Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 07:00


La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l'infini.
                          Ernest Renan

Les bêtes sont à bon Dieu, mais la bêtise est à l'homme.
                          Victor Hugo

Bêtise humaine. "Humaine" est de trop : il n'y a que les hommes qui soient bêtes.
                           Jules Renard

Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli.
                           Gustave Flaubert



williams2


i0010 3
Partager cet article
Repost0
12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:00

Qui regarde l'abîme... 01 
 

                                                  02


Folie, une main dans la sienne pour lui faire faire un détour. L’abîme est attrayant mais qui s'y jette n’en revient pas, la tentation est forte d’aller plus loin, plus vite, l’évidence d’une force en soi pouvant braver tous les périls. Elle fut la rampe lui permettant d’avancer, d’observer la paroi de l’autre côté ou d’imaginer qu’il y en avait une, avant de jeter son regard plus loin, plus bas, au plus profond de ténèbres grouillant des formes les plus belles de la création.

Elle fut la drogue, montrant le plaisir avant de réclamer sa livre de chair, plus qu’une amie, mieux qu’une mère, le génie qui le dirigeait !

Il s’est penché, s'est laissé envahir, absorbé, digéré, recréé...

Au-dehors le jour levé, les yeux clos, il dort et ses lèvres esquissent un infime sourire que l’ombre et la folie seules peuvent comprendre.

Ses meilleures amies.


A ce jour, demain…

                                       § § § §


Des murs et dans leur ombre l’impression d'être capable d'affronter le tunnel de ténèbres si profondes qu’il crut n'en jamais sortir. Et si tout cela n’était qu’un rêve, la réalité une illusion engendrée par un esprit incapable d'admettre la réalité, construisant un monde pour ne pas affronter…

Mais pour ne pas affronter quoi ?

Il se souvient. Les mots qui dansent, les images qui se succèdent, alors qu’il ne parvient pas à trouver le sommeil, une émotion imprévue lui remet en mémoire ce qu’il avait oublier. Mot... ment, l’ombre amicale le happe alors qu’il espérait la paix, un cadre dans lequel rien ne l’atteindrait.


Décor, un parc entre de hauts murs pour contrecarrer d'improbables désirs d’évasions, fait par, et pour, lui, protection contre l’extérieur mais piège intérieur, l’abîme était en lui et il ne l’avait pas encore compris.

A-t-il compris maintenant ?

Pas sûr, sinon pourquoi ces larmes, cette émotion qu’il voulait vaincre, se nourrir d’espoir, effacer ce passé. Il n’en est rien, ce qui l’attend est pire - encore ce mot - que ce qu’il connût ; un pire au visage différent, aux bras qui se tendent, au cœur qui aime.

Le pire du pire du pire.

Puissance mille !


L’ombre des murs, ventre protecteur après une rencontre avec un fantôme, créature vêtue de mots mais alimentée par une émotion comme il se pensait incapable d’en éprouver. Larmes, lumière violente et ténèbres indicibles, entre Paradis et Enfer, fil ténu d’une volonté qu’il ne parvient pas à comprendre. Comme si son voyage avait un but. Il sait qu’il n’a valeur que d’être et que l’éternité est un but terrifiant d'accessibilité.

Est-ce une raison pour ne pas avancer ?

L’ombre des murs en lui, hauts à toucher le ciel, si fragiles qu’une pensée les effacerait.


Pourquoi ?

À cette question jamais il ne trouva de réponse. Pourquoi cette vie, cette peur, ces angoisses, cette souffrance ? Et s'il pouvait répondre... C’est le plus terrifiant, l’aspect même de la vie.

Vie ! Une majuscule, pion levant les yeux il revoit les fils, vieille idée, et plus haut, un manipulateur qui ne se sait pas manipulé, et plus haut…

Sans fin ?

Éternité ? Cycle, cercle, de loin ne dirait-on pas un zéro ?

Le destin l’attend. Penser qu’il fut choisi parmi tous lui fait du bien, il n’y croit qu’à moitié mais se plait d'être un relais pris à "il ne sait qui", à remettre "en mains propres", simple maillon il n’est plus seul.

L’ombre est offrande, elle est la chance de se trouver, le pouvoir de se confronter à soi pour évoluer, pour avancer, pour ouvrir les yeux.


Tant de mots, de phrases, de pages empilées sur lesquelles il n’aimait pas revenir, l’important n’était pas là, pas dans la forme mais dans le fond, dans le sens, à découvrir pour le transmettre. Masque d’une vérité à éplucher en supposant une autre peau dessous qu'un autre saura ôter si lui remplit sa mission comme le fit son prédécesseur, peu importe le nom, le visage, qu’un esprit accomplisse sa mission suffit, inutile d’en savoir plus, les maillons se suivent, se tiennent et forment un tout cohérent, aucun n’aura jamais le pouvoir de savoir à quoi ils serviront.

Aucun ?

Le mot le fait sourire. Vanité entend-t-il en écho, mais pourquoi pas lui, tant pis si d'autres firent le même rêve, pourquoi ne serait-il pas le premier à y parvenir, à ouvrir les yeux. Pourquoi ne serait-il pas l'ultime.

Qui peut affirmer qu’il se trompe ? Prophète d’une réalité indicible...

L’ombre des murs fut initiatique, feu glacial intérieur qui le consume encore, un feu ne détruisant que cet inutile auquel il se raccroche.

Il a du mal à accepter le pouvoir de supporter sa responsabilité, tant s'en parèrent qui ne firent que la voler, lui seul en perçoit le sens.

Nouveau test ?

Où est la rage qu’il ressentait au point de craindre sortir, d’éviter les lieux publics. Prémisses d’une violence salvatrice.

Il voudrait dormir, rêver, être spectateur de son destin. Les murs sont toujours là, les oubliant il accrut sa souffrance pour retrouver un jardin sombre, un arbre immense ayant absorbé la vie autour de lui, symbole du passé, d'une vie à considérer dans sa totalité, il n’est de faîte si haut qu’il ne tienne sur des racines d’autant plus profondes. Il sait cela et se le dire lui fait du bien, époussette des évidences qui ne pouvaient disparaître.

Seul ?

Par rapport à l’extérieur, mais, en soi, y aurait-il là… un nouveau piège ?

Le doute est un cruel complice. Il sait la vérité, l’autre est loin, sur son chemin il ne peut qu’avancer seul, ne rien attendre, ne rien espérer.


Qu’écrivit-il après cette histoire dans un asile, à l'Ombre des Murs ? Cela fait si longtemps, à croire que c’est le délai dont il a besoin pour faire un pas. Tant n'en font aucun, idolâtrant un présent, un confort momifiant.

