The Sea of Trees – Gus van Sant – 2015 – 110'

Arthur Brennan n'a pas l'air en forme lorsqu'il se rend au bureau d'embarquement d'une compagnie aérienne japonaise. Sa réservation de la veille, par internet, n'apparaît pas tout de suite, mais ouf, finalement c'est le cas et il peut embarquer. Ce sera vite fait, il n'a pas de bagage et ne demande pas de billet retour. Il faut dire que son but est de ne jamais revenir ! Sa vraie destination est la célèbre foret Aokigahara, celle où se rendent ceux qui veulent se suicider dans une ambiance propice. Une immense mer d'arbres où chaque arbre semble nourri de cadavres.
Il trouve un endroit à sa convenance, un peu en hauteur histoire d'avoir une belle vue sur la forêt. Il pose à côté de lui une lettre adressée à son épouse. Espérant que quelqu'un la trouve et l'envoie pour lui. Quelques pilules, celles que sa femme n'a pas eu le temps de prendre, de l'eau pour les faire descendre. Il suffit d'atteindre la dose suffisante et il s'endormira pour ne plus se réveiller.
Il remarque alors un homme, un japonais, qui passe à quelques pas de lui, sale, perdu, blessé. Sortant de son projet suicidaire il va voir l'arrivant, lui demande si tout va bien, s'il a besoin d'aide. Ce à quoi l'interpellé répond qu'il cherche la sortie, cela fait plusieurs jours qu'il avance, cherche, mais ne trouve rien.
Arthur est trop bon, il lui indique la route, lui passe même sur les épaules son imper, celui qui est si confortable, un cadeau de son épouse. Et puis il se ravise, dans la poche intérieure il y a les médicaments. Il court après l'homme, le rejoint alors que celui-ci se trouve dans un nouveau cul de sac. Finalement il va l'accompagner avec l'intention de revenir en arrière finir ce qu'il avait commencé.
La route est difficile, aucune indication, les arbres se ressemblent, les racines se tendent sous leurs pieds, les rochers n'attendent que leur chute pour leur briser les os.
Brennan oublie qu'il voulait mourir pour aider... mais pour aider qui ? Un homme qu'il n'a jamais vu, un homme ? Ils vont errer, avoir froid, lutter pour survivre, Arthur va trouver en lui une énergie qu'il croyait disparue.
Au moins le spectateur n'a-t-il pas à se forcer pour comprendre dès les premières images que Brennan est un jeune veuf, qu'il ne peut vivre sans sa femme, morte quelques jours plus tôt dans des circonstances à la fois peu crédibles et totalement attendues, le réalisateur se croyant obligé à force de retours en arrière d'expliquer ce qui amena Arthur à vouloir mettre un terme à une existence minée par la culpabilité.
Le couple pourtant allait mal, lui s'obstinait à des recherches en mathématiques qui n'intéressaient personne, elle, se réfugiait dans la boisson, l'affrontement était leur mode de fonctionnement, ce qui ne les empêchait pas de faire des petits gestes l'un pour l'autre, discrètement.
Dommage que le film ait l'air de sortir d'un congélateur. Restent les acteurs qui font ce qu'ils peuvent, et le font bien, la réalisation et la lumière, sans oublier la forêt elle-même, le personnage le plus fascinant dans le miroir qu'il tend à ceux qui s'y rendent. Obscurité et silence pour la majorité, et parfois, un espoir de vie qui ne demandait qu'à surgir.











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Robert Bloch nait le 5 avril 1917, le Printemps Lovecraft tombe on ne peut mieux, il vit à Chicago dans un milieu où se côtoient violence et prohibition dans un cadre bétonné si laid qu'il en gardera l'horreur des cités modernes. Très tôt l'écriture l'intéresse, il participe aux réunions des Milwaukee Fictionners et en 1932 écrit à Lovecraft pour exprimer tout le bien qu'il pense de ses textes et demander des conseils. Probablement n'espère-t-il pas de réponse, sa surprise est donc grande quand il en reçoit une. Il ignore encore que Howard est un épistolier (presque) compulsif et aime conseiller et aider les jeunes écrivains. En 1934 il est publié par Weird Tales où paraissent plusieurs de ses amis et relations. Lovecraft lui montre comment rédiger une nouvelle.
Bloch l'explique lui-même : Alors que j'étais jeune, je commençais à lire les histoires de Lovecraft dans Weird Tales. À 15 ans je lui écrivis et lui demandais où trouver ses textes que je n'avais pu me procurer. Non seulement il m'envoya ses propres exemplaires mais en plus m'adressa une liste de livres de littérature fantastique qu'il possédait dans sa bibliothèque et qu'il mettait à ma disposition ! Ainsi je devins le correspondant et l'ami de l'homme que je considère comme le plus grand écrivain contemporain de fantastique en Amérique, si ce n'est dans le monde entier. Je lui envoyais régulièrement mon travail, il lisait mes histoires puis les commentait ; il me donna la permission de m'inspirer de lui pour le caractère d'un de mes personnages dans ''The Shambler From the Stars''.
Les deux auteurs partagent une vision similaire du genre humain face à des forces qu'il ne comprend pas alors qu'elles ne se soucient pas de lui. il y rajoute de l'humour, noir et de l'ironie (forcément) que son ''parrain'' n'exprimait pas, du moins par écrit. 





