
Je ne pouvais pas laisser passer ce rapprochement...
Pour donner mon avis, je doute de l'impact de cette campagne publicitaire...
Mais, go !
04
- Celle...
- Hiroshima je pense. Je ? Un je qui n'est pas moi, ou est-ce l'inverse. La bombe arrive
j’attends, j’ai envie d’être détruit, que cesse une attente qui semblait sans fin, la malédiction absolue.
- Ou une bénédiction ?
- La certitude du lendemain n'en est pas une. Ce je/moi observe le ciel, il veut
disparaître, laisser de lui une ombre jetée sur le mur par une puissance surhumaine ? Le soleil explose, il le voit au ralenti, se sent éparpillé, son esprit se désagrège, il
meurt.
- Pas pour longtemps.
- Lui si, pas la force qui le tenait. Il ne l'espérait pas, seulement ne plus être son
esclave.
- Esclave ?
- Le terme est impropre, c’est une symbiose, l’avenir m’aidera à être plus clair. Je sens
les éléments constitutif de mon… de ma coquille, amusante comparaison, se séparer mais ils forment un tout indestructible, simple question de temps pour qu’elle se reforme... Étrange, je
m’approche, elle se laisse faire. Présence, puissance, une force brute, sauvage.
- On dirait une possession démoniaque ?
- Explication humanisée ! C’est autre chose, un besoin d’émotion pour ne faire qu’un avec
l’habitant temporaire.
- Et quelle plus grande émotion que la mort n’est-ce pas ?
Le policier réfléchit, l’écrivain en miroir, ou le contraire. Émotion dit l’un, mort, dit
l’autre, l’une est l’autre, ressentir et constater que l’émotion est une porte choisissant qui l'ouvre, qui veut la forcer affronte l’irréalité, l’imagination pallie la frustration en apportant à
l’esprit un calmant basique : la violence, disponible à profusion au cœur de toutes les âmes.
- Vous réfléchissez commissaire ?
- À vos paroles. Mourir, ai-je eu peur ? Non, la mort est une complice, une émotion,
un affect, une explosion intérieure. Un cri qui résonne depuis la naissance, un cri qui est l’univers, qui EST !
- Je comprends.
- Alors cela suffit, partageons cela professeur, voulez-vous ?
Le policier se laisse aller, épuisé, dans son lit, ses yeux contemplent le plafond blanc
parsemé de crottes de mouches, mais il est ailleurs, en un spectacle indicible. L’esprit est bien fait qui ne voit que ce qu’il peut, qui interprète le reste en le masquant de quelques concepts
primitifs.
Il ferme les yeux, un frisson le secoue, ses poings se ferment, ses yeux s’embuent. C’est
vite passé, un soupir, le premier.
- L’émotion professeur. Le corps l’exprime comme il peut, laissons lui ce pouvoir,
écoutons-le sans le contenir en des comportements ridicules.
Le professeur opine.
Et l’écrivain ?
Il lit, il suit. Ce policier est l’ombre qui le devance, qui ouvre la voie devant ses
pieds, son esprit en éclaireur.
- Émotion, conséquence. Ce que nous nommons ainsi est une onde de choc, une
souffrance.
- Un test ?
- L’esprit ressent quelque chose et s’ouvre ou se ferme.
- La majorité refuse une émotion, sentant qu’elle est un raz de marée qui ne laissera
derrière lui rien d’intact.
- Il ne peut détruire que ce qui est destructible, donc inutile.
- Finement raisonné mon cher Morton.
- Merci commissaire.
Ils se sourirent, complices.
- La violence en réponse, l’instinct commande. Normal, il est nécessaire à la Vie de
produire une grande quantité d'être pour que s'en extraient ceux qui lui seront utiles.
- Une mutation ?
- Un pas en avant mais quel rapport avec ce que j’ai ressenti ?
- Y en a-t-il un ?
- Tout se tient, le tout est cohérent.
- Pouvez-vous comprendre ?
- Non, mais j’en ai envie. Tare humaine que de vouloir réduire la
nature.
- Vous êtes humain.
- Oui, encore… Plus… Moins… Une question sans réponse, pour l’heure. J’ai dit cri car ce
fut comme contempler ce qui existe depuis toujours. J'ai crié, de surprise, oublié la réalité le temps que le poignard d’argent me tue, que je meurs, que le feu se déclenche et que
je…
- Ressuscite !
- Revienne. Je, plus...
- Il y a là un mystère à creuser.
- Pour le déterrer ?
