

Jésus souffle, souffre, le soleil tape dur aujourd'hui. Dès le matin, il avait senti que la journée allait être difficile, caniculaire mais le destin malicieux, sinon coquin, avait, sur son calepin, noté son nom, nulle gomme ne pourrait l'en retirer.
Il se passa les mains sous l'eau fraiche, agréable sensation qui disparut quand il coupa l'eau, que ne pouvait-il rester ainsi, attendre que la fraicheur l'envahisse, noie le temps, et, dans la nuit revenue, l'idée d'un béguin étirasse ses lèvres en un sourire mutin. De cela il n'était pas question, dans les regards croisés, le dédain seul se lisait, son apparence sans doute alors que ses espoirs telle la peau de chagrin balzacienne avaient tant diminués qu'il n'en restait plus même l'ombre.
Il ne s'offusque plus, ne regarde plus ces visage qui se détournent, celui de ce marin plein d'incompréhension, de ces crétins apeurés tels des lapins pris dans les phares d'une voiture, invention encore à faire, les chars n'ont point de lumière, ni même de clignotant.
L'odeur du bois envahit ses narines, plus prégnantes encore que les autres jours, sève acre attaquant ses sinus, cosinus et autres algorithmes, dont il n'avait que faire.
Aïe, une écharde, bobo bénin, gouttes de sang dans la sciure avide.
C'est terminé, il se recule, son machin est terminé, franchement l'avoir tiré du lit si tôt pour une traverse de bois, du sapin du Caucase, lourd mais résistant, peut être, mais ils auraient pu attendre, tout ça pour ce mec qui porte le même nom que lui et qui va être crucifié, au moins il n'aura pas à se lever demain, lui !
John Silence Physician Extraordinary – Algernon Blackwood – Traduction de Max Duperray – Rivages/Mystère 1994

Pour leur parution, le mercredi 16 septembre 1908, les enquêtes de JS bénéficièrent d'une importante campagne de promotion voulu par l'éditeur Eveleigh Nash, heureusement celle-ci porta ses fruits et ce volume connut un grand succès et fut souvent réédité. Le troisième livre d'Algernon Blackwood lui permit d'abandonner son affaire de lait en poudre, pour se consacrer à l'écriture jusqu'à sa disparition en 1951.
Silence est depuis l'archétype du ''détective de l'étrange'', modèle du genre et référence de Carnacki de W. H. Hodgson ou de Harry Dickson de Jean Ray, pour ne citer que les plus importants, que je connaisse.

Nous avons affaire ici à un médecin de l'extraordinaire qui ne se contente pas de résoudre une énigme mais s'intéresse aux victimes des créatures étranges, sinon étrangères à notre monde. Pour autant ces êtres ne sont pas des créations psychiques mais ont une réalité qui leur permet d'agir concrètement. Il n'empêche que le surnaturel n'est pas incompréhensible pour Silence dont la connaissance du domaine lui permettent d'affronter n'importe quel ennemi.

(En 1908 la svatiska n'était qu'un symbole millénaire, malheureusement elle fut utilisé autrement par la suite)
Il en est de même pour Blackwood qui, à l'inverse de Lovecraft qui ne manqua pas de le critiquer pour cela, croyait au surnaturel et cela se devine dans ses écrits où il est impossible de tout expliquer. Il fut également proche de la Golden Dawn, société ''secrète'' se vouant à l'occultisme, ainsi l'auteur fut-il soupçonné de pratiquer la magie noire pour sa trop grande maîtrise du sujet. Pour la petite histoire Blackwood dédia ce livre à M.L.W. sans que jamais il confie à qui il fit allusion, peut-être un autre adepte de la GD.
Le talent de l'auteur lui permet pourtant de s'extraire des nombreux auteurs de fantastique de l'époque, peu surent comme lui nous faire vivre les émotions de ses personnages et provoquer chez le lecteur une proximité qui vaut que ses écrits aient passés l'épreuve du temps.
Il convient de préciser que ce volume ne reprend que 3 des 5 aventures de John Silence, Sortilèges et métamorphoses et Le camp du chien étant disponibles chez Denoël.

