(1943) Henri-Georges Clouzot

Les notables de Saint-Robin, petite ville de province, commencent à recevoir des lettres anonymes signées « Le corbeau », dont le contenu est insultant. Ces calomnies visent le docteur Rémi Germain, accusé de pratiques abortives, et d'autres personnes de la ville. Les choses se gâtent lorsque l'un des patients du docteur Germain se suicide, une lettre lui ayant révélé qu'il ne survivrait pas à sa maladie. Le docteur Germain enquête pour découvrir l'identité du mystérieux « corbeau ».
Tourné pour la Continental, compagnie régie par l’occupant, Le Corbeau est le second film d’Henri-George Clouzot après le triomphe rencontré par L’Assassin habite au 21.

Si le corbeau rencontra des difficultés c'est qu'il ne présente pas les Français sous leur meilleurs jours en une époque où l'immense majorité était constituée de résistants unis face à l'ennemi, dans la réalité nous savons bien que celle-ci essayait de s'en sortir. Clouzot fut même interdit de cinéma en 1944 pendant deux ans.

Chez Clouzot les personnages sont ambigus, et c'est bien le talent du réalisateur d'arracher les masques des bons comme des méchants pour montrer qu'il y a un peu de l'un dans l'autre, et réciproquement ! Normal dès lors qu'il fut rejeté par les pétainistes de 1943 comme les ''vainqueurs'' de 1944, chacun voulant se retrouver dans une imagerie simpliste qui le montre entièrement dévoué à sa cause. L'autre ne servant qu'à lui permettre de se définir par opposition.
Pour clore le débat je vous renvoie au documentaire de Bertrand Tavernier montrant comment Clouzot loin du portrait grossier des censeurs du PC(F?) aida de nombreux juifs à échapper à la police allemande.
Pour revenir au film, le sujet de ce billet, il importe de s'attarder sur la perfection du scénario qui prend le spectateur, lui donne un indice, lui fait se croire intelligent avant de lui démontrer son erreur. Le suspens reste entier et la réalisation brise les cadres classiques qui avaient fait le succès de L'assassin... Les ombres s'allongent, l'image s'incline comme un fauve prêt à bondir, la profondeur de champ aspire notre regard comme un gouffre s'ouvrant devant nous. Mais je me laisse aller !

N'oublions pas la distribution, Clouzot aime les acteurs plus que les gens, aussi sait-il les mettre en valeur et en sortir le meilleur. Ginette Leclerc, Pierre Larquey, Noël Roquevert, sans oublier Pierre Fresney.
Les polémiques sont loin, reste le plaisir d'observer une faune qui nous ressemble plus que nous le souhaiterions.
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