Traduit du vietnamien par Phan Huy Duong 
Hoài est une enfant, du moins elle l'était mais elle n'entend pas grandir alors que la puberté modifie son corps et envahie son esprit. Depuis sa naissance elle vit avec ses parents dans la demeure familiale où la vie se passe entre les cris, l'angoisse et deux frères qui vont prendre des directions divergentes, l'un se détournera de la loi, l'autre choisira le respect obsessionnelle des rites et habitudes, démarches pas si opposées qu'il y paraît. D'autres règles pour trouver une autre vie.
Où l'espérer en fermant les yeux assez fort pour ne pas voir qu'il n'en sera rien.
Elle regarde, observe et comprend quel chemin sa vie devra prendre si elle suit son cours normal ; des contraintes qui lui déplaise, des rails sur lesquels elle ne veut pas voyager voyant déjà les étapes qui l'attendent, que sa vie à peine commencée serait déjà terminée.
Elle a une sœur également, jumelle, dont la réaction sera différente, comme pour l'autoriser, elle, à refuser, non pas de vivre, mais d'avancer sur le chemin de la normalité. La vie s'écoule avec ses moments de calme et de désespoir, d'ambition et de refus, jusqu'à la naissance d'une nouvelle petite sœur qui vient bouleverser l'ordre des choses et apporter une sérénité nécessaire à la nouvelle venue.
Mais la Messagère de cristal n'était pas destinée à rester auprès de sa famille...
La vie doit-elle forcément se vivre, n'a-t-elle pas plus de saveur d'être regardée comme un spectacle, le rêve a-t-il moins de valeur que la banalité d'une existence prisonnière de rites immuables ? Elle observe les autres sans avoir envie de les rejoindre.