Il rouvre les yeux, calme, presque serein, l’angoisse ne disparaîtra jamais, la solitude est son lot, le vide aspire les mondes qu’il contient. Les larmes ne coulent plus de cette certitude, fut ou temps où il n’aurait pas supporté cette logique. Ainsi le temps fit son œuvre, ainsi brûlèrent en lui les illusions de partage, d’amitié, et plus si affinité.

Plus ?

L’amour ne fut qu’un songe ?

Amour ou rêve ?

La réponse s’impose comme un soulagement, ne plus espérer une main qui finirait par se retirer, un regard par se détourner, même celui auquel il crut plus que tout…

Il crut s’y fier pour l’Être.


Pas de trace dans les paumes, sur les pieds, mais sur le cœur, sur l’esprit, sur l’âge aussi, si profondes qu’il les espère saignant à jamais, d’elles il puisera une force autre qu'une sauvagerie nourrie d’instincts.

Compréhension n’est pas affaiblissement, au contraire.

Dix ans avant une nouvelle étape ?

Pourquoi pas ?

N’a-t-il pas la chance, ou la malchance, d’avoir du temps pour écouter ces voix venant du fond des âges, des racines les plus profondes ? les entendre n'est rien, les comprendre est bien plus violent, plus nourrissant. Il se sait indestructible, sinon par la mort elle-même, qu’il ne craint pas ou plus. En croiser le regard fut utile, le temps pour l’accepter aussi.

Presque dix ans, à quelques mois près, comme si à cet âge-là il avait regardé par une porte entrouverte ou s'était souvenu de l'avoir fait auparavant sans pouvoir, encore une fois admettre ce qu'il avait découvert, refermant sa mémoire, l’abîme l'eût effrayé, constater tant damné devant soi l’aurait incité à choisir une autre voie, il est au milieu du gué. La vie est à sens unique. Inique ? Aussi ! Il se renierait de chercher la route de la normalité et gaspillerait les presque vingt années qui se sont écoulées. La trahison serait totale et le gain nul, sinon de satisfaire des désirs étrangers, des désirs de lâcheté.

Lâches tes…


Il regarde le plafond, mousse singeant un capitonnage, jamais il ne partira d’ici, son esprit est autant en prison qu’assuré de pouvoir revenir en un lieu rassurant dont l’inconfort est une motivation.

L’abîme est souriant maintenant, il peut se pencher, regarder de l’autre côté cette curieuse construction qui est… Qui est lui ? Plus, trop, tout, somme des délires et des espoirs d’un esprit voulant survivre. Le vide est surmontable, il le sait mieux que personne puisque, osant s’y avancer, il sentit sous ses pieds une solidité qui fut toujours présente, s’éloignant pour effrayer celui qui ne sait que croire sans jamais espérer.

Les mots l’amusent, complices, vampires dansant sur le mur pour former sans cesse de nouvelles phrases. C’est le passé, le ciel n’est pas si loin, du plus beau noir, à moins qu’il ne soit bleu ?

Ou les deux.

Ou l’hideux !

Amour où rêve...


Ce sera un beau jour, avant une belle nuit, avant de nouveaux doutes, avant de se débarrasser de ses hésitations. Il y parviendra, s’arrêtera pour souffler, confiant cependant que, même s’il ne va nulle part, son voyage sera utile, il a trop avancé pour renoncer.


Le souffle de l’abîme est tiède, miroir empli de peurs, d'angoisses, sa lâcheté et le vide qu’il recèle. L'ombre recèle ce que l'on craint le plus. Tentation peluche dont il ignore si elle existe ailleurs qu'en sa mémoire. Que trouvera-t-il en bas de ce gouffre de papier ?

Un regard sans limite, inconnu du réel, celui de la vie ou de la mort ?

Jamais a un goût amer pour qui en sait le sens, glacé et torturant, coupant et nourrissant, terrifiant et motivant. Le déplaisant souvent se révèle plus utile que ce qui parut amical mais n'était qu'un mirage.


Il ferme les yeux, sa respiration se calme, rêver est vain. Il voit derrière son masque, derrière l’écran sur lequel s’agitent ces spectres flous.


Il dort, souriant qu’en un lieu la mort même put mourir !


                                       § § § §

- Mort, est-ce toi ?

Il tend les bras, espère, rêve ou cauchemar, les deux sont difficiles à différencier. De quel côté se trouve-t-il, lui qui croit de l’un pouvoir observer l’autre jusqu’à découvrir…

- Tu ne réponds pas, tu ne peux pas, tu ne sais pas, ai-je le pouvoir de te forcer, de… Illusion, je ne parle qu’aux murs, blancs, comme ce papier qui fut mon plus fidèle compagnon, si proche que seul il pouvait me trahir, m’emporter au cœur des souvenirs et se retirer laissant dans ma main une impression d'absence. Mort es-tu muette, toi l’espoir de celui qui n’a plus rien, la certitude de celui qui sait qu’il va tout perdre. Je t’ai tant espéré, tant appelé. Que dis-tu ? Je faisais semblant ! Tu es une amie puisque tu te reculas quand je voulus me jeter dans tes bras, à l’inverse d’autres qui étaient là quand elles n’auraient pas dues et me laissèrent au cœur d'un marais sans limites que celles de ma propre terreur… Je me mens, il a, il est… Des mots, des envies, dépits, rancœur fermentant en une haine a peine dissipée par le temps.

Peut-on promettre l’amour, de la vie, l’amour tout court ?


Les pensées l’emportent, sensation de pouvoir qu’aucun mot ne peut réduire, qu’aucune pensée même ne saurait définir.

À quoi bon essayer ?

- Mort tu seras là un jour, j’aurais mal au ventre comme avant un rendez-vous important mais ferais comme si de rien n’était, soulagé d’avoir terminé mon chemin si la sensation du devoir accompli me soutient.

- Tu n’es pas le bourreau que l’on pense. Je me laisse déchirer par les émotions, façonnant par les mots mes impressions pour leur survivre. Elles me dévore pour s’incarner, j’espère que le résultat vaudra la peine subie, la souffrance acceptée.

Faute de pouvoir faire autrement.


Il s'agite sur son lit, son visage exprime ce qu’il ressent, conscient, il en aurait peur, libre, ne redoutant aucun regard face auquel il aurait honte, regard qui prit tout, l'absorbant puis, repu, s’éloignant, laissant son esprit hébété, ayant perdu l'espoir qu’il possédait.

Si peu.

Un mal pour un bien, moquerie du réel, plutôt le papier, les mots, pour s’y jeter, non s’y perdre mais s’y trouver, non s’y noyer mais en renaître. Papillon promis à une nouvelle existence, courte peut-être.. N'en est-il pas un dont l’existence pourrait dépasser les autres, si l’esprit qui naît, agite ses ailes, n’aspire pas, au début, à retrouver son cocon, le calme et la température qui y régnaient.

