Un grand merci à M... pour m'avoir permis de faire la connaissance littéraire du
commissaire Adamsberg, c'est presque avec honte que j'avoue n'avoir avant ce début d'année jamais lu de roman de Fred Vargas. Quel meilleur cadre que ce roman pour faire un bout de chemin avec cet auteur et ce policier ?
Ainsi le commissaire est-il à Londres pour un colloque, le fait qu'il ne parle pas un
mot d'anglais lui permet de laisser vagabonder son esprit, lequel a déjà tendance à se laisser aller. Histoire que l'intrigue commence dix-sept chaussures seront retrouvées devant Highgate, un célèbre cimetière londonien (où se passèrent d'étranges et vampiriques événements vers 1970), chacune avec un pied, humain, à l'intérieur, et rien que cela, sinon où serait le plaisir...
Mais Adamsberg doit rentrer en France où il va se retrouver confronté à un crime particulièrement violent, la victime ayant été non seulement découpée, à la scie électrique, mais chacun de ses
morceaux étant écrasé, pulvérisé, dispersé, presque effacé, là semblait le but du criminel qui mit plusieurs heures à perpétrer son forfait.
Bref le départ est macabre et sanguinolent, tout ce que j'aime ! Et la suite ne lui
cède en rien, Adamsberg se retrouvera confronté à une malédiction séculaire, à l'ombre maléfique d'un vampire à la ''famille'' semblant n'attendre qu'une occasion pour se réveiller et sortir d'un tombeau pourtant étroitement
surveillé. Les faits finiront par lui montrer que tout est fait pour le mettre en cause personnellement, comme pour que son enquête ne puisse aboutir...
Adamsberg devra aller à Kiseljevo, en Serbie, s'y faire enfermer dans un caveau promis à une mort certaine dans ce lieu incertain qui donne son titre à ce roman qui parfois frôle le
fantastique dans ce qu'il a de révélateur de processus mentaux qui mélangent croyance et démence, comme si l'une pouvait mener à l'autre, ainsi que l'actualité nous le montre, et pas en protéger.
Il fera aussi connaissance de...
Mais non, cela je ne peux pas vous le dire, ce serait gâcher le plaisir que vous aurez
à vous angoisser alors que vous savez que le héros est quasi immortel. Tout le talent de Fred Vargas est dans cette capacité à dessiner des situations en quelques phrases, à leur donner une
densité et une crédibilité rare. Histoire brutale, sans temps mort (si j'ose dire) et aux personnages formant un orchestre dont j'ai hâte de découvrir d'autres mélodies, d'autant que dans ce
texte il est fait référence à des romans précédents qu'il faudra bien que M... me confie si elle ne veut pas que je zerkifie !
Deux extraits, le commissaire est entre les mains d'un médecin qui le palpe afin de
l'analyser :
Une absence quasi totale d'angoisse. (…) En contrepartie bien sûr, l'émotivité est
faible, le désir pour les choses est atténué, il y a du fatalisme, des tentations de désertion, des difficultés avec l'entourage, des espaces muets. On ne peut pas tout avoir. Plus intéressant
encore, un laisser-aller entre les zones du conscient et de l'inconscient. On pourrait dire que le sas de séparation est mal ajusté, que vous négligez parfois de bien fermer les grilles. (…) Cela
peut fournir des idées d génie semblant venir d'ailleurs – de l'intuition, comme on dit à tort pour simplifier -, des stocks immenses de souvenirs et d'images, mais aussi laisser monter en
surface des objets toxiques qui devraient coûte que coûte demeurer dans les profondeurs. (p198)
''Inhibition de l'action'' avait dit [le médecin] (p220).
Comment mieux me définir ?
Au fil des liens vous verrez que l'auteur aurait pu préciser ''Tiré de faits peut-être
réels...''
Et maintenant au tour de Pars vite et reviens tard, mais n'en faites pas autant.