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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 05:56

Qui regarde l'abîme 22

                                                       23

 

- Qu’est-ce qui est désagréable commissaire ? Voir un chemin sans fin et derrière-vous une mort moins vaincue que vous le pensez ?

- Sans doute, je n’ai jamais espéré de salut ni cru en l’illusion d’une félicité éternelle. Pourquoi parler de tout cela, à quoi bon préférer les délires quand la réalité est plus terrifiante encore.

Terrifiante, pour moi ?

D’être positive ?

Dois-je avouer que je le crains, dois-je reconnaître que ces mots sont nourris d’un souvenir, d’un regard si ... d’une chevelure si …

Le saura-t-elle jamais ?

 

- Partons, allons-nous en, ce cadre est affreux, vous avez raison.

- Si vous avez compris cela alors la journée n’aura pas été perdue.

- Parlez pour vous, j’ai peur d’en sortir, peur de bouger.

- Laissez le temps faire son œuvre, le doute grandira et vous préservera. Vous êtes dans votre roue, regardez vos petites pattes qui s’agitent, accélérez, perdez-vous dans l’action, dans le vide d’un mouvement qui vous mène nulle part, vous avez envie d’y être, d’y rester, sur le carreau. Un moment de peur, une crainte vite estompée, voilà, c’est fini.

- J’aimerais que ce soit aussi facile.

- Ça l’est ! Chacun aujourd’hui aura appris de l’autre ; le bilan se fera plus tard, chaque chose prendra sa place quand il le faudra.


 

Bien ainsi ? Pourquoi ne puis-je oublier, pourquoi revient-elle maintenant alors que je dois la repousser, pourquoi me fait-elle mal à ce point ?

Je sais, je… C’est… Mais il ne faut pas le dire, ni le penser, l’oublier. Laisser venir le froid, le silence, que tout cesse Mais non, je ne peux que continuer, qu’insister et tenir en me maudissant pour cela.

Agréable de retrouver des sensations que je pensais disparues. Il me reste un peu de vie. J’ai un avantage sur mon personnage, je peux mourir, un canon glacé dans la bouche, crisper mon doigt, un moment d’une peur intense, un grand bruit, une explosion et…

Et quoi ?

Avec ma chance je survivrais, paralysé, condamné à penser sans pouvoir bouger, sans pouvoir courir dans ma roue, dans ma cage, immense, sans barreaux, j’imagine que je suis à l’intérieur, j’imagine que je coure sur place, je le voudrais tant, être normal, être comme tous, être comme…

Comme ELLE ?

Être ce que je ne suis pas, voilà ce que je désire par-dessus tout, oublier ma vérité, oublier ce chemin et me précipiter sur la route avec les autres, être dans la masse, m’y fondre, m’y oublier.

Impossible ! Le message du commissaire est que la lucidité m’escortera jusqu’au bout. Je n’ai qu’une vie avec obligation de la consommer jusqu’à sa dernière seconde, alors, et alors seulement, j’aurais gagné le repos !

Éternel celui-là ?

 

Elle est seule, elle est… Mais est-elle seulement ? Apparence posée là, attendant d’être déplacée, corps sans âme laissant s'évaporer une vie qui ne veut pas la détruire trop vite. Figée dans le temps elle n’a pas vieillie, pas bougé, elle n’a rien vécu depuis… Mais elle a oublié, tout, nulle part en elle ne se trouverait une trace de désir, une ombre de vie, une parcelle de lumière, le silence est complet en elle, rien ne pourra le dissiper.

S’il l’avait embrassé… lequel aurait aspiré l’autre ?

Le rêve permet tout, il autorise à falsifier la réalité.

Plus de souvenirs, plus de sensation, ses yeux ne voient pas, ses oreilles n’entendent plus, elle n’a pas six mois, elle n’a plus rien, l’image même de la vie que la mort aurait touché, l’image de qui serait allé trop loin pour en être revenu en acquittant au passage le prix le plus élevé possible.

Il a envie de la retrouver, de la prendre dans ses bras, de croire qu’il pourrait… réfugié dans un passé qui n’est plus rien, qui n’est plus là.

La tuer ? Oui, ils auraient pu mourir ensemble, son esprit de côté le temps de la prendre dans ses bras, de poser l’arme dans son dos, de chercher la force pour appuyer sur la détente ?

Fermer les yeux lui suffit pour savoir ce qu’il aurait ressenti, elle aurait expiré dans ses bras, son sang se fut répandu sur lui, la balle l’aurait traversé sans qu’il ressente plus qu’une infinie désillusion.

La mort offre des cadeaux différents. Elle survécu, physiquement, l’esprit vaporisé par la confrontation. Lui fut réveillé par cette étreinte glacée, comme si tout cela avait été prévu de longue date !

Logique, tout se tient, sans qu’il sache comment ni pourquoi. Son sacrifice fut utile sur le moment mais aussi en modifiant son organisation cérébrale en désactivant la pulsion relationnelle primaire que les sapiens appellent amour ! Son acte avait été dirigé par cette force qui le dirige depuis si longtemps, celle-là même qui le jeta devant la mort en offrant à cette dernière une dizaine d’humains en compensation ?

C’est si évident  ! Un événement est le produit de ceux qui le précédèrent et influence ceux qui lui succéderont. Comprendre davantage, décrypter ? Ça ne sera pas pour cette fois, plus tard, il a le temps désormais pour se poser ce genre de question.

Se sentir pris dans une toile immense, explorant un édifice aux limites de l’imagination et par lui plonger dans un chaos de pensées, de possibles, de tout ce qui fut, de ce qui aurait pu être. C’est si évident qu’une telle quête ne peut avoir de fin, de faim…

 

la mienne ? Est-ce une quête, un souffle, un jeu de pensées, d'hormones, de neurotransmachintruc, j’ai envie… de quoi ? En vie, envie, comment faire la différence, s’il y en a une ?


 

Et pourquoi ?

Qu’ai-je laissé dans cette chambre sinon mon image d’aliéné ? Figé, les yeux dans le vague, curieuse promesse de tranquillité ! Vide de pensée parasite, simple d’esprit, corps fonctionnant par habitude, sublimation de ma lâcheté, un faux rêve que je fis, dans le temps, sachant qu’il ne serait jamais que cela. Le déchirer ? Je ne peux le faire, c’est pourquoi il ne peut la tuer, elle fait partie de moi. Elle reviendrait si j’avais besoin d’elle. Je ne me le souhaite pas mais personne ne sait ce qui l’attend, pas même moi, je peux retrouver cet endroit, je le verrais abandonné, rendu à la nature, j’errerais dans les couloirs, me souvenant des cris que j’y entendis courir, je reverrais ces fous aux yeux brillants, aux pensées déstructurées, je me dirais que je vécus là de beaux moments, pas des bons, j’en ai peu avec ce lieu, mais beaux par la force des émotions que j'y libérai, des moments de vie qu’il m’octroya. Je chercherais dans les salles, dans les chambres, j’ouvrirais les portes, rencontrerais des fantômes avec lesquelles j’aurais un échange intéressant mais je ne trouverais pas celle que je voulais, sa chambre sera vide, une chemise de nuit rangée sur le lit l’attendant, couverte de poussière, moisie sans doute, j’aurais envie de la toucher, de la sentir, de redécouvrir la tiédeur de son corps. Je me retiendrais, cela me donnerais l’impression de toucher le suaire d’une âme.