Le cocon s’est délité, il veut préserver des traces du passé, n’importe quoi... Impossible, le temps est à sens contraint, rêver est superflu.

- Mort tu es en moi, tu y a laissé ton empreinte glacée, bizarrement la ressentir me prouve que je vis encore.


Son pire ennemi c'est lui, pas la mort, il sait se ralentir, se faire du mal, se contenir dans une prostration qu’il crut éternelle. Il s’est relevé, à chaque fois et à nouveau il avance.

Vers quoi ou qui ? Probablement vers rien, sûrement vers personne, ses mains sont vides, il ne pourrait plus écrire sinon, son but se dessine à l'encre devant ses yeux, vite, se soulager, sur le papier, y jeter son reflet.

Tant d’années et de souffrances.

Si peu d’espoir comme une offense faite... à qui ? Victime et coupable ?


Il n’est pas fatigué, seulement lâche devant ce qui l’attend, devant…

Ténébreux cortège, folie en tête, longeant un mur semblant sans fin. Ni soleil ni petite lumière au bout du chemin, simplement l’impression que quelque chose va et doit arriver, sinon il ne serait pas là, il le sait sans le dire, l'espère sans oser.

L'aime sans regret !

Curieuse expression, aimer et regretter seraient-ils complices ?

Pour lui ça en sera ainsi, il l’accepte, y puise une nouvelle force. Une souffrance est de l’énergie attendant d’être employée ?

Saura-t-il ?

Question inutile, il est toujours là, panique évacuée, prêt à avancer.

L’espoir ne fait pas vivre aime-t-il à dire, il aide à faire semblant ! Qu’une lumière s’approche et il s’écarte, tremble et pleure, espère avec terreur.

Est-ce père avec terreur ?

Le sut-elle ?

Le passé est-il adéquat ?

Au futur ?

Pas davantage, alors…


Il rouvre les yeux, ne bouge pas, plein d’images et de mots, de l’envie de les contrôler, de les dominer, de les ranger, autant que de l’évidence d'en être incapable. S’il pouvait jeter sur le papier ce qu’il a en tête il verrait des traits incompréhensibles, des apparences trompeuses, des moments fuyants. Les plus forts seuls survivront, là aussi, là encore.

- Mort viendras-tu me délivrer de ce qui n’est pas une menace, une fois vidé de mon destin tu m’emporteras, alors je fais durer, j’ai plus peur de toi que je ne voulais me l’avouer.


Mais c’est fait. Les barrière se fêlent, la lucidité geint, il frémit de rage. Le font de l’abîme est flou encore, sa vue s’affinera, son esprit sera plus pertinent, le désir dévorera sa peur. Une conscience humaine en serait incapable ? Et alors ! Affronter l’éternité est inaccessible à qui vit ? La vanité est motivante.

La bonne ?

La bonne est utilisable, le reste est gaspillage. Le fait qui est sans destin, lui est différent et l’accepte. Le temps ne saurait être perdu davantage, ce jour il peut se trouver une excuse, demain ce sera interdit.


Il s’étire sur son lit. L’heure importe peu, son corps lui fait mal, son esprit est torturant, cherchant une diversion. Il sourit, sachant qu’il ne restera indifférent à ce genre de chose.

Il peut contempler les milliers de pages soigneusement rangés dans un meuble qu’il fit lui-même, simple assemblage de planches mais qu’il prend plaisir à regarder. Des années sont là comme des insectes dans l’ambre. Vivantes, n’attendant qu’un regard pour le mordre et lui rendre le venin qu'il y instilla. Le seul élixir pouvant encore lui faire de l'effet.

A-t-il pris tant de coups qu’il a la peau trop sensible à la caresse et la fuit ?

La peau de l’esprit s’entend, celle du corps en a vu d’autres.

Et des pires !


Autant se lever, il fait beau dehors, frais, quelques nuages, une journée comme tant d’autres, la nuit reviendra, l’obligation de se remettre au travail, d’avancer dans une jungle de phrases plus ou moins cohérentes. Tant d’envies se sont accumulées, qu’importe, ne pas prendre cela pour se dire incapable. La perfection est une excuse pour attendre un miracle qui ne surviendra jamais. Il doit se laisser aller, ensuite il fera le tri, son esprit s’organisera, il sut le faire dans le passé. Le temps est un complice, pas un ami, le moyen offert d’accomplir ce qu’il doit.

Ou croit devoir.

Peu importe où se trouve la vérité. Qu’il se croit porteur d’un message l’aide, seul le destinataire en saura la valeur, s’il en a une, sinon, tant pis.

- Suis-je un traître d’espoir mis en moi ? Mais par qui ?

L’émotion lui ferme les yeux sans qu’aucune larme ne coule. En a-t-il tant versé qu’il ne lui en reste plus ?

Poser la question c’est y répondre, son sourire en dit long.


Il ne faut pas aimer !

Les mots s’imposent dans son esprit. L’image est belle, avoir été cruelle n’en diminue pas la puissance, elle confirme que le temps est passé, il vécut l’amour comme une façon de renoncer à ses espoirs, optant pour une image lointaine, lumière qui lui permit de traverser la pire tempête qu’il eut à affronter. Il se dit que peut-être un jour, ailleurs, plus tard, s’il finit son travail… Sans sourire ni pleurer, sans y croire ni le refuser, un possible informe qu’il n'a pas pouvoir de condamner au néant.

Ne pas espérer, le meilleur moyen d’être surpris. Il s’attendait au meilleur, se sentait porté par un tsunami émotionnel et il fut fracassé sur un récif mental, doit-il oublier l’amour pour que celui-ci survienne ?

Et lequel ?

Celui qui dit, qui vit, qui donne et reçoit, celui à qui il donna plusieurs visages en se disant qu’il y en aurait bien un pour être le vrai.

Rêver ?

Un mirage n’est pas une illusion, seulement une réalité perçue au mauvais endroit.

Trop loin pense-t-il mais son cœur ne veut pas cesser, en battant, de lui rappeler que la vie ne se limite pas à des feuillets qui s’entassent quand bien même porteraient-ils en eux la plus grande œuvre du monde.

Et en plus ce n’est pas le cas !


Vieux décor à refaire mais cela changerait-il quelque chose ?

Derrière la tapisserie il trouverait le mur du passé, derrière les posters l’ancien papier peint fané qu’il a arraché sans pouvoir le faire disparaître.

