avec des yeux aussi bleus qu'innocents, autant dire qu'elle est la victime parfaite pour le prédateur sexuel en maraude. Or, comme c'est ballot, il se trouve qu'elle en a un parmi ses voisins. Un soir après avoir vu un film au ciné-club de son collège elle prend un raccourci pour rentrer chez elle, une jolie maison où l'attendent outre ses parents son frère et sa sœur. Le vent, mutin, s'empare d'une feuille de papier dans son cartable et l'emporte au loin... Prenant un raccourci au travers d'un champ elle est interpellé par George Harvey, d'abord hésitante elle se laisse tenter, il est bon de préciser que le film, comme le roman de Alice Sebold, se déroule en Pennsylvanie, dans la banlieue de Philadelphie, en 1973, aujourd'hui une ado, éduquée par la télévision, sortirait son téléphone pour prendre en photo l'impudent et l'enverrait immédiatement à tous ses corres'. Mais en ce temps là le danger semblait réservé à ceux qui le cherchait et pas prêt à frapper n'importe qui, n'importe où.

 



Suzie suit donc George qui lui montre l'espèce de cave qu'il a creusé dans le champ (sans que personne ne le voit, chapeau !) et aménagé afin que la jeunesse du quartier ait un lieu où se retrouver... Elle s'assied, il lui offre un coca, même pas light, et discute un moment avec elle, jusqu'à ce que, dans un moment de lucidité, elle tente de s'enfuir, sort du piège et se met à courir dans un univers qui semble le sien mais différent. Elle effleure une amie qui la suit du regard disparaître dans la nuit avant de ramasser une feuille de papier qui semblait l'attendre.


La suite est logique, la famille s'inquiète, le père prend une photo de sa fille et demande à tout le monde si quelqu'un l'a vu. Mais non, Suzie semble avoir disparue de la surface de la terre, et pour cause. Quand la jeune fille aperçoit son père elle ne peut l'atteindre, quand elle vent rentrer chez elle la maison semble peuplée d'ombres qu'elle reconnaît mais qui ne la voient pas.


Sachant dès le départ que ce film raconte, à la première personne, la fin de vie, et l'après-vie de Suzie nous avons compris que si son esprit sorti du piège son corps n'eut pas cette chance et subit des assauts que Peter Jackson élude par rapport au roman.





Dès lors la victime ne parvient pas à quitter vraiment son ancien monde bien qu'elle découvre une espèce d'antichambre du Paradis ainsi qu'une autre jeune fille qui l'attendait et lui propose de continuer, de s'éloigner. Suzie ne veut pas, il est trop tôt. Ainsi par ses yeux nous voyons l'évolution de sa famille, comme chacun vit le drame, mal cela va sans dire, et tente de survivre malgré un manque dont nous savons qu'il est impossible à combler. Nous observons aussi le tueur, le voisin tranquille par excellence, solitaire certes mais sans être inquiétant par sa banalité, nous pénétrons dans la maison, dans son esprit, comment, assis sur une chaise il revit son acte, encore et encore par incapacité de faire autrement. Pas de remord, sa seule crainte est d'être démasqué, que sa vie et ses actes soient exposés à la vue de tous. Il n'a rien à voir avec le personnage d'Hannibal Lecter, son intelligence est au service de son instinct et sa culture se limite à ses besoins pour satisfaire ses envies. Inutile d'en dire plus mais il est bien plus crédible dans son comportement que HL.


Je ne vais pas résumer ce film, ce serait dommage si vous comptez aller le voir, seulement donner mon avis. Une réalisation impeccable, rythme, cadrage, montage, jeu des acteurs et actrices, Jackson donne une leçon que d'autres devraient suivre.

