Die Büchse der Pandora – Georg Wilhelm Pabst – 1929 
Loulou est l'association de deux pièces de Frank Wedeking. Un personnage qui lui fut, paraît-il, inspiré par Lou-Andreas Salomé qu'il avait rencontré à Paris. Pabst avait vu Louise Brooks dans A girl in every port alors qu'il désespérait de trouver l'actrice idéale. Le film est divisé en actes.
Loulou fait scandale dans cette bourgeoisie allemande en pleine déliquescence, et à laquelle il reste peu de temps,
principalement sur les hommes tant elle est différente de leurs épouses. Elle sait le pouvoir qu'elle exerce sur eux, en use, en abuse même, les séduisant avant de les abandonner face à la banalité morne de leur existence. Elle sait accueillir ceux qui viennent la voir, leur offrant un petit verre qui ne peut que les détendre... Un homme s'en va, un autre arrive. Celui-ci est différent, il encaisse une part de l'argent qu'elle a gagné et quand un autre visiteur se présente il se cache sur le balcon, où un chien lui tient compagnie. Le nouveau venu est
grave, visiblement il a quelque chose à dire à sa maîtresse mais ne peut s'y résoudre. En partant il croisera un autre visiteur dans l'escalier.
Elle ne fréquente pas que des hommes plus âgés, Alva est jeune, c'est un artiste, le seul peut-être ayant de véritables sentiments pour la jeune femme, qui ne la voit pas comme un trophée dont il peut se vanter dans son club et face à son miroir.
Loulou est également actrice dans une revue, les coulisses d'un théâtre sont un endroit où se rencontrent non seulement des comédien(ne)s mais également des bourgeois soucieux de faire mieux connaissance avec l'une ou l'autre. Et quand un amant jaloux vient lui faire une scène, un comble, elle ne craint pas de lui tenir tête même s'il l'empêche de retourner devant le public.
Était-ce ce qu'elle voulait ? La voilà mariée, elle peut intégrer un monde qu'elle ne connaissait pas. Un monde d'argent, d'alcool, où les hommes pensent que le premier peut tout acheter, tout autoriser.
Pour Pabst comme pour Frank Wekening Loulou est le prétexte à peindre une époque, une société, un monde mourant, celui d'une bourgeoisie allemande, berlinoise, qui va disparaître. Son mari même sait qu'il ne la dominera jamais quand il la voit, le soir de leurs noces, entourée d'homme, riant aux éclats, comme avant. L'évidence de son échec est insupportable, la mort est la seule échappatoire permise. La mort pour son épouse ! Comment laver son honneur autrement ? Mais Loulou ne l'entend pas ainsi et retourne l'arme contre son mari.

Loulou est si belle en noir, face à ses juges, rabattant sa voilette sur son visage... elle se lève, attend le verdict... L'alarme incendie résonne, la panique gagne le public du tribunal, des hommes arrivent, encadrent la jeune femme, la font sortir. Ce sont les amis d'Alva, le propre fils du défunt, qui

veut la sauver à n'importe quel prix.
Elle va devoir changer de vie bien sûr. Rester à Berlin est difficile, sa tête est mise à prix pour 5000 marks, une somme importante, et motivante. il faut partir, loin. Loulou peut ''emprunter'' l'identité de la Comtesse Anna Geschwitz pour prendre le train et s'éloigner de la capitale allemande. Alva n'est pas le seul à vouloir sauver la jeune femme, la véritable
Comtesse aussi, celle-ci éprouvant pour Loulou un tendre sentiment, chose que le cinéma de l'époque ne laissait jamais sous-entendre aussi explicitement.
Alva sait que son destin est scellé, comme pour tous les hommes qui approchent Loulou ! Mais alors qu'ils se cachent dans un tripot la police débarque, à nouveau il faut doit fuir, loin.
Londres est la destination idéale.
Ce film eut fort à faire avec la censure de l'époque, exhiber une femme ayant la vie qu'elle voulait, acceptant d'être l'objet du désir des hommes pour renverser les rôles, ne se faisait pas. Pabst montre qu'une femme peut dominer un homme. Loulou est devenu l'incarnation de l'émancipation féminine, une référence toujours citée aujourd'hui. La jeune femme est-elle aussi innocente comme beaucoup la considère aujourd'hui, agissant sans malice, sans réfléchir aux conséquences de ses actes ? Elle est aussi le moyen pour le réalisateur de souligner les travers d'une société qu'il déteste, de révéler sa corruption en soulignant combien sa
disparition sera salutaire. Loulou est l'arme idéale pour cela, pour la conduire à l'autodestruction.
Loulou ne serait rien sans Louise Brooks, incarnation idéale d'une jeune femme destructrice sans avoir l'air de le vouloir. Son jeu, naturel, loin des interprétations surjouées de l'époque, fut critiqué, c'est pourtant lui qui permet à ce film d'avoir traversé le temps en gardant sa force. Sans parler de la réalisation elle même, mais il y aurait trop à dire et d'autres sont plus compétents que moi pour vous en expliquer les subtilités.
À voir donc, et à revoir.
























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