C'est une perception bien étrange
De sentir en soi ces crocs infimes
Mordant ma chair depuis les langes,
Que n'ai-je d'ami plus intime.
Dans les hôpitaux s'emploient
Les nécrophages asticots
Des parties mortes ils nettoient
Graves blessures ou bobos.
Ils ont éclos dans mon esprit,
Sans que je le désirasse,
Éveillés par mon premier cri
Que vouliez-vous que je fasse ?
Depuis ce jour, inlassables,
Prédateurs du superflu,
Rongeurs de foi et de fables,
Ils ne sont jamais repus.
S'il est un personnage emblématique de l'œuvre de William H. Hodgson, histoire de glisser un œil sur cette dernière, c'est bien Thomas Carnacki, le chasseur de fantômes dont les aventures sont publiées régulièrement en Angleterre, peu aux États-Unis et encore moins en France. Là aussi je dois aux défuntes éditions NéO de l'avoir rencontré.
Ceux qui connaissent Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain, trouveront un cousinage, pour ne pas dire une filiation, entre les deux spécialistes du mystère.
On ne prête qu'aux riches, Hodgson, aurait non seulement influencé Jean Ray mais aussi Lovecraft, je pourrais donc voir en lui une sorte de grand-père, après tout pourquoi pas, il en fut de pire...
Élémentaire mon cher Dodgson pourrait-on dire, puisque c'est le nom du narrateur des aventures de Carnacki, cela vous fera probablement penser à quelqu'un d'autre... L'ouverture de chaque narration est l'invitation faite par le détective chez lui, au 472 Cheyne Walke, à des amis, Arkright, Jessop et Taylor, pour un repas à la suite duquel il relate une de ses enquêtes. Aucune crainte à avoir puisque le héros est là : rassuré le lecteur peut se confronter à des créatures énigmatiques dans des situations semblant insolubles. Carnacki doute, cherche une solution semblant introuvable mais qu'il va découvrir, ouf ! Nous avons eu peur, juste ce qu'il faut. Heureusement le 'Pentacle électrique' de Carnacki est là pour le, et nous, protéger.
Sa spécificité est de chercher une solution rationnelle plutôt que surnaturelle, y parvenant souvent mais pas systématiquement, jusqu'à la fin il ignore ce qu'il va découvrir, et nous aussi. William maîtrise l'art de la narration, sait frôler l'invraisemblable sans atteindre le ridicule, même plus de cent ans après alors que nous avons vu et lu tellement de choses qui dépassent le second et se fichent du premier ! La science de l'époque était balbutiante, prometteuse autant que menaçante, Carnacki se fait savant autant qu'exorciste, à cheval entre la connaissance et la crédulité dans une époque chargée d'interrogations et de menaces.
Il semble que les difficultés financières de l'auteur aient contraint celui-ci à donner naissance à Thomas en 1910, surfant sur le succès de Sherlock Holmes et de ses épigones. Est-ce la raison qui lui fit l'utiliser si peu ? Sans doute, dommage qu'il l'ait si peu développé, le décès, en 1918, de Hodgson étant une bonne excuse pour ne pas l'avoir fait.
Pour paraphraser le détective terminant ses narrations : ''Allez, dehors !''.
Péage : Chambre d'écots.
Péage : Chambre d'écots.
Projet de loi : Dépôt de chambre.
Psaumnambule : Récite des phrases creuses pour oublier le vide de son esprit. Aucun risque de l'éveiller.
Scriptoplasme : Spectre de l'auteur génial que l'on porte en soi, c'est sûr, mais qui mourut par notre incapacité à lui donner naissance.
Sentimenteur : Mentir pour arriver à ses fins, ce que ni vous ni moi n'avons jamais fait.
Stakhanovice : Ce dont beaucoup rêveraient moins s'ils savaient ce que c'est.
Terreaurisme : Idéalisme écologique.
La honte couvre mon front puisque je ne découvris Clark Ashton SMITH qu'au moment de la parution de L'Île inconnue aux éditions NéO. Pour un admirateur de Lovecraft, ne pas avoir connu un de ses comparses de Weird Tales, et correspondant, n'est pas glorieux... Qu'importe, je ne recule devant aucun aveu dans la limite où ceux-ci ne me conduisent pas dans une geôle putride ou une chambre aux murs capitonnés.
Neuf nouvelles, neuf voyages terrifiants et magiques, CSM ayant ce don de peindre avec les mots des mondes extraordinaires, fascinants et inquiétants, pleins d'ombres rampantes et de souvenirs qu'il conviendrait de ne pas réveiller. Contrairement à Robert Howard, le dernier du trio vénéneux de WT, Clark ne nous montre pas de héros triomphants à coups de haches, pas de guerriers musculeux mais des enchanteresses perfides, des sorciers cyniques et le lecteur heureux de les rencontrer et de savoir que, des continents que nous arpentons derrière lui, il est facile de revenir, il suffit de refermer le livre. Encore faut-il le vouloir...