Saoirse Ronan est d'une pureté improbable, LA victime offerte à une cruauté encore voilée par un monde croyant en la bonté humaine, Stanley Tucci est un criminel qui va m'inciter à jeter un œil sur mes voisins passionnés de maquettes ! Pour rebondir sur le début de cet article c'est la vision du Paradis, de la facilité avec laquelle la victime accepte son sort. Il s'agit d'un film me direz-vous, pas d'un reportage, soit, mais il y a trop de belles images, le tableau est trop plaisant, le ciel bleu du regard de Saoirse trop rarement assombri. C'est le parti pris du réalisateur, qui semble avoir suivi la romancière, de faire le film du point de vue lumière, sans doute pour changer avec ceux qui préfèrent le côté sombre, l'idéal serait de mêler les deux.




Une ultime critique, la fin illogique, pourquoi n'être pas intervenu plus tôt ? Sans doute fallait-il conclure le conte de fée !


Quelques réticences donc mais un film remarquable. Je vous conseille donc de vous faire votre avis vous même et si vous ne partagez pas le mien vous aurez sans doute raison.


Où ai-je mis mon carnet ?


Un film de Peter Jackson
      Avec : Saoirse Ronan

               Rachel Weisz

               Mark Wahlberg

 

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:22



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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 07:00


Rares sont les chanteuses nippones qui ayant commencé comme "idole" très jeune, 15 ans, et ayant connu un immense succès à avoir pu, après une interruption et quelques drames familiaux, continuer leur carrière l'âge adulte venu. Namie Amuro est de celles-ci.












Hmmmmmmm

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 07:00


francois_rabelais_-_portrait.2-copie-1.jpg

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 07:00



ceci-n-est-pas-une-pipe-01.jpg
Je ne pouvais pas laisser passer ce rapprochement...
Pour donner mon avis, je doute de l'impact de cette campagne publicitaire...
Mais, go !


 

                                  04
 

- Celle...

- Hiroshima je pense. Je ? Un je qui n'est pas moi, ou est-ce l'inverse. La bombe arrive j’attends, j’ai envie d’être détruit, que cesse une attente qui semblait sans fin, la malédiction absolue.

- Ou une bénédiction ?

- La certitude du lendemain n'en est pas une. Ce je/moi observe le ciel, il veut disparaître, laisser de lui une ombre jetée sur le mur par une puissance surhumaine ? Le soleil explose, il le voit au ralenti, se sent éparpillé, son esprit se désagrège, il meurt.

- Pas pour longtemps.

- Lui si, pas la force qui le tenait. Il ne l'espérait pas, seulement ne plus être son esclave.

- Esclave ?

- Le terme est impropre, c’est une symbiose, l’avenir m’aidera à être plus clair. Je sens les éléments constitutif de mon… de ma coquille, amusante comparaison, se séparer mais ils forment un tout indestructible, simple question de temps pour qu’elle se reforme... Étrange, je m’approche, elle se laisse faire. Présence, puissance, une force brute, sauvage.

- On dirait une possession démoniaque ?

- Explication humanisée ! C’est autre chose, un besoin d’émotion pour ne faire qu’un avec l’habitant temporaire.

- Et quelle plus grande émotion que la mort n’est-ce pas ?

Le policier réfléchit, l’écrivain en miroir, ou le contraire. Émotion dit l’un, mort, dit l’autre, l’une est l’autre, ressentir et constater que l’émotion est une porte choisissant qui l'ouvre, qui veut la forcer affronte l’irréalité, l’imagination pallie la frustration en apportant à l’esprit un calmant basique : la violence, disponible à profusion au cœur de toutes les âmes.

- Vous réfléchissez commissaire ?

- À vos paroles. Mourir, ai-je eu peur ? Non, la mort est une complice, une émotion, un affect, une explosion intérieure. Un cri qui résonne depuis la naissance, un cri qui est l’univers, qui EST !

- Je comprends.

- Alors cela suffit, partageons cela professeur, voulez-vous ?

Le policier se laisse aller, épuisé, dans son lit, ses yeux contemplent le plafond blanc parsemé de crottes de mouches, mais il est ailleurs, en un spectacle indicible. L’esprit est bien fait qui ne voit que ce qu’il peut, qui interprète le reste en le masquant de quelques concepts primitifs.

Il ferme les yeux, un frisson le secoue, ses poings se ferment, ses yeux s’embuent. C’est vite passé, un soupir, le premier.

