Je suis entré dans cette maison après avoir remarqué qu'elle semblait inoccupée, pas un bruit, le courrier qui s'amoncelle dans le boite. Exactement ce qu'il me fallait, l'endroit que je cherchais depuis des années.
Crocheter la serrure ne fut pas difficile, je l'ai fait en toute discrétion un soir alors que j'entendais les autres occupants du palier regarder la télévision. Je suis entré, ai refermé derrière moi. Dans l'obscurité j'ai tendu l'oreille mais aucun son ne me parvint, le silence était absolu mais avec quelque chose de plus, quelque chose de trop. À être un habitué des visites imprévues j'avais acquis un certain sens des logements.
La cuisine était poussiéreuse mais propre, tout était rangé, à sa place, pas de vaisselle sale, de torchon souillé. Le frigo était débranché, vide. Tout présentait l'aspect d'une famille partie pour un long moment.
Mon impression persistait.
Rien de plus dans le salon, la même couche de poussière, aucun signe qu'il se soit produit quelque chose d'inhabituel.
La salle de bain, vide, impeccable, une chambre, d'amis visiblement, le lit était fait. Toujours les mêmes meubles et décorations surannés, mais ce n'était pas fait pour me déplaire.
J'eus un moment d'hésitation avant d'ouvrir la dernière pièce, au fond du couloir, probablement celle des propriétaires. Le temps s'étira alors que j'appuyais sur la poignée. Immédiatement je perçus une différence, l'odeur, non celle du renfermé comme ailleurs mais acre avec, en fond, une touche que je n'avais jamais rencontrée mais qui m'inquiétas au point que je faillis partir.
Si jusque-là la lumière venant des fenêtres aux volets non tirés avait suffit, il en allait autrement maintenant. Je sortis ma torche, en projetais d'abord le rayon devant moi, découvrant une moquette grise, épaisse, fortement usée par de nombreux passages.
Je remontais le faisceau, découvrit une armoire, puis une petite table, la fenêtre, le lit... Et sur le lit, allongés, se tenant la main, les corps du couple qui habitait là.
Des verres posés sur l'autre table de nuit, à côté de tubes, vides de somnifères et autres médicaments, je déduisis qu'il s'agissait d'un double suicide.
Les mois ont passés, après avoir hésité je suis resté, dans la chambre d'amis, laissant les corps où ils étaient, après tout ils sont chez eux, moi je ne fais que passer. La sécheresse du lieu a momifié les corps alors l'odeur reste circonscrite à une seule pièce. J'ai fait mettre les compteurs à mon nom, ai mis celui-ci sur la boite, fait connaissance avec les voisins en leur expliquant que les propriétaires étaient partis passer leur retraite ailleurs. Personne ne s'en étonna. C'était crédible et tous s'en fichait. Il suffit de dire des choses vraisemblables pour qu'elles soient crues. Je ne me suis pourtant pas fait d'amis, je n'ai pas fouillé dans leurs affaires, les miennes tiennent peu de place et je ne reçois personne.
Je suis bien ici, qui sait si un jour je ne m'étendrais pas à mon tour sur mon lit, souriant à l'idée qu'un visiteur indiscret viennent nous surprendre, faute de pouvoir nous déranger.
Il serait surpris.






















Quand le neurologue allemand 











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