J’aimerais cet endroit gorgé de désirs défunts, de cortèges d’ombres ne sachant plus où aller, j’aimerais…

Qui, quand, où ?

Après, pourrais-je éluder ces questions, dire "j’aime !" et puiser en cet amour une force de non-vie comme un paradis enfin mérité ?

Retrouver le banc, m’y asseoir, fermer les yeux, chercher au travers des graviers blancs l’image, la mort… À quoi bon remâcher cela ? Ce n’est pas l’endroit, ce n’est pas le moment, je ne fais que suivre et constater. Je ne peux pas vouloir.


 

Sortir, quitter cet endroit, laisser la grille clore dans son dos un chapitre si important de sa vie. Il emmène son image, ses yeux brillants, sa bouche murmurant les mots qu’elle seule prononça, les seuls instants de sa vie digne de ce nom !


 

Un personnage pour me les apprendre, une image pour l’émotion, dans aucune de ces cellules je ne me trouverais, dommage, quoi de plus motivant que de se deviner dans l’avenir, que d’avoir peur de ce que l’on voit pour tenter d’être différent ?

Rien, le chemin est tracé, se découvrir sur un autre prouve sa capacité à se tromper soi-même. Je ne sais rien du chemin que j’arpente, je l’imagine en pensant qu’il pourrait êtres différent.


 

Comment oublier ce qu’elle a vu, croire que ce ne fut que délire. Trop bizarre pour être vrai, quand la vérité est choquante, il faut l’accepter pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle offre, pour la porte qu’elle laisse entrevoir. C’était ce qu’elle voulut, soulever le rideau du réel pour vérifier si l'autre côté ne serait pas plus intéressant, plus excitant.


 

L’immensité l’effraie, elle se sait sur un gouffre au fond duquel elle a toujours voulu tomber. La réalité ne fut jamais qu’illusion. Se serait-elle ainsi confrontée à la démence si elle n’avait pas envie de s’y retrouver ? Se serait-elle penchée sur des cas désespérés à ce point ? Toute sa vie ne fut qu’une fuite devant sa vérité intérieure, devant son aspiration, devant l’appel du délire qu’elle entendait au point de le chercher dans d’autres esprits pour occulter sa source principale.

Folle ?

Bien sûr qu’elle l’est, jouer avec soi demande une force si grande qu’elle se surprend, elle résista longtemps, le destin était trop fort, quand l’opportunité d’être honnête se présente elle s’en saisit et accepte le destin qui l’attend. Le combat dura toute la nuit mais au petit matin le loup triompha ! Bientôt elle ne saura plus jouer, plus tricher, elle aura envie d’être celle qui reste assise les yeux dans le vague, sachant qu’elle ne le méritera pas, que toujours elle sera face à la folie avec le souvenir d’une réalité s'obscurcissant sans perdre son pouvoir douloureux.

Rouvrir les yeux sur un mur blanc doux et capitonné… Un jour elle en fit l’expérience, découvrant un effrayant sentiment de bien être.

 

Et moi ?

Me sentirais-je chez moi, accueilli dans un contexte apaisant ? Je ne cherche rien de plus, être tranquille, pouvoir oublier un destin que je subis avec plus ou moins de talent suivant les moments mais sur lequel je ne peux pas agir. Sinon mériterait-il son nom ?


 

Le gravier crisse sous ses pas, la grille est refermée, il se sent mieux, le ciel s’est couvert, l’orage menace, il ne le craint pas.

Elle reste les yeux clos, ne pas les rouvrir avant d’être sûre, avant d’avoir tout vaincu. Impossible, la folie n’est pas une force qui réagit à la demande, elle vient sans être conviée mais se fait attendre pour qui la désire, elle peut aussi vouloir s’imposer mais se faire repousser par une violence qu’elle n’attendait pas.


 

Me suis-je défendu contre elle ainsi ? Je fis ce que je pus ? Des questions, encore des questions et pas moyen d’y répondre comme je voudrais, ce serait si facile pourtant. Ce n’est pas la folie qui me menaçait par la violence, c’est contre elle que je me battais, puisant dans le fondement instinctif de la vie les moyens de résister, la force de me battre pour vaincre finalement. Si je ne ressens plus la même rage, la même haine, c’est que la folie est vaincue.

Crois-je à cette déclaration, Ces mots ont-ils un sens ? lequel, le vrai, le faux, quel chemin veulent-ils m’indiquer ?

Y en a-t-il tant ? Autant qu’imaginables serait trop ! Un chemin de papier afin d’avancer au cœur de mon esprit, de mes pensées, les yeux ouverts pour voir ce qui est là, ce qui compte pour moi, par moi, ambition moins au-dessus de mes moyens que je le voudrais.

Dommage ?

Non !


 

Sa voiture démarre, crissements des pneus, partir vite, loin. S’il revient ce sera comme patient ! Il n’y croit pas, le gouffre est encore plus tentant quand se fait l’évidence de n’y pouvoir plonger.


 


 

C’est ce que j’ai cru chercher, feint d’espérer, plonger, me perdre…l’intitulé de ce récit, savoir ce que je suis, ce que je fais, regarder un océan de ténèbres pour m’y retrouver. M’y espérais-je dément ?

Oui !

Raté !

Dommage ?

Facile de le dire, c’est faux, cet espoir fut un jeu, un bâton que je me mis dans les roues mais qui explosa tant elles sont puissantes. Avancer lentement fut protecteur, ainsi je m’endurcis au point d’avoir franchi sur le pont de l’effroi le gouffre de la folie.

jolie construction, littéraire mais on ne peut plus vraie, ce qui ne se décide pas à priori, avec une telle lucidité. J’ai exprimé cela, le désert, le gouffre, l’édifice, le fleuve de sang, un univers exprimant ce que j’ai en moi qui veut se libérer, une sorte d’avant-garde pour défricher le chemin.

Je m’exprime mal mais il ne s’agit que d’un brouillon, bientôt, j’en saurais plus et ce sera autrement plus violent.

J’apprends de ces mots, de ces pages, sur le sol ces vers blancs m’indiquent le bon chemin. Formes devenant noires, couleur d’encre, couleur de mots, couleur de pensées, voyage à refaire pour les lire et en comprendre la signification.