- L’émotion professeur. Le corps l’exprime comme il peut, laissons lui ce pouvoir, écoutons-le sans le contenir en des comportements ridicules.

Le professeur opine.


Et l’écrivain ?

Il lit, il suit. Ce policier est l’ombre qui le devance, qui ouvre la voie devant ses pieds, son esprit en éclaireur.


- Émotion, conséquence. Ce que nous nommons ainsi est une onde de choc, une souffrance.

- Un test ?

- L’esprit ressent quelque chose et s’ouvre ou se ferme.

- La majorité refuse une émotion, sentant qu’elle est un raz de marée qui ne laissera derrière lui rien d’intact.

- Il ne peut détruire que ce qui est destructible, donc inutile.

- Finement raisonné mon cher Morton.

- Merci commissaire.

Ils se sourirent, complices.

- La violence en réponse, l’instinct commande. Normal, il est nécessaire à la Vie de produire une grande quantité d'être pour que s'en extraient ceux qui lui seront utiles.

- Une mutation ?

- Un pas en avant mais quel rapport avec ce que j’ai ressenti ?

- Y en a-t-il un ?

- Tout se tient, le tout est cohérent.

- Pouvez-vous comprendre ?

- Non, mais j’en ai envie. Tare humaine que de vouloir réduire la nature.

- Vous êtes humain.

- Oui, encore… Plus… Moins… Une question sans réponse, pour l’heure. J’ai dit cri car ce fut comme contempler ce qui existe depuis toujours. J'ai crié, de surprise, oublié la réalité le temps que le poignard d’argent me tue, que je meurs, que le feu se déclenche et que je…

- Ressuscite !

- Revienne. Je, plus...

- Il y a là un mystère à creuser.

- Pour le déterrer ?

Le policier éclate de rire, la santé revient, du reste il récupère très vite. Aussi anormalement qu’il avait dépéri. En quelques minutes il s’était retrouvé dans un état de faiblesse ne pouvant être atteint qu’en des semaines de privation. Signe qu’un effort hors du commun lui avait été demandé, que son corps l’avait payé et le surmontait.

- Où allons-nous commissaire ?

- Si je le savais, si je le savais…

- Vous en avez une idée.

- Mille, la bonne viendra en son temps. J’ai plongé les yeux dans un tel abîme que le retrouver me donnerait envie de fuir.

- Est-ce encore possible ?

- Non. Ce qui m’attend a dépassé la mort, ne connaître de fin que celle de la Création. Voyez à quel point je suis fatigué, je peux le dire simplement sans penser que je suis fou, sans ressentir l’effroi venant de cette immensité. Cela viendra ! Je vais trembler, crier, pleurer en regardant le ciel. J’aurais envie de le haïr, de le détruire, m’interrogerai sans réponse. D’une part par ce qu’il n’y a personne, au sens ou nous l’entendons, ensuite parce qu’il n’y a pas de réponse. Ce serait attendre du futur ce qui n’est pas encore formé, ce qui n’est qu’un possible.

- Un probable.

- Est-ce suffisant pour déterminer ce qui arrivera ?

- Dès lors qu’il y a certitude, ce qui vient n’a plus d’intérêt. Le soleil entre par la fenêtre, le ciel est d’un bleu intense, un mur, une prison, fermons les yeux pour voir par delà.

- Cette prison est si belle.

- C’est sa force, avoir envie d’y rester. Percevoir un univers immense et grouillant effraie et incite à s’enfermer, à se saisir de sa peur comme d’un matériau pour bâtir la cellule la plus petite possible. L’intelligence perçoit l’ailleurs, elle le craint. Tout accepter est facile, quand le refus est grand, quand se ligue contre soi des forces que l’on sait décidées, le jeu devient intéressant. Pouvoir tout perdre donne la mesure du gain possible. Motivant pour puiser en soi la force pour renverser le barrage.

- La clé de l’évolution. Des étapes, des barrières, un mur construit par la terreur qui devient motivant plus qu’interdisant.


Il s’inquiète de ce qu’il écrit, non que ce soit nouveau mais ainsi cela prend une autre forme, une nouvelle force, un goût de réalité qui lui fait peur.

