09
Plus d’odeurs malsaines, d’ombres errantes, tout va si vite, la nature
sourit. Le plaisir de l’épouvante est parti, non que je ne puisse le retrouver, au contraire, mais pour l’imposer aux autres, une manière ludique de faire peur en révélant derrière le masque de
l’atroce les traits d’une vérité refusée.
Pervers ?
Et pour cause !
Le sol est vierge, être le premier est troublant, plaisant. Le courant
dirige le temps autour de moi, l’ouvre pour que je me saisisse de ses trésors. Ce que nul ne connaît n’existe pas.
Je me parle d’un autre monde, le mien !
- - -
Thlita n’est pas le prénom auquel je pense. serait-il temps de vivre
?
- - -
D’autres rencontres, parties de moi rentrant au bercail moi qui voulais
les refuser, quelle est l’affection mentale qui morcelle l’esprit ? Je ne sais plus, tant mieux.
Je suis réveillé, les monstres ne dansant plus autour de mon lit, la
lumière est leur adversaire, enfant j’aimais leurs présences, leurs regards, visages du désir de n'être plus seul ni enfermé. Je n’ai plus la force de feindre c’est la réalité du réel que je veux
affronter. L’ombre à laquelle je parle n’est pas un démon, seulement une parcelle de mon esprit hallucinée afin de faciliter la rencontre, les primitifs ne peuvent admettre cela, donnant à tout
et à rien une âme par incapacité d’accepter la leur. Par primitif j’entends tout le monde, civilisé ne veut pas dire évolué ! Accepter ce que je suis est le but de ce voyage, découvrir et
rassembler des pièces d’un puzzle dispersées par le temps. J’ai envie de projeter mon regard plus loin que l’horizon pour ne pas voir ces heures qui viennent Si peu de temps pour changer de vie.
Le temps de me redresser viendra une autre étape, une réalité hors de ce cadre trop froid. Je ne parviens plus à jouer celui qui doute, le goût de la vie me manque, la saveur de son corps, la
fraîcheur de son rire, ensuite, serein je plongerai dans les mystères qui m’attendent pour les dépiauter, et si je n’y parviens pas j’aurais le plaisir d’avoir traversé le cauchemar en pouvant le
croire.
Le puits déborde de la volonté de ceux qui y étant plongé ont refusé le
voile sombre de la panique, je découvre la vérité à laquelle m’abreuver.
Les morts sont là mais sans être distrayants. Ces mots sulfuriques
corrodent l'illusion. Mais attention à la précipitation, à une volonté excessive et suicidaire. Ouvrir les yeux après des années d’obscurité nuit à la santé. Le destin se fait complice, ses yeux
dorés brillent, ses griffes sont rentrées, elles serviront pour d’autres. Le délire fut si doux parfois, j’ai toujours su ce qu’il était, même quand la réalité se réduisit à presque rien elle me
donna la force de me lever, d’avancer, n’importe où, n’importe comment, des heures, des jours, une quête passant par le refus, par le corps d’un esprit refusant de le prolonger.
Un enfant devant moi, photo en noir et blanc, sur un pont, déjà. La
mémoire se saisit de chaque élément façonner l’intangible ainsi sa nocivité sera moins forte.
Une rencontre fugace, un risque, s’offrir est trop simple. Fiction et
réalité se fondent, une nouvelle définition de la création est possible. L’expérimentateur influence l’expérimentation et altère sa découverte, comment savoir ? Y a-t-il une voie différente
?
Expérimentateur, auteur, artiste, projeter, modifier, définir... Une
quête sans solution. Je découvre la pauvreté des mots, de la maîtrise que j’en ai, j’ai peur de jouer avec eux plus par plaisir que pour esquisser mes pensées. Je puise dans le fond commun de la
vie, des expériences vécues qui ne sont uniques que dans leur interprétation. Le papier est un instrument de recherche, qu'importe, l’important est l’esprit qui les domine et se livre en pâture à
sa propre lucidité à travers eux.
Souffrir c’est voir sa vie comme une expérience pour dépasser
l’adoration de la forme et mordre les mystères du sens. Rien de ce que j’ai pu vivre n’est à rejeter, le meilleur comme le pire, tout est utilisable, tout. Le martyr est un vêtement trop
petit.
Non je ne me précipiterai pas, chaque pas à son importance, chaque
instant est une leçon. J’accepte mes devoirs, mon destin, faut-il que je courbe la tête, comment trouverais-je le billot ?
Marre de la sérénité, l’émotion est vie-bration, la Passion cesse quand
la vie est douce.
- Tu ne crois plus en moi ?
Je connais cette voix.
- Tu veux que je disparaisse ?
- Folie. J’ai aimé ta présence, les perspectives que tu me montra, cela
s’achève, tu le sais, mon ombre ne m’effraie plus. Tu ne peux plus m’emporter ou m’influencer, les autres sont là, sers-toi. J’ai simulé la lucidité pour quelques regards, tu fus proche de
m’engloutir, l’occasion est passé, j’ai traversé le pont.