 

Où va-t-il ? Nulle part, comme nous, mais il le sait. Au gré de ses pensées, se perdre dans un ailleurs si proche qu’il n’y songerait pas.

 

La folie ne veut pas venir, elle tend les bras, veut hurler mais de sa bouche ne sort qu’un gémissement.

Impossible de devenir folle, condamnée à s’occuper des autres sans que personne se penche sur elle. Serait-ce trop demander ?


 

C’est trop, je le sais !


 

Triste spectacle qu’une femme belle et intelligente cherchant à se détruire, puisant en elle le désir d’annihiler son esprit, un jeu qui se conclura par une défaite. Seule sortie possible, celle d’une réalité brutale. Dans un hôpital il ne manque pas d'armes, médicaments, scalpel, choix ardu. À quand un comparatif des meilleures dissolutions ? Que font les organismes de consommatueurs ?


 

Ne pas y penser, ne pas penser, être porté par un désespoir si puissant qu’il peut tout effacer et que la mort commence avant d’être là. L’esprit laisse en fonctionnement le minimum pour feindre en attendant le baiser glacé du renoncement, une haleine si froide qu'elle m'éveilla. J'aurai préféré une belle princesse...


 

Le décor de son enfance. Quelque chemin prit il revient en ces lieux à un passé dont il ne peut se séparer.


 

Pas simple d’appuyer sur ce à quoi on croit se fier. La cage la plus insidieuse, celle qui tient dans la tête, dont rien ne peut nous libérer.


 

Ces rues il les connaît, ces façades qui se moquent de l’enfant qu’il fut et qu’il traîne, doudou en lambeaux dont il ne sait se séparer.


 

Où est la vérité ? Ce mot a-t-il seulement un sens.

Interdit ?

 

Où est l’abîme, ce miroir implacable ? S’accepter est pénible, ses désirs les plus violents, ses pulsions les plus obscènes, découvrir qu’ils ne sont que surface, que céder à leur tentation de sirène serait fuir. Oui, j’ai tué, massacré, j’y pries plaisir et par ce commissaire je me sentis prédateur, chasseur de loups, le mouton n’a aucun goût. 

Prédateur de prédateurs, jolie formule ! La rage s’est dissoute en circulant dans mon esprit, l’empoisonnant mais lui offrant la chance de puiser en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas. Il a subi, enduré, hurlé pour finalement se découvrir accroché à la vie.

Est-ce le pire que de vouloir tuer l’amour dans sa vie, de vouloir se saisir de son image pour la déchirer, pour la laisser mourir dans les conditions les plus atroces qui se puissent imaginer ?

Il ne s’agissait que de tuer ce qu’elle représente et que je regrette de dire encore au présent. Je voudrais… c’est un vœu pieux, le temps apportera les réponses s’il le veut, je suis spectateur d’une vie dont je doute qu’elle mérite ce nom. Ce terme, peut-être, en jouant sur les sens de ce mot.

La massacrer, y puiser une émotion si forte qu’elle dissoudrait l’espoir, son regard, la tiédeur de son corps contre le mien, des souvenirs si torturants qu’ils confirment que je suis encore vivant.


 

J’ai désiré ne plus l’être, fermer les yeux, sur le temps, contempler le vide, pourtant je suis encore là, poursuivant une quête improbable.

Est-ce l’abîme que je voulais ? Un gouffre noir comme l’oubli et rouge comme la souffrance, dualité dont je fus le siège longtemps pensant que l’une me défendait de l’autre. Il n’en est rien, au contraire, l’un et l’autre s’accordant, contrebalancer leur effets. J’ai marché sur ce pont étroit entre deux possibles terrifiants, j’ai regardé, poussé par un ordre intérieur qu’aujourd’hui encore je ne comprends pas.

Et que je ne renie pas, je voudrais qu’il en aille ainsi, j’ai envie… Mais je me mens, je n’ai pas d’envie, ni de continuer ni d’arrêter, je ne suis qu’un regard lucide sur ce qui se passe mais sans la force de changer quoi que ce fut. Le moi dont je peux m’attribuer les mérites est limité, un témoin, l’indispensable pour tenir et avancer, je ne suis qu’une architecture intérieure, une charpente, le squelette d’une force qui m’anime et qui, elle, est chair, veines et muscles. Je suis la structure de soutien, le cadre, elle est la vie, l’énergie qui sans lui se disperserait.

Il n’y eut ni choix ni volonté objective pour déterminer ce qui arriverait, il n’y a que le présent, l’évidence et l’intérêt d’accepter puisqu’il n’existe aucun moyen de modifier quoi que ce soit. Suivre ce chemin, en supporter les difficultés, la torture des cailloux qui me blessent les pieds, les ronces qui me déchirent la peau, les ornières qui me tordent les chevilles, les précipices que je contemple sachant que je ne me perdrais plus jamais en eux. Voudrais-je sauter que je ne tomberais que de quelques centimètres. Pourquoi m’y essayer ? Non, le vrai gouffre j’y ai déjà chuté, et cela dura longtemps, j’ai failli me disloquer en route, mon esprit manqua se diviser en autant de pièces que de pensées. Je n’ai pas pu, pas su, en moi il y avait une force de cohérence si grande qu’elle agit malgré moi. Je n’ai rien voulu et si je devais m’octroyer un mérite il irait à mon endurance. J’ai cru employer mes capacités, c’était l’inverse. Il me reste assez de conscience pour savoir où je suis, ce que je fais, le je n’est pas dans l’action, seulement dans la compréhension de ce qui se passe.

Bel avenir !

En ai-je seulement un ? Ces lignes sont-elles le chant du cygne d’un esprit voulant renoncer ou le désir de surpasser cette difficulté, de la regarder comme un défi afin de poursuivre, d’accepter sa responsabilité ? Et pourtant des contingences matérielles prenantes m’auraient empêché d’avancer et finalement fait chuter. Subir est l'aptitude qui me permit de tenir sans vouloir mais en m’accrochant aux circonstances. J'ignore ce qui m’attend, je sais que le chemin peut être long, encore devant moi.

La rage et la haine détournent la violence, en jetant les côtés positifs dans un désert stérile où elles se perdent en ruisseaux que l’indifférence évapore. Quelles effets nourriraient-elles sans cela ? Cette violence est force de vie prenant une forme compréhensible, ne pas être agressivité stupide n’amenant qu’une réaction de rejet, d’effroi ! Elle peut sourire, se faire séductrice, fascinante, c’est alors qu’elle devient le pire, pénètre au travers des défenses de l’autre jusqu’à son être le plus profond et y instille son venin le plus nocif. J’ai subi cela, j’ai voulu le rendre, j’ai crié, pleuré, me suis plains, couché en rond pour lécher mes blessures, pour réchauffer ma souffrance et comprendre qu’elle alimentait ma raison d’être par ce feu qui ne détruit en soi que l’inutile.

