Szerelem – Karoly Makk – 1970 – 84' 
La Hongrie est un pays communiste depuis la fin de la guerre et est occupé par les forces soviétiques qui ont porté à sa tête Mátyás Rákosi. Staline vient de mourir et le ''président'' hongrois craint que ce soit le prétexte à une remise en cause de son pouvoir. Pour maintenir celui-ci Rákosi à passé un gant de plomb à sa main de fer. Les arrestations d'opposants se multipliant les arrestations arbitraires. Qu'un individu soit soupçonné d'être un opposant et il est arrêté, mis au secret, il disparaît de la circulation sans que sa famille soit mise au courant, quand à un avocat ce n'est même pas la peine d'en parler.
La villa est belle dans cette banlieue de Buda, Luca ne sait pas si János, son époux, est encore en vie ni, si c'est le cas, où il se trouve. Interroger les autorités la mettrait en péril, elle disparaîtrait à son tour. Situation d'autant plus compliquée qu'elle veut cacher la situation à sa belle-mère. Pour cela elle invente que János est parti en Amérique pour fuir son pays et mener une carrière de cinéaste.

Là-bas il connaît gloire et réussite, il raconte tout par courrier à sa mère, Az. La vieille dame est en mauvaise santé, elle ne supporterait pas la réalité. Les journées sont rythmées par l'arrivée, ou non, des missives que lui lit Luca. Qu'importe si tout est trop beau, si tout est trop bien, elle croit aux lettres que son fils lui expédie régulièrement, ou elle le veut. Le contexte social est difficile, c'est un mur de papier que Luca a dressé, sans le vouloir, sans comprendre où cela la mènerait. Un mur qu'elle se doit d'entretenir, il lui faut trouver de quoi dire, maintenir le lien entre une mère à la fin de sa vie, et un fils disparu.

C'est elle qui raconte l'histoire, qui fait la mise en scène, le scénario, qui joue, pour une seule personne. Le cinéma ne se tourne pas ailleurs, loin, il est là, au quotidien. Un masque que le réalisateur se devait de poser sur son film, sans lequel il n'aurait jamais pu le tourner. Ses précédents long-métrages avaient connus quelques difficultés avec le régime de l'époque mais entre Az qui raconte ses souvenirs d'une autre époque, d'avant la dictature, d'avant le communisme, et Luca qui dessine une réalité agréable et motivante, c'est bien un monde oppressant qu'il parvient à nous montrer.

Le passé est mort, le présent est un mensonge, quand à l'avenir...
Regarder de près une toile permet parfois de voir au travers, pour autant que le ''peintre'' ait du talent. C'est le cas ici. Un témoignage sur une époque où le futur paraissait prometteur. Il faut bien supporter le joug du quotidien !
Avec le recul bien sûr... mais la question n'est pas là.