Le policier éclate de rire, la santé revient, du reste il récupère très vite. Aussi
anormalement qu’il avait dépéri. En quelques minutes il s’était retrouvé dans un état de faiblesse ne pouvant être atteint qu’en des semaines de privation. Signe qu’un effort hors du commun lui
avait été demandé, que son corps l’avait payé et le surmontait.
- Où allons-nous commissaire ?
- Si je le savais, si je le savais…
- Vous en avez une idée.
- Mille, la bonne viendra en son temps. J’ai plongé les yeux dans un tel abîme que le
retrouver me donnerait envie de fuir.
- Est-ce encore possible ?
- Non. Ce qui m’attend a dépassé la mort, ne connaître de fin que celle de la Création.
Voyez à quel point je suis fatigué, je peux le dire simplement sans penser que je suis fou, sans ressentir l’effroi venant de cette immensité. Cela viendra ! Je vais trembler, crier, pleurer
en regardant le ciel. J’aurais envie de le haïr, de le détruire, m’interrogerai sans réponse. D’une part par ce qu’il n’y a personne, au sens ou nous l’entendons, ensuite parce qu’il n’y a pas de
réponse. Ce serait attendre du futur ce qui n’est pas encore formé, ce qui n’est qu’un possible.
- Un probable.
- Est-ce suffisant pour déterminer ce qui arrivera ?
- Dès lors qu’il y a certitude, ce qui vient n’a plus d’intérêt. Le soleil entre par la
fenêtre, le ciel est d’un bleu intense, un mur, une prison, fermons les yeux pour voir par delà.
- Cette prison est si belle.
- C’est sa force, avoir envie d’y rester. Percevoir un univers immense et grouillant
effraie et incite à s’enfermer, à se saisir de sa peur comme d’un matériau pour bâtir la cellule la plus petite possible. L’intelligence perçoit l’ailleurs, elle le craint. Tout accepter est
facile, quand le refus est grand, quand se ligue contre soi des forces que l’on sait décidées, le jeu devient intéressant. Pouvoir tout perdre donne la mesure du gain possible. Motivant pour
puiser en soi la force pour renverser le barrage.
- La clé de l’évolution. Des étapes, des barrières, un mur construit par la terreur qui
devient motivant plus qu’interdisant.
Il s’inquiète de ce qu’il écrit, non que ce soit nouveau mais ainsi cela prend une autre
forme, une nouvelle force, un goût de réalité qui lui fait peur.
Peur ?
Est-ce bon signe ?
La mort fut… fut ? Curieux temps pour en parler. Il ne l'’a pas connu comme son
personnage mais en a croisé le regard, en senti l'étreinte, l’âcreté d’un baiser sans lèvre, pire qu’une morsure.
Une émotion que les mots ne traduiront jamais. Il se souvient de ce qui s’est passé,
l’épreuve du commissaire est basée sur son vécu, réel ou non,
Apparent ?
Non, le vrai est ailleurs, mais pas si loin.
Émotion qu’il voudrait éprouver à travers son personnage. Mourir semble terrifiant comme un
signe. Une bombe atomique est d’abord une lumière, cette émotion, vient le bruit, sensation autrement plus physique, puis le souffle qui arrache tout sur son passage. Voilà l’utilité de cette
image. Cet homme attendant l'explosion est une représentation, une indication.
Et c’est loin d’être fini !
Ce qui n’arrivera jamais.
Quoi que… Comme disais je ne sais plus qui, l’éternité c’est long, surtout vers la
fin.
-Vous êtes loin commissaire.
- J’organise. Tant d’événements se sont produits ces dernières semaines. Les pièces d’un
puzzle immense se mettent en place. L’image est floue, ma vue défaillante, ou ma volonté ?
- Cela viendra.
- Tout se tient, c’est logique, tout est cohérent, un événement en entraîne un autre, la
chaîne ainsi ne s’arrête jamais.
- Pourquoi ne pas vous reposer ?
- Je ne peux pas. Une telle énergie passe par moi. Des images, des vies, des souvenirs
rodent, des leçons, des moments de vie.
- Utile ?
- La vie d’autrui est vide d’enseignement.
- Que retenir alors de ces images ?
- Un spectacle, le plaisir, simplement le plaisir, foin de l’utilité.
- Tout est si calme.
- Pour peu de temps.
- Oui, vous allez être entouré, encerclé, assiégé. Le bas de l’immeuble est entouré de
policiers. Tant d’événements étranges se sont produits, ce qui vous est arrivé, la nouvelle de l’absence de survivant, votre retour à la vie. L’explication est à peine
plausible.
- La vérité.
- Pour une fois.
Ils rirent devant la curiosité de la situation. L'incroyable était
vrai.
