Je l’ai repérée sitôt entrée dans l’échoppe du brocanteur où j’étais peinard, ses yeux bleuis par la cataracte ont fouillé le décor avant de tomber sur moi. Sa silhouette brinquebalante s’est approchée, menaçante, ses vieilles mains rhumatisantes ont caressé mon cadre avant de me prendre solidement, c’est qu’elle avait peur de ma laisser tomber. Je la comprends ! Elle n’a pas discuté mon prix, j’ai supposé que mon prédécesseur s’était suicidé !
Maintenant, trônant sur sa coiffeuse je dois la supporter quotidiennement, le matin quand elle tente de dissimuler des décennies les irréparables outrages, les seuls qu’elle connaisse depuis longtemps soi-dit en passant, et le soir alors qu’elle procède à l’opération inverse. Si elle se rendait compte de l’inanité de ses efforts, mais non, tous les jours c’est pareil. Finalement elle se recule pour juger de la perfection de son œuvre et sourit, mâchoires serrées par crainte que son dentier n’ait des velléités d’indépendance ! Elle n’imagine pas les commentaires que l’on fait dans son dos, il est vrai qu’une bosse ça amortit les médisances !
Souvent je me souviens de mon aïeul, lui siégeait chez la marâtre de Blanche-neige, c’était autre chose, quoi que je n’en sois pas si loin avec cette nabote qui se pavane devant moi !
Pendant les travaux je lui murmure ces vérités qui pourtant sauteraient aux yeux de n’importe qui, mais son appareillage est sur off, ainsi n’entend-t-elle plus que la voix de sa bêtise.
Un jour, je le sais, la lucidité lui tombera dessus, ses yeux chassieux se décilleront et elle contemplera le champ de ruine qu’elle est devenue. Cet instant meuble ma solitude, j’espère seulement que dans un accès de rage tremblotante elle se saisira de moi et me brisera sur le rebord du lavamoche puis qu’avec un de mes éclats elle repeindra en rouge le sol de sa salle de bains.
En 1943 deux soldats alliés essaient de passer en Suisse pour échapper aux nazis qui les pourchassent alors qu'ils viennent de s'échapper du train les conduisant en Autriche à la faveur d'un bombardement.
Ils trouvent refuge dans une ferme italienne où un curé de campagne les accueille, parmi d'autres. Il va les convaincre de mettre leurs aptitudes de combattants au service des réfugiés pour les guider à travers la montagne jusqu'à leur destination.
Le convoi est composé d'un vieux juif polonais avec sa nièce, d'un ouvrier yougoslave, d'un professeur qui transporte l’œuvre de sa vie dans une valise, d'une femme dont le mari est en camp, avec son fils... Les difficultés vont être grandes, à cause des intempéries d'abord, des problèmes de communication entre des personnes d'origines différentes ne parlant pas la même langue ensuite. Remercions au passage le réalisateur qui ne se crut pas obligé de les faire tous parler le même idiome. Leur point commun pourtant est de vouloir survivre au nazisme qui submerge l'Europe et vise à les exterminer tous. La communication finit par se révéler possible, qu'importe les mots quand les attitudes sont parlantes, inutile de parler quand on sourit, quand un regard est expressif. Il suffit d'une chanson, d'un air que chacun connaît pour que l'entente s'installe. Surtout si le scénario le prévoit et entend montrer que par-delà les différences les humains peuvent s'entraider, se comprendre.
Dans l'immédiat après-guerre cette réalisation humaniste était porteuse d'espoir pour le futur. Lindtberg y croyait-il ? Probablement, son précédent film Marie-Louise avait la même ambition. Né à Vienne Lindtberg préféra la Suisse dès 1932 – tu m'étonnes ! – il participa à la meilleure période du cinéma de ce pays. La Dernière Chance fut sélectionné pour le premier véritable Festival du film de Cannes, en 1946, obtinant l'un des Grands Prix, celui-ci étant partagé. Ainsi, mais est-ce à porter à son crédit, doit-il de se retrouver aujourd'hui dans ce blog.