Tout commence dans un train au départ de Waterloo Station à destination d'un manoir de la campagne anglaise, propriété du colonel en retraite Wragge. Celui-ci par une relation avait obtenu l'adresse de Silence et écrit à celui-ci pour lui demander son aide, raison du voyage de 6 heures de John et son ami, Mr Hubbard. Leur hôte les accueillit avec ferveur, leur fit les honneur de cette demeure où Cromwell avait séjourné, leur précisa que pour sa sœur ils seraient des amateurs du folklore régional. Celle-ci, en fauteuil roulant ne se doutait de rien et ne devait pas être inquiété. Le repas avalé la vieille dame retrouva sa chambre, les trois hommes purent entrer dans le vif du sujet et le colonel confier à ses invités la source de ses inquiétudes. La maison avait appartenu à son frère jusqu'au décès de ce dernier qui, voyageur acharné, avait ramené de ses pérégrinations nombre de souvenirs jusqu'à sa mort dans des conditions étranges, à l'extérieur, montrant des signes de suffocations mais montrant un visage brulé comme s'il avait été soumis à une chaleur intense. La demeure avait mauvaise réputation, cet incident ne fit qu'accroître la crainte qu'elle inspirait dans la région. Une crainte justifiée, mais je ne vous en dis pas plus.
C'est une suédoise, Mme Svenska Sivendson, qui reçoit Silence dans la deuxième histoire pour lui demander, comme il se doit, son aide, en raison de son âme compatissante et de sa connaissance de l'occultisme.

Elle vient lui parler d'un jeune auteur, Félix Pender, habitant non loin de Putney Heath. Félix avait du succès jusqu'à ce que son talent disparaisse comme s'il avait été purement et simplement effacé. Bien qu'il eut tout tenté pour retrouver la maîtrise de son art celle-ci est toujours absente et nul spécialiste ne put l'aider.
John Silence est médecin, il veut aider qui a besoin de lui, surtout quand le problème rencontré demande des compétences qu'il est seul, ou presque à posséder. La première chose à faire est d'aller rendre visite au couple Pender dans leur maison, une résidence qui pourrait bien être habité par plus de deux créatures...
Le troisième récit vous conduira en Allemagne, dans un monastère où le culte rendu n'est pas adressé à Dieu, au contraire !
Si vous ne connaissiez pas Algernon Blackwood ce livre est le meilleur pour combler cette lacune.





Michael Rauch – 2018 – CBS

Si vous avez déjà regardé la série Castle vous ne serez pas dépaysé par l'argument de celle-ci associant un auteur et une détective, ni par l'affaire mettant nos héros en présence.

Le Docteur Dylan Reinhart est un universitaire, professeur de psychologie, fort apprécié de ses élèves et auteur d'un ouvrage sur les comportements anormaux et criminels qui eut un gros succès. Livre dont semble s'être inspiré un tueur pour perpétré un crime, mettant en scène le meurtre pour avertir du suivant, formant ainsi une espèce de jeu de piste. Elizabeth ''Lizzie'' Needham est la policière de la section des homicides s'occupant de cette affaire, ayant noté la ressemblance elle rencontre le professeur afin d'en requérir l'aide sur son enquête.

L'association de personnalités semblant si opposées, le professeur est d'une grande distinction alors que Lizzie est bien plus ''populaire''. Bien sûr l'entente entre les deux va être excellente au point que Reinhart va devenir consultant, officiel, auprès de la police, et faire équipe avec la jeune femme. Différence notable avec l'autre feuilleton, l'impossibilité d'une histoire d'amour entre les deux protagonistes principaux puisque Dylan est homosexuel, marié à un ancien avocat reconverti en tenancier de bar et heureux en ménage, alors que Lizzie a perdu son mari dans des conditions dramatiques.

En réalité, et le spectateur l'apprend rapidement, le bon Dr est un ancien de la CIA qui quitta l'Agence pour devenir professeur bien qu'il ait conservé un ami doué en hacking qui peut intervenir quand l'enquête piétine et qu'il est nécessaire de mettre la loi de côté pour avancer.

L'argument n'a d'inédit hors l'homosexualité de Reinhart qui évitera la relation avec sa partenaire, elle vaut, comme souvent, par une distribution dominée par Alan Cumming qui semble s'amuser beaucoup dans ce rôle de cabotin chic mais sachant se servir d'une arme quand il le faut sans perdre son humour et son ironie, sans parler de son goût pour briser les règles d'une bienséance dont il eut à souffrir à travers son père. Bojana Novakovic lui renvoie la balle avec charme et talent. Défendant un personnage tentant de survivre à une tragédie personnelle et heureuse d'avoir un alter ego qui ne tentera pas de la séduire. Ainsi leur relation est-elle plus riche et moins attendue. Ce qui n'est pas le cas des enquêtes, au moins les premières.

