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- Qu’est-ce qui est désagréable commissaire ? Voir un chemin sans fin et derrière-vous une mort moins vaincue que vous le pensez ?
- Sans doute, je n’ai jamais espéré de salut ni cru en l’illusion d’une félicité éternelle. Pourquoi parler de tout cela, à quoi bon préférer les délires quand la réalité est plus terrifiante encore.
Terrifiante, pour moi ?
D’être positive ?
Dois-je avouer que je le crains, dois-je reconnaître que ces mots sont nourris d’un souvenir, d’un regard si ... d’une chevelure si …
Le saura-t-elle jamais ?
- Partons, allons-nous en, ce cadre est affreux, vous avez raison.
- Si vous avez compris cela alors la journée n’aura pas été perdue.
- Parlez pour vous, j’ai peur d’en sortir, peur de bouger.
- Laissez le temps faire son œuvre, le doute grandira et vous préservera. Vous êtes dans votre roue, regardez vos petites pattes qui s’agitent, accélérez, perdez-vous dans l’action, dans le vide d’un mouvement qui vous mène nulle part, vous avez envie d’y être, d’y rester, sur le carreau. Un moment de peur, une crainte vite estompée, voilà, c’est fini.
- J’aimerais que ce soit aussi facile.
- Ça l’est ! Chacun aujourd’hui aura appris de l’autre ; le bilan se fera plus tard, chaque chose prendra sa place quand il le faudra.
Bien ainsi ? Pourquoi ne puis-je oublier, pourquoi revient-elle maintenant alors que je dois la repousser, pourquoi me fait-elle mal à ce point ?
Je sais, je… C’est… Mais il ne faut pas le dire, ni le penser, l’oublier. Laisser venir le froid, le silence, que tout cesse Mais non, je ne peux que continuer, qu’insister et tenir en me maudissant pour cela.
Agréable de retrouver des sensations que je pensais disparues. Il me reste un peu de vie. J’ai un avantage sur mon personnage, je peux mourir, un canon glacé dans la bouche, crisper mon doigt, un moment d’une peur intense, un grand bruit, une explosion et…
Et quoi ?
Avec ma chance je survivrais, paralysé, condamné à penser sans pouvoir bouger, sans pouvoir courir dans ma roue, dans ma cage, immense, sans barreaux, j’imagine que je suis à l’intérieur, j’imagine que je coure sur place, je le voudrais tant, être normal, être comme tous, être comme…
Comme ELLE ?
Être ce que je ne suis pas, voilà ce que je désire par-dessus tout, oublier ma vérité, oublier ce chemin et me précipiter sur la route avec les autres, être dans la masse, m’y fondre, m’y oublier.
Impossible ! Le message du commissaire est que la lucidité m’escortera jusqu’au bout. Je n’ai qu’une vie avec obligation de la consommer jusqu’à sa dernière seconde, alors, et alors seulement, j’aurais gagné le repos !
Éternel celui-là ?
Elle est seule, elle est… Mais est-elle seulement ? Apparence posée là, attendant d’être déplacée, corps sans âme laissant s'évaporer une vie qui ne veut pas la détruire trop vite. Figée dans le temps elle n’a pas vieillie, pas bougé, elle n’a rien vécu depuis… Mais elle a oublié, tout, nulle part en elle ne se trouverait une trace de désir, une ombre de vie, une parcelle de lumière, le silence est complet en elle, rien ne pourra le dissiper.
S’il l’avait embrassé… lequel aurait aspiré l’autre ?
Le rêve permet tout, il autorise à falsifier la réalité.
Plus de souvenirs, plus de sensation, ses yeux ne voient pas, ses oreilles n’entendent plus, elle n’a pas six mois, elle n’a plus rien, l’image même de la vie que la mort aurait touché, l’image de qui serait allé trop loin pour en être revenu en acquittant au passage le prix le plus élevé possible.
Il a envie de la retrouver, de la prendre dans ses bras, de croire qu’il pourrait… réfugié dans un passé qui n’est plus rien, qui n’est plus là.