Déchirer l’image, m’attacher aux détails du supplice que je lui réservais, suivre le cheminement de la folie dans ses yeux sans paupières, y guetter le mien. Ce texte n’aurait eu pour but que cela. En annihilant ma capacité à aimer j’aurais triché envers mon destin, mon avenir, avec la vie même ! J’écrirais cette histoire, maintenant elle prendrait un ton plus émotionnel. J’ai vécu la mort par les mots, j’ai explosé d’émotions. Le temps est venu de savoir ce que je fais, et pourquoi. Si je n’y parviens pas ça ne sera pas grave, ma lucidité n’est pas si importante. Jouer le jeu, être ce que je suis et laisser venir les mots, les images, les émotions, les larmes, tant pis si tout cela se perd, si tout cela m’est volé, ce sera donné.

Continuer, visions, émotions, écouter mes personnages, les voir s’agiter, je manipule leurs fils sans le vouloir, devinant qu’ils me traversent. Marionnettistes en poupées russes, mais les mêmes fils transperçant les manipulateurs et viennent des origines, ils continuent au delà de mon présent vers un avenir que je distingue mal. J’ai des idées de ce qu’il pourrait être, besoin de me rassurer en visualisant un potentiel avenir.

Que sera-t-il ?

Seul le temps connaît la réponse qui voit l’éventail des possibles.

L’amour n’est donc pas vaincu ?

Il ne le sera jamais, c’est par lui que j’ai pu tenir, il m’offrit une ancre indestructible, un lien si solide que j’ai traversé les tempêtes, en sortant presque intact. Fatigué, brisé, couturé de cicatrices mais encore capable de marcher, de penser, et mieux encore, soulagé de visions anciennes, débarrassées de paupières mortes m’interdisant de voir ce qui m’attend, ce qui me sourit, face hideuse, effrayante mais amicale, le visage de la vie qui rebute les plus débiles.

Aimer est douloureux, mais sans passion l’amour n'est qu’un mot, trahison de la vie perdue dans le confort de la routine ?

Je dénigre ce que je ne peux posséder, solution de facilité, encore que du bonheur il n’y a rien à dire sinon qu’il engendre l’abêtissement, la crainte de le perdre en bougeant ne serait-ce qu’une pensée, qu’un désir. C’est la pire des drogues !

Celle que je regrette de ne pas connaître ! j’aurais voulu… mais c’est un vœu pieu, un mot qui ne m’apporte rien, un désir comme un rêve dont on se souvient, doux, beau, et imprécis. A le voir dans la clarté du réel ne resterait qu’une triste banalité.

Justification ?

Peut-être mais chacun aime à justifier ce qu’il est !

Ce qu’il hait ?

Aussi, c’est le plus facile !

Pas sûr, j’ai haï… vraiment ? J’en viens penser n’avoir connu que la haine de moi-même la projetant sur les autres, les utilisant alors qu’ils ne sont rien. Un moyen de perdre, ou de gagner, du temps, avant d’accepter ce que l’on est, ce que l’on peut, ce que l’on veut.

Vouloir ! Une impression qui s’efface aussitôt qu’elle passe, un moment dans une vie dont il ne restera rien.

Un mot !


 

Je déchirerai l’image ! Pris par les mots et l’émotion viendra...

J’appréhende ce moment ? Oui, mais je crains tout, je falsifie l’émotion, lançant la machine quand bien même elle irait nulle part, un jeu rendu possible, par la présence du commissaire. Je l’ai rencontré jadis ; pensant qu’il ne reviendrait jamais je lui avais rendu son amour pour service rendu. Les faits ont démontré mon erreur. Il est revenu, s’est imposé, je n’ai rien voulu, encore ! C’est le principe de la création, d’être surpris, sinon c’est du recopiage, j’aime penser à ce que je vais écrire en sachant que mes phrases seront différents.

 

 

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 05:50

 

 

Draculee_christopher.jpg

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 06:00

 

 

La dendrite en son neurone abritée,

Tenait dans ses fibres une pensée.

Motivée par l'instinct en son pérycarion,

Elle allait aussitôt la changer en action.

Un axone qui dans les environs passait,

Se sentit par l'idée attiré.

Ainsi c'est ce geste qu'il vous faut,

Inscrire dans le réel et sortir du cerveau.

Sans mentir, des imbécilités,

Que l'esprit humain sut inventer,

De pire je n'en vis jamais.

La dendrite alertée examina les faits.

J'agis par habitude, sans rien vérifier,

Mais vous avez raison mieux vaux tout arrêter.


 

Quelque part un primate en se grattant le front,

Chercha le mouvement qu'il avait commencé,

Un bruit dans le lointain capta son attention,

À quatre pattes il reprit son avancée...


 

L'axone et la dendrite auraient-ils su respirer,

Que de soulagement ils auraient soupirés.

 

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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 06:00

 

 

En faisant preuve de dégoût

Être persévérant

En ratant tous les tournants

Accepter l'inégalité

Comme une fatalité

Se laisser humilier

Et ne jamais se relever

 

 

 

 

Laisse Poire

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 06:00

 

 

- Vous êtes prêt monsieur Lee Rony ?

(La question est brutale, je prends un temps avant de répondre)

- Encore quelques minutes je vous pris.

(Je respire, tente de me calmer, c'est plus dur que je le pensais)

- Allez-y, c'est bon maintenant.

- OK ! Vous allez sentir la fraicheur vous envahir, c'est normal.

(Bien sûr que c'est normal... Je suis bien placé pour le savoir, c'est moi qui ai mis au point ce système. Oui, la douceur m'envahit alors que les stimulations que reçoit mon cortex modifient mes émotions. Mon invention est parfaite et je suis heureux d'être le premier à en profiter.)

- Quelque chose ne fonctionne pas monsieur.

(Me faudra-t-il toujours tout faire ?)

- Que se passe-t-il ?

- Il semble qu'il y ait un dysfonctionnement.

- De quel ordre ?

- Vous ne réagissez pas comme prévu.

- La machine déconne ?

- Non, tous les paramètres sont optimaux, votre corps semble absorber et digérer les éléments que nous lui injectons.

(Mon corps ? Encore maintenant il faut qu'il se dresse contre moi !)

- Vérifiez !

- Nous l'avons fait, plusieurs fois. Les doses sont au max mais n'ont pas les effets prévus, au contraire, vous revenez à la stabilité.

(Le froid s'éloigne, mon cœur récupère son rythme, mon organisme retrouve l'homéostasie...)

- Arrêtez l'expérience, faites passer d'autres volontaires.


