Né prématuré à Ōsaka le 14 juin 1899, pendant l'ère Meiji il était le deuxième enfant d'une famille prospère et cultivée. Son père mourra de tuberculose en janvier 1901, sa mère décédera de la même maladie un an plus tard.
Jusqu'en 1915 il sera élevé par ses grands-parents paternels avant d'être recueilli par un oncle. À cette époque il écrira son premier texte
Jūrokusai no nikki (Journal de ma seizième année), qui sera publié en 1925 puis édité en 1948 dans Shōnen (L'adolescent).
Ainsi durant son enfance fut-il marqué par la disparition de personnes proches, parents, grands-parents, jusqu'à sa sœur Yoshiko en 1909. La solitude et la mort reviendront régulièrement dans son œuvre, sans doute étaient-elles les fées s'étant penchées sur son berceau, comme j'aime à penser qu'elles se penchèrent sur le mien ; on trouve les ressemblances que l'on peut. À l'occasion d'un voyage il croisera une troupe de théâtre dans laquelle travaillait une magnifique danseuse. De cette rencontre naîtra son premier roman Isu no odoriko (La Danseuse d'Izu) publié en 1926.
En juillet 1920 il obtient son diplôme du Premier Lycée de Tōkyō, condition pour s'inscrire à l'Université impériale de Tōkyō, d'abord en Littérature anglaise, l'année suivante en Littérature japonaise dont il sortira diplômé en mars 1924. féru de photographie et de cinéma il écrira le scénario de Kurutta ippeji (Une Page folle). Jusqu'en 1980 sept autres films seront tirés de ses romans.
En 1931 il se marie avec Matsubayashi Hideko, en 1935 il fait partie du jury du prix Akutagawa, l'équivalent japonais du Goncourt. Son œuvre se poursuit jusqu'à la publication de Utshukushisa to kanashimia to (Tristesse et beauté) en février 1965. Il militera pour la paix entre deux problèmes de santé, protestera en 1967 contre la Révolution culturelle chinoise, sans grand succès.
Le 19 octobre 1968 il est le premier écrivain japonais à obtenir le Nobel de littérature. À cette occasion il prononcera un discours intitulé ''Utsukushii nihon no watakushi'' (Le beau Japon en moi).
Le 25 novembre 1970 l'annonce du suicide par seppuku de son ami et disciple Mishima le bouleverse profondément, lors des obsèques de ce dernier il lira une lettre que son ami lui avait adressée en août 1969. Finalement c'est dans la solitude d'un appartement lui servant de bureau qu'il mettra fin à ses jours le 16 avril 1972.
D'un destin marqué par la solitude, la mort et une grande fragilité physique il tirera une œuvre dense et fine, décrivant en trempant le scalpel de sa lucidité dans l'encre de la compassion pour décrire le chaos des sentiments et la beauté du présent que la certitude de la finitude à venir ne doit pas altérer mais, au contraire permettre d'apprécier et de rechercher toujours davantage.
Ses meilleurs récits, à mon sens, sont les plus courts, si fins qu'ils semblent invisibles mais atteignent ainsi au plus profond de l'âme !
Lisez "Les Belles Endormies" (眠れる美女), vous y rencontrerez Eguchi qui passe cinq nuits dans une maison de prostition spécialisée dans l'accueil d'hommes âgés et dont les désirs ne puisent plus en eux la force de passer la barrière de l'imaginaire, ainsi trouvent-ils en ce lieu matière à satisfaction puisque les jeunes filles qu'ils fréquentent sont sous l'effet de narcotiques, nul regard à affronter, de sourire à ignorer, de moqueries à imaginer.
Egushi utilise ses ''partenaires'' comme autant de portes sur des souvenirs s'effaçant au fur et à mesure jusqu'à devoir reconnaître la véritable nature de celle qui sommeille près de lui, comme elle le fait près de vous, de moi...
À caresser son contraire la vie nourrit sa propre illusion d'être autre chose qu'un rêve.
Si je m'éveillais qui verrais-je près de moi ?