Il hoche la tête, se dirige vers la porte, se souvient, dix ans auparavant il sortait la nuit, désormais il a envie de sortir le jour, pour changer.

Le même escalier descendu des milliers de fois, le hall, deux portes, la première, vitrée, la seconde, en fer forgé, si lourde qu’il se souvient de l’époque où il devait rassembler ses forces pour la déplacer. Ce n’est pas si loin, d’avoir été si haut il s’était retrouvé tout en bas, joie de remonter avant de penser qu’il faudrait redescendre un jour. La pente est encore faible, il refuse de lever la tête et s’amuse de passer de l’image de l’à-pic à celle de l’abîme, deux représentations du même désir. Est-ce l’altitude qui importe ou la longueur de la pente et les difficultés rencontrées ?

L’abîme est proche, mais aussi haut sera-t-il qu’il paraîtra plus profond.

L’un ne va pas sans l’autre, et réciproquement.


                                       § § § §


Mourir pour rien n’est-ce pas mourir deux fois ?

Ce pont lui renvoie tant de souvenirs, maintenant il sait d’où ils viennent, sur le moment la question valait d’être posée, le doute d’être entretenu pour éviter sa propre vérité. Il se revoit, sent le froid sur son visage, revoie l’eau à ses pieds, les quelques roches que dans sa panique il voyait crocs monstrueux, à la lumière du jour il voit affleurer quelques roches noires, quelques minuscules tourbillons qui auraient pu cependant entraîner son corps, l’assommer, le froid aurait participé à son trépas, son ignorance de la nage… C’est loin maintenant, le rêve s’est dissipé et de la réalisé subsiste un cauchemar dont il ne voit pas le terme, dont il sait la lumière sur un horizon que jamais il n’atteindra, par définition.

Il prend appui sur le parapet métallique, sent la vibration du tablier sous les pas des promeneurs, les câbles font chanter le vent toujours plus fort en cet endroit qu’ailleurs.


Il se voyait sauter, au dernier moment une main sur son bras le retint, se retournant il avait rencontré le visage d’une enfant, une présence comme jamais la réalité ne lui en avait présentée ni ne lui en présenterait.

Il n’est pas pour rien à cet endroit, non pour sauter, il ne mourrait pas, pour jeter ce qu’il charrie depuis longtemps : L’espoir d’être aimé, l’illusion d’être compris et accepté. L’enfant est là, il la revoit, imprécise et parfaite. Elle avait parlé de cette image lointaine, mais croire en un fantôme est un piège, mieux vaut apprécier la réalité, ne plus la voiler par peur. Il est grand maintenant, il a payé le droit d’être conscient, lucide, capable de regarder la réalité.

Ce n’est plus qu’une ombre et pourtant il la sait souriante d’avoir été utile. Le temps écoulé ne fut pas perdu.

Le soleil lui fait du bien, la météo hésite entre le froid et le chaud, comme lui, qui sait qu'il ne peut choisir.

Aimer un(e) fantôme, n’avoir de compagnes que des formes mentales, courir, espérer… Les voir s’effilocher sous les assauts de la vie, trouver en soi la peur suffisante pour leur donner une substance prise de sa réalité. La peur ne l'effrayait que par sa lâcheté. Il n’a pas encore compris ce qu’il vécut, les images atroces qui s’imposèrent.

L’enfance ? Un poids qu’il ne peut abandonner, comment l’arracher ? Reste à l’utiliser, à admettre ce qu’elle fut, un désert absorbant le réel, paraissant lisse et morte. Sous l’apparence se trouve une autre réalité, peau morte en apparence, sous la banquise se trouve une terre à vif, il suffirait de peu pour que remontent peines et tourments, que tombent les défenses et que surgisse la beauté d’une étendue pleine de vie, riche…

Riche ? De quoi ? La faire ressurgir, dans quel but ? Lui demander pardon, de quoi fut-il coupable, de quoi doit-il s’excuser ? D’être ce qu’il est, prisonnier de cette apparence protectrice ? A-t-il le pouvoir de l’oiseau capable de briser son œuf de l’intérieur, la faculté du papillon capable de déchirer sa chrysalide pour s’envoler ? Attendre une aide extérieure est vain car jamais il n’en eut et jamais il n’en aura. L’extérieur est une éponge absorbant le plus pour restituer le moins. Ceux, et celles, sur lesquels il tombe sont ainsi et c’est ce qui l’attire, peur de recevoir, peur de sentir se briser son armure.

Elle est déjà brisée, ne tenant que par la force de sa peur.

Partager cet article
Repost0
11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 07:00


 

Une cage illusoire,

 

Ses barreaux, simple miroir,

 

Nourri de désespoir !

 

2652029878 1
 

Ouvrir les yeux suffit,

 

Oser quitter le nid,

 

S'envoler vers la vie...

 
Partager cet article
Repost0
10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 07:00

52218-cerveau.2.jpg
Partager cet article
Repost0
9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 07:00



pluie.1.jpg

Partager cet article
Repost0
8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 07:00

 

4 nouvelles, outre La couleur tombée du ciel, L'abomination de Dunwich, Le cauchemar d'Innsmouth et Celui qui chuchotait dans les ténèbres. Rerelu dans le cadre du Défi de l'imaginaire.


La Couleur tombée du ciel


Gallimard - Folio SF - ISBN-10 : 2070415805 - 

ISBN 13 : 978-2070415809


Adapté en BD par Alberto Breccia, au cinéma par Daniel Haller (Le Messager du diable - 1965 - avec Boris Karloff dans le rôle de Nahum). La traduction de Jacques Papy tronquait le texte, la fin principalement, en 1991, pour les éditions Robert Laffont cette traduction fut révisée et augmentée par Simone Lamblin.


Arkham est un village perdu dans un paysage quasi inexploré tant la nature semble refuser l'implantation humaine et si quelques familles vinrent s'y établir ce fut pour en acquitter un prix tel qu'en repartir devint impossible. Une région de secrets où le temps s'amuse, où la lumière est timide et la Création libre d'y expérimenter ce qu'elle se retient de faire ailleurs.




Une lueur incompréhensible traverse le ciel, une météorite tombe à proximité du village, il suffira de peu de temps pour que des faits inquiétants se produisent, que cette lueur rampe, dévorant tout autour d'elle jusqu'à atteindre les maisons... et leurs habitants !