Peur ?

Est-ce bon signe ?

La mort fut… fut ? Curieux temps pour en parler. Il ne l'’a pas connu comme son personnage mais en a croisé le regard, en senti l'étreinte, l’âcreté d’un baiser sans lèvre, pire qu’une morsure.

Une émotion que les mots ne traduiront jamais. Il se souvient de ce qui s’est passé, l’épreuve du commissaire est basée sur son vécu, réel ou non,

Apparent ?

Non, le vrai est ailleurs, mais pas si loin.

Émotion qu’il voudrait éprouver à travers son personnage. Mourir semble terrifiant comme un signe. Une bombe atomique est d’abord une lumière, cette émotion, vient le bruit, sensation autrement plus physique, puis le souffle qui arrache tout sur son passage. Voilà l’utilité de cette image. Cet homme attendant l'explosion est une représentation, une indication.

Et c’est loin d’être fini !

Ce qui n’arrivera jamais.

Quoi que… Comme disais je ne sais plus qui, l’éternité c’est long, surtout vers la fin.


-Vous êtes loin commissaire.

- J’organise. Tant d’événements se sont produits ces dernières semaines. Les pièces d’un puzzle immense se mettent en place. L’image est floue, ma vue défaillante, ou ma volonté ?

- Cela viendra.

- Tout se tient, c’est logique, tout est cohérent, un événement en entraîne un autre, la chaîne ainsi ne s’arrête jamais.

- Pourquoi ne pas vous reposer ?

- Je ne peux pas. Une telle énergie passe par moi. Des images, des vies, des souvenirs rodent, des leçons, des moments de vie.

- Utile ?

- La vie d’autrui est vide d’enseignement.

- Que retenir alors de ces images ?

- Un spectacle, le plaisir, simplement le plaisir, foin de l’utilité.

- Tout est si calme.

- Pour peu de temps.

- Oui, vous allez être entouré, encerclé, assiégé. Le bas de l’immeuble est entouré de policiers. Tant d’événements étranges se sont produits, ce qui vous est arrivé, la nouvelle de l’absence de survivant, votre retour à la vie. L’explication est à peine plausible.

- La vérité.

- Pour une fois.

Ils rirent devant la curiosité de la situation. L'incroyable était vrai.

Ironique, non ?


Il ne sait pas.

Ironique vérité ? En quoi, lui, doit-il croire ?

Ses textes ? Fiction, délire ! L’évidence corrobore ce diagnostique.

La vérité est-elle accessible par une intelligence ?

La sienne ?

Ne serait-ce pas malédiction ? Promesse de solitude ? Ses personnages sont là, pas aussi complices qu’il le voudrait, c’est mieux que rien pourtant, qui sait si un jour, dans la réalité ne trouvera-t-il pas l’âme sœur qu’il cherche ?

S’ouvrir, s’offrir, souffrir !

L’espoir est vain, il le sait mieux que personne.

Personne…

Laisser venir les mots, ses héros défrichent, expriment. Ils sont lui et la puissance que le commissaire ressent est celle de son créateur.

Il retient la majuscule, sa vanité est insuffisante pour qu’il se laisse aller.

Il en sourit le bougre.


- Que direz –vous ?

- Ce que nous avons prévu.

- À la suite d’événements exceptionnels votre résurrection apparaît logique, comme si tout n’avait concouru qu’à ce but. Une thèse soutenue par certains. Les corps volatilisée, les pierres vitrifiées, un déchaînement d'énergie incompréhensible sinon en référence à ce que vous savez.

- Laissons passer le temps. Nous ferons appel à l’intelligence qui refusera ce qui s’est passé.


La réalité est-elle toujours incroyable ?

Est-il aussi fou qu’il le dit, qu’il le joue ? La société se dédouane ainsi de ce qu’il pourrait dire. Une fragilité, une force aussi. Il peut se laisser aller, l'étiquette "démence" détourne l’attention du contenu. S’y accrocher, affirmer qu’il a compris ce que tant cherchent serait vain, se contenter de dire ce qu’il ressent, admettre que son imagination confine au délire. Qu’importe, a-t-il besoin de ceux qui ne lui apportèrent que déceptions, peur ou peine ? Il n’est plus seul, ces parcelles de lui-même vivant sur le papier sont des amis plus réels que ceux du monde des vivants.

