Un trait lumineux, un sourire, glacé comme une invitation. J'hésite, mon hôte me connaissant ne peut m'avoir laissé seul dans cette pièce sans soupçonner mon désir. Je gage même qu'il le dirigea en me parlant de ce sabre, âgé de plusieurs siècles et ayant appartenu à un véritable samouraï l'ayant utilisé un grand nombre de fois jusqu'à sa rencontre avec un adversaire plus fort, plus jeune, plus retors peut-être qui mit fin à son séjour sur Terre.
Tant de fêlures, d'ébréchures, de taches qui pourraient être de sangs... quelles histoires pourrais-je écrire avec une plume s'étant gorgée de tant d'encres différentes. Facile d'imaginer empoigner cette arme et traverser le temps pour voler les sensations de son maître, sentir sa peur, son excitation face au danger et le flot émotionnel alors qu'il plonge sa lame dans un corps. Heureusement d'autres eurent avant moi des existences dont je peux m'inspirer sans risque.
Pas question de l'empoigner, je n'en ai pas plus le droit que le mérite. Elle m'envouterait, m'incitant à sortir pour étancher sa soif d'hémoglobine jusqu'à ce que je tombe sous les balles des policiers ! Je sais, pur délire, frustration primaire, personne ne croirait plus une histoire pareille. Dommage, plus qu'un morceau d'acier, c'est une meurtrière au travers des remparts de la banalité qui nous contiennent, et nous rassurent. Avons-le, ni vous ni moi ne voudrions vivre ''en vrai'' à cette époque, s'y projeter par l'image, par les mots, par les délires d'autrui est suffisant, frustrant mais plaisant.
Pourtant il y a toujours moyen d'utiliser une clé. Si la serrure est inaccessible alors il suffit d'en vouloir une autre, il suffit de savoir... non, d'oser, je me connais assez pour savoir comment cravacher la monture de mon délire, c'est comme un jeu, un geste puisqu'une pensée ne suffit pas. Appuyer sur un commutateur pour appeler les ténèbres, c'est si simple. Frôler cette lame, en écouter le murmure, elle a tant vécu.
Je sais ce qu'elle veut pour me raconter, un faible prix que j'ai l'habitude d'acquitter.
J'approche mon doigt plus près, touche l'acier, appuie, il me faut y mettre davantage de force et faire glisser mon index avant qu'un peu de sang ne coule sur l'acier. Écoutez, écoutez, maintenant il parle, il me parle.
Appuyez un peu, juste un peu plus...