Le film a vieilli, certes, il ressemble à un conte de fée auquel on s'efforce de croire quand on le lit, ou le voit en l’occurrence, tout en sachant que le mot fin passé il faudra retrouver une réalité plus cruelle.
- Peux-tu te taire un moment que je puisse penser ?
- Mais je n'y suis pour rien, répondit la girouette, c'est le vent qui me fait tourner, la pluie qui me fit rouiller, et la pingrerie de mes propriétaires qui les retient de me graisser le pignon. Adresse-toi à Éole, c'est lui le responsable, lui qui s'amuse avec moi.
- Impossible, je ne peux parler qu'à toi.
- Alors prends-t-en à celui qui a eu l'idée de ce dialogue improbable et au manque d'imagination de l'auteur de ces lignes qui ne sait pas comment s'en sortir, lui aussi est rouillé et son humour grinçant.
- Ce qui est sûr c'est qu'il ne pourrait pas porter une belle robe bleue, comme moi.
- Ça lui irait bien pourtant. Je l'imagine...
- Non, arrête, quelle horreur, ni bleue, ni rouge, ni blanche, aucune ne saurait lui aussi sinon celle, de bure, du condamné.
- En deux mots, siffla le coq oxydé.
- Il le sait mieux que personne, mais voilà Éole qui refait des siennes, des nuages arrivent chargés de pluie qui me...
la robe bleue du ciel disparut dans un éclair et la girouette esseulée grinça sa solitude que l'orage ne pouvait combler.
Jean-Christophe GRANGÉ – Le livre de Poche 31292 – 2009
Peut-on voir derrière les crimes l'influence du Diable, le vrai, une force négative et sanguinaire, et dans ce cas comment, pour un policier l'affronter en espérant le vaincre ?
Mathieu Durey est policier, commandant, il est dans le couloir du service de réanimation de l'Hôtel-Dieu, il attend des nouvelles de son meilleur ami, Luc Soubeyras, repêché dans une rivière proche de son domicile de Vernay dans la région de Chartres. Tout laisse penser qu'il s'agit d'un suicide, pas de trace de lutte, de coups, de blessures, mais surtout la victime s'était constitué une espèce de ceinture de fil de fer retenant des parpaings afin de se lester pour être sûr de ne pas remonter. S'il est encore en vie c'est par un heureux concours de circonstances, le jardinier qui venait chez lui l'a trouvé peu après son immersion, le SAMU ne se trouvait pas loin, de plus il profita d'un système de réchauffement sanguin qui permit de faire repartir son corps. Le résultat étant qu'il était dans le coma avec les interrogations habituelles sur son état, et les séquelles éventuelles, quand il en sortirait.
Durey doute d'un acte suicidaire de la part de son ami, tous deux sont chrétiens, croyants, pratiquants, et se donner la mort c'est se fermer l'accès au Paradis. Les deux hommes s'étaient rencontrés dans le monastère de Saint-Michel de Sèze où ils prenaient le chemin de la prêtrise et s'étaient immédiatement compris, deux mystiques dans un cadre plus rationnel qu'il aurait dû. Depuis bien sûr les circonstances avaient conduit leurs vies sur des voies différentes pour se retrouver au 36 quai des Orfèvres. Il commence par penser à un meurtre si bien mis en scène qu'il semble être un crime parfait, mais en enquêtant il finit par remettre en cause cette opinion, rien n'indique une intervention extérieure, de plus il apprend que son ami tenait dans la main une médaille de saint Michel comme s'il voulait se protéger malgré tout de la gravité de son acte.
Reste à comprendre, et pour Mathieu c'est important, si Luc se résolut à faire ce choix ce ne put être qu'après des événements dramatiques qui l'avaient choqués et bouleversés au point de le pousser vers la mort.
Ainsi Durey se retrouve à enquêter sur un crime horrible commis dans le Jura, une femme suppliciée par un tueur sadique qui avait fait durer son agonie une semaine, détruisant son corps au point que le bas semblait être mort bien avant son visage qui était intact, mis à part son expression. L'étonnant était que la fille de cette femme avait été assassinée des années plus tôt sans que son meurtrier fut jamais retrouvé. Que cherchait Luc à travers ce fait divers ?