 

1 heure après :

- Résultats ?

- Tous positifs monsieur.

(Alors c'était moi !)

- Parfait, merci, continuez.

(Mon invention est au point, qui veut mourir n'a qu'à en faire la demande et s'allonger... La Camarde gagne cette partie, ça ne sera pas la dernière !)


 


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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 06:00

 

Née à Sapporo le 24 janvier 1947, Kiyoko Itô se destine après ses années de lycée à une carrière de danseuse mais des problèmes de santé l'obligent à renoncer à cette voie ; la musique folk étant très en vogue au Japon à cette époque, elle se reconvertit alors dans la chanson et part aux Etats-Unis où elle devient membre du groupe The New Christy Minstrels en 1966, elle retourne au Japon l'année suivante pour signer son premier contrat chez CBS.


Elle met un terme à sa carrière au début des années 70 après avoir enregistré trois albums et une dizaine de singles.


Entre variété, folk et ballades, voici Kiyoko Itô en huit titres :

 

 

 

   

 

 

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 06:00

 

Folie-des-glandeurs-03.jpg

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 06:00

Qui regarde l'abîme 21  

 

xidnxsg8.jpg

 

                                                    22

 

Car j’ai fait, ou ferai ! L’hérédité n'explique pas tout même en remontant l’évolution jusqu’à une époque où la pensée n’existait pas. L’important git dans le cœur organique, physique de la vie. Tout se tient à ce niveau, les actes résultent d’interactions intérieures. Je n’ai pas, pour l’instant j’espère, les moyens d’être plus précis. Il y a une piste à creuser, une explication à trouver, une source attendant sa découverte. Supporterais-je de m’y abreuver ?

Pourquoi ai-je envie d’en voir les conséquences, il y en aura j’en suis sûr, ce n’est pas un jeu, un moment qui passera, tout sera en moi et j’aurais à le vivre, à le subir, à l’exprimer. Ma faculté d’encaissement favorisera ma clarté, j’ai lieu de tout craindre avant que quoi que ce soit n’arrive.



 

S’asseoir, engager la conversation… Deux démences ne peuvent que s’affronter, chacune se voulant absolue, aucune ne peut penser que l’autre a un fond de réalité, cela la déstabiliserait irrémédiablement. Tout contre tout, pas d’entente possible, mieux vaut s’éviter.

Regretter d’être fou, soit, regretter de ne pas l’être, ça c’est étrange.

Je sais de quoi je parle, je m’en suis voulu, comme si j’avais fait exprès !

Il sursaute quand quelqu’un s’assoit près de lui.

- Ce n’est que moi commissaire.

- C’est plus que ça docteur, vous le savez bien.

- Vous faites le charmeur.

- C’est une apparence.

- Je sais, alors ?

- Je ne la reverrais plus.

- Elle n’est pas vraiment là, vous vous en rendez compte.

- Oui, c’est difficile mais moins que je l’attendais.

- Vous êtes venu le confirmer, rien de nouveau. Être sûr de vous, d’elle.

- J’avais une idée derrière la tête en venant.

- Mettre fin à ses souffrances.

- Vous le saviez ?

- Beaucoup de familles de nos patients évoquent cette idée, la souffrance psychique est plus inquiétante que la douleur physique.

- Peu souffrent réellement, grâce à vos médicaments, elle m’a fait penser à une plante, si belle, si blanche, dont les racines plongent dans l’absence. J’aurais voulu percevoir une trace de conscience, même lointaine…

- Qu’avez-vous envie de tuer de ce qui est en vous commissaire ?

- De tuer ?

- Vous m’avez entendu, ce n’est pas elle que vous vouliez tuer.

- En moi ? L’envie, ou le besoin, d’aimer.

- Vous pensez y parvenir ?

- Non, finalement j’aime conserver ces hochets, en sachant ce qu’ils sont.

- Et être aimé à nouveau ?

- Non, une fois suffit, je n’en ai plus besoin.

- Vous le dites avec beaucoup de sérénité.

- Évidence d'une fonction peu active chez moi pour cause d’enfance, culpabilité ou circonstances… Vous trouveriez cent bonnes raisons, mais peu importe, le fait prime d’un instinct disparu et, conséquemment, d’une énergie dont je peux disposer autrement.

- Vous le dites pour que je vous interroge. J’ai suivi vos pérégrinations, votre retour, cette conclusion définitive, tout se tient ?

- J'ignore ce qui fut retransmis ici, j’ai eu une expérience rare.

- Vous êtes mort.

- Temporairement.

- Vos signes vitaux étaient bas, ceux qui vous examinèrent se trompèrent.

- Non ! Il n’y eut pas d’erreur professeur, vraiment !

- C’est impossible.

- Vous voyez, vous ne pouvez pas tout admettre.

- Pas ce qui ressemble plus à un délire qu’à la réalité.

- Vous connaissez la réalité ? Vous regardez la folie en pensant voir au travers mais votre compétence borne votre vision, il y a tant à découvrir que parfois je me dis que la démence est un faible péage pour accéder à des merveilles aussi terrifiantes ! Le délire n’est qu’un torrent de pensées qui ne parvient pas à se canaliser, mais imaginez qu’un jour un esprit y parvienne, qu’une conscience survive à ce déchirement… Sans doute ne suis pas revenu d’entre les morts professeur, ils sont trop loin. La vie posa sur moi le suaire glacé de l’inéluctable, et elle le retira. Un contact infime, moins qu’une pensée mais inoubliable.

- J’entends vos paroles sans les comprendre, une espèce de NDE ?

- Il n’y eut ni accident ni coma, c’est pire, il ne s’agit pas de transcrire les premiers signe de la mort cérébrale avec le tunnel et la lumière là bas… Je n’ai pas vu de clarté, pas entendu de voix rassurantes, seulement perçu une immensité infinie qui n’avait rien de vide, rien. Il y avait une seule… une seule pensée, une attente, quel terme pourrait traduire cela ? Aucun, des dizaines réunies… Je vous avais prévenu que mes paroles vous donneraient envie de me garder.

- Non, vous n’êtes pas quelqu’un que l’on peut retenir contre son gré.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Si, mais malgré ma faible intelligence et ma formation médiocre je peux tout entendre. Vous préférez converser avec un homme ?

- Au contraire, c’est avec moi que j’ai du mal à dialoguer, j’ai tant à apprendre avant de dessiner le portrait de ma vérité et rien ne dit qu’ensuite je la reconnaissance ou que la voir enfin ne me rende pas complètement fou. Si je ne le suis pas déjà bien entendu !

- Les circonstances de votre… décès doivent êtres capitales.

