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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 07:30

Pour la Science 468 – Octobre 2016   

... pour mieux l'explorer

Karl DEISSEROTH

 

Comment les neurobiologistes observent le million de milliards de connexions du cerveau, même les plus profondément enfouies.

Notre système nerveux est un ensemble de fils interconnectés, les axones, transportant des impulsions électriques d'un neurone à l'autre. Les plus longs s'entrelacent avec des fibres courtes pour former le réseau transmettant les signaux et traitant l'information.

Les techniques classiques ne permettent pas d'observer à la fois un axone sans l'isoler de son contexte.

Une nouvelle technologie permet maintenant de voir l'intérieur du cerveau entier pour déterminer les trajectoires et les propriétés moléculaires de chaque fibre. Cette méthode s'appuie sur la chimie des hydrogels, des polymères formant un réseau tridimensionnel de compartiments connectés capable de retenir l'eau sans se dissoudre. Il faut imprégner d'un gel transparent le cerveau d'un humain, post mortem, celui-ci se lie aux molécules porteuses d'information, principalement l'ADN et l'ARN, et les protège. Ensuite il faut éliminer les tissus inutiles, comme les lipides, puis introduire indicateurs fluorescents et autres marqueurs dans l’ensemble de la structure, ainsi, éclairée, il est possible d'observer diverses fibres et molécules partout dans le cerveau.

Cette technique permet aux scientifiques de relier la forme physique de voies neuronales impliquées dans l'action et la cognition à leur fonction comportementale, qu'il s'agisse d'un mouvement ou d'une mémorisation. Ainsi sera-t-il possible de mieux connaître les processus impliqués dans la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, la sclérose en plaques, l'autisme, la toxicomanie et les troubles anxieux.

L'utilisation d'hydrogel est aussi appliquée à d'autres organes, pour le diagnostic du cancer par exemple.

L'évolution n'a pas (encore) su rendre un cerveau transparent chez les grands animaux, l'invisibilité est pourtant une qualité utile à certaines espèces de crevettes et de poissons. Chez ceux-ci le système nerveux central reste opaque. Rien ne laisse la lumière se propager sans encombre à travers un cerveau vivant.

Karl DEISSEROTH et son équipe développèrent entre 2005 et 2009 une technique visant à allumer et éteindre différents composants spécifiques des circuit du cerveau en associant lasers, fibres optiques et gènes de protéines photo activables, des opsines microbiennes, issues d'algues et de bactéries. Cette technique appelé optogénétique contrôle l'activité dans des neurones spécifiques au sein de cerveaux vivants entiers alors que les animaux agissent et se livrent à des comportements complexes. Elle ne permet pourtant pas, à elle seule, de fournir une image à haute résolution du câblage des cellules contrôlées par la lumière à travers l'ensemble du cerveau.

Les premières expériences joignant la neurobiologie et la chimie des hydrogels furent conduites par deux chercheuses en biologie, Viviana Gradinaru et Charu Ramakrishnan. Dès 2010 elles cherchèrent à rendre les neurones invulnérables aux dégâts occasionnés par les agents utilisés pour détruire la structure tissulaire fine et les membranes cellulaires. Un ingénieur chimiste, Kwanghun Chun, rejoignit le duo afin de surmonter les difficultés rencontrées. La conjugaison de leurs efforts, conjugués avec d'autres recherches permit la fabrication d'hydrogels tissulaires marquant un rapide progrès laissant entrevoir d'autres avancées en conjuguant optogénétique et hydrogel tissulaires afin d'étudier des tissus biologiques entiers et obtenir des données qui étaient inaccessibles jusqu'alors.

Comprendre un système complexe suppose l'échange d'informations entre les échelles locale et globale. En neuroscience il est désormais possible de recueillir des informations détaillées sur la structure de l'organe entier, les composants moléculaires et l'activité des cellule.

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 07:30

Pour la Science 468     

Dante Lauretta

Bennu est un astéroïde qui pourrait menacer la Terre. Pour en être sûr, et l'étudier, la sonde OSIRIS-REx (Origins, Spectral Interpretation, ressource Identification, and Security-REgolith Explorer) est partie le 8 septembre 2016 pour l'étudier, s'y poser et revenir chargée de quelques grammes de roche pour mieux comprendre l'origine de la vie.

 

Découvert en 1999 ce bolide a été baptisé à partir de l'oiseau Bénou, dieu de la création dans la mythologie égyptienne. De plus il regorge de composés organiques et de minéraux riches en eau qui lui donneraient la capacité de disséminer les graines fondamentales de la vie s'il tombait sur une planète stérile. À l'inverse, sa chute sur Terre serait catastrophique. Or en 2135 Bennu passera près de nous, à une distance inférieure à celle nous séparant de la Lune. Cette proximité, la gravité aidant, pourrait projeter l'astéroïde sur notre planète et provoquer un impact libérant l'équivalent de 3000 mégatonnes de TNT. La seule alternative se présentant est d'évacuer les zones les plus menacées ou de tenter d'infléchir la trajectoire de Bennu. Les données recueillies par OSIRIS-REx seront alors utiles.

Les astéroïdes sont des vestiges de la formation du Système Solaire, des messagers d'une époque lointaine, les porteurs de données relatives à des événements antérieurs de plusieurs centaines de millions d'années à la formation de la Terre. Des échantillons apporteraient des réponses sur la naissance du Soleil, la formation des planètes ou les origines de la vie terrestre.