Pham Thi Hoai a commencé tôt mais dû attendre la tentative de démocratisation culturelle de mai 1988 pour être éditée. Elle est également traductrice.
Interview
« La guerre était là quand je suis né. Pendant 15 ans, je l’ai vue chaque jour. Pourtant, je n’étais pas une enfant malheureuse. Au Nord Vietnam, dans les années 60-70, je pensais que la guerre durerait toujours, comme les nuages dans le ciel. Mais en 1975, nous avons vu l’avancée des drapeaux rouges sur nos cartes d’école. Chaque jour, un élève plaçait un drapeau rouge sur une nouvelle ville prise au Sud Vietnam. Quand la reconquête fut finie, je pleurai, comme les autres mais pour moi c’était de peur : qu’allait-il se passer maintenant que la guerre était finie ?
La première décennie après la guerre, on vit une poursuite du système de réglementation qui existait pendant, fondée sur la même rigueur idéologique. Dans le Sud, les gens étaient emprisonnés, les propriétés saisies et on assistait à des purges d’intellectuels. Une guerre éclata avec le Cambodge, puis la Chine et l’unification provoqua l’isolement international, la pauvreté et la répression. La politique d’ouverture n’arriva que plus tard et, en 1994, l’embargo américain fut levé. Aujourd’hui, pour beaucoup d’Américains, la guerre appartient au passé et on n’en parle plus que comme élément de comparaison avec d’autres conflits. Pourtant, au Vietnam, il n’est pas possible d’oublier cette guerre qui a tué quatre millions de personnes et répandu des quantités de produits chimiques. Elle a été une victoire totale pour le communisme, qui continue à utiliser cet argument pour rester au pouvoir 30 ans plus tard. Nos valeurs traditionnelles ont disparu et les plus nobles des aspirations du communisme ont été remplacées par la corruption, les conflits ethniques larvés, les atteintes aux Droits de l’homme et des inégalités sociales. Tout cela perdure et restera aussi évident que les nuages dans le ciel jusqu’à ce que les choses changent » (Sources Los Angeles Times).
Je revient sur ce quai,
Cherchant des souvenirs noircis,
Des possibles effleurés,
Pensant que si j'osais, si...
L'arme était dans ma main,
Devant moi... une ombre ;
M'approcher, frapper !
Le bruit d'une âme qui sombre.
La pluie de ce jour-là,
Aurait dévoré mes traces,
Du réel à l'au-delà
C'est une vie qui s'efface.
Malgré moi j'ai ralenti,
La camisole s'est resserrée,
Ne me resta que l'écrit
Pour tenter de l'exorciser.
Aurais-je trop bien réussi,
Que dit ce vide en moi ?
Sans démon suis-je ici,
Ou un souvenir d'autrefois ?
Les regrets sont superflus
Je ne pus ni ne pourrais.
Reste ce chemin inconnu,
Et l'envie de l'emprunter.
Rune est un jeune criminel qui vient d'intégrer la prison de Horsens, il doit y rester trois ans pour avoir poignarder un autre criminel. Mais cette prison fonctionne sur des règles strictes et une répartition des rôles qui ne laisse rien au hasard. Être un bleu va l'obliger à se faire accepter. Premier bizutage : rouer de coups l'albanais, il ne s'agit pas de le tuer, seulement de l'obliger à quitter les lieux pendant un bon moment et lui casser les dents.
S'il ne le fait pas c'est le sort qui lui sera réservé, alors impossible d'y couper. Après quoi il va se voir confier tous les nettoyages de l'étage, des toilettes aux cellules pour finalement avoir un travail aux cuisines.
À chaque niveau les prisonniers bénéficient d'une certaine autonomie, les cellules ne sont pas closes et les détenus peuvent circuler de l'une à l'autre, disposer d'une salle de billards, organiser des soirées poker, etc.
Par hasard Rune va découvrir le moyen de rétablir le trafic de drogue qui avait du mal à fonctionner, avec son ami Rashid il va ainsi trouver le moyen de gagner de l'argent et de la considération pour échapper à sa fonction de ''femme de ménages''.
Mais la concurrence est rude entre les clans, chacun veut préserver ses avantages et survivre ne sera pas simple.
Inutile de dire que si vous cherchez un film comique il est préférable de vous détourner de celui-ci, en revanche si jeter un œil sur une prison danoise vous intéresse, avec ses rites, ses contraintes et sa violence histoire de vous assurer qu'aucune ne ressemble à un camp de vacances, alors je vous le conseille. Votre incarcération ne durera que le temps de la projection !
Vous reconnaîtrez peut-être dans le rôle de Rune Pilou Asbæk, vu dans Borgen ou Forbrydelsen, sans sa présence ce film de 2010 aurait été ignoré comme beaucoup venant de Scandinavie.
Henri Verdoux est caissier dans une banque, après trente ans d'un travail sans erreur il se trouve licencié pour raison économique. Mona, son épouse invalide et Pierre, son fils, n'ont pas disparus par magie, il doit donc trouver une nouvelle source de revenus.
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Pourquoi ne pas se recycler dans le meurtre de vieilles dames riches ? L'idée est bonne et M. Verdoux va se retrouver bigame à plusieurs reprises, ses ''secondes'' épouses décédant peu après les ''secondes'' noces.
Ainsi Henri va-t-il se retrouver plusieurs fois doublement marié et veuf par ses soins peu après. Pourtant il n'est pas si méchant que ça, une jeune fille l'attendrit, et puis Annabelle Bonheur est tellement attachante, avec un tel nom c'est normal, qu'il ne parvient pas à l'éliminer.
Lui qui est si doué pour se sortir des situations les plus difficiles se laisse pourtant prendre, condamner, exécuter, c'est sans doute que Chaplin voulait ainsi se débarrasser d'un alter ego embarrassant. Quoi de mieux qu'incarner un tueur en série, inspiré de Landru pour cela ? Le scénario pourtant n'est pas de lu mais de Orson Wells qui avait l'idée de réaliser le film avec Chaplin dans le rôle. Celui-ci décline la proposition mais rachète le script.

Verdoux lui permet d'être plus direct, sarcastique et critique de la société. Il tue parce que c'est tout ce qui lui restait, et ce n'est pas si grave. Les guerres font tant de victimes, le film sort en 1947, quelques-unes de plus ou de moins est-ce grave ? Il lui permet aussi de s'émanciper de la tutelle religieuse, carcan omniprésent à cette époque, et encore aujourd'hui, en refusant de reconnaître ses péchés au père Féraud alors qu'il va passer sur l'échafaud. À cette époque le réalisateur est très mal vu aux états-unis, les ligues de morales lui en veulent d'avoir épousé une jeune fille de 18 ans et l’extrême droite manifeste contre lui. Raison de plus pour faire preuve de franchise.
Ni sang, ni violence, les images disent sans montrer. Verdoux tue calmement. Aujourd'hui il passerait pour un sociopathe, un serial-killer comme il y en a tant dans la réalité, les séries et les films. En ce sens Chaplin se fait augure des temps qui viennent. La guerre est finie, certes, mais la violence demeure, elle doit s'exprimer, fusse par personnage interposé.
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Sans doute n'avait-il pas cela en tête lors du tournage, non, sa vraie victime c'est bien Charlot, un double devenu trop encombrant, pour s'en convaincre il suffit de regarder HV aller à l'échafaud avec une démarche qui rappelle quelqu'un d'autre.
Ça tombe bien, je n'ai jamais aimé Charlot, Henri m'est nettement plus sympathique.
Logique, non ?
… il faut tenter de vivre. (Paul Valéry) Ce vent qui se glisse entre le calme et la tempête !