 











À la différence de Poe qui se détachait du réel HPL lui tente de le définir afin d'accroître le sentiment de malaise par le contraste d'un cadre possible et d'événements improbables qui eux ne sont jamais définis, et comment le pourraient-ils n'est-ce pas ? Cette couleur serait-elle une forme de vie venant du fond de l'univers, pire encore ? Le plus simple est encore d'aller y faire un tour, rien de plus facile, un livre, un fauteuil et un peu de curiosité. Pas de gore dans ces textes mais un climat générant le malaise face à des êtres dont nous nous savons proches, en souhaitant le contraire, et l'envie de se demander : Et si c'était... ? La raison veut dire non, l'intellect ricane mais, venant de plus loin encore, un rire résonne en nous.
Vous ne l'entendez pas ? Tant pis, pour vous !


Contes d'un sorcier de l'imaginaire dont l'enfance ne sut, ou ne put, jamais mourir vraiment mais libère le doux poison de rêves hideux dans une âme assoifée. La vie qui rôde dans ces contes n'est pas amicale, les "dieux" qui tournent autour de nous ont des desseins compréhensibles par certains, ainsi ai-je dû leur faire allégence pour rédiger cet article sans quoi... Mais je ne peux en dire plus, Nyarlathotep lit par-dessus mon épaule, s'il est satisfait j'aurais le droit de consulter, à mes risques et périls, le Necroleeronicon.


Ce recueil est idéal pour qui souhaite arpenter les mondes lovecraftien, quatre textes seulement comme pour dessiner une porte sur une œuvre unique malgré les auteurs, nombreux, qui s'en inspirèrent, de Robert Bloch à Stephen King sans oublier un (in)certain LEE Rony (heureusement HPL est mort depuis longtemps). Ce n'est pas un hasard si souvent le narrateur de HP doute de sa santé mentale et devine que son texte achevé son esprit cédera à un savoir intolérable.

                                                                   
Lovecraft

Pour présenter, rapidement, Howard (je le connais depuis longtemps) je me contenterai de dire qu'il naquît à Providence le 20 aout (un signe envers moi ?) 1890 et y mourut le 15 mars 1937, d'un cancer de l'estomac. Loin de l'image de solitaire que véhicula en France Jacques Bergier il aimait à voyager, dans la mesure de ses faibles moyens et écrivit des dizaines de milliers de lettres. Outre ses œuvres, publiées pour la plupart dans Weird Tales il corrigeait les travaux d'auteurs moins doués que lui mais plus apte à gagner de l'argent. Sa vie ne fut pas un roman et pourtant...


 

Partager cet article
Repost0
7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 07:00













Partager cet article
Repost0
6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 07:00

 

La peur n'est pas le maître que je cherche.

Il arrive que les lézardes de nos vies cicatrisent.

Et si la télévision était le désir de regarder, avec (presque) tous, dans la mauvaise direction ?

Les dieux, faits à l'image des hommes, le regrettent.

Chaque recoin de la maison détenait un souvenir d'une souffrance qu'il y déposa comme un chien marque son territoire.

Quel imbécile soutint que le principe de plaisir et la pulsion de mort étaient antagonistes ?

La vie pourrit et se détache de soi comme le fruit trop mûr d'un arbre.

C’est là l'oie de la société.

Viendra le jour où sa propre mort sera un spectacle.

À l'instar des vers dévorant les parties nécrosées d'une plaie j'aimerais que les miens rongent le putréfié de vos âmes, si tant est que, sans lui, il reste quelque chose de vous !

Les murs ne protègent que de l’extérieur !

Arpenter les chemins du possible est question de vouloir.

Je fis face à un embranchement à trois voies. J’ai pris la bonne, tant pis !

Partager cet article
Repost0
5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 07:00

                                                  01



Deux formes se regardent, s’interrogent, mots, pensées, espoirs, une main se lève, veut caresser l’autre visage mais heurte la surface lisse et froide d’un miroir, les yeux se ferment, l’émotion veut affluer, pas question, piège trop évident pour y tomber encore.

L’homme se détourne de son reflet comme pour se fuir lui-même, ainsi voudrait-il reculer jusqu’à ce que sa propre conscience de soi disparaisse.

Fermer les yeux, oublier, éteindre la lumière, tendre les bras pour ne rien trouver ? Inutile, il sait, il sent, il voit par delà l’usage de ses yeux. Le regard de la lucidité est le pire, froid, clinique, moqueur aussi pour qui espère le crever, pour qui…

Pour lui ?

Pour rien !

Ces mots sont-ils synonymes ainsi qu’il le souhaite ?

Non et le déchirement qu’il ressent est une cicatrice floue qu'il revoit plaie ouverte, souffrance atroce, un encrier désormais, asséché.

Écrire, vivre, ressentir… Pour quoi, pour qui ?



Le mur fut un complice compatissant quand il y voyait son ombre comme un autre lui même en deux dimensions, coupant la lumière il se fut retrouvé dans des ténèbres dont il espérait le salut.

Le salut ?

Il sourit de ces illusions en lesquelles il crut, par lesquelles il supporta une impitoyable réalité sans pouvoir s'y perdre.

Vouloir ne fut jamais son fort, disait-il, c’était vrai, car, alors, il eut désiré disparaître. Il ne put s’y résoudre, la vie fut la plus forte, l’espoir, la foi, ce mot lui déplaisant tant il le juge bovinisé par les croyants de toutes sortes.

Maintenant ? Il est allé trop loin pour ne pas retrouver son point de départ, non pour constater son échec mais pour réaliser sa réussite. Un mot curieux pour lui ! Il a fait un long voyage, s’est débarrassé du superflu, conservant les pires, celles qui nourrissent et dessinent un demain aux couleurs d’une vie qu’il affecta de fuir pour mieux la trouver.

Ni reflet, ni ombre pour le soutenir, pour le mordre inutilement. Des mots estompés par le temps, des jouets auxquels il s’attache pour ne pas renoncer en plein, pour ne pas renoncer enfin.

En fin…

En faim,

En début !

Des buts ? Un suffirait… C’est trop tôt, l’aube caresse l’horizon, il ferme les yeux, la lumière le frappera sans le réduire en cendres quelque vampire qu’il fut. Mais ce temps est fini, subsistent des flaques de complaisance, des braises qui éclairent un passé semblant un territoire mort, un désert épuisé, qu’il arpenta jusqu'à dévorer l’ultime parcelle de violence, de souffrance, en contemplant l’inutilité pour y croire encore.

Il voudrait que son reflet parle, que son ombre bouge, tende vers lui des bras glacés pour l’étreindre, l’éteindre… Il voudrait, mais, incapable, hésite sur la voie à suivre, univers de papier sans fin. Un mot peut l’emporter, courant d’envie qui le charrie depuis si longtemps que d’avant ne subsistent que les images d’une réalité obscène, rivages d’un monde dont il s’éloigne sans regret.

Que bêle le troupeau il ne sera point le prédateur qu’il attend !