Croit-il ses paroles ?

Une construction mentale, la voir immense n’est pas folie, au contraire, c’est humain d’avoir de l’ambition. La sienne ignore l'admiration.

Attendre est vain, être ouvert mais ne pas tendre les bras inutilement. Et si personne ne vient, tant pis. Il lui reste son monde de papier, ce n’est pas l’éternité mais ça n’en est pas si loin. Paraphrasant un auteur connu il peut se décrire comme posthume, sa postérité attendant sa disparition pour s’imposer. Trop à dire, à écrire, à jeter en mots, laissant de côté l’envie folle de perfection, de générer une œuvre sans faille, globale jusqu’à l’indicible, si belle qu’elle n’aurait plus de sens. Il en est loin, ce désir est l’expression de sa peur d’avancer. Désirer l’idéal est le meilleur moyen de ne rien trouver, c’est partir vaincu d’avance.

Ce qu’il sait faire, avec plus que du talent.

Réalité ?

A-t-il besoin d’y croire ?

Surtout pas, la folie ne serait pas loin.

Observer, s’amuser de ce qui vient, penser que pour certains ce pourrait être davantage qu’un délassement. Un jour il se prendra au jeu, quand il ne restera de lui qu’une impression perdue, qu’un corps apaisé.

Ce qu’il attend ?

Il suppose que c’est ce qui surviendra plutôt qu’une vie normale, banale, celle-là lui tendit les bras, il eut le réflexe de reculer, de revenir à ce qui fait sa spécificité et tant pis pour la facture.

Et ensuite ?

Des murs blancs, doux, complices et protecteurs auxquels il confierait ses secrets les plus intimes, des heures à se balancer sur une chaise en répétant les mêmes mots, il se voit marchant en suivant des rituels compliqués mais rassurants, là est l’avant-goût de l’éternité, l’impression que le temps n’existe plus, que le présent même est cette ombre qu’il recherche comme la mère dont il n’aurait jamais dû sortir.

L’émotion violente ouvrit en lui une porte sur l’ailleurs encore entre baillée. Il laissât venir ce qui attendait derrière, d’abord lentement, puis jusqu’à sentir son esprit exploser et…

Non !

À l’image du commissaire il sait la fuite impossible.

Veut-il insinuer que ce possible de folie ne surviendra jamais, que le délire ne sera jamais vainqueur, qu’il a touché de si près la réalité que jamais il ne pourra s’en éloigner comme il le fit ? Car il le fit, tant que ne resta entre eux un fil ténu, d’or, ductile, capable de s’étirer sans se rompre.

Un asile seul serait promesse de paix ?

Il ferme les yeux, ne pleure pas sur lui-même, la preuve est faite, la démence fut complice, protectrice, matrice.

Il a tant aimé ces impressions d’être disloqué, au fond il savait que jamais il ne céderait. Son esprit est dense jusqu’à l’inexprimable, confronté à tant de souffrances il ne s’est pas protégé en s’emmurant mais en consumant ce qui en soi était superflu, de l’épreuve naît la qualité, apparaît la vérité et s’impose l’évidence de la vie.

Jolies formules, il est fier de ses capacités à écrire de jolies choses. Ce n’est pas toujours le cas, il arrive qu’il passe à côté, qu’il veuille trop réfléchir, trop dominer, laisser aller le talent est le mieux.


Le jardin est fermé, déserté, vide, les murs s’effritent sous les assauts d’un vent chaud. Dommage, c’eut été un endroit qu’il aurait retrouvé avec plaisir, pouvoir s’éloigner, conserver cette porte de sortie.

Ne lui en reste-t-il plus ?

Alors… Non, pas celle-là, c’est celle du rêve qu’il a toujours fui, ce n’est pas maintenant qu’elle va survenir.