Le charme agit donc par le binôme vedette de la série, suffira-t-il à long terme, j'en doute. Espérons donc que Instinct s'améliore. Le mien me dit que ce n'est pas sûr

Buste de Domenico Morelli
Le portrait que Gemito réalisa en 1873 témoigne de la fascination qu'éprouvait le sculpteur pour son maître, le peintre Domenico Morelli (1826-1901), surnommé le ''mage'' par ses étudiants à l'Académie des Beaux-arts de Naples; Cemito représente Morelli coiffé d'un ample turban qui lui confère une attitude pleine d'autorité. l'étrange découpe asymétrique du buste renforce l'impression de vie et de mouvement qui émane de ce portrait au modelé virtuose.

Autoportrait avec Mathilde Duffaud
J'ai réalisé de nombreux autoportraits, des oeuvres où je me représente moi-même. me voici avec Mathilde Duffaud, ma compagne française qui pose souvent pour moi. remarques-tu la couleur de ce dessin ? je l'ai exécuté à la sanguine, un pigment brun-rouge tiré d'une pierre rouge.

Tête de Mathilde sur un coussin
Mathilde Duffaud, française venue à Na ples poser pour les artistes, fut le grand amour du jeune sculpteur. Gemito a fait de très nombreux portraits d'elle qui montrent une jeune femme frêle à 'lélégance toute parisienne. À sa mort prématurée en 1881, Gemito se réfugia à Capri pour quelques mois et commença à montrer les premiers signes de la folie dont il fut victime une partie de sa vie.


Pêcheur napolitain
Le plâtre du Pécheur napolitain, oeuvre préparatoire au bronze, est très peu connu, et c'est une des premières fois que l'on peut le rapprocher du bronze conservé au musée du Bargello de Florence. réalisé vers 1876, ce plâtre a été acheté directement à l'artiste par la Maison Royale en 1889 et est conservé depuis à la Reggia, devenue musée de Capodimonte à Naples.

Portrait de jeune fille

Gitane

Portrait de jeune femme (Orgueil)

Charles Quint
En 1885, le roi Umberto Ier commande à Gemito une statue colossale de Charles Quint, destinée à orner une des niches de la façade du Palais royal de Naples. Gemito va à Paris demander conseil à Meissonier et y réaliser une esquisse en cire, qu'il ramène à Naples, et dont sera tiré ce bronze. mais ce genre de grand ouvrage néo-baroque est étranger au talent de Gemito. L'angoisse consécutive à cette commande fragilise l'état psychique du sculpteur qui sera hospitalisé à la clinique Fleurent de Naples en 1887.

Buste d'Anna
Gemito rencontre en 1882 la très belle Anna Cutolo qui posait pour des peintres, comme Comenico Morelli qui la représente dans la superbe Femme à l'éventail, célèbre tabeau de 1874 exposé ici. gemito épouse Anna quelques mois après : elle devient son modèle et sa muse, à l'opposé du frèle physique de Mathilde la parisienne.

Tête d'Alexandre


Portrait d'Anna Gemito

Atiye – Jason George/Nuran Evren Şit / Fatih Ünal d'après le roman Dünyanın Uyanışı de Şengül Boybaş – 2019 – Netflix – 8 épisodes

L'inhumation est discrète, émouvante, une forme noire tient le portrait d'une jeune femme mais celle-ci n'est pas morte puisqu'elle arrive, visiblement blessée.

Atiye est peintre, elle vit à Istanbul et prépare sa première exposition tout en fréquentant depuis six ans le fils d'une riche famille qu'elle connaît depuis qu'ils sont enfants. Qu'ils soient ensemble paraît est pour tout le monde. Elle a également une sœur, adoptive, modiste.

La plupart de ses toiles représentent un motif étrange qu'elle connaît depuis toujours sans qu'elle se souvienne d'où il vient. Sa famille est du genre conventionnelle, qu'elle se prenne pour une artiste est une chose qu'ils comprennent à condition que cela ne dure pas et qu'elle se marie avec Ozan Serdar et ait des enfants.

