Collection Les Essentiels
Aux Origines des Langues et de l’Écriture.
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L'origine des langues fut longtemps une interrogation majeure de la science, beaucoup de disciplines s'y intéressaient. Pendant un siècle mise de côté elle se reposa à la fin du XXe, bénéficiant des découvertes sur les bases physiologiques et neurologiques et des avancées en matière de paléo-anthropologie et de langage animal.
Au XVIIIe on renonce au mythe d'une langue originaire biblique perdue après la Tour de Babel. Pour Condillac le langage naît des impératifs de l'action sous la forme d'une gestuelle exprimant les besoins et les sentiments. Plus tard apparaîtront les signes vocaux, ce langage primitif procède par images, symboles et métaphores.
Dans le monde germanique la pensée est dominée par Johann Gottfred Herder, il fait intervenir la capacité spécifique à l'homme de réfléchir sur une image et d'en saisir les qualités essentielles. Il est persuadé que les bruits du monde ont donné les premiers éléments du langage. L'arbre sera appelé le Bruissant, le zéphyr le Frémissant, la source le Murmurant. Une autre approche existe, représentée par Court de Gébelin, elle repose sur la comparaison d'une soixante de langue pour construire un dictionnaire de la langue primitive. Sa méthode est rudimentaire, il met en parallèle des éléments grammaticaux, des mots élémentaires, mais sans rien découvrir de signifiant. Au XIXe la linguistique progresse grâce à Franz Bopp et Jacob Grimm, elle adopte des méthodes plus rigoureuses. À partir des études sur l'évolution phonétiques des langues on essaie de remonter le temps pour reconstituer les racines de langues qui n'existent plus, comme l'indo-européen. Certains espèrent atteindre une langue mère. Enthousiasme battu en brèche par trois arguments : les découvertes des préhistoriens du XIVe qui, datant les fossiles, s'aperçoivent de l'écart séparant les plus anciennes langues connues des plus lointains ancêtres, dès lors la naissance du langage devient inaccessible ; ensuite l'évidence s'impose que les langues naissent et meurent rapidement, celles qui sont connues ne sont que la partie visible d'un iceberg dont la partie engloutie est condamnée à rester invisible ; enfin, il apparaît que les conditions de la vie des langues n'ont pas changées, une langue n'a pas d’âge, elle n'a pas de date de naissance, le français vient du latin lui même continuation d'autre chose. En 1866 dans l'article 2 de ses statuts la Société Linguistique de Paris indique qu'elle n'admet aucune communication sur l'origine du langage où la création d'une langue universelle. Dès lors les linguistes s'occupent à recenser les langues du monde et à les apparenter, ils se concentrent sur des faits observables.
La question va se reposer, sous une forme nouvelle dans la seconde partie du XXe avec la publication de Structures syntaxiques de Noam Chomsky où il postule que la faculté du langage a des relations avec la constitution du cerveau. Dans les années 80 le cognitiviste Steven Pinker affirme l’existence de ''gènes grammaticaux''. L'existence de nouveaux gènes où la mutation de gènes communs avec les autres primates pourraient expliquer l'apparition du langage, aujourd'hui cette idée semble moins crédible.
S'il semble possible de comprendre l'origine du langage, reconstruire la première langue est hors de portée, sauf à voyager dans le temps.
Une langue se parle mais elle s'écrit aussi. Les premières traces écrites remontent à -3400, l'écriture sumérienne cunéiforme, suivi un siècle et demi plus tard par l'Égyptien ancien, les fameux hiéroglyphes. - 1500 voit le Nésite, langue des Hittites, associant le cunéiforme et les hiéroglyphes non égyptiens, cent ans encore et apparaissent le Chinois suivi de près par le Grec ancien. Suivrons le Phénicien, l'Hébreu, le Olmèque et beaucoup d'autres. Par ce biais il est possible de remonter le temps en lisant par dessus l'épaule des scripteurs du passé, encore faut-il que scribe il y ait eu ce qui fut, en regard des nombreuses langues ayant existé, peu fréquent.
Il est évident que les langues rapprochent les peuples, soudent les sociétés, qu'elles sont vivantes et comme telle soumises à de multiples vicissitudes. Nous n'entendrons jamais parler sumérien, ni akkadien, ni méroïtique (langue du Soudan pharaonique). Tant de mots oubliés ou perdus, tant d'efforts aussi de passionnés désireux de vaincre l'obscurité posée par les siècles.
Quand la langue écrite cherche à entendre la langue parlée... encore un numéro foisonnant, à l'image de l'arbre généalogique du langage, encore que forêt paraît un terme mieux adapté. Toutes sont nées dans les cerveaux de nos ancêtres, s'il y a une source commune à identifier elle se trouve là.
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