- Oui, Je savais ce qui m’attendait, ne me demandez pas comment, c’était évident, je n’avais pas peur, je suis entré dans la maison, descendu dans la cave en me déshabillant pour descendre dans le puits qui m’attendait. Ils étaient là, se tenant par la main, l’officiant s’est approché, a levé son poignard l’a enfoncé dans mon cœur alors qu'une immense chaleur se répandait… Dit ainsi cela fait Grand-Guignol, on n’y croirait pas dans un film, ma description est fade mais précise. Eux sont morts sans que l’on sache comment et moi qui ai survécu. La mort les prit, elle ne pouvait se déplacer en vain.

- C’était prévu ainsi n’est-ce pas ?

- Je devais être mort mais pas mourir. Je n’ai rien voulu, ni organisé, qui l’a fait, pourquoi ? À l’instar du roi sur l’échiquier je ne pouvais être pris.

- Vous avez envie de savoir si cela était prévu depuis longtemps. Pour conserver votre comparaison on peut dire que la partie commença avec votre naissance mais ne s’est pas achevée avec votre mort.

- Exactement, finalement vous conservez votre usage de l’intelligence, j’aurais été déçu de vous en découvrir incapable.

- Il n’y eut pas de tunnel mais un puits, ce n’est pas si différent.

- On peut dire que si l’un monte l’autre prend l’autre direction.

- Ce n’est pas forcément bon signe pour vous.

- Je n’ai jamais pensé que ça l’était, loin de là.

- Je préfère ma place à la vôtre, pourtant, quelle expérience tentante.

- Vue de l’extérieur, vécue elle est moins drôle…

- Une nouvelle idée ?

- Une impression, comme si je vous mettais en danger.

- Moi ? Vous sous-estimez ma capacité à supporter vos paroles.

- Comment être clair, pour moi c’est évident, comme pour chacun de vos pensionnaires. Même celui qui raconte l’histoire la plus insensée croit en ce qu’il dit, pour lui c’est LA vérité, celle qui dit tout, celle qui explique tout, celle qui raconte et avoue, celle qui montre et menace.

- Vous détenez la vérité commissaire ?

- J’espère que non.

- Une preuve serait facile à trouver si vous l’osiez.

- Vous pourriez y participer.

- Moi, je serais curieuse de savoir comment ?

- Curieuse… Je n’en doute pas, vous aimez les risques, psychologiques, c’est ce que je vous propose. Un saut dans l’inconnu : Tuez-moi !

- J’ai déjà eu cette demande, elle me surprend venant de vous.

- Il s’agit de procéder à une vérification. Je vois dans votre bel œil bleu que vous doutez de ma santé mentale, moi-même… Nous parlions de preuve, c’est le moyen d’en trouver une.

- Je ne comprends pas.

- J’ai l’impression de ne plus pouvoir mourir et j’ai envie de savoir.

- Vous pensez que je vais accepter cela ?

- Pourquoi pas ? Vous êtes là pour aider les autres, aidez-moi !

- De cette façon ? Je veux soigner, guérir si possible, mais pas tuer.

- C’est pourtant un remède, définitif, la mort est la consolatrice dont j’ai espéré en l’épaule rassurante, voilà qu’elle m’abandonne. Vous n’aurez pas le cran d’en faire autant n’est-ce pas ?

- Je ne peux pas faire ça.

- Mais si ! Ne supportant pas de la revoir, ma culpabilité devenue insoutenable j’aurais mis fin à mes jours..

- Venir armé dans un hôpital est illégal.

- Détail ! Un endroit discret serait le bienvenu, j’ai pété les plombs et redouté de mourir seul, votre regard m’a aidé à franchir le pas.

- C’est…

- Oui, remarque pertinente, allons, tentons l’expérience.

- Je ne sais pas.

- Dois-je le faire seul ?

- Soit, j’ai encore l’espoir de vous convaincre de renoncer à votre projet.

- Mon projet ? Vous convaincre et voir ce qu’il en est. Qui me regrettera.

- Vous en êtes sûr ?

- Presque, quelques relations, un ami qui gardera des souvenirs de nos aventures, je ne laisse aucun vide et nul ne dépend de moi. Tout est prévu ne vous en faites pas.

- Soit, venez avec moi, je connais un endroit où nous serons tranquille, un jardin particulier attaché à mon bureau.

- Ceint de hauts murs ?

- Vous connaissez ?

- Un arbre au centre, un banc dans son ombre ?

- Un parterre de fleurs, de la pelouse, j’aime à y marcher pour réfléchir.

- Péripatéticienne ?

- Pardon ?

- L’école péripatéticienne en Grèce enseignait à réfléchir en marchant.

- Une bonne idée.

- N’est-ce pas, même si de nos jours toutes les personnes qui marchent ne le font pas pour réfléchir, c’est souvent le contraire.

- Et vous ?

- J’aime fréquenter des endroits que je connais trop pour les voir.

- Intéressant.

- Pour vous chaque mot a un sens, si pas plusieurs, vous avez votre idée et vous ferez coller par vos interprétations mes paroles avec elle.

- Vous avez une mauvaise opinion de la psychologie.

- C'est un outil dont j’eus à me servir souvent.

- Dans un cadre limité, tous les humains ne sont pas des meurtriers.

- C’est ce qui vous trompe, potentiellement c’est le cas. N’importe qui peut tuer, c’est un des actes qui demandent le moins de qualités.

- Vous avez une vision peu réjouissante du monde.

- Et la vôtre ?

- Elle est riche d’espoir. Le pire assassin reste humain, comme sa victime.

- C’est exactement ce que je viens de dire !

- L’esprit est complexe, tout est compréhensible, sans être excusable.

- Vous allez dire qu’il y a du bon chez le pire meurtrier !

- Oui.

- Je vous montrerais des films fait par des tortionnaires. Je vous ferais entendre leur confession, je vous les ferais rencontrer, en regrettant que ce ne soit pas dans le cadre de leurs activités. Vous les imaginez en asile, calmes, tricheurs, ils le font bien, comme moi, trichant avec les autres comme avec eux-mêmes. Là, confronté à un tueur dans sa réalité la plus personnelle vous pourriez vérifier ce qu’il est et la justesse vos théories. Dans une cage le pire prédateur rentre ses griffes, qu'elle s'ouvre...

- Vous savez sortir les vôtres. Vous aussi vous êtes un prédateur, la société est votre jungle et vous y êtes à l’aise dans ce rôle.

- Vrai ! Mais je suis du bon côté.

- Social.

- Vous auriez préféré que je tue d’innocentes victimes ?

- Pour vous personne ne doit être innocent.

- Vous remontez dans mon estime.

- Vous êtes sûr de vous, méprisant, ça peut vous jouer des tours.

- Ça m’en joua. Vous vous trompez, je ne ressens pas le besoin de m’adapter, je ne le ressens plus, je veux m’exprimer comme je le ressens.

- C’est bien.