Ironique, non ?
Il ne sait pas.
Ironique vérité ? En quoi, lui, doit-il croire ?
Ses textes ? Fiction, délire ! L’évidence corrobore ce diagnostique.
La vérité est-elle accessible par une intelligence ?
La sienne ?
Ne serait-ce pas malédiction ? Promesse de solitude ? Ses personnages sont là,
pas aussi complices qu’il le voudrait, c’est mieux que rien pourtant, qui sait si un jour, dans la réalité ne trouvera-t-il pas l’âme sœur qu’il cherche ?
S’ouvrir, s’offrir, souffrir !
L’espoir est vain, il le sait mieux que personne.
Personne…
Laisser venir les mots, ses héros défrichent, expriment. Ils sont lui et la puissance que
le commissaire ressent est celle de son créateur.
Il retient la majuscule, sa vanité est insuffisante pour qu’il se laisse
aller.
Il en sourit le bougre.
- Que direz –vous ?
- Ce que nous avons prévu.
- À la suite d’événements exceptionnels votre résurrection apparaît logique, comme si tout
n’avait concouru qu’à ce but. Une thèse soutenue par certains. Les corps volatilisée, les pierres vitrifiées, un déchaînement d'énergie incompréhensible sinon en référence à ce que vous
savez.
- Laissons passer le temps. Nous ferons appel à l’intelligence qui refusera ce qui s’est
passé.
La réalité est-elle toujours incroyable ?
Est-il aussi fou qu’il le dit, qu’il le joue ? La société se dédouane ainsi de ce
qu’il pourrait dire. Une fragilité, une force aussi. Il peut se laisser aller, l'étiquette "démence" détourne l’attention du contenu. S’y accrocher, affirmer qu’il a compris ce que tant cherchent
serait vain, se contenter de dire ce qu’il ressent, admettre que son imagination confine au délire. Qu’importe, a-t-il besoin de ceux qui ne lui apportèrent que déceptions, peur ou peine ?
Il n’est plus seul, ces parcelles de lui-même vivant sur le papier sont des amis plus réels que ceux du monde des vivants.
Croit-il ses paroles ?
Une construction mentale, la voir immense n’est pas folie, au contraire, c’est humain
d’avoir de l’ambition. La sienne ignore l'admiration.
Attendre est vain, être ouvert mais ne pas tendre les bras inutilement. Et si personne ne
vient, tant pis. Il lui reste son monde de papier, ce n’est pas l’éternité mais ça n’en est pas si loin. Paraphrasant un auteur connu il peut se décrire comme posthume, sa postérité attendant sa
disparition pour s’imposer. Trop à dire, à écrire, à jeter en mots, laissant de côté l’envie folle de perfection, de générer une œuvre sans faille, globale jusqu’à l’indicible, si belle qu’elle
n’aurait plus de sens. Il en est loin, ce désir est l’expression de sa peur d’avancer. Désirer l’idéal est le meilleur moyen de ne rien trouver, c’est partir vaincu d’avance.
Ce qu’il sait faire, avec plus que du talent.
Réalité ?
A-t-il besoin d’y croire ?
Surtout pas, la folie ne serait pas loin.
Observer, s’amuser de ce qui vient, penser que pour certains ce pourrait être davantage
qu’un délassement. Un jour il se prendra au jeu, quand il ne restera de lui qu’une impression perdue, qu’un corps apaisé.
Ce qu’il attend ?
Il suppose que c’est ce qui surviendra plutôt qu’une vie normale, banale, celle-là lui
tendit les bras, il eut le réflexe de reculer, de revenir à ce qui fait sa spécificité et tant pis pour la facture.
Et ensuite ?
Des murs blancs, doux, complices et protecteurs auxquels il confierait ses secrets les plus
intimes, des heures à se balancer sur une chaise en répétant les mêmes mots, il se voit marchant en suivant des rituels compliqués mais rassurants, là est l’avant-goût de l’éternité, l’impression
que le temps n’existe plus, que le présent même est cette ombre qu’il recherche comme la mère dont il n’aurait jamais dû sortir.
L’émotion violente ouvrit en lui une porte sur l’ailleurs encore entre baillée. Il laissât
venir ce qui attendait derrière, d’abord lentement, puis jusqu’à sentir son esprit exploser et…
Non !
À l’image du commissaire il sait la fuite impossible.
Veut-il insinuer que ce possible de folie ne surviendra jamais, que le délire ne sera
jamais vainqueur, qu’il a touché de si près la réalité que jamais il ne pourra s’en éloigner comme il le fit ? Car il le fit, tant que ne resta entre eux un fil ténu, d’or, ductile, capable
de s’étirer sans se rompre.