La route va être longue et tortueuse pour Mathieu qui va découvrir qu'il existe des expériences de mort imminente négative. Alors que dans la plupart le rescapé garde des souvenirs positifs et lumineux pour d'autres l'impression est horrible et quasiment infernale avec des visions que Dante n'aurait pas renié. Il va découvrir qu'il pourrait y avoir des miracles fait par Satan et non par Dieu pour des raisons qu'il vaudrait mieux ne pas connaître, or Luc semblait vouloir en savoir plus, en savoir trop sur une réalité qui semble avoir existé depuis des millénaires. De là à imaginer qu'il ait eu peur pour son âme et ait vu dans la mort la seule fuite possible...
Durey va découvrir une secte sataniste vraiment ''digne'' de ce nom dont les membres sont en quête de la ''Parole de Satan''. Le policier pensait avoir vu le pire au Rwanda il va devoir revenir sur cette idée, le mal ne cesse de se réinventer, de s'approfondir ; c'est un escalier qui ne cesse de descendre.
J'avoue, pour ne pas dire : je confesse, que c'est un chemin que je connais.
Grangé ne ménage pas le lecteur, il ne lui cache rien des tourments et des travers de l'âme, l'emmène sur le terrain où l'atroce plût à s'exprimer, au cœur de l'Afrique ou dans un laboratoire en Suisse. Y a-t-il une influence derrière chaque horreur commise, est-elle diabolique, Baudelaire avait-il raison en disant que la plus belle ruse du Diable est de nous faire croire qu'il n'existe pas ? L'explication est-elle encore à découvrir, en nous, comme toujours, mais où, et le voulons-nous vraiment ? L'imaginable est une réalité en attente !
Peut-être aurez-vous besoin d'une médaille de saint Michel pour vous rassurer, elle ferait un joli marque-page.
Morane, Ballantine et le professeur Clairembart survolent le rio Ucayali. Le nuit s'approchant il est temps de trouver un endroit pour la nuit. La journée a été longue mais aucun temple n'a été découvert, qu'importe, optimisme du prof n'est pas atteint, ils finiront par trouver. En volant bas ils aperçoivent un blanc assiégé par des Campas Bravos.
Ils amérissent et se précipitent, leurs armes ont vite fait de chasser les indiens. Nos amis font alors connaissance avec Elaine Standish qui leur raconte qu'elle est à la recherche de sa fille, Sheila.
Dix ans plus tôt celle-ci était dans l'avion pour La Paz quand un orage éclata, les éclairs frappant l'appareil le firent s'écraser quelque part entre l'Ucayali et le rio Javari. Les recherches ne donnèrent rien. Depuis deux ans Elaine est veuve, et riche. Quelques mois plus tôt elle reçut la visite d'un certain Spencer, chercheur de diamants qui affirmait avoir découvert la carcasse d'un avion dans laquelle il ne découvrit aucun cadavre d'enfant. Elaine reprit espoir et décida de partir, seule, à la recherche de son enfant. Personne ne voulait l'accompagner à cause du Tigre des Lagunes et de ses indiens masqués qui écument la région.
Pas question pour le trio de laisser la jeune femme seule dans la forêt avec tant de dangers autour d'elle. Tant pis pour les temples puisque la vie d'une enfant était en jeu.
Du ciel il est facile de trouver les repères indiqués par Spencer. Ils se posent, rencontre des indiens Chamas, paisibles ceux-là. Ceux-ci se souviennent d'un grand oiseau tombé du ciel, dans la sierra Dos Morcegos, un lieu à la mauvaise réputation.
Contre une carabine et cent cartouche un Chamas veut bien les conduire. Ils repèrent les restes de la carlingue, se posent et se mettent en route pour s'en approcher. Leur guide, Notomie, les met en garde contre Chulla-Chaqui, les démons qui s'amusent au détriment des humains. L'avancée est difficile, les marais sont pestilentiels et pleins d'animaux hostiles.
Soudain la terreur s'empare des 5 aventuriers...
Heureusement Clairembart a l'explication.
Enfin ils retrouvent la terre ferme, quelques heures encore et les débris de l'avion apparaissent.
Plus tard Morane remarque la compagnie aérienne sur la queue de l'avion, ce n'est pas la bonne épave !
Soudain un homme sort de la forêt, le fameux Tigre des Lagunes, protégé par des dizaines d'indiens encerclant les étrangers. Quand ceux-ci sortent des bois Morane remarque qu'il s'agit pour la plupart de blancs se faisant passer pour des indiens.
Brusquement Elaine Standish se met à hurler.
Le ''Tigre'' reconnaît avoir entendu parler d'une petite fille blanche recueillie par les Mayorunos après la chute d'un avion.
Puisque Sheila est vivante Bob et Bill peuvent entrer en action, le second retenant les brigands pour donner du temps à son ami. Une fois à l'abri celui-ci se demande comment sauver ses amis. Bien vite il a une idée...
Nul doute qu'elle sera bonne et que nos amis pourront partir à la recherche de Sheila. Je laisse un semblant de suspens en ne vous disant pas si celle-ci reconnaîtra sa mère.
La réalité dépasse parfois la fiction, il suffit d'oser chercher, de
regarder au bon endroit et elle nous présente des faits sortant de l'ordinaire et au moins aussi passionnants que les contes inventés par les meilleures auteurs. Ainsi dans ce livre l'auteure a-t-elle prit le temps de fouiller dans les archives, d'exploiter sa curiosité et sa patience pour dénicher personnages et situations incroyables.
Mais vraies, comme il se doit.
Roger a 20 ans et s'est engagé en 1942 dans un réseau de résistance. Les choses progressent et la Libération s'approche. Mais ce 11 mars 1943 il est arrêté à la gare de Perrache et mis en prison avec 5 camarades. Le 14 il est emmené pour être ''interrogé''. Deux semaines plus tard c'est au QG de la Gestapo qu'il est conduit, pas de torture cette fois, l'homme qui le reçoit l'avertit qu'il va être fusillé. De nouvelles semaines passent et un soir il est appelé puis conduit dans la cour du fort où d'autres résistants sont réunis dont des membres de son réseau. Ce n'est pas ici qu'il va mourir, tous sont embarqués pour une autre destination, la dernière.
Une prairie, 9 hommes sont extraits du véhicule, allongés sur le sol, les tirs commencent. Roger sent deux coups violents dans son dos et l'odeur du sang qui montent à ses narines. Il entend s'approcher un soldat pour le coup de grâce. Un nouveau coup dans le dos, un autre à la tête. Pourtant il n'est pas mort, mieux, il peut se relever, fuir. Il marche jusqu'à une ferme où il trouve de l'aide. Il est sauvé, emmené, soigné, guéri ; il pourrait partir pour l'étranger mais son combat n'est pas terminé.
Pierre Martin, Marie Breysse – son épouse – et Jean Rochette – leur domestiques ont été guillotinés le 2 octobre 1833 devant leur auberge, à Peyrebeille malgré leurs dénégations.
Leur auberge avait du succès, idéalement sise entre Langogne et le sud de l'Ardèche elle voyait du passage et certains des clients avaient sur eux des espèces sonnantes, trébuchantes, et attrayantes, la région voyant l'organisation de nombreuses foires cela n'avait rien d'étonnant.
Il fallut des années, et de nombreuses disparitions, avant que la gendarmerie ne se présente à la porte de l'établissement. La rumeur fit état d'une cinquantaine de meurtres et l'auberge gagna le surnom de sanglante.
Mais cette histoire là vous la connaissez mais que savez-vous de la révolte des mineurs du Gier matée dans le sang, de l'aéroplane de Zipfel, de la Ravachole que vous ne danserez probablement jamais, de Buatier de Kolta, illusionniste dont certains tours sont encore inexpliquées.
Et tant d'autres que Véronique Vigne-Lepage eut l'excellente idée de (re)mettre en lumière. 25 récits comme autant de fenêtres ouvertes sur le passé par lesquelles il est possible de regarder dans l'ordre, ou le désordre, que l'on souhaite.
Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon
état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui
vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.