- Pour moi oui, mais les autres… Ceux dont je me fiche ?

- Dois-je comprendre que vous me faites confiance ?

- Sinon vous aurais-je fait la proposition que je vous ai faites.

- Je suppose que non, vous ne changez pas d’avis ?

- Non, vous pensez que je ne le ferais pas, que je joue avec vous pour me venger des résultats que vous n’avez pas su obtenir.

- C’est un peu ça.

- Vous avez tort. Nous arrivons. Bel endroit, ce doit être motivant d’être là pour se pencher sur des dossiers délicats.

- Le vôtre ?

- L’est-il ?

- Intéressant.

- Vous voulez m’expertiser ? Démonter mon fonctionnement psychique ?

- Ce serait un défi au dessus de mes moyens mais vertigineux.

- Là, je crois que vous ne serez pas déçu, vous allez voir.

Face à face ! Depuis quelques temps le commissaire songe à vérifier ce qu’il ressent, le faire seul l’angoisse, non par peur de mourir, à l'inverse, de se retrouver face à la preuve de sa malédiction.

- Vous allez le faire vraiment ?

- Oui, une arme automatique, il me suffit d’appuyer sur la détente, je peux prendre toutes les balles dans la tête.

Regards qui s’opposent, curiosité et excitation, le temps se suspend, épée de Damoclès voulant tomber sur deux têtes simultanément.

Elle pense qu’il va appuyer mais qu’il s’agit d’un jeu, l’arme est vide… La détonation lui explose dans la tête, celle du policier est rejetée en arrière, pourtant il reste debout, tire à nouveau, vide son chargeur.

Odeur de poudre, fumée sortant de la gueule sombre du revolver et de la bouche du commissaire. Yeux clos, poings serrés il encaisse l’émotion, le choc fut un soulagement quand il a senti la balle transpercer son palais, traverser son cerveau. Il s’en souvient comme s’il s’agissait d’un spectacle auquel il venait d’assister. L’arme tombe sur le sol, animal métallique inoffensif.

Lentement le commissaire rouvre les yeux, regarde devant lui, le ciel est indifférent, le regard bleu de son vis à vis est lumineux d’interrogation et de peur, brûlant d’incrédulité. Il fait demi tour, se dirige vers le mur, indique les points d’impact des balles qui lui ont traversé le crâne.

Elle s’approche, regarde, touche, comment douter, comment revenir à son monde d’avant ? Elle voulait découvrir ignorant qu'ainsi elle claquait une porte dans son dos ouvrant un nouveau monde, flou, nourri d’incertitude, d’effroi, sans raison pour le délimiter.

- Dois-je le regretter ?

Incapable de répondre elle hoche la tête négativement.

- Et pourtant il me semble que si, maintenant… Imaginer rassure quand la certitude terrifie, et l’éternité est effrayante. Le mot semble outrancier mais exprime l’évidence que je verrai le soleil se transformer, gonfler, s’approcher de la Terre pour la dévorer, ensuite… Le néant ou pire ?

Ensuite ?

Comment imaginer un tel personnage, comment le rapporter à ce que je suis. Il est de ce que je… Non ! pas ce que je voudrais être. La certitude du lendemain est une malédiction. J’aime penser que demain est un peut-être, que la nuit à venir sera éternelle et le réveil introuvable. Il est la menace absolue, la malédiction d’une vie dont je suis une respiration mais dont j’éprouve l’obligation. Elle n’a pas de conscience, est-ce une raison pour voler la mienne ? Je crains que ce ne soit ce qu’elle cherche à obtenir, obéissant à des contraintes qui lui échappent autant qu'à moi. Je sens ses fils et à travers elle d’autres qui viennent de… je ne sais où. Y penser me trouble. Je rêve qu’un jour je pourrais, qu’un jour je saurais… espérant que cela n'arrive jamais, je rejoindrais mon personnage et son destin. J’ai envie d’être précis, j’écris pour cela depuis longtemps, avec parfois tant de difficultés que je trouverais dommage que ce fut inutile. Comment ce commissaire pourrait-il expliquer ce qui s’est passé, à quoi bon s’échiner à formuler une hypothèse boiteuse ? Comme lui je ne sais que dire, aujourd’hui, mais demain ? La vie recombine perpétuellement ses éléments, l’humain en est une expression, l’esprit, la chambre d’écho, une façon de s’entendre, de se répondre, d’être étonné, que tout ne vienne pas d’elle directement, elle cherche des propositions des réponses de ses créations, elle en retient certaines, élimine la majorité et progresse, mute, et je suis là, spectateur lucide, plus ou moins. Où va-t-elle ? J’ai envie de répondre, envie impossible. Seule LA question importe.

Déclarations confuses ? Je sais ! Il y a si longtemps que je ressasse ces idées que je désespère d’un jour parvenir à les éclaircir, peut-être serait-ce ma fin, symboliquement exprimé par ce policier, sur la Terre morte du but atteint, regarder le soleil venir vers moi, la réponse m’envahir d’une émotion ultime. J’ai déjà une idée de cet aboutissement mais je ne suis pas pressé de m’en approcher ! Du chemin reste à faire, à titre personnel, par personnages interposés, à eux de me surprendre, de m’indiquer des voies que ma conscience n’anticipe pas. J’ai connu la folie, le désespoir, des moments de doute, d’effroi, je n’ai plus à regretter d’être encore là, de disposer de mes facultés intellectuelles mais à persévérer.

- Vous voudriez vous rattraper à la branche d’une explication rassurante docteur. Admettre sans comprendre est sain, admettre, pas croire, bien que l’anxiolytique théologique soit souvent choisi.

- Je dois être folle, j’ai cru être du bon côté, mais non, je rêve.

- Le bien est un mythe. Votre esprit se fendille, vous étiez prévenue.

- Je sais, j’ai cru, j’ai voulu.

- Vous n’êtes pas vaincue mais coincée dans une cage de dogmes médicaux ; au-delà existe un monde fascinant et dangereux. Les fous devinent, mais sans pouvoir supporter ni accepter, protégés par des molécules chimiques. Vous êtes intelligente, cultivée, vous pouvez oublier tout cela, accepter vos limites sera votre victoire. À tenter d’intégrer ce que vous avez vu dans ce que vous savez vous ne parviendrez qu’à l’autodestruction.

- Vous avez raison mais je fonctionne en automatique, j’oscille entre la raison et l’intelligence, entre l’instinct et la réflexion.

- C’est un couple dangereux, ils ne vont pas souvent ensemble.

- Sauf chez vous !

- Je ne suis pas comme les autres, vous avez pu le constater.

- Oui, je sais, j’ai vu, si je n’ai pas rêvé.

- Trop facile. Je connais, affronter une situation, la refuser, c’est une attitude que vous ne pouvez choisir objectivement, il importe qu’elle soit naturelle, spontanée, par la réflexion vous ne parviendrez à rien.