Un asile seul serait promesse de paix ?
Il ferme les yeux, ne pleure pas sur lui-même, la preuve est faite, la démence fut
complice, protectrice, matrice.
Il a tant aimé ces impressions d’être disloqué, au fond il savait que jamais il ne
céderait. Son esprit est dense jusqu’à l’inexprimable, confronté à tant de souffrances il ne s’est pas protégé en s’emmurant mais en consumant ce qui en soi était superflu, de l’épreuve naît la
qualité, apparaît la vérité et s’impose l’évidence de la vie.
Jolies formules, il est fier de ses capacités à écrire de jolies choses. Ce n’est pas
toujours le cas, il arrive qu’il passe à côté, qu’il veuille trop réfléchir, trop dominer, laisser aller le talent est le mieux.
Le jardin est fermé, déserté, vide, les murs s’effritent sous les assauts d’un vent chaud.
Dommage, c’eut été un endroit qu’il aurait retrouvé avec plaisir, pouvoir s’éloigner, conserver cette porte de sortie.
Ne lui en reste-t-il plus ?
Alors… Non, pas celle-là, c’est celle du rêve qu’il a toujours fui, ce n’est pas maintenant
qu’elle va survenir.
- Encore vos pensées commissaire ?
- Oui… J’aimerais les sortir de moi, les regarder… Mais je ne peux qu’y penser, qu’y rêver,
cela ne se peut, en moi il y a tant de souvenirs, d’images, tant d'existences accumulées, chacune n’est qu’un grain de sable pour former le plus grand désert possible, désert de vies vécues
autant que de rêvées. Comment céder à cette tentation ici, un hôpital, même pas psychiatrique, si nous disions ce que nous savons nous aurions droit à de belles cellules et à de jolies chemises
aux manches s’attachant dans le dos. Décor banal, fonctionnel, l’uniformité est plus simple, pas plus efficace.
- Ailleurs des efforts sont faits pour humaniser les hôpitaux.
- Belle antinomie.
- Sans doute, nécessité fait loi.
- Oui… Je pense qu’il ne vont pas me garder longtemps, c’est… Je ne sais pas mais quelqu’un
paye et je gage qu’il aimerait que ça dure peu. Je me sens aussi bien que possible, et mieux si affinités.
- On ne dirait pas que vous venez de mourir.
- Moi-même j’en doute.
- L’impression va s’effacer ?
- S’estomper au contact des autres. Le temps a pour moi une valeur différente de celle
qu’il a pour les autres, tout est en fonction, tout s’organise, j’ai à laisser faire.
- Vous me tiendrez au courant ?
- Je compte sur vous professeur, vous êtes le seul à qui je puisse
parler.
- Je n’ai pas vaincu la mort moi.
- C’est elle qui m’a vaincu. Qui sait ce qui peut vous arriver.
- Faut-il vendre mon âme pour obtenir un bonus de quelque
siècles ?
- Elle vaut quelques millénaires.
- C’est gentil de reconnaître mes mérites.
- Ma meilleure offre, si vous ne l’acceptez pas je vais la retirer.
Les éclats de leurs rires étonnèrent les policiers de faction devant la
porte.
Le ciel est bleu comme une prison, comme une cage, au-delà, et au-delà seulement, se
trouvent les ténèbres de l’infini.
Si proches…
§ § § §
Nuit, nuits, il, ils ne dorment pas, il…
Le policier sourit, il va devoir quitter l'hôpital, dans le regard des spécialistes il a lu
l’incompréhension, et sa sœur : la crainte. L’enquête a commencée, difficile, dans la vague des événements elle se perdra, se tarira, et si les spéculations continuent, peu lui
importera.
La fenêtre laisse un rectangle obscur, il pourrait se lever, l’ouvrir, sortir et courir
vers l’univers, n’être qu’une pensée, une âme dans l’immensité.
Dans quel but ? Pourquoi lever les yeux, regarder au loin, tenter de deviner ce qui
nous attend ?
Il ne dispose pas de ce pouvoir, pas vraiment, cette impression relève plus du souvenir que
d’autre chose, comme si si ce qui l’entourait… Les mots sont difficiles, comment les contraindre ? Ce qu’il ressent vient de l’univers, plus qu’un cri, un ordre, un désir, une raison
d’être.
L’écrivain apprécie cette tache de lumière donnant l’impression que sa chambre est d’une
obscurité illimitée, c’est lui qui voudrait disparaître dans l’ailleurs, mais il ne pourrait guère que retrouver son point de départ.