- Tu m’en veux ?
- Non, tu fus si attirante... il manqua si peu ; la goutte d’eau
qui fait déborder le vase ne tomba jamais, il resta plein sans pouvoir se vider. Tu es un instrument dont je me servirai à l’occasion.
- Ai-je le droit de le regretter ?
- Tu tricherais, l’univers est vaste, crains-tu que je ne
t’efface ?
- Réaliser un rêve, est-ce possible ?
- C’est le doute que tu m’offres ? Je l’ai déjà, je l’imagine
pour avancer, sur le chemin je peux trouver une autre voie, une autre sortie, un autre monde. Je n’ai pas risqué, je n’ai pas tendu la main pour serrer la sienne, ce fut l’inverse en un geste
d’amitié. Je l’ai embrassée sans la prendre dans mes bras, me dire non fut ma plus grande victoire. J’avais besoin de ce genre d’amour pour te repousser, toi et les ténèbres où tu te dissimules.
Une larme de lumière a suffit pour assurer ma victoire sur la nuit.
- Jolie formule.
- N’est-ce pas ?
- Que vais-je devenir ?
- Une image. Regarde ceux qui ne demandent qu’à t’adorer ne
comprendront jamais que c’est à toi qu’ils rendent hommage.
- Des médiocres, est-ce tout ce que je mérite ?
- Tu n’es pas ce que tu crois mais un voile dévoilant plus qu'il
ne dissimule. Je t’épuise, tu t’estompes, déjà, je ne te vois plus, je ne t’entends plus, adieu.
La porte derrière moi était capitonnée, si…
Non, je suis trop près d’Elle.
- - -
Une ombre est un sourire, toutes sont devenues des amies. Je revois ce
jardin magique dont les fleurs étaient des mots, les arbres des émotions, la terre un rêve refusé.
Les regrets ont fanés, la porte de la vie sera aussi celle de la mort,
un destin par une œuvre en laquelle restera de moi le meilleur. Sans peur ni dépit, la conscience aspire au repos après des émotions brutales qui usent le cœur, c’est bien d’être résistant, il
faut le payer un jour, je tiens dans le vent mais les racines faiblissent, bientôt je m’effondrerai. Mourir en souriant face au néant ne m’effraie plus.
Je revois un décor de pierre, des statues m’observent, chacune est un
moment de ma vie, jeune, vieux, moi au présent, un dont je ne sais plus à quoi il servait, à refuser peut-être. Possibles Tant de portes sont là que je crains d’ouvrir, non plus dans l’irréel,
là, dans un concret pire parce qu’il peut effacer l’illusion.
C’est à une rencontre que j’aspirais, rassemblement de trois aspects de
moi-même, images à superposer pour découvrir, enfin, mon vrai visage. L’un était un policier, j’ai écris nombre d’histoire avec lui, une fois déjà dans un décor de papier semblant un asile nous
nous rencontrâmes. Il savait qui j’étais. Je lui ai offert la tranquillité pensant ne jamais plus avoir besoin de lui, je me trompais, il est si proche de moi, de ce que j’ai failli être. Un
écrivain se voit omnipotent, non comme un dieu mais comme le nourrisson qui ne connaît qu’un monde à sa mesure censé assouvir ses moindres désirs.
L’impérialisme du caprice.
Le camp de la mort était un décor, j’y attendais l'être livré au puits
de l’enfer et qui en déjoua les pièges. À cette époque, prévoyant ce rendez-vous, j'ignorais comment il avait passé l'épreuve, l’ayant laissé un moment où il s’apprêtait à pénétrer dans le puits,
j’imaginai…
Mes pensées m’échappent, que s’imposent des mots que je ne vis pas
venir, tu parles d’une omnipotence.
Potence ?
Je comprends la nature de l’épreuve. Ce personnage dépassant la mort se
retrouvait dans Son domaine, le mur du passé fendu il se voyait pion par lequel s’imposait une volonté désireuse de régner de nouveau sur la terre.
Un pacte infernal, pour survivre, ainsi il aurait traversé le temps,
sans physique, une simple pensée, comme un possible cherchant à se définir dans mon esprit.
L’animalité s’accouplant à l’intelligence pour que naisse la
bestialité. L’intelligence regrettant l’animalité dont elle émane. Le Paradis existait avant la première pensée. Plus haut j’évoquai un personnage réalisant sa situation en comprenant son passé,
je sais quel effet cela fait quand le mur du temps se déchire, quand l’esprit voit dans quel puits il fut happé, j’ai vécu cet instant. Qui sait si je ne suis pas allé plus loin que je pensais…
Qui sait !
Moi ?
Je sais quels mots manquent et où les apprendre, ensuite…