Un chercheur en voyage d'étude visite un lieu mystérieux servant de colonie pénitentiaire à une nation dont nous ignorerons le nom. Dans ce lieu se pratique un supplice infligé par une machine mise au point par l'ancien commandant du bagne. Cet engin inscrit dans la chair du condamné le motif de sa peine et la lui inflige.
Directement du producteur au consommateur.
L'inculpé passant de l'un à l'autre n'aura pas le temps de préparer une défense que personne n écouterait. Le système est implacable, qui y met le doigt perdra la tête.
À l'image de la vie !
Le nouveau commandant n'est pas favorable à l'emploi de cette machine c'est pourquoi l'officier-bourreau essaie de convaincre son invité afin que celui-ci plaide en sa faveur.
Pour ce faire, avant le spectacle, il explique en détail à un invité qui regrette d'être là mais n'a pas su y échapper, le fonctionnement de l'appareil, les fonctions et actions qui le meuvent, il demande au voyageur de ne pas se prononcer négativement sur ce procédé. Celui-ci confie à l'officier qu'il donnera son avis, négatif, en privé au commandant.
Ce n'est pas ce que souhaite l'exécuteur, il désire convaincre et n'y parvient pas. Incapable de survivre à cette défaveur il libère le prisonnier, qui le regrette presque, devant servir d'exemple et le remplace après avoir modifié la programmation de la machine pour que son décès intervienne rapidement.

L'officier mort, l'appareil détruit, le voyageur est accompagné d'un soldat et du condamné sauvé jusqu'à la tombe de l'inventeur de l'engin de mort, sise dans une maison de thé, sur laquelle est gravée cette prédiction : Ci-gît l'ancien commandant. Ses fidèles, qui n'ont plus le droit désormais de porter de nom, lui ont creusé cette tombe et consacré cette dalle. Il existe une prophétie selon laquelle après un certain nombre d'années, le commandant ressuscitera et, depuis cette maison, conduira ses fidèles à la reconquête de la colonie. Ayez foi et espoir ! Après quoi il va repartir, laissant ses compagnons derrière lui bien qu'ils parussent désireux de l'accompagner.
Arrivés au bas de l'escalier le bateau s'est éloigné et le chercheur montre qu'ils n'ont pas intérêt à tenter d'y monter.
Écrit peu après le déclenchement de la première guerre mondiale, en octobre 1914, ce texte anticipe la machine mise en œuvre sans que personne puisse s'y opposer tout en sachant qu'elle finira par sa destruction. La mort même peut perdre l'appétit. Kafka au cœur de l'Europe entend, ressent ce qui se prépare et l'exprime à sa façon non sans y rajouter des éléments personnels.
Le système totalitaire, la seconde guerre mondiale le démontrera, permet de s'exonérer de sa responsabilité et de sa culpabilité pour peu que la mécanique technocratique et légale le leur permette.
Traitement inhumain direz-vous alors que c'est la démonstration du contraire, ''l'humain'' seul est capable de ce genre de traitement, de rajouter du plaisir à la mort mais, lâche, il rejette cette aptitude loin de lui. Une chose génère son contraire comme le jour suppose la nuit, nul doute que l'inhumain disparaîtra à la suite de son soi-disant contraire !
Le plus tôt sera le mieux, mais pas trop... moi aussi je suis lâche !
Du Kafka comme on l'aime, sobre et tranchant.

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