Allongé, les yeux dans le vague, l’esprit cherchant à quoi ou qui se raccrocher. Dans le
passé il aurait trouvé, un joli visage, une situation qu’il vivait par avance, désormais la réalité a un nouvel aspect, un goût plus réel, difficile à supporter pour qui le découvre un peu
tard.
Trop tard ?
Il n’est, naît, jamais trop tard et l’enseignement qu’il recevra de son personnage n’est
pas celui qu’il attend.
Surprise !
Bonne ?
Il écoute, tout est si calme, comme si le monde avait disparu, comme si les activités
humaines n’avaient jamais été qu’une illusion.
A quoi bon persister à jouer, à tendre les bras comme il le fait dans la nuit pour espérer
trouver un mur trop doux ? Il ne rencontre que ceux qu’il connaît, les siens, comme avant, comme toujours, non une cage, un ventre, mélange d’assurance de mort et de promesse de vie. Mourir
et laisser derrière soi ce à quoi il s’accroche, rouvrir les yeux pour découvrir…
Personne ! Le rêve n’est plus possible. La peur est moins puissante, sa force qui a
crue assez pour s'en débarrasser.
Les mots sont complices, ses pages sont les murs à l’ombre desquels il vécut, feignant de
s'y sentir bien, il sent qu’il y a une autre face, un versant en pleine lumière. Là ? Le soleil a tourné, va-t-il être détruit ?
Il n’est pas le vampire qu’il souhaite, il n’est pas un rêve, plus un
rêveur.
Un créateur ?
La différence entre les deux est ténue, le second assume son œuvre, ne se contente pas
d’accumuler les pages, satisfait de sa production comme si la quantité finissait par acquérir d’elle-même une valeur.
Il ne dispose pas du pouvoir de reculer dans le temps, seulement de la capacité à avancer
vers cette construction qu’il devine, silhouette obscure qu’elle se découpe sur fond de nuit.
Ce n’est pas la première fois qu'il voit cette image mais peut-être va-t-il en saisir le
sens, la regarder autrement, la solution est là, pas seulement se laisser porter, mettant ses pieds dans de vieilles empreintes lisses d’être utilisées, donner à son monde la lumière qu’il
mérite.
Et lui ?
Mérite-t-il ?
Il le souhaite, malgré lui il attend, que ses bras étreignent l’absence, persuadé qu’il
attendait pour rien, qu’il n’embrasserait que la mort ? La folie n’est plus promesse, il l’a voulue, possédé, consumé jusqu’à n’en rien laisser derrière lui. Il devrait être fier, de quoi, à
quel titre ? Il n’a rien voulu, exploitant des aptitudes qu’il recèle sans les avoir désirées, sa plus grande qualité est de savoir endurer, dents serrées, yeux ouverts, d’accepter sans se
raidir. Eut-il engagé le combat qu’il l’aurait perdu, au contraire il utilisa la force de l’adversaire… Un adversaire ? Un test, quelque chose officiant sans se poser de question. Faut-il en
vouloir au bourreau sans âme obéissant à son destin sans avoir à le comprendre ? Le destin possède-t-il le recul pour savoir ce qu’il fait et sa destination ?
Non, l’homme et son reflet, le créateur et l’œuvre savent qu’il n’y a pas de réponse
accessible pour eux, si tant est qu’elle existe quelque part.
Sera-t-elle là un jour ? A-t-elle place ailleurs que dans son
esprit ?
Folie !
Le commissaire se souvient. La mémoire lui revient alors qu’il ne l’attendait plus, le
passé, un amour fou, une si jeune femme, si belle, ayant sacrifié son esprit pour lui. Elle n’est pas morte, c’est pire, elle attend… Non, elle n’est plus qu’un un corps assis ou couché selon la
position qu’on lui donne, elle qui eut la plus belle des apparences la plus fragile des âmes, qui voulut aimer, se donner et se laissa emporter par une force qu’elle ne put
contenir.
Est-ce si ancien que ça ?
C’était… C’est toujours. Il avait espéré une impossible réalité. la retrouver consciente,
comme avant, comme jamais. Aimer fut un mirage, être aimé une impression, un moment d’oubli, sa vraie folie fut dans cet espoir qui ne se réalisera jamais, aucun génie n’ayant ce pouvoir, même
pas lui.
Même dans le rêve il ne désire plus être aimé, un peu de mort glisse en lui, un peu de vie,
de vide, un creux demandant à s’emplir de quelque chose d’autre, espoir, illusion d’un temps perçu autrement, espéré sans visage pour ainsi accepter qu’il en ait un.