- Encore vos pensées commissaire ?

- Oui… J’aimerais les sortir de moi, les regarder… Mais je ne peux qu’y penser, qu’y rêver, cela ne se peut, en moi il y a tant de souvenirs, d’images, tant d'existences accumulées, chacune n’est qu’un grain de sable pour former le plus grand désert possible, désert de vies vécues autant que de rêvées. Comment céder à cette tentation ici, un hôpital, même pas psychiatrique, si nous disions ce que nous savons nous aurions droit à de belles cellules et à de jolies chemises aux manches s’attachant dans le dos. Décor banal, fonctionnel, l’uniformité est plus simple, pas plus efficace.

- Ailleurs des efforts sont faits pour humaniser les hôpitaux.

- Belle antinomie.

- Sans doute, nécessité fait loi.

- Oui… Je pense qu’il ne vont pas me garder longtemps, c’est… Je ne sais pas mais quelqu’un paye et je gage qu’il aimerait que ça dure peu. Je me sens aussi bien que possible, et mieux si affinités.

- On ne dirait pas que vous venez de mourir.

- Moi-même j’en doute.

- L’impression va s’effacer ?

- S’estomper au contact des autres. Le temps a pour moi une valeur différente de celle qu’il a pour les autres, tout est en fonction, tout s’organise, j’ai à laisser faire.

- Vous me tiendrez au courant ?

- Je compte sur vous professeur, vous êtes le seul à qui je puisse parler.

- Je n’ai pas vaincu la mort moi.

- C’est elle qui m’a vaincu. Qui sait ce qui peut vous arriver.

- Faut-il vendre mon âme pour obtenir un bonus de quelque siècles ?

- Elle vaut quelques millénaires.

- C’est gentil de reconnaître mes mérites.

- Ma meilleure offre, si vous ne l’acceptez pas je vais la retirer.

Les éclats de leurs rires étonnèrent les policiers de faction devant la porte.


Le ciel est bleu comme une prison, comme une cage, au-delà, et au-delà seulement, se trouvent les ténèbres de l’infini.


Si proches…


                                       § § § §


Nuit, nuits, il, ils ne dorment pas, il…

Le policier sourit, il va devoir quitter l'hôpital, dans le regard des spécialistes il a lu l’incompréhension, et sa sœur : la crainte. L’enquête a commencée, difficile, dans la vague des événements elle se perdra, se tarira, et si les spéculations continuent, peu lui importera.


La fenêtre laisse un rectangle obscur, il pourrait se lever, l’ouvrir, sortir et courir vers l’univers, n’être qu’une pensée, une âme dans l’immensité.

Dans quel but ? Pourquoi lever les yeux, regarder au loin, tenter de deviner ce qui nous attend ?

Il ne dispose pas de ce pouvoir, pas vraiment, cette impression relève plus du souvenir que d’autre chose, comme si si ce qui l’entourait… Les mots sont difficiles, comment les contraindre ? Ce qu’il ressent vient de l’univers, plus qu’un cri, un ordre, un désir, une raison d’être.


L’écrivain apprécie cette tache de lumière donnant l’impression que sa chambre est d’une obscurité illimitée, c’est lui qui voudrait disparaître dans l’ailleurs, mais il ne pourrait guère que retrouver son point de départ.

Allongé, les yeux dans le vague, l’esprit cherchant à quoi ou qui se raccrocher. Dans le passé il aurait trouvé, un joli visage, une situation qu’il vivait par avance, désormais la réalité a un nouvel aspect, un goût plus réel, difficile à supporter pour qui le découvre un peu tard.

Trop tard ?

Il n’est, naît, jamais trop tard et l’enseignement qu’il recevra de son personnage n’est pas celui qu’il attend.

Surprise !

Bonne ?


Il écoute, tout est si calme, comme si le monde avait disparu, comme si les activités humaines n’avaient jamais été qu’une illusion.


A quoi bon persister à jouer, à tendre les bras comme il le fait dans la nuit pour espérer trouver un mur trop doux ? Il ne rencontre que ceux qu’il connaît, les siens, comme avant, comme toujours, non une cage, un ventre, mélange d’assurance de mort et de promesse de vie. Mourir et laisser derrière soi ce à quoi il s’accroche, rouvrir les yeux pour découvrir…


Personne ! Le rêve n’est plus possible. La peur est moins puissante, sa force qui a crue assez pour s'en débarrasser.

Les mots sont complices, ses pages sont les murs à l’ombre desquels il vécut, feignant de s'y sentir bien, il sent qu’il y a une autre face, un versant en pleine lumière. Là ? Le soleil a tourné, va-t-il être détruit ?

Il n’est pas le vampire qu’il souhaite, il n’est pas un rêve, plus un rêveur.

Un créateur ?

La différence entre les deux est ténue, le second assume son œuvre, ne se contente pas d’accumuler les pages, satisfait de sa production comme si la quantité finissait par acquérir d’elle-même une valeur.

Il ne dispose pas du pouvoir de reculer dans le temps, seulement de la capacité à avancer vers cette construction qu’il devine, silhouette obscure qu’elle se découpe sur fond de nuit.

Ce n’est pas la première fois qu'il voit cette image mais peut-être va-t-il en saisir le sens, la regarder autrement, la solution est là, pas seulement se laisser porter, mettant ses pieds dans de vieilles empreintes lisses d’être utilisées, donner à son monde la lumière qu’il mérite.

Et lui ?

Mérite-t-il ?

Il le souhaite, malgré lui il attend, que ses bras étreignent l’absence, persuadé qu’il attendait pour rien, qu’il n’embrasserait que la mort ? La folie n’est plus promesse, il l’a voulue, possédé, consumé jusqu’à n’en rien laisser derrière lui. Il devrait être fier, de quoi, à quel titre ? Il n’a rien voulu, exploitant des aptitudes qu’il recèle sans les avoir désirées, sa plus grande qualité est de savoir endurer, dents serrées, yeux ouverts, d’accepter sans se raidir. Eut-il engagé le combat qu’il l’aurait perdu, au contraire il utilisa la force de l’adversaire… Un adversaire ? Un test, quelque chose officiant sans se poser de question. Faut-il en vouloir au bourreau sans âme obéissant à son destin sans avoir à le comprendre ? Le destin possède-t-il le recul pour savoir ce qu’il fait et sa destination ?

Non, l’homme et son reflet, le créateur et l’œuvre savent qu’il n’y a pas de réponse accessible pour eux, si tant est qu’elle existe quelque part.

Sera-t-elle là un jour ? A-t-elle place ailleurs que dans son esprit ?

Folie !


Le commissaire se souvient. La mémoire lui revient alors qu’il ne l’attendait plus, le passé, un amour fou, une si jeune femme, si belle, ayant sacrifié son esprit pour lui. Elle n’est pas morte, c’est pire, elle attend… Non, elle n’est plus qu’un un corps assis ou couché selon la position qu’on lui donne, elle qui eut la plus belle des apparences la plus fragile des âmes, qui voulut aimer, se donner et se laissa emporter par une force qu’elle ne put contenir.

Est-ce si ancien que ça ?

C’était… C’est toujours. Il avait espéré une impossible réalité. la retrouver consciente, comme avant, comme jamais. Aimer fut un mirage, être aimé une impression, un moment d’oubli, sa vraie folie fut dans cet espoir qui ne se réalisera jamais, aucun génie n’ayant ce pouvoir, même pas lui.

Même dans le rêve il ne désire plus être aimé, un peu de mort glisse en lui, un peu de vie, de vide, un creux demandant à s’emplir de quelque chose d’autre, espoir, illusion d’un temps perçu autrement, espéré sans visage pour ainsi accepter qu’il en ait un.

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 07:00


 

Qui sommes-nous ? Addition,

Âmes emmêlées, fusion ?

 

L'un de nous survécu,

Duquel dit-on qu'il fut ?

 

De ceux que nous étions,

Réunification !

 

Nos pensées se confusent.

Folie dit l'ignorant !

Nos consciences diffusent,

Survivent dans notre sang.

