- Il est entré chez nous, en pleine nuit, nous étions au lit, lumière éteinte commissaire. Il nous a surpris en plein sommeil.
- Comment vous a-t-il réveillé ?
- En allumant le plafonnier. Le temps d'ouvrir les yeux, j'ai essayé de me lever mais il nous menaçait de son arme. Il nous a fait asseoir dans le lit, nous disant de l'écouter parce qu'il n'allait pas répéter.
- Qu'a-t-il dit ?
- Qu'avoir deux enfants était indu, il nous a demandé d'en choisir un, qui vivrait, alors qu'il tuerait l'autre, pour nous punir.
- Comment avez-vous réagis ?
- À votre avis commissaire ? C'était un cauchemar, je me souviens avoir fermé les yeux, j'allais me renformir, ou me réveiller, et tout cela serait terminé, englouti. Ma femme a fait la même chose, nous nous sommes regardé sans vraiment voir l'autre. Elle a voulu se lever mais il l'a frappé, avec son arme, il m'aurait tiré dessus si j'avais continué mon geste pour me jeter sur lui. Il nous a exhorté au calme, si les enfants se réveillaient il serait obligé, c'est son terme, de les abattre tous les deux et ce serait de notre faute, il n'arrêtait pas de le dire.
- C'est un dilemme impossible.
- Qui peut choisir, commissaire ? Ensuite il nous a dit que le temps passait, qu'il allait compter jusqu'à dix et que notre choix devrait être fait à cet instant.
- Vous l'avez fait, ensemble ?
- Non, c'était impensable, comment réfléchir, quels critères utiliser ?
- Pourtant il n'en a tué qu'un.
- À dix, alors qu'il allait voir les garçons c'est moi qui lui ait donné le prénom du plus jeune.
- Pourquoi lui ?
- Je ne sais pas, c'est venu comme ça, l'impulsion du moment, le stress. Parce qu'il était le plus jeune, que l'ordre alphabétique jouait contre lui, je ne sais pas. Et comme ça je suis coupable, seul.
- Ensuite ?
- Il nous a attaché, bâillonné, il est parti. Nous n'avons rien entendu. - Ma femme pleurait, moi j'enrageais, quand j'ai pu me libérer, je me suis précipité... et j'ai trouvé... J'ai appelé la police, détaché ma femme, nous avons attendu dehors, notre grand fils demandait ce qui se passait. Nous n'avons pas su quoi dire.
- Qui l'aurait su ?
- Et maintenant commissaire ? Comment vivre, survivre ?
- Nous le retrouverons.
- Et ça ne changera rien... mais vous faites votre métier.
- Rien ne vous a marqué chez lui, sa taille, sa voix ?
- Je ne me souviens pas, tout est flou, je ne suis même pas sûr d'être réveillé.
- Je comprends, nous devrons nous revoir pour d'autres questions.
- Bien sûr.
- Il est temps que vous alliez retrouver votre épouse et votre fils.
- Merci commissaire, merci.
- Une dernière question pourtant, je suis indécrottable.
- Allez-y.
- Vos enfants ne se ressemblent pas.
- Non ? Je n'y ai jamais fait attention.
- Non ?
- Non ! Je vous assure.
- Entendu, je ne voulais rien laisser au hasard. À bientôt monsieur.
- À bientôt commissaire.
Diatek le regarda s'éloigner avec ce sourire narquois qu'il arborait souvent et que ses collègues détestaient tant. Pas question qu'il ait l'impression d'avoir réussi son coup. Son adjoint allait l'interroger mais se retint, à temps. Il savait qu'avec son supérieur mieux valait se taire et passer pour un imbécile que parler et enlever les doutes.