Ainsi est le mouton, si craintif, si hanté par le regard d’un loup, qu’il a peu de risque de rencontrer, qu’il en vient à l’appeler pour trouver la paix dans la réalisation de ses craintes. La victime n’est pas innocente ; innocence est un mot sans substance, l'alibi du condamné qui rêvait de poser sa tête sur le billot.

Sortir ?

Sourire sur ses lèvres, souvenir d’un temps, pas si lointain d’errances, de rencontres, d’une promesse faite à un spectre, parcelle de lumière dans un monde sombre à laquelle il sut croire et se confier assez pour traverser l’océan de sa peur, de sa folie, de ses espoirs, de tant de raisons de se perdre, contre une, de se trouver.

De la trouver ?

Il sourit, sait… C’est…

Tant à faire encore, des mots, des lignes, impressions contradictoires, battements du cœur rythmant la vie, contraction, dilatation, émotions qu’il cherche, mots qu’il veut, ce qui l'attend.

Le pire comme un spectacle, une glaise à modeler sans pouvoir lui insuffler mieux que l’illusion de la vie. Non, ce qu’il porte en lui de plus terrifiant, d’intolérable ; non des images de mort, tortures, souffrances et autres, l’inverse, de désir de vie, de sentiment, ce qui pour lui est terre inconnue, son objectif désormais, après l'océan de ténèbres qu'il entreprit de traverser sans conscience, prenant pied sur un navire de pulsions et d'instincts, constatant la puissance qui l’animait, regardant à l’extérieur ce qui n’était qu’en lui, jouant de sublimer ce qu’il croyait ne pas posséder sinon comme fruits de son imagination malade, perverse.

Père, verse… Verse ta vie, ton sang, ta haine ou ton mépris que je m’en nourrisse sans te les rendre !



Le pire ?

Ce mot est souvent venu sous ses doigts, dans son esprit, jusqu’à croire le comprendre, jusqu’à s’imaginer qu’il s’agissait d’un ami, un vrai, pas celui qui vous frappe dans le dos continuellement en vous rassurant, celui qui vous tend un miroir alors que vous le refusez, et vous force à regarder, à comprendre. Ainsi fit-il tant d’efforts pour se voiler les yeux qu’il se crut aveugle, croyant que, son reflet s’éloignant, sa réalité s'approcherait.

Attendre le choc, espérant être détruit ? Non, rien ne peut plus l’atteindre, il se sait indestructible par les chocs de ce genre. Seul le pire est son ami.

Au masculin, normal, n’est-il pas homme ?



Le pire, le meilleur, deux faces d’une seule pièce, mais en combien d’actes, et lesquels ?



Agir ?

Fers ! Aux pieds, ceux qu’il veut pour ne point avancer, s’entravant d’illusions pompant l’énergie sans limite qu’il recèle.

Sans l’imite ?

Je sur les mots. Je, c’est les mots, mais lesquels ?



Il s’amuse de ses pensées, que viennent ceux qui veulent, lui en est incapable. Ainsi est le boulet qu’il tire en le chargeant d’une lâcheté qui, pour être réelle, ne saurait le retenir.

Lâche tes… Exactement les mots à employer.



Sortir ? Pas physiquement, son esprit se dégage du réel et gagne en lucidité, en précision, en vérité.

Il soupire, contemple la triste vue de la fenêtre de sa chambre.

Triste ? Celle qu’il mérite, qu’il utilise, contemplant ce puits gris, ces fenêtres mortes, regards éteints à jamais. Regarder plus haut, admettre que le ciel pourrait s'ouvrir au soleil, à une chaleur pouvant le réchauffer. Le muret surmonté d'une grille de fer sépare toujours la cour en deux, enfant il imaginait que, se jetant par la fenêtre, il pourrait s'y empaler, y agoniser pendant des jours et y pourrir tel les condamnés de Mont-faucon.



Il n'est pas au fond d'un puits et le ciel n’est pas qu’une illusion sublimée, fut-il moins bleu qu’il l’espère.

Ce miroir est un défi inévitable, grand, lourd, cadre doré usé par le temps. Lucidement cette fois il observe son image, se découvre étrange d’être trop près, plus ressemblant qu’il le souhaiterait, après tout qu’importe ce qu’il voit, les traits, les quelques cheveux blancs, les rides aux coins des yeux, autant de signes du temps qui passe, moins sur lui que sur d’autres, mais malgré tout inlassable roue meulant les années, broyant les vies jusqu’à n’en rien laisser, pas même un véritable souvenir.

- Qui es-tu ?

L’image sourit, s’amuse, à moins que ce ne soit lui de s’interpeller ainsi. Que répondre ?

- Je suis…

- Dis-le-moi! Ose !

- Je ne…

- Tss tss, lâcheté ! Laisse ça de côté.

- Je suis moi.

- Réponse vide de sens, résumable en son signe central.

- ?

- Zéro !

- Merci.

- De rien, tu aimes jouer, manipuler, trop pour n’être point surpris par ce qui vient. Tu crois connaître les règles du jeu, et puis vient la surprise, l’invitée espérée, car tu voulus ce qui vint, la vie fut plus forte que la peur, sachant que tu supporterais ce qui venait. Le temps que tu imagines perdu t'était nécessaire pour te préparer. Certaines invitées demandent un traitement spécial, adapté, et le temps suffisant pour cela.

- C’est gentil.

- Non, je te conforte dans le choix de ton chemin.

- Le seul.

- Une vie est à sens unique, le seul choix est de se complaire dans le confort ou les contraintes, un cocon peut être doux ou inconfortables, l'important est qu'il obère la conscience.

Les bouches se sourirent, complices.

- Des mots, rien que des mots.

- Que possèdes-tu d’autre ?

- Rien, pour autant que ce soit moi qui les possède.

- Ils n’ont sur toi que le pouvoir que tu leur donne, que la force que tu leur abandonnes, tu peux tout leur donner, t’oublier jusqu’à te perdre, mais vouloir est un mot qui te convient mal, trop loin de toi, sanctifié, stigmatisé par des termes psychiatriques, si justifiés par ce que fus ta vie.

- Fus le temps où vouloir eut été un piège, une explosion de violence, un appel à la démence, à la fin de ton esprit, alors celui-ci put s’interdire, put s’enfermer dans une geôle si solide qu’il te semble n’en plus pouvoir sortir. Normal, compréhensible plutôt. Ce fut ta sauvegarde dans le passé, mais désormais il peut en être autrement. Penses le contraire, entends la peur qui t’affirme le contraire, ne la crois pas, elle se nourrit de ce que tu lui donnes, infimes restes qu’elle sait faire fructifier pour tenir, encore et encore, pour te ralentir mais sans plus pouvoir t’arrêter désormais.

