En se noyant dit-on, c'est sa vie qui défile
Alors qu'autour de soi la nuit dilue le monde,
Formant le seul miroir qui ne soit pas hostile,
Qui montre le passé, le temps comme une ronde.
S'enfoncer doucement, retour à l'amniotique,
Au temps où l'on croyait incarner l'univers ;
S'asphyxier peu à peu sans effroi ni panique,
Ouvrir la bouche en un cri qui reste inaccessible.
Étais-je cet enfant que je vois solitaire,
S'amusant dans son coin avec l'inadmissible,
Puis cet adolescent qui ne savait que faire
Sinon mimer autrui pour rester invisible.
Et après, un pantin pris dans les conventions,
Mais sans jamais pouvoir s'intégrer socialement,
Piégé par des années où l'imagination
Dominait le réel, à paraître dément.
Quelle autre solution que venir sur ce pont,
Regarder l'eau couler, sereine et prometteuse,
Comprendre que c'est là que mes espoirs iront,
Un simple mouvement pour une fin heureuse.
Penser est un effort, respirer ? À quoi bon !
Dans les bras de la mort je retrouve la paix.
La lumière est trop loin, plus de contact, de son,
Ni d'odeur ou de goût, plus besoin d'espérer.
Ne peut être oublié qui jamais ne vécu,
Spectre depuis l'instant ou j'ai ouvert les yeux,
Ces bulles d'air pour soupir seront inaperçues,
Mon âme est oublié des humains et des dieux.