La tuer ? Oui, ils auraient pu mourir ensemble, son esprit de côté le temps de la prendre dans ses bras, de poser l’arme dans son dos, de chercher la force pour appuyer sur la détente ?
Fermer les yeux lui suffit pour savoir ce qu’il aurait ressenti, elle aurait expiré dans ses bras, son sang se fut répandu sur lui, la balle l’aurait traversé sans qu’il ressente plus qu’une infinie désillusion.
La mort offre des cadeaux différents. Elle survécu, physiquement, l’esprit vaporisé par la confrontation. Lui fut réveillé par cette étreinte glacée, comme si tout cela avait été prévu de longue date !
Logique, tout se tient, sans qu’il sache comment ni pourquoi. Son sacrifice fut utile sur le moment mais aussi en modifiant son organisation cérébrale en désactivant la pulsion relationnelle primaire que les sapiens appellent amour ! Son acte avait été dirigé par cette force qui le dirige depuis si longtemps, celle-là même qui le jeta devant la mort en offrant à cette dernière une dizaine d’humains en compensation ?
C’est si évident ! Un événement est le produit de ceux qui le précédèrent et influence ceux qui lui succéderont. Comprendre davantage, décrypter ? Ça ne sera pas pour cette fois, plus tard, il a le temps désormais pour se poser ce genre de question.
Se sentir pris dans une toile immense, explorant un édifice aux limites de l’imagination et par lui plonger dans un chaos de pensées, de possibles, de tout ce qui fut, de ce qui aurait pu être. C’est si évident qu’une telle quête ne peut avoir de fin, de faim…
la mienne ? Est-ce une quête, un souffle, un jeu de pensées, d'hormones, de neurotransmachintruc, j’ai envie… de quoi ? En vie, envie, comment faire la différence, s’il y en a une ?
Et pourquoi ?
Qu’ai-je laissé dans cette chambre sinon mon image d’aliéné ? Figé, les yeux dans le vague, curieuse promesse de tranquillité ! Vide de pensée parasite, simple d’esprit, corps fonctionnant par habitude, sublimation de ma lâcheté, un faux rêve que je fis, dans le temps, sachant qu’il ne serait jamais que cela. Le déchirer ? Je ne peux le faire, c’est pourquoi il ne peut la tuer, elle fait partie de moi. Elle reviendrait si j’avais besoin d’elle. Je ne me le souhaite pas mais personne ne sait ce qui l’attend, pas même moi, je peux retrouver cet endroit, je le verrais abandonné, rendu à la nature, j’errerais dans les couloirs, me souvenant des cris que j’y entendis courir, je reverrais ces fous aux yeux brillants, aux pensées déstructurées, je me dirais que je vécus là de beaux moments, pas des bons, j’en ai peu avec ce lieu, mais beaux par la force des émotions que j'y libérai, des moments de vie qu’il m’octroya. Je chercherais dans les salles, dans les chambres, j’ouvrirais les portes, rencontrerais des fantômes avec lesquelles j’aurais un échange intéressant mais je ne trouverais pas celle que je voulais, sa chambre sera vide, une chemise de nuit rangée sur le lit l’attendant, couverte de poussière, moisie sans doute, j’aurais envie de la toucher, de la sentir, de redécouvrir la tiédeur de son corps. Je me retiendrais, cela me donnerais l’impression de toucher le suaire d’une âme.
J’aimerais cet endroit gorgé de désirs défunts, de cortèges d’ombres ne sachant plus où aller, j’aimerais…
Qui, quand, où ?
Après, pourrais-je éluder ces questions, dire "j’aime !" et puiser en cet amour une force de non-vie comme un paradis enfin mérité ?
Retrouver le banc, m’y asseoir, fermer les yeux, chercher au travers des graviers blancs l’image, la mort… À quoi bon remâcher cela ? Ce n’est pas l’endroit, ce n’est pas le moment, je ne fais que suivre et constater. Je ne peux pas vouloir.
Sortir, quitter cet endroit, laisser la grille clore dans son dos un chapitre si important de sa vie. Il emmène son image, ses yeux brillants, sa bouche murmurant les mots qu’elle seule prononça, les seuls instants de sa vie digne de ce nom !
