MAXIME CHATTAM – ALBIN MICHEL – 2013

L'arête de pierre était haute d'un millier de mètres, grise, veinée de stries blanches, un promontoire dominant la vallée de son ombre immuable. Alexis Timée conduit, chaudement habillé, le chauffage de sa voiture de location ayant rendu l'âme. Sur le siège passager un dossier portant le symbole *e écrit en noir sur le fond cartonné rouge. Il roule depuis longtemps mais son voyage touche à son terme, il arrive devant une ferme dont un homme sort à sa rencontre. Chauve, la cinquantaine, des yeux d'un gris tirant sur le vert : Richard Mikelis. Timée se présente, non il n'est pas le prof de math de Sacha, il est adjudant, gendarme à la section de recherches de Paris.
Mikelis se recule, il ne consulte plus, l'adjudant le sait mais a besoin d'un avis, c'est important. Finalement il accepte de recevoir le gendarme, à condition qu'il soit parti avant le retour de son épouse. Il a une heure !

Pas de photos, de note, au gendarme de prendre la parole, d'expliquer la raison de sa venue, le compteur tourne.
Il parle de la première victime, retrouvée sur les bords de la Marne à proximité d'un village nommé Annet. La deuxième fut découverte dans une forêt près du Port-Marly. Même mode opératoire, torture, viols, asphyxies suivies de réanimations pour faire durer le plaisir.
Du tueur. Même signature gravée sur le dos *e. deux victimes pour ce tueur. Mais il y en a un autre agissant dans l'Est de la France, lui fit trois victimes. Le premier fut surnommé Le Fantôme, celui-ci : la Bête. Non seulement il torture et tue mais il semblerait qu'il mange. Le lien entre les assassins : le symbole, gravé cette fois sur la fesse gauche. De plus, des photos trouvées sur des sites pédophiles montrent des enfants portant eux aussi cette marque.
Mikélis pourtant ne change pas d'avis, tout juste peut-il donner le nom d'un criminologue très compétent à Paris.
Timée n'a plus qu'à repartir, son équipe l'attend, un petit groupe d'enquêteurs contre un groupe d'anonymes signant leurs crimes du même symbole.
Ses collègues sont d'abord Segnon, un black à la carrure de rugbyman et une jeune femme, belle, blonde, nommée Ludivine, d'un gabarit bien différent.
Faute de l'aide de Mikélis il leur reste les recoupements à effectuer, les indices à traiter, les protocoles à suivre. De quoi s'occuper, avec l'impression que cela ne donnera rien.
Ils s'interrompent pourtant pour assister sur une chaîne info à la diffusion d'un reportage dans une gare où un jeune homme vient de pousser 4 personnes sur une voie avant le passage d'un train, et d'en faire autant, sur la voie d'en face, faut pas se mélanger.

Avant cela il avait tagué sur un mur un logo que les gendarmes connaissaient bien.
Alexis le sait, les fantômes existent, ce sont ces êtres dont il a vu la mort et qui se faufile vers lui pour grappiller un instant d'illusion, un oasis acide au sein d'un néant insupportable.
Les enquêtes se poursuivent, une piste intéressante, ''la Bête'' et les morsures laissées sur les corps, presque incompatibles avec un être humain, à moins qu'il ne souffre d'une grave difformité palatale.
Mais le pire est à venir.
Émilie se réveille, Jean-Philippe n'est pas là, alors elle descend, le cherche, rencontre un homme qu'elle prend pour un ami de son mari. Dans un demi sommeil la réalité est floue, ensuite elle aperçoit le cadavre de son époux... Elle fuit, court, vite...
Mais pas assez.
Quid du symbole utilisé par les assassins, se pourrait-il qu'il ait un sens ? Le professeur Carrion pourrait les renseigner, et il le fait en leur démontrant que c'est l'étymologie du mot ''union''.
Ce qui sous entend que le groupe pourrait vouloir recruter.
Si ce n'est déjà fait.

Émilie va en être la preuve, avec son mari, et leur fille.
Le Fantôme a tué de nouveau, et la Bête aussi. En Pologne, comme s'ils se faisaient concurrence.
Et que dire des cauchemars d'Alexis ? Et des Lebensborn, ces établissements censés propager la race aryenne mais qui auraient servi de cadres à des expériences terrifiantes. Quel lien entre Bois-Larris et les tueurs ? Ce qu'il faut rechercher est cette chose que la civilisation nous a appris à contrôler, jusqu'à l'oublier, sans que la réciproque soit vraie. La bestialité primitive, l'âme des prédateurs.