Son adjoint entra dans son bureau et cria : Un de plus commissaire !
Le policier ferma les yeux et se recula dans sa chaise comme un sprinter s’apprêtant à s'élancer pour une course de plus. L'affaire sortait de l'ordinaire, elle était de celles dont raffolent les médias, qui apportent célébrité et avancement.
Quand elles sont résolues !
Depuis une semaine plusieurs cadavres avaient été découverts en des endroits divers de la ville, assassinés sans le moindre doute, d'une façon toujours différente mais avec près d'eux une carte à jouer. La signature du tueur, comme le disent les ''spécialistes''. Toujours un cœur, par ironie sans doute, pour donner une indication peut-être ou signifier qu'il entendait jouer avec les forces de l'ordre.
- C'est différent cette fois, au dos de la carte il y a quelques mots.
- Qui disent ?
- Une fois le cœur terminé il s'arrêtera pour quelques temps, avant de revenir, plus tard, avec une autre couleur, il nous suggère de nous dépêcher si nous voulons l'interpeler.
Le commissaire plissa les yeux, comme si un tueur en série pouvait suspendre son action comme cela. Peut-être était-il sincère mais, tel un drogué en manque, le besoin de recommencer reviendrait. Rares étaient les criminels qui s'étaient arrêtés d'eux-mêmes, sinon en se suicidant pour échapper à la spirale infernale qui les entraînait.
Il sourit de sa réflexion, comme si le monde entier ne ressemblait pas à l'Enfer quelque point de vue que l'on prenne.
- Allons voir !
La scène de crime ne lui apprit rien, il savait déjà que les spécialistes qui s'activaient ne trouveraient rien, le tueur faisait trop attention, ses crimes étaient planifiés depuis longtemps, comme un auteur qui organise son travail et n'a plus ensuite qu'à mettre en mots, ici en actes, ce que prévoit son plan.
Il regarda la carte, le valet semblait le regarder en se moquant de son incapacité à comprendre, lui qui marchait sur le vide en posant ses pensées sur les cartes comme ses pieds sur des rochers pour traverser un torrent dangereux.
Encore deux murmura-t-il.
Il est vingt-et-une heure quand il rendre chez lui, épuisé, les yeux fatigués d'avoir lu trop de rapports qui ne lui ont rien appris.
C'est moi, je suis rentré, crie-t-il à l'intention de son épouse.
Pas un bruit, aucune voix pour lui répondre et dans l'air une odeur qui lui dit ''quelque chose'' sans que son esprit parvienne à la reconnaître.
Machinalement il vide ses poches, son portefeuille, ses clés qu'il va ranger dans leur tiroir habituel. Celui-ci d'ordinaire vide contient quelque chose.
Son cœur s'accélère quand il découvre une carte : le roi de cœur.
Et cette odeur !
Il a juste le temps de passer la porte de la chambre, de voir le corps de son épouse allongé sur le lit, qu'il ressent une piqure dans le cou. Alors qu'il fait demi tour ses jambes se dérobent et l'homme qu'il aperçoit n'est plus qu'une silhouette qui disparaît dans les ténèbres.