Erhan mène des fouilles, prenant ainsi la succession de son père, archéologiques en Anatolie sur un site d'une très grande ancienneté, ses employés viennent le chercher alors qu'ils viennent de découvrir, gravé sur une paroi un symbole jamais vu, ni là ni ailleurs.


La nouvelle attire les médias, les nouvelles vont vites de nos jours et la télévision est conviée à exposer la trouvaille du jeune archéologue. Bien sûr l'image tombe sous les yeux d'Atiye qui se sent impliqué et décide sur-le-champ de partir sur le site de Göbekli Tepe.

En chemin elle croise une jeune fille, blonde, avec sur le front, entre les yeux, une tache ressemblant à une étoile.

Elle rencontre Erhan, lui explique la raison de sa venue sans que celui-ci semble intéressé, pourquoi ne s'agirait-il pas d'une coïncidence ? Elle lui parle de ses ''visions'' qui ne se limitent pas à une image mais parle de ce qu'il y a d'autre.

Une fois rentrée elle voit Ozan la demander en mariage, comme prévu, elle accepte à la grande joie de la famille de la jeune peintre, mais aussi de son futur époux, du moins de son père...

c'est à cet instant qu'arrive Erhan, pour confier à Atiye qu'elle avait raison, qu'après avoir creusé ils ont trouvé un passage menant à une grande salle et des pierres lumineuses violettes.

Et même la jeune fille qui lui servit de guide et qui avait disparu soudainement, son portrait est sur un mur !


Dès lors pour Atiye les questions vont se succéder et son désir de réponses s'accroître, elle va chercher dans son passé, celui de sa famille, sa mère, sa sœur, ainsi pour Erhan qui va récupérer le carnet de notes de son père qu'un ami de celui-ci avait gardé en attendant le bon moment et où se trouve le symbole qu'il croyait avoir découvert.


La Turquie produit de nombreuses séries, rares pourtant sont celles qu'il est possible de voir, celle-ci plonge ses racines dans un lointain passé pas si oublié que cela pour certains qui n'attendent que l'opportunité de...

mais si vous voulez en savoir plus, et changer d'air en regardant une série, vous savez ce qui vous reste à faire.

Guys and Dolls – Joseph L. Mankiewicz – 1955 – 150' 
Nathan Detroit est un escroc, joueur, et endetté, ce qui va souvent de pair. Il cherche, en vain, dans New York un lieu où organiser ses parties de dès clandestines, si possible loin du lieutenant de police Brannigan. Un jour il rencontre Sky Masterson, flambeur bien connu, et lui lance un pari, 1000 dollars sont en jeu, que celui-ci ne peut refuser. Sky doit séduire Sarah Brown, lieutenant salutiste et la convaincre de le suivre à la Havane pour une soirée. La chose paraît difficile mais Masterson trouve un stratagème pour la convaincre, il lui promet douze ''authentiques pécheurs'' pour sa prochaine réunion.
Il ne devrait pas avoir de mal à les trouver.
Arrivé à Cuba Sarah se montre sous un jour différent, moins stricte qu'à l'ordinaire et Sky découvre qu'elle ne lui déplait pas.
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Nathan de son côté finit par ouvrir son établissement, Sky ne peut faire autrement que le fréquenter. Comment peut-il tenir sa position et son rôle devant la jolie Sarah ? Quelle facette de sa personnalité va-t-elle l'emporter ?
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Pour la première, et unique, fois de carrière Mankiewicz s'essaie à la comédie musicale, lui plutôt habitué à décrire la cruauté des rapports humains, le jeu des intelligences s'affrontant en une partie d'échec que chacun veut gagner mais que tous pourraient perdre. Il sut montrer les tourments de l'âme face au désir, à la brutalité, quand l'esprit ne parvient plus à se stabiliser mais cède à des pulsions destructrices.
En y prenant plaisir.

Ce n'est pas son meilleur film, trop hésitant entre des numéros musicaux qui semblent collés sur l'histoire et l'histoire qu'il ne peut développer comme il l'aurait voulu, contraintes du genre oblige. Il a à sa disposition un joli quatuor d'acteur, Sinatra, Brando, Jean Simmons et Vivian Blaine qui s'en sortent avec les honneurs. Un cocktail qui gagne à être dégusté.
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |