Die Freudlose Gasse – Georg Wilhelm Pabst – 1925 – 145' 
Le monde de l'après première guerre mondiale, une défaite humiliante pour l'Allemagne et l'Autriche, est difficile, hormis pour une minorité qui, comme toujours, profite des événements et se fiche d'un peuple pour qui chaque jour passé est une victoire, et celui à venir une source d'inquiétude.
La rue Melchior que nous montre Georg Wilhelm Pabst est le reflet de la société, des classes sociales différentes mais des difficultés similaires s'y retrouvent. Pour survivre il reste les trafics, les magouilles, la prostitution obligatoire pour obtenir de quoi manger pour son fils. Une vie compte peu et le voisin qui est là depuis dix ans peut avoir disparu le lendemain.
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Maria Lechner est amoureuse de Egon Stirner, un jeune homme ambitieux, elle est prête à tout pour l'aider, ignorant, peut-être, que son amant fréquente aussi Grete Rumfort dont l'existence n'est plus ce qu'elle était suite à l'inconséquence paternelle qui le fit jouer maladroitement son argent en bourse, et tout perdre.
Une boutique de mode, la journée, appartenant à Frau Greifer, devient la nuit une boîte de nuit où des femmes se donnent en spectacle, avant de se vendre à des spectateurs avides et sans scrupule.
La Greifer et le boucher tirent profit de cet environnement, la première en faisait de son échoppe de modiste un bordel, le second en vendant sa viande, ou en l'échangeant contre des faveurs auprès de femmes qui n'ont pas d'autres moyens de survivre. Tous deux viennent de cet univers, le connaissent mais veulent s'en sortir à n'importe quel prix. Surtout si celui-ci est acquitté par d'autres.
Comment échapper à la prostitution, penser que l'avenir peut être différent, quand l'avenir est circonscrit à cette seule rue ? 
Dans ce contexte entre misère et rapacité un crime se produit, Egon est impliqué, la victime étant une jeune femme de bonne famille dont il était l'amant, sous le nom de Henry Stuart !
Les personnages se suivent, se croisent, s'affrontent parfois, ballet sordides d'instincts contraires dont seule une exception pourrait s'extraire alors que derrière elle ce monde s'effondrerait, sombre avertissement d'un inévitable futur.
C'est Vienne dont il est ici question, ce pourrait tout aussi bien être Berlin, navire social promis au naufrage dont Pabst nous montre le dernier voyage qui s'éternise sans pouvoir échapper à sa destination finale.
Ce film, déjà, eut affaire à la censure, trop sombre, trop réaliste dans ce qu'il montrait, trop érotique aussi. Les hommes ont l'argent, ou la viande, les femmes ont le sexe, et s'en servent pour tenter de s'en sortir.
Bien des séquences sont perdues, ce qui reste n'a pourtant rien perdu de sa force, obscurité avertissant de l'inévitable nuit à venir à laquelle le feu seul pourra, et devra, mettre fin. La version diffusée aujourd'hui est-elle celle de l'auteur ? Impossible de le savoir tant ce film est un puzzle dont de nombreuses pièces paraissent interchangeables sans changer l'image finale.
Pabst était un réalisateur pour qui le cinéma était une arme de démonstration massive, voyant par le contact avec le monde
qu'il décrivait venir celui qu'il redoutait.
Outre la mise en scène il est important de souligner l'importance de l'interprétation, dominée par Asta Nielsen, immense star de l'époque en Europe, mais sur le déclin, Greta Garbo, qui allait succéder à la précédente avant de s'inscrire dans l'histoire du cinéma, ce que la précédence ne put faire. Et faisant une apparition, parait-il, Marlène Dietrich.


















