- Lutte intérieure.

- Penchez-vous sur votre cas, étudiez-vous. Vous avez la chance d’être des deux côtés, d’être confronté à une situation inédite et d’avoir les moyens d’analyser ce que vous ressentez, profitez-en.

- Difficile.

- Quelle est l’intérêt de la facilité ?

- Il n’y en a pas, sinon d’être facile.

- Vous retirerez en plaisir ce que vous risquerez. Votre curiosité vous a joué un tour, digérez les fruits de cette expérience.

- L’asile est un endroit parfait pour qu’un esprit s’exprime, je lâche mes pensées, elles ne seront pas perdues pour tout le monde.

- Vous comptez vous confier à vos collègues ?

- Non, à vous.

- Vous inversez les rôles, vous n’êtes pas censée faire ça.

- Je suis de moins en moins sensée.

- Oublier vos habitudes, vos vieilles pensées, déblayez les pensées qui vous obsèdent, vous verrez que vous irez mieux ensuite.

- Si je pouvais en être sûre, j’ai peur de ne jamais pouvoir accepter.

Ne luttez pas, acceptez le courant, la crainte, plus vous résisterez plus, quand ils vous submergeront, ce sera difficile. Vous apprendrez.

J’essaie commissaire, j’essaie. On gagne à éviter un combat inégal. Face à soi on ne peut vaincre, le mieux est de l’ignorer, d’être instinctif. Quand la raison s’impose, que l’esprit veut faire entendre sa voix alors les difficultés et la violence ressentie croissent. Je sais ce que cela fait de chercher à quoi s’accrocher, à regarder au cœur de l’abîme, à sentir l’appel du gouffre pour découvrir que l’on possède en soi la force de ne pas céder.

J’ignore toujours s’il s’agit d’une bénédiction ou d’une malédiction.

Il n’y a de différence que selon son point de vue, refuser cette réalité en fait une malédiction, autant l’accepter et en faire une force de vie. Je m’y emploie, tant bien que mal. Laisser venir, facile à dire, mais à faire ? Ce sont des mots, envie, besoin de libérer ce qui n’est plus ni haine ni rage mais une force moins mortifère sinon vivifiante. Un changement difficile à gérer, accumuler les atrocités est un plaisir simple, les dépasser pour en saisir le sens, pour en savourer la motivation, voilà qui est autrement plus violent, plus nourrissant, plus terrifiant de perspectives de vie.

 

- La vie est un mirage docteur, l’image adaptée à nos perceptions de la Création. Elle change continuellement, recombine ses éléments, certains forment des êtres humains et cela nous émeut mais je crains que la notion d’individualité lui soit étrangère ! Porter sur elle un regard "humain" est une erreur qui ne la distrait même pas. Seul demain est dans la lumière mais, pour prendre une comparaison parlante, c’est un tunnel dont l’extrémité plonge dans les ténèbres..

- Vous parliez de troc commissaire, est-ce ce qui va arriver.

- Si je pouvais… Non ! Que votre esprit cède à la panique n’aiderait pas le sien. Évitez la facilité d’accepter une destruction attractive. Je connais ce désir mais si je ne lui ai pas cédé vous pouvez le faire.

- Difficile commissaire, je voudrais reculer, effacer la dernière heure… Vous avez vu juste, je me fendille, mes limites explosent comme vous l’aviez prédit, voulu peut-être.

- Seule m’intéressait la confirmation de ce que je pressentais. J’aurais préféré mourir, j’en ai eu l’impression, le temps d’une pensée, d’un rêve. Reste un souvenir lointain au goût de cauchemar, de sang, celui de la vie. Ce lieu est un symbole docteur, vous avez mal choisi, si vous voulez réfléchir il faut ni une prison ni une cage. Croyez-vous ressembler à un hamster en vous démenant dans une roue fixe pour vous donner l’impression de mouvement ? Comment réfléchir dans un espace confiné ?

- J’y suis à l’aise pour trouver comment aider mes patients.

- Et au moyen de vous aider vous !

- Moi ?

- Pourquoi s’éviter en s’occupant d’autrui ? Vous êtes forte.

- Merci !

- Ce n’est pas insultant, vous ne ressemblez pas à ce que vous croyez être. Vous vouliez affronter une réalité inhabituelle. La folie des autres vous montre des univers étonnants, ridicules ou terrifiants, des fenêtres sur cet ailleurs dont vous rêviez. Vous êtes au pied du mur, face à un possible qui prouve que vous aviez raison et le supporter est difficile. Vous avez surestimé vos idées, mésestimé vos désirs, votre perte viendra d’une ambition au-dessus de vos moyens.

- Et bien, vous m’habillez pour l’hiver.

- Nous sommes en été. Préparer-vous à la saison froide qui vient. J’entends déjà les hurlements d’un vent glacé sur un monde aride où tremblent les dernières formes de vies en quête d’un abri. La tempête se lève dans les esprits, beaucoup préfèreront s’autodétruire par le délire, le fanatisme et la violence. Mais je me laisse aller, ne cherchez pas un sens à mes déclarations, l’ambiance agit sur moi.

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 06:00

 

La Crainte était muette et tremblait dans son coin.

Passant par là l'Espoir s'arrêta intrigué :

Nul danger n'est en vue, pourquoi donc te cacher ?

Demanda-t-il curieux devant un tel besoin.


 

Un péril peut surgir à n'importe quel moment,

Il faut être attentif, le calme n'est qu'apparent.


 

À l'écoute de ces mots l'Espoir devint pensif,

L'avenir pouvait-il être ombré d'inquiétude ?

Que veux-tu dire par là, qu'elle est cette attitude,

D'attendre de demain qu'il se fasse agressif.


 

La vie n'est que cela, la paix en cet instant,

Indique que bientôt reviendront les tourments.

Tu crois que le futur ne sera que meilleur,

Je sais que le destin est un démon railleur.


 

Bien sombre est ta vision se récria l'espoir,

Si le risque est réel, y penser l'accroîtrait.

La crainte se fit pensive, estima les attraits,

Puis songea à son rôle, ses besoins, son devoir.


 

Toi et moi associés, sommes complémentaires,

Quand l'un veut avancer voyant les avantages,

L'autre est plus circonspect, devinant le péage,

D'une médaille nous sommes toi l'endroit moi l'envers.


 

Ainsi être opposés n'est pas être ennemis,

Les contraires rapprochés donnent forme à la vie.

 


 

 

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 06:00

 

Individu petit, quelqu'un de peu d'importance ; personnage remuant, intrigant, de taille disproportionnée à l'audace de ses entreprises

nelka2.jpg

                Image floutée pour respecter l'anonymat du joueur modèle.

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