- Facile à dire.

- À te dire, te répéter, d’autres te l’affirmèrent.

- D’autres…

- Je sais… Ne maudifie pas l'ordre des choses, agis.

- C’est…

- Sait !

- Et je…

- Difficile ? N'as tu jamais dit que ce qui ne coûtait rien ne valait rien ?

- Souvent. Que vaux-je ?

- Ce n’est pas à moi de te le dire.

- Assez ?

- Exactement.

Compréhension.

L’attendre d'autrui est une erreur qu’il se complut à commettre.

Qu’espérer des autres que l’on ne peut trouver en soi ?

Rien !

Il se détourne de son reflet, regarde son ombre, floue dans la pénombre, ainsi le jour approche, promesse autant que menace mais l’une est l’autre.

- Et toi ?

L’ombre se tut, que pourrait-elle dire, elle qui fut autant promesse que menace, offrant les deux, complice et traîtresse, sachant tout de lui.

- Ne puis-je plus t’animer ainsi que je le fis souvent ? Je vois que non, pas encore, tu es une menace plus grande qu’un reflet, une promesse plus sombre qu’un visage aimé. Tu m’as vu pleurer, geindre, fœtus, espérant l’oubli, qu’une quelconque magie pourrait me soulager sans que j’aie à faire plus que subir sans avoir à agir, réellement. Tu sais tout sur moi, la lumière te renforce, qu’elle disparaisse et tu deviens la totalité que j’ai guettée sans oser m’y perdre, me nourrissant d’une clarté lointaine qui ne me donnait rien, me prenait, ainsi, et ainsi seulement, je pouvais t’éviter.

Il hoche la tête, l’ombre en fait autant sans répondre, elle est absence, prédateur de silence et d’oubli.

- C’est le soleil que j’attends pour hurler à l’inverse d’un loup, intérieurement, pour qu’apparaisse la réalité que j’aie évitée. Ce n’est pas un hasard, Ombre, je savais la fuite inutile, elle m’attendait, parée de haine, de rage, de… De tout ce qui peut paraître désagréable, destructeur, de tout ce que je sais sans effet sur moi, mais les ai-je affrontés vraiment, les ais-je vécus autant que je le pense. Dis-moi la vérité.

L’ombre ne répondit pas, les mots revinrent alors qu’il cherchait en eux une introuvable émotion.

- Tu es moi Ombre mais pas en totalité, pas encore.

L’espère-t-il ?

Pour se rassurer, gardant un abîme en porte de sortie, envisageant l’oubli comme dissolution finale, promesse d’une paix enfin gagnée.

Mais sachant que c’est faux !



                                               § § § §



L’air frais lui fait du bien, entrant en lui comme un souvenir, temps de tremblements, de frissons incompréhensibles, sensations d’une époque si proche qu’en ouvrant les yeux il ne s’étonnerait pas de les retrouver.

Nuits de terreur, cherchant son salut auprès des monstres qui dansaient autour de lui, temps de l’enfance et de ses jeux, des mots, d’une autre réalité et d’un besoin plus grand de la cacher derrière un masque qu’il crut pire qu’elle alors que c’est l’inverse.

L’inverse !

L’évidence traverse son esprit, un éclat comme mille rasoirs lacère son âme pour en extraire le sang de souvenirs lointains, recouverts de peur et d’oubli.

Si lointains ?

L’appel à la saveur de l’éternité, une impression qu’il connaît au travers d’un personnage qu’il va devoir comprendre. Il a son idée, sait que c’est simple, que l’explication n’amènera sur ses lèvres qu’un discret sourire.

Vœu pieu.

À s’enfoncer en pleine poitrine, le moyen de s'assurer qu'un vampire ne reviendra jamais. Lui voudrait s’étendre, mais quel sens de ce mot utilise-t-il ? Quelle partie de lui-même veut-il mettre à mort, et, cela fait, serait-ce promesse de paix ?

Assurément non, le temps n’est plus aux serments, celui qu’il fit lui coûta cher, l’embarquement sur la barque des Enfers, Charon, maudit nautonier, seul apte à le guider jusqu’au cœur de son univers, symbole de sa volonté de ne jamais céder à la tentation du rien, conservant une étrange foi en un indicible avenir.

Époque de transition, nuit qu’il voudrait sans fin, et le soleil apparaît déjà, le ciel est plus clair, mais l'aube est à l’image de la vie, simple certitude de ténèbres qui reviendront, eux-mêmes annonçant… Technique d’évitement du présent, délire dont ni son ombre ni son reflet ne le sortiront.

- Jamais ?

- Jamais !

Il aime à s’entendre murmurer, cultivant l’impression de n’être point seul. Que sa voix résonne dans son esprit et il pourrait l’imputer à son ombre, à n’importe quel daïmon, lui donner une réalité lui fait du bien et tant pis si, parfois, il se laisse surprendre dans la rue, dévisageant le curieux s’étant retourné pour l’observer.

Rien de tel qu’un léger sourire, presque de connivence, pour désarçonner l’impudent qui, dès lors, de mateur devient maté.

L’aube n’est que pour le monde, son apparence, intérieurement tant reste à faire, des zones d’ombre immense stagnent gorgées de ténèbres qu’il devra épuiser pour s’en débarrasser.

Curieux pouvoir que celui de l’artiste transcendant le pire en soi pour qu’en naisse une œuvre d’autant plus brillante qu’elle fut forgée aux cœur des Enfers.

Malédiction ou bénédiction ?

Y a-t-il une différence ? Laquelle nourrit l’autre ? Le jour aurait-il un sens sans la nuit, et réciproquement, une chose est façonnée par son contraire, ou l’idée que l’on s’en fait ? Une bénédiction pourrait être une malédiction comprise, absorbée, un poison devenu nourriture par la grâce de…

De quoi ?

De qui ?

Comment savoir, et pourquoi vouloir tout dissoudre jusqu’à l’insécable, serait-ce atteindre LA réalité ? Qui connaît la fin peut-il vivre encore ? Lui qui voit la mort et s’en moque, observe l’éternité mais refuse de reculer ?

L’une est l’autre.

Si dans ses paumes apparaissaient les stigmates il ne s’étonnerait pas bien qu’il considère son chemin de croix comme différent et sa crucifixion, un supplice intérieur et plus violent, la réalité le borne, de l’intérieur il paraît s’étendre sans que rien ne puisse le contenir, sinon le désir de le dépasser pour trouver sa propre résurrection.

Une nouvelle aube, une renaissance avant de devoir mourir encore. Ce serait amusant qu’un matin le soleil ne se lève pas, que la terre cesse de tourner.