Jirō est fan d’aéronautique depuis sa plus tendre enfance, quand il rêve c'est pour s'envoler, s'éloigner de ce sol trop gorgé de banalité et découvrir le monde comme seuls les oiseaux peuvent le faire. Son souhait serait de devenir pilote mais sa mauvaise vue va l'en empêcher, lui reste à devenir ingénieur pour concevoir des aéronefs aussi beaux que ceux de Giovanni Caproni. Intelligent il n'aura pas de difficulté pour atteindre son but puis être engagé par Mitsubishi dans le but de faire évoluer les avions japonais qui souffrent d'un gros écart technologiques avec les autres pays.
Au cours d'un voyage en train pour se rendre à l'université il va traverser un tremblement de terre, celui de Kanto en 1923, l'occasion pour lui de faire connaissance avec Naoko Satomi alors qu'elle n'est encore qu'une enfant. Il va la raccompagner chez elle ainsi que son accompagnatrice qui s'est cassé la cheville dans les soubresauts du convoi. Leur histoire d'amour va commencer ainsi mais ils se retrouveront bien des années plus tard par hasard alors que, devenue une jeune fille, Naoko peint et que le vent emporte son ombrelle.

Au cours de ses études au lycée impérial de Tokyo Jirō fait la connaissance de Honjō, lui aussi ingénieur, ensemble il seront embauchés par Mitsubishi puis envoyé en Allemagne, chez Junkers, afin d'étudier les techniques modernes. De retour au Japon Honjō se dédie à la construction d'un bombardier alors que Jirō est chargé de concevoir le chasseur embarqué de la marine impériale nippone.
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Tout irait pour le mieux si Naoko ne souffrait de tuberculose, cela ne peut effrayer Jirō qui la demande en mariage alors qu'ils résident à Karuizawa, la jeune femme accepte mais demande à ce que la noce ait lieu après qu'elle soit guérie.
Les premiers essais de Jirō ne vont pas être couronnés de succès, l'empennage va se briser aussi décide-t-il d'associer les techniques les plus modernes, cherchant par tous les moyens à réduire le poids, à améliorer la pénétration dans l'air.
Cette fois la réussite va être de son côté et le ''zéro'' va faire son premier vol le 1er avril 1939 à la satisfaction de tous.
Sauf celle des étasuniens en général, et de ceux de Pearl-Harbor en particulier !
Pour une fois Hayao Miyazaki s'inspire de la réalité pour son film, de Jirō Horikoshi ainsi que de Kirō Honjō, mais aussi du séisme de Kanto comme de l'épidémie de tuberculose ou la grande dépression. Son film a été autant critiqué par les nationaux-militaristes japonais menés par le premier ministre actuel Shinzō Abe pour son antinationalisme mais aussi par des ressortissants de République de Corée ou de Chine considérant qu'il fait l'apologie de la guerre. Les premiers me paraissent avoir raison, et tant mieux, plus que les seconds même si des images de guerre apparaissent ici ou là, Jirō veut faire de beaux avions et déplorent qu'ils soient utilisés par l'armée. Mais seule cette dernière pouvait le financer.
Il semble que la vie de Jirō ait des similitudes avec celle de Miyazaki, cela expliquerait ce choix. Moins de magie, de poésie, dans cette réalisation, l'occasion peut-être pour le réalisateur de retrouver le réel et son cortège de désolation dans une époque qui illustre parfaitement ce moment où le vent qui se lève va tout emporter sur son chemin.

Un Myazaki ne se rate pas.
(이끼) Un film de Kang Woo-suk (2010)
Rien de plus normal pour un jeune homme Ryu Hae-guk (Park Hae-il) que d'assister aux funérailles de son père bien qu'il connut mal ce dernier et qu'il vient d'être averti de sa disparition par un coup de fil anonyme. Pour cela il se rend dans un village étrange oublié depuis trente ans, dans lequel son géniteur, et quelques amis, dont un ancien inspecteur Cheon Yong-duk (Jeong Jae-yeong) édifièrent un culte mystérieux autour de sa personnalité dominante et charismatique. De là à le considérer comme un gourou il y a un pas facile à franchir.

