...oui merci docteur, vous rencontrer fut la meilleure chose de mon existence. Combien d'années ai-je fait semblant de vivre, suivant les préceptes de la banalité, oubliant les désirs de ma jeunesse, pas si lointaine il est vrai mais ensevelie dans la routine de la famille et du travail.
Parfois me revenaient de ces regrets traînant dans un coin de mes souvenirs, un coup de nostalgie comme un souffle de vent déplaçant, un moment, la poussière du temps qui passe.
C'est mon épouse que je dois remercier, c'est elle qui sentait une part absente en moi et me persuada de vous consulter. Vous vous souvenez comme au départ je fus réticent. Quel intérêt de ressortir des images jaunies d'autrefois dont la plupart étaient floues et en recouvraient d'autres encore moins claires. Je n'avais pas compris qu'en me penchant sur elles je les verrais plus clairement, ou peut-être sentais-je que c'était ce qui arriverait ; cette routine que je critiquai je m'y étais fait, elle me rassurait. Les mots en convièrent d'autres, je suivais un fil d'Ariane sans savoir qu'à l'inverse de l'autre celui-ci m'indiquait comment entrer dans le labyrinthe.
Les mots devinrent des images qui se diffusèrent en moi, lentement, profondément, germant en inflorescence de désirs et de frustrations grandissants jusqu'à ce que j'en vienne à considérer que s'ouvrait à moi une nouvelle chance, le temps faisait une boucle et s'ouvrait à nouveau le chemin que j'aurais pu prendre il y a dix ans.
Une erreur est plus plaisante à commettre quand elle est préméditée. Mais s'agit-il de cela ou de l'acceptation de ce que je suis ? La civilisation est un bocal où circulent tant de poissons rouges que la présence de prédateurs est dans l'ordre des choses.
Vous comprenez docteur que, en matière d'hommage, ma première victime devait être ma femme... il va sans dire que je compte sur vous pour conserver le secret, pas de corps pas de preuve n'est-ce pas ? Rassurez-vous, si j'ose dire, je vous tiens au courant. Ne me raccompagnez pas je connais le chemin !