Improbable ! Son esprit pourrait refuser de revenir, il peut le désirer, penser ce qui arriverait si… Comment remplir un verre sans fond, comment se forcer à ne plus penser.

Le sommeil ne vient pas, la nuit fut blanche, comme ces feuilles de papier qui sont ses meilleures amies, ses complices, les seuls vrais miroirs dans lesquels il peut se voir dans ce qu’il est de plus vrai.

De trop vrai.

Renaissance ! Pour lui qui aime à penser qu’il est déjà mort c’est un défi, source de crainte, moyen de se nourrir de ses propres terreurs pour être plus fort encore jusqu’à trouver une force plus grande, jusqu’à être capable de voir la lumière dans la lumière et plus dans les ténèbres.



Il secoue la tête. Un joli vœu, de ces rêves que l’on fait au petit matin. L’esprit fatigué oublie le vraisemblable, la fatigue devient une drogue dissolvant les liens de l’irréel, repoussant une lucidité devenue gênante.

Ténèbres, folie… son ombre intérieure en laquelle il voulut croire, elle qui, de fait, fut une défense contre des assauts de souffrance tels qu’il n’y aurait pas survécu. Il le sait, elle le protégea, formant autour de son esprit un cocon dont il conserve le pouvoir de se libérer.

Conserve ? Au présent ? Est-ce délire que d’user d’un tel temps, que de penser que maintenant à un sens, que bientôt aura une réalité, que la vie… Attention, ne pas voir trop loin. Pas de ces moments d’agitation au cours desquels tout parait simple, d’une beauté à couper le souffle, le temps d’un sourire, avant que l’atroce revienne, que l’horrible n’impose sa griffe durablement.

- Folie !

C’est du déjà-vu pour lui qui se sentant pencher du mauvais côté ressentit un choc l'empêchant de basculer, jamais il ne sera stable, ainsi son regard plongera au plus loin de la lucidité, au plus profond du délire, chacun le retenant alors que la chute paraît inexorable.

Folies ? L’ombre et le reflet, dualité, évidence que rien n’est univoque, se déplacer apporte un éclairage, un regard et une compréhension différente. Il sait cela, il sait tant de choses. Il, c’est tant de chose, un autre qu’il craint, comme se sentant un costume trop petit pour le contenir, alors qu’il ne peut en être que l’inverse.

Délire de grandeur. Il fait semblant d’y croire, le voudrait-il qu’il ne pourrait y céder, une force le retient, plus grande que sa lâcheté, si grande qu’il cherche à lui faire confiance pour s’en remettre à elle comme à une pensée magique qu’il subirait hors de toute responsabilité.

Trop facile.

Penche-toi petit homme, regarde l’abîme et nourris-toi de son regard, utilise-le comme un miroir, sachant que celui-ci est impitoyable.

La cruauté amicale, la seule valable, loin de la trahison.

Trahison ?

Qui la trahie sinon lui-même !

Bientôt le jour, les autres. Fourmillement, envie de les éviter comme il le fit pendant tant d’années, comme il le subit, enfant trop chétif, peau si tendre qu’elle marquait tous les coups. Il ne rêve plus d’être le plus fort, de se soulager dans des torrents d’une violence sans limite, sans barrière, il sait ce qu’il est, ce qu’il hait et se sait capable de faire front.

Affrontement !

L’autre n’est fort que de la force qu’on lui octroi, rien de plus.



Oublier cela, les mots, se reculer, fermer la fenêtre et laisser au-dehors une lumière dont il n’a pas l’habitude ou pas vraiment, dont il ne veut pas avoir l’habitude, trop simple, trop facile.

Faux lit, s’étendre pour y rêver, s’évader... se découvrir.

Il va de long en large, décor qu’il connaît si bien qu’il perçoit l’odeur de la mort qu’il rencontra, allongée, costumé de noir, les yeux clos, un vieil homme. Dès lors que faire si le destin est déjà écrit, quelle est la valeur du travail, de l’espérance en un lendemain autre. Viendra le temps de s’allonger, de fermer les yeux, de savoir que les lendemains du passé furent gaspillé à produire du rien, gestes vides de sens et d’intérêt. A quoi bon construire ce que le temps effacera ?



Tout est dans le matériau choisi ! Le temps changera la forme de la pierre. Non, le plus intéressant est le plus fragile.

Le papier, non comme un matériau ayant valeur en soi, mais comme support transitoire d’une production de l’esprit pouvant exister hors de toute base et, par conséquent, en changer.

Cela lui rappelle l’image du vampire apte à sortir de son esprit pour habiter celui passant à proximité, ainsi du papier peut-il s’incarner et se multiplier sans perdre de sa force.

Est-ce son avenir, n’être que cela, naître de cela pour défier le temps ?

Est-ce la clé de l’éternité ?

Malédiction ou bénédiction ? Le pire serait qu’une part de sa réalité reste attachée à ses mots, dès lors tout deviendrait possible et le pire ne serait plus un vain espoir mais une incroyable réalité.

Les mots viennent, dansent, repartent, petits démons qui aspirent sa vie en brûlant ce qui en lui est en trop.

Tant en lui est à éliminer ; se purifier de ce dont il ne sait que faire. Des mots, des moments, trouver la simplicité, la pureté, une dureté venant… Mais c’est le rêve de la physique quantique, approcher l’originel, espérer qu'il n’y ait plus d’après. L’esprit, s’il n’en trouvait plus, serait désolé, tant il est vrai qu’il n’existe que par ce qu’il veut plutôt que par ce qu’il trouve.



La formule l’amuse, à noter dans son carnet, il en a tant, mots morts parvenant pourtant à survivre hors de leur nid.

Il s’approche du lit, s’allonge, pense que ce pourrait être la dernière fois, la nuit va venir et qu’importe si au dehors le soleil brille, dormir, oublier le temps, la vie... Ou leur donner des visages qu’il ne connaît pas encore, d’un autre temps, d’un autre monde.

Le vrai ?



Il ferme les yeux, se souvient du temps où il ne pouvait s’endormir sans d’étranges images, visions fantomatiques de monstres qui devinrent celles d’une réalité qu’il manipulait, d’espoirs vivant de ses dernières pensées lucides, ensuite, une fois pris par le sommeil… Qu’advenait-il de lui, où allait son esprit. Nulle part ou ailleurs, dans ces mondes oniriques dont il conservait rarement le souvenir, des mondes flous dont il n’avait que faire, affirmant qu’il n’avait pas besoin de rêver en dormant car pour lui la réalité tenait du songe.

Partager cet article
Repost0
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 07:00


voltaire.2
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Lire au nid
  • : Mes (ré)créations littéraires et photographiques.
  • Contact

Bienvenue...

Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

Rechercher

Archives