Un personnage pour me les apprendre, une image pour l’émotion, dans aucune de ces cellules je ne me trouverais, dommage, quoi de plus motivant que de se deviner dans l’avenir, que d’avoir peur de ce que l’on voit pour tenter d’être différent ?
Rien, le chemin est tracé, se découvrir sur un autre prouve sa capacité à se tromper soi-même. Je ne sais rien du chemin que j’arpente, je l’imagine en pensant qu’il pourrait êtres différent.
Comment oublier ce qu’elle a vu, croire que ce ne fut que délire. Trop bizarre pour être vrai, quand la vérité est choquante, il faut l’accepter pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle offre, pour la porte qu’elle laisse entrevoir. C’était ce qu’elle voulut, soulever le rideau du réel pour vérifier si l'autre côté ne serait pas plus intéressant, plus excitant.
L’immensité l’effraie, elle se sait sur un gouffre au fond duquel elle a toujours voulu tomber. La réalité ne fut jamais qu’illusion. Se serait-elle ainsi confrontée à la démence si elle n’avait pas envie de s’y retrouver ? Se serait-elle penchée sur des cas désespérés à ce point ? Toute sa vie ne fut qu’une fuite devant sa vérité intérieure, devant son aspiration, devant l’appel du délire qu’elle entendait au point de le chercher dans d’autres esprits pour occulter sa source principale.
Folle ?
Bien sûr qu’elle l’est, jouer avec soi demande une force si grande qu’elle se surprend, elle résista longtemps, le destin était trop fort, quand l’opportunité d’être honnête se présente elle s’en saisit et accepte le destin qui l’attend. Le combat dura toute la nuit mais au petit matin le loup triompha ! Bientôt elle ne saura plus jouer, plus tricher, elle aura envie d’être celle qui reste assise les yeux dans le vague, sachant qu’elle ne le méritera pas, que toujours elle sera face à la folie avec le souvenir d’une réalité s'obscurcissant sans perdre son pouvoir douloureux.
Rouvrir les yeux sur un mur blanc doux et capitonné… Un jour elle en fit l’expérience, découvrant un effrayant sentiment de bien être.
Et moi ?
Me sentirais-je chez moi, accueilli dans un contexte apaisant ? Je ne cherche rien de plus, être tranquille, pouvoir oublier un destin que je subis avec plus ou moins de talent suivant les moments mais sur lequel je ne peux pas agir. Sinon mériterait-il son nom ?
Le gravier crisse sous ses pas, la grille est refermée, il se sent mieux, le ciel s’est couvert, l’orage menace, il ne le craint pas.
Elle reste les yeux clos, ne pas les rouvrir avant d’être sûre, avant d’avoir tout vaincu. Impossible, la folie n’est pas une force qui réagit à la demande, elle vient sans être conviée mais se fait attendre pour qui la désire, elle peut aussi vouloir s’imposer mais se faire repousser par une violence qu’elle n’attendait pas.
Me suis-je défendu contre elle ainsi ? Je fis ce que je pus ? Des questions, encore des questions et pas moyen d’y répondre comme je voudrais, ce serait si facile pourtant. Ce n’est pas la folie qui me menaçait par la violence, c’est contre elle que je me battais, puisant dans le fondement instinctif de la vie les moyens de résister, la force de me battre pour vaincre finalement. Si je ne ressens plus la même rage, la même haine, c’est que la folie est vaincue.
Crois-je à cette déclaration, Ces mots ont-ils un sens ? lequel, le vrai, le faux, quel chemin veulent-ils m’indiquer ?
Y en a-t-il tant ? Autant qu’imaginables serait trop ! Un chemin de papier afin d’avancer au cœur de mon esprit, de mes pensées, les yeux ouverts pour voir ce qui est là, ce qui compte pour moi, par moi, ambition moins au-dessus de mes moyens que je le voudrais.
Dommage ?
Non !
Sa voiture démarre, crissements des pneus, partir vite, loin. S’il revient ce sera comme patient ! Il n’y croit pas, le gouffre est encore plus tentant quand se fait l’évidence de n’y pouvoir plonger.
C’est ce que j’ai cru chercher, feint d’espérer, plonger, me perdre…l’intitulé de ce récit, savoir ce que je suis, ce que je fais, regarder un océan de ténèbres pour m’y retrouver. M’y espérais-je dément ?
Oui !
Raté !
Dommage ?
Facile de le dire, c’est faux, cet espoir fut un jeu, un bâton que je me mis dans les roues mais qui explosa tant elles sont puissantes. Avancer lentement fut protecteur, ainsi je m’endurcis au point d’avoir franchi sur le pont de l’effroi le gouffre de la folie.
jolie construction, littéraire mais on ne peut plus vraie, ce qui ne se décide pas à priori, avec une telle lucidité. J’ai exprimé cela, le désert, le gouffre, l’édifice, le fleuve de sang, un univers exprimant ce que j’ai en moi qui veut se libérer, une sorte d’avant-garde pour défricher le chemin.
Je m’exprime mal mais il ne s’agit que d’un brouillon, bientôt, j’en saurais plus et ce sera autrement plus violent.
J’apprends de ces mots, de ces pages, sur le sol ces vers blancs m’indiquent le bon chemin. Formes devenant noires, couleur d’encre, couleur de mots, couleur de pensées, voyage à refaire pour les lire et en comprendre la signification.
Où va-t-il ? Nulle part, comme nous, mais il le sait. Au gré de ses pensées, se perdre dans un ailleurs si proche qu’il n’y songerait pas.
La folie ne veut pas venir, elle tend les bras, veut hurler mais de sa bouche ne sort qu’un gémissement.
Impossible de devenir folle, condamnée à s’occuper des autres sans que personne se penche sur elle. Serait-ce trop demander ?
C’est trop, je le sais !
Triste spectacle qu’une femme belle et intelligente cherchant à se détruire, puisant en elle le désir d’annihiler son esprit, un jeu qui se conclura par une défaite. Seule sortie possible, celle d’une réalité brutale. Dans un hôpital il ne manque pas d'armes, médicaments, scalpel, choix ardu. À quand un comparatif des meilleures dissolutions ? Que font les organismes de consommatueurs ?
Ne pas y penser, ne pas penser, être porté par un désespoir si puissant qu’il peut tout effacer et que la mort commence avant d’être là. L’esprit laisse en fonctionnement le minimum pour feindre en attendant le baiser glacé du renoncement, une haleine si froide qu'elle m'éveilla. J'aurai préféré une belle princesse...
Le décor de son enfance. Quelque chemin prit il revient en ces lieux à un passé dont il ne peut se séparer.
Pas simple d’appuyer sur ce à quoi on croit se fier. La cage la plus insidieuse, celle qui tient dans la tête, dont rien ne peut nous libérer.
Ces rues il les connaît, ces façades qui se moquent de l’enfant qu’il fut et qu’il traîne, doudou en lambeaux dont il ne sait se séparer.
Où est la vérité ? Ce mot a-t-il seulement un sens.
Interdit ?
Où est l’abîme, ce miroir implacable ? S’accepter est pénible, ses désirs les plus violents, ses pulsions les plus obscènes, découvrir qu’ils ne sont que surface, que céder à leur tentation de sirène serait fuir. Oui, j’ai tué, massacré, j’y pries plaisir et par ce commissaire je me sentis prédateur, chasseur de loups, le mouton n’a aucun goût.
Prédateur de prédateurs, jolie formule ! La rage s’est dissoute en circulant dans mon esprit, l’empoisonnant mais lui offrant la chance de puiser en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas. Il a subi, enduré, hurlé pour finalement se découvrir accroché à la vie.
Est-ce le pire que de vouloir tuer l’amour dans sa vie, de vouloir se saisir de son image pour la déchirer, pour la laisser mourir dans les conditions les plus atroces qui se puissent imaginer ?
Il ne s’agissait que de tuer ce qu’elle représente et que je regrette de dire encore au présent. Je voudrais… c’est un vœu pieux, le temps apportera les réponses s’il le veut, je suis spectateur d’une vie dont je doute qu’elle mérite ce nom. Ce terme, peut-être, en jouant sur les sens de ce mot.
La massacrer, y puiser une émotion si forte qu’elle dissoudrait l’espoir, son regard, la tiédeur de son corps contre le mien, des souvenirs si torturants qu’ils confirment que je suis encore vivant.
J’ai désiré ne plus l’être, fermer les yeux, sur le temps, contempler le vide, pourtant je suis encore là, poursuivant une quête improbable.
Est-ce l’abîme que je voulais ? Un gouffre noir comme l’oubli et rouge comme la souffrance, dualité dont je fus le siège longtemps pensant que l’une me défendait de l’autre. Il n’en est rien, au contraire, l’un et l’autre s’accordant, contrebalancer leur effets. J’ai marché sur ce pont étroit entre deux possibles terrifiants, j’ai regardé, poussé par un ordre intérieur qu’aujourd’hui encore je ne comprends pas.
Et que je ne renie pas, je voudrais qu’il en aille ainsi, j’ai envie… Mais je me mens, je n’ai pas d’envie, ni de continuer ni d’arrêter, je ne suis qu’un regard lucide sur ce qui se passe mais sans la force de changer quoi que ce fut. Le moi dont je peux m’attribuer les mérites est limité, un témoin, l’indispensable pour tenir et avancer, je ne suis qu’une architecture intérieure, une charpente, le squelette d’une force qui m’anime et qui, elle, est chair, veines et muscles. Je suis la structure de soutien, le cadre, elle est la vie, l’énergie qui sans lui se disperserait.
Il n’y eut ni choix ni volonté objective pour déterminer ce qui arriverait, il n’y a que le présent, l’évidence et l’intérêt d’accepter puisqu’il n’existe aucun moyen de modifier quoi que ce soit. Suivre ce chemin, en supporter les difficultés, la torture des cailloux qui me blessent les pieds, les ronces qui me déchirent la peau, les ornières qui me tordent les chevilles, les précipices que je contemple sachant que je ne me perdrais plus jamais en eux. Voudrais-je sauter que je ne tomberais que de quelques centimètres. Pourquoi m’y essayer ? Non, le vrai gouffre j’y ai déjà chuté, et cela dura longtemps, j’ai failli me disloquer en route, mon esprit manqua se diviser en autant de pièces que de pensées. Je n’ai pas pu, pas su, en moi il y avait une force de cohérence si grande qu’elle agit malgré moi. Je n’ai rien voulu et si je devais m’octroyer un mérite il irait à mon endurance. J’ai cru employer mes capacités, c’était l’inverse. Il me reste assez de conscience pour savoir où je suis, ce que je fais, le je n’est pas dans l’action, seulement dans la compréhension de ce qui se passe.
Bel avenir !
En ai-je seulement un ? Ces lignes sont-elles le chant du cygne d’un esprit voulant renoncer ou le désir de surpasser cette difficulté, de la regarder comme un défi afin de poursuivre, d’accepter sa responsabilité ? Et pourtant des contingences matérielles prenantes m’auraient empêché d’avancer et finalement fait chuter. Subir est l'aptitude qui me permit de tenir sans vouloir mais en m’accrochant aux circonstances. J'ignore ce qui m’attend, je sais que le chemin peut être long, encore devant moi.
La rage et la haine détournent la violence, en jetant les côtés positifs dans un désert stérile où elles se perdent en ruisseaux que l’indifférence évapore. Quelles effets nourriraient-elles sans cela ? Cette violence est force de vie prenant une forme compréhensible, ne pas être agressivité stupide n’amenant qu’une réaction de rejet, d’effroi ! Elle peut sourire, se faire séductrice, fascinante, c’est alors qu’elle devient le pire, pénètre au travers des défenses de l’autre jusqu’à son être le plus profond et y instille son venin le plus nocif. J’ai subi cela, j’ai voulu le rendre, j’ai crié, pleuré, me suis plains, couché en rond pour lécher mes blessures, pour réchauffer ma souffrance et comprendre qu’elle alimentait ma raison d’être par ce feu qui ne détruit en soi que l’inutile.
Déchirer l’image, m’attacher aux détails du supplice que je lui réservais, suivre le cheminement de la folie dans ses yeux sans paupières, y guetter le mien. Ce texte n’aurait eu pour but que cela. En annihilant ma capacité à aimer j’aurais triché envers mon destin, mon avenir, avec la vie même ! J’écrirais cette histoire, maintenant elle prendrait un ton plus émotionnel. J’ai vécu la mort par les mots, j’ai explosé d’émotions. Le temps est venu de savoir ce que je fais, et pourquoi. Si je n’y parviens pas ça ne sera pas grave, ma lucidité n’est pas si importante. Jouer le jeu, être ce que je suis et laisser venir les mots, les images, les émotions, les larmes, tant pis si tout cela se perd, si tout cela m’est volé, ce sera donné.
Continuer, visions, émotions, écouter mes personnages, les voir s’agiter, je manipule leurs fils sans le vouloir, devinant qu’ils me traversent. Marionnettistes en poupées russes, mais les mêmes fils transperçant les manipulateurs et viennent des origines, ils continuent au delà de mon présent vers un avenir que je distingue mal. J’ai des idées de ce qu’il pourrait être, besoin de me rassurer en visualisant un potentiel avenir.
Que sera-t-il ?
Seul le temps connaît la réponse qui voit l’éventail des possibles.
L’amour n’est donc pas vaincu ?
Il ne le sera jamais, c’est par lui que j’ai pu tenir, il m’offrit une ancre indestructible, un lien si solide que j’ai traversé les tempêtes, en sortant presque intact. Fatigué, brisé, couturé de cicatrices mais encore capable de marcher, de penser, et mieux encore, soulagé de visions anciennes, débarrassées de paupières mortes m’interdisant de voir ce qui m’attend, ce qui me sourit, face hideuse, effrayante mais amicale, le visage de la vie qui rebute les plus débiles.
Aimer est douloureux, mais sans passion l’amour n'est qu’un mot, trahison de la vie perdue dans le confort de la routine ?
Je dénigre ce que je ne peux posséder, solution de facilité, encore que du bonheur il n’y a rien à dire sinon qu’il engendre l’abêtissement, la crainte de le perdre en bougeant ne serait-ce qu’une pensée, qu’un désir. C’est la pire des drogues !
Celle que je regrette de ne pas connaître ! j’aurais voulu… mais c’est un vœu pieu, un mot qui ne m’apporte rien, un désir comme un rêve dont on se souvient, doux, beau, et imprécis. A le voir dans la clarté du réel ne resterait qu’une triste banalité.
Justification ?
Peut-être mais chacun aime à justifier ce qu’il est !
Ce qu’il hait ?
Aussi, c’est le plus facile !
Pas sûr, j’ai haï… vraiment ? J’en viens penser n’avoir connu que la haine de moi-même la projetant sur les autres, les utilisant alors qu’ils ne sont rien. Un moyen de perdre, ou de gagner, du temps, avant d’accepter ce que l’on est, ce que l’on peut, ce que l’on veut.
Vouloir ! Une impression qui s’efface aussitôt qu’elle passe, un moment dans une vie dont il ne restera rien.
Un mot !
Je déchirerai l’image ! Pris par les mots et l’émotion viendra...
J’appréhende ce moment ? Oui, mais je crains tout, je falsifie l’émotion, lançant la machine quand bien même elle irait nulle part, un jeu rendu possible, par la présence du commissaire. Je l’ai rencontré jadis ; pensant qu’il ne reviendrait jamais je lui avais rendu son amour pour service rendu. Les faits ont démontré mon erreur. Il est revenu, s’est imposé, je n’ai rien voulu, encore ! C’est le principe de la création, d’être surpris, sinon c’est du recopiage, j’aime penser à ce que je vais écrire en sachant que mes phrases seront différents.