Du reste tous les villageois le regardent de travers et sont désireux de le voir repartir. Manque de chance, Ryu est curieux de nature et puis il a envie de mieux connaître son père d'autant que quelque chose dans l'ambiance, dans les comportements autour de lui rendent suspecte la mort de son père.
De l'obscurité, de la pluie et des secrets, tout est en place pour l'exacerbation de la violence. Pourquoi ce gosse ne veut-il pas regagner la ville, sinon pour connaître le sort de son père mais aussi pour le subir.
Le sous-sol de la maison est riche de révélation pour Ryu qui plonge dans ses tunnels comme s'il cherchait le moyen de renaître, débarrassé des contingences de la civilisation. Il aura besoin de cette liberté pour survivre et vaincre des adversaires qui veulent le tuer, et vite. Qu'il ne comprennent rien, ne voient rien, et ne répète rien.

Une personne lui parlera, une femme solitaire qui passe son temps accrochée à une cigarette comme un naufragé à un radeau, seul moyen de supporter l'océan de peur qui l'entoure, une autre l'aidera, Park Min-uk (Yu Jung-sang), procureur public enquêtant justement sur le décès du père de Ryu, au moment où il va procéder à l'autopsie du corps celui-ci aura disparu du cimetière.
La vérité se fera jour petit à petit, détail après détail, les secrets du village vont se faire jour et dépasser les espérances comme les craintes, à moins que ce ne soit le contraire.
Une fois de plus le cinéma Coréen prouve son expertise en matière d'action, autant dans la construction du scénario que dans l'élaboration de la mise en scène, du suspens, de l'ultra-violence et un rythme soutenu ou presque, le film durant 163' il aurait gagné à rester dans le cadre des 120.
Ce n'est pas une raison pour bouder notre plaisir.
Les leçons de ténèbres ont été écrites par François Couperin pour les liturgies de la semaine sainte de 1714 à l'abbaye de Longchamp. Elles reprennent le texte des lamentations de Jérémie , issu de l'Ancien Testament où le prophète déplore la destruction de Jérusalem par les babyloniens. Dans la tradition catholique elles symbolisent la solitude du Christ abandonné par les apôtres.
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À l'origine elles constituent la première partie des prièbes de bréviaire et devaient être changées juste après minuit, à la première heure des jeudi, vendredi et samedi saints. Ces trois premières Leçons pour le Mercredi Saint sont les seules qui, ayant été imprimées, sont parvenues jusqu'à nous. Le compositeur écrivit qu'il avait composé les trois suivantes et prévoyait de composer les dernières.
Une musique céleste s'il en fut, présenté avec culture et intelligence :
Sublimement interprété par Patricia Petibon et Sophie Daneman placées sous la direction de William Christie.
Élevez votre esprit, il vous remercie, même, et surtout, s'il n'en a pas l'habitude.
Difficile d'échapper au poids de la tradition !
Miên habite le hameau de la montagne, au retour d'une journée en forêt elle remarque un attroupement. Elle s'approche et reconnaît Bôn, l'homme qu'elle avait épousé quatorze ans plus tôt et censé être mort en héros de la libération communiste. Elle s'est remariée depuis avec Hoan un riche propriétaire, ensemble ils ont eu un enfant Bôn. Sa vie semblait avoir pris le chemin du bonheur...
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Bôn va vouloir récupérer celle qui fut sa veuve, et qui aurait bien voulu le rester, laquelle est amoureuse de Hoan qui le lui rend bien. Mais lui aussi est amoureux, n'a-t-il pas survécu pour elle, en pensant à elle et au jour où il la retrouvait, ne fut-elle pas ce but qui toujours nourrit son
désir de vivre, lui permettant de supporter les tourments
d'un raz-de-marée ?
Rien d'un vaudeville ici malgré ce qui pourrait ressembler à un ménage à trois, rien de drôle pour Miên déchirée entre son amour pour son nouvel époux et son devoir qui la ramène vers l'ancien, revenu d'entre les morts pour elle.
Un livre tout en finesse donc, s'arrêtant sur les caractères des personnages principaux définis par leurs interractions avec les autres mais aussi avec un environnement omniprésent par ses bruits, ses odeurs, ses saveurs. Un drame inévitable dans un environnement incontournable.
Écrit comme coule un fleuve épousant les formes des natures humaines et géographiques mais que les volontés ne peuvent entraver pour s'imposer, porteur d'un passé dont nul ne peut se défaire.
Dans une traduction de Phan Huy Duong
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |