
Anthologie indispensable !
En ce jour de commémoration de l'espoir que la paix vienne enfin autant laisser la parole à ceux qui connurent le froid, la faim et la peur, et parfois rencontrèrent la mort, dans les tranchées. J'aurais voulu en inclure autant qu'il y eut de victimes, ce n'est pas possible, malheureusement.
Dans un trou à Verdun.
Toute la terre tremble,
Et le canon qui gronde.
Oui, je crois, il me semble
Que c’est la fin du monde.
Dans nos trous, on blasphème,
On ne croit plus au bon dieu.
Même les morts aux faces blêmes
Tendent leurs poings vers les cieux.
C’est la moisson de notre jeunesse.
On tue des gosses de vingt ans
Qui meurent là, sans une caresse,
Fauchés comme des fleurs de printemps.
A quand la fin de ce cauchemar.
On n’en peut plus; on en a marre.
Mais c’est dans un trou à Verdun
Que j’ai connu mon petit copain.
Comme l’amitié réchauffe le cœur !
On se déride; on n’a plus peur.
Et dans la boue de Verdun
Nous nous sommes serrés la main.
Prends mon bidon, un coup de pinard,
Rien de meilleur contre le cafard.
Et pourquoi conserver ces biens,
Puisque nous tous mourrons demain.
Et puis ensuite nos retrouvailles
Devant ta maison près du café.
On discutait de nos batailles
Et des copains qu’on a laissés.
Toujours dans notre petite causette:
Souville, Douaumont et La Caillette.
Mais je voyais dans tes yeux bleus,
Comme un reflet des cieux.
Tu es parti de bon matin,
Sachant bien sûr, l’étape dure.
Et puis quand on pense aller loin,
Il faut ménager sa monture.
Mais partant pour l’éternité
Au pays de l’égalité,
Tu aurais dû comme à Verdun,
Mon petit copain, me serrer la main.
Mais dis-lui bien, à Dieu le Père,
Puisque Verdun fut un enfer,
Qu’il te réserve au paradis
Une place pour toi et tes amis,
Et tous les combattants de la terre.
Une prière: honnie la guerre,
Et tous, nous nous serrerons la main,
En bons copains, en vrai copains.
Henri Eugène LALLIER
1891-1976
Pour mon copain Marcel BOURGEOIS
Ancien du 147ème R.I.
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles
Couchés dessus le sol à la face de Dieu
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l'appareil des grandes funérailles
Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles
Car elles sont le corps de la cité de Dieu
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leurs feu
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles
Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés
Charles PEGUY