Né à Auburn (Californie) le 13 janvier 1893, CAS mourut il y a exactement 101 ans, comme HPL la maladie l'isola des autres mais ouvrit la porte sur l'imaginaire, la seule qui donne sur quelque chose. Sans formation il exerça divers métiers et apprit seul l'espagnol et le français, traduisant de nombreux poètes dont Baudelaire. À partir de 1929, il écrira des nouvelles fantastiques qui seront publiées dans Weird Tales, un des meilleurs pulps de l'époque. Il entretiendra une correspondance soutenue avec Lovecraft qui ne cessera jamais de l'encourager mais ne connaîtra vraiment le succès qu'après la guerre. Dommage qu'il n'ait pas la place qu'il mérite en France où ses œuvres sont dispersées. À ne pas oublier : le livre de Donald SIDNEY-FRYER, traduit par Philippe GINDRE 'Clark Ashton Smith, poète en prose' aux éditions La CLEF D'ARGENT.
Probablement avez-vous entendu parler de Conan [le Cimmérien pour lui redonner son titre réel], peut-être Solomon Kane. Le premier fut incarné par Arnold Schwarzenegger dans des films qui ne rendent pas hommage à l’œuvre originale, le second par un acteur dont le mérite était de ressembler à Hugh Jackman. Vous avez oublié Red Sonja ou Kull le conquérant, peut importe. Tout ces personnages sont les ''enfants'' de Robert Erwin Howard, auteur prolifique dont la vie fut raccourcie par Robert lui-même alors qu'on venait de lui annoncer que sa mère ne sortirait plus du coma - elle devait mourir le lendemain - et qu'il s'était séparé depuis quelque mois de Novalyne Price. Il semble que depuis longtemps Howard pensait à la mort, son doigt patientait, le 11 juin 1936 il exerça la pression nécessaire !
Outre ses écrits couvrant tous les gens, boxe, western (parfois humoristique), fantastique, détective story, historique et fantasy bien avant le Seigneur des Annaux ! J'évoquerai Conan plus tard, oubliant les films pour préférer les adaptations dessinées, les nouvelles et le roman mettant en scène le guerrier de Crom.
Cette fois je voulais simplement vous présenter le pan le moins connu de son œuvre : sa poésie.
Nul mieux que François Truchaud qui fut son traducteur ne peut vous présenter ce volume paru aux éditions NéO en 1988 :
''Les poèmes de Howard contiennent les mêmes thèmes et sujets que son œuvre de fiction, les mêmes obsessions et hantises. Les cinquante-trois poèmes [choisis par Glenn Lord] fantastique figurant dans le présent ouvrage sont imprégnés d'horreur et de violence, de sang et de mort. Guerriers sauvages, batailles acharnées, visions orientales, magie noire, satanisme, réflexion philosophiques sur la vie et le monde... autant de préoccupations qui sont déjà familières au lecteur. Howard clame sa différence... il est un ''étranger sur cette terre''... un rebelle, hanté par le suicide et la folie. Véritable ''écorché vif'', il chante en poète visionnaire ses songes intérieurs, ses cauchemars et les ténèbres qui l'habitant. Jamais il n'a été aussi violent et exalté, par-delà les images poétiques et la barbarie triomphe face à la civilisation.''
AUTOMNE
À présent la lyre d'Homère est tachetée de rouille,
Les feuilles jaunes sont emportées de par le monde,
Et les arbres dénudés qui tremblent à chaque bourrasque
Se découpent décharnés sur les nuages frisés de l'automne.
À présent dans le gémissement caverneux de la mer
Les oiseaux tristement volent au couchant,
Et la plainte spectrale du vent lugubre
Contient un souffle de musique, tel un soupir.
De la branche stérile se détache le fruit flétri,
Les vagues effacent des traces de pas sur la grève ;
Les feuilles fanées tombent sur un luth oublié,
Et les bras de l'automne étreignent une race à l'agonie.
HYMNE DE HAINE
Oh, frère qui te loves dans l'herbe âcre,
N'élève pas pour moi ton refrain sifflant :
De tes crocs ruisselle un venin moins mortel
Que celui qui coule dans mes veines en un flot ardent.
Une seule victime satisfait ta haine,
Mais je voudrais voir des cités fortifiées chanceler et s'écrouler,
Des sages à la barbe grise vomis et déchiquetés par des canons,
Et des nourrissons embrochés sur l'acier rougi.
Et je voudrais voir les étoiles tomber en tonnant,
Les océans déchaînés déborder et déferler sur les continents ―
Oh, la ruine universelle ne suffirait pas
À assouvir la fureur de mon âme exaspérée.
Tu apprécies le goût du sans ?
Du moins peux-tu l'écrire,
En faire un texte ou même cent,
Aller jusqu'à oser le dire.
Mais, dans le fond, est-ce sincère,
Ne veux-tu pas ce qui te manque ?
Tu feins que non mais tu espères
Te dégager de ta planque.
Regardes ce que les autres font,
Et tout ce que toi tu voudrais.
La haine stagnante dans le fond
Empoisonne ce que tu espérais ;
La rage te fait tourner en rond ?
Serais-tu mieux, enfermé,
À hurler, comme les autres font,
Quant tu n'oses plus murmurer ?
Je fais erreur, tu peux écrire,
Te... soulager ? de ta Passion,
C'est comme en Enfer, frire,
T'engluer dans la fiction.
C'est mieux, dis-tu, tu fuis le mal,
Mais tu rêves encore de prédation,
Les yeux ouverts devant le bal,
Avec moi, la frustration !
| Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité. |