 

C'est toi, c'est moi, c'est je,

Autant en être fier,
Bien qu'unique je suis deux !
Destin d'une Chimère...






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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 07:00



                                                 
 

Greg Egan
Ailleurs et Demain, 2001,
traduit par Pierre-Paul Durestanti.
 
ISBN 2-221-09378-X

Le Livre de poche - ISBN  9782253114819

345 pages

 

Né le 20 août (comme Lovecraft !) 1961 à Perth il est diplômé de mathématiques, il publie son premier roman, An unusual angle en 1983. Débutant par des nouvelles d'horreur il se tourne ensuite vers la science-fiction écrivant des nouvelles explorant la nature, la conscience, la nature de la conscience, et sa virtualisation.


Photo of Greg Egan, science fiction writer 

Sur des îles de l'archipel indonésien de nouvelles espèces apparaissent qui jettent le trouble dans bien des esprits. Prabir et Madhusree Suresh, frère et sœur vivent au Canada, chez une lointaine cousine Amita (A-Mytha ?) qui tente de leur inculquer des principes religieux que leurs parents combattaient au sein de l'Indian Rationalists Association et qu'elle n'est visiblement pas capable de comprendre, pour autant qu'il y ait matière à !

Ainsi se souviennent-ils de l'enfance qu'ils vécurent dans la région, sur une île appelé Téranésie, avec leurs parents, biologistes étudiant d'étranges et improbables papillons avant qu'une guerre ne vienne tout bouleverser, l'offensive de l'armée indonésienne au Timor Oriental. Les enfants purent s'enfuir à temps mais le jeune garçon emporte avec lui l'impression d'avoir causé la mort de ses parents.


C'est d'abord la jeune fille qui, héritière de la curiosité parentale et biologiste elle aussi,  profite d'une expédition montée par son université pour partir dans la région des Moluques, incapable de surmonter son inquiétude son frère la suit, il se croit responsable et devant remplacer le père perdu. L'étrange étant que la source des mutations semble venir de Téranésie...




Sur place ils vont être confrontés à des découvertes inquiétantes, sinon pas de roman ! Les règnes végétaux et animaux semblent s'être combinés sous l'influence d'une protéine mutagène dont je ne peux rien dire sans trop en dire justement, comme une dévolution de l'évolution que Greg Egan n'explique pas se contentant de décrire le monde que (re)découvre Prabir et Madhusree, pendant leur enquête pour découvrir ce qui se passe. Quels intérêt sont en jeu, autant sur les découvertes elles-mêmes et leurs implications que sur leur utilisation dans un but pharmaceutique et financier. Sans parler de l'affrontement frère-soeur, la seconde voulant exister par elle-même, le premier ayant du mal à assumer sa sexualité.


Le découvrir plus que le comprendre puisque l'auteur se contente de regarder ce qui se passe sans paraître vouloir l'expliquer, soit par incapacité imaginative ce que je ne crois pas, soit pour éviter de se retrouver dans l'étau du duel darwinisme/créationnisme. Si je ne craignais de donner mon avis je dirais que dans ce dernier mot il y a des lettres en trop, mais s'il s'en trouve qui parcourt cet article, ce qui m'étonnerait, je m'en voudrais de les pousser à la réflexion. De fait Egan semble refuser de rajouter sa voix aux chœurs des "penseurs" prêt à élaborer de fumeux discours censés corroborer leurs idées. De plus, clin d'œil de l'auteur, la ville servant de point de départ au héros est Darwin...


Un bon livre, lu dans le cadre du Défi de l'imaginaire, sans doute pas le meilleur de l'auteur, la fin m'a laissé un peu sur la mienne, tant pis, néanmoins un bon moment, dépaysant et inquiétant, un bon cocktail !

Est-ce un hasard mais un des principaux protagonistes de la série Herœs porte ce nom, son père était un scientifique explorant les mutations possibles du génome humain, mutations déjà en cours. Voyons-là un hommage de Tim Kring à l'œuvre de G.E.

 

 

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 07:00



 

Les musiciens peuvent-ils envoyer des mails odieux ?


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