Des météorites tombent régulièrement sur Terre mais aucun ne nous parvient intact, la chaleur de l'entrée dans l'atmosphère faisant fondre leur surface. Dans l'environnement stérile de l'espace profond les astéroïdes sont dans le même état depuis des milliards d'années. Le seul moyen d'accéder aux informations qu'ils recèlent est d'aller vers eux.

Bennu est né il y a ''environ'' un milliard d'années lors de l'éjection de matière d'une protoplanète entre Mars et Jupiter. C'est une masse noire constituée de matériaux carbonés fragiles, composés précurseurs possible de la biochimie terrestre, fondée sur le carbone, d'où l'importance de l'étudier.

OSIRIS-REx est né en février 2004 avec pour but d'aller chercher un échantillon d'astéroïde. La mission Hayabusa, visant Itokawa, de l'Agence d'exploration aérospatiale japonaise avait le même but mais revint avec trop peu d'éléments pour être intéressante.

Il fut alors décidé de viser un astéroïde carboné sombre, Bennu était la cible idéale par sa composition mais aussi par la compréhension de son orbite pour déterminer le niveau de sa menace pour la Terre.

 

Une fusée Atlas V partie depuis Cap Canaveral lança la sonde qui devrait atteindre Bennu en août 2018. Elle se mettra alors en orbite durant 3 ans pour cartographier l'astéroïde puis devra prélever un échantillon d'au moins 60 grammes, témoin des événements survenus au long de l'histoire du Système Solaire. Les plus vieux minéraux à l'intérieur de la structure de Bennu sont des grains présolaires formés dans les vents stellaires émis par des étoiles mourantes et sont les constituants primordiaux des planètes. Bennu est majoritaire constitué de molécules organiques et de minéraux argileux riches en eau, la matière première brute des éléments de base de la vie sur Terre, l'ADN, l'ARN et les protéines. Un nombre important d'astéroïdes carbonés à dû tomber sur Terre dans sa jeunesse et la possibilité qu'ils y aient semé des germes de vie.

Cette mission devra également étudier la possibilité d'une exploitation minière des astéroïdes pour pallier la raréfaction des ressources terrestres. Autre ambition, améliorer les techniques de prévision d'éventuelles collisions avec la Terre et les méthodes de prévention. Pour cela il faut en effet calculer précisément l'orbite d'un projectile éventuel.

Bennu fait le tour du soleil en 438 jours à 28 km/s. En une orbite il parcourt un milliard de kilomètres. Cette périodique permit aux astronomes de l'étudier et de le calculer avec une précision de quelques mètres et de déterminer que Bennu passera à moins de 300 000 km de la Terre avec le risque de voir sa course modifiée par la gravité pour croiser celle de notre planète. Il pourrait aussi bien entrer en collision avec Mercure, Mars ou Jupiter, tomber dans le Soleil, voire être éjecté du Système Solaire. Autre contribution d'OSIRIS- REx, l'étude de l'effet Yarkovski qui décrit la force exercée sur un petit astéroïde de forme irrégulière lorsqu'il absorbe la lumière solaire et renvoie l'énergie sous forme de chaleur. Ce rayonnement thermique agit comme un propulseur entraînant une lente dérive de l'orbite. Une meilleure compréhension de ce phénomène sera cruciale pour d'éventuelles futures mission pour pousser un astéroïde sur une trajectoire moins menaçante.

Cinq secondes ! C'est la durée du séjour de la sonde sur sa cible, suffisant pour prélever un échantillon à la surface de l'astéroïde. Pour réussir cela un instrument spécial a été conçu, le TAGSAM (Touch-And-Go Sample Acquisition Mechanism). Avec ses caméras, ses lasers, ses antennes radio et ses spectromètres OSIRIS-REx étudiera son objectif dans son intégralité pour le cartographier et définir le meilleur endroit pour se poser, prélever, repartir. À cet instant la sonde sera à 18 minutes-lumière de la Terre, l'opération devra se dérouler automatiquement.

Après 7 ans de voyage la voyageuse sera de retour dans le désert de l'Utah, l'échantillon sera récupéré, transporté jusqu'au centre Johnson de la NASA, stocké avant d'être morcelé pour être distribués auprès de la communauté scientifique qui aura devant elle plusieurs décennies d'études.

En 2135 ni vous ni moi ne serons là, quoi que.. je parle pour moi bien sûr.

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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 07:30

Pour la Science 468                    

Stephen Brusatte &

Zhe-Xi Luo

Hiver 1824, William Buckland est un naturaliste dont les cours sont réputés. Sa façon de faire circuler parties animales et fossiles, les commentant en grand habit professoral, est spectaculaire et captivante.

La rumeur veut qu'il est enfin prêt à présenter les gigantesques ossements qu'il examine depuis dix ans. Le public est étonné quand il affirme que ceux-ci appartiennent à un lézard géant, le Megalosaurus. C'est la première présentation d'un dinosaure.

Parallèlement il montra une paire de mâchoires, Georges Cuvier lui avait confirmé qu'elles venaient de mammifères, de marsupiaux précisa-t-il.

Ces mâchoires portaient des dents dotées de cuspides, d'élévations dans la couronne, signe qu'à l'époque des dinosaures les mammifères avaient déjà une histoire. Quelle était leur origine, quelle était leur place à côté des reptiles géants et comment avaient-ils pris le pouvoir sur Terre ?

Au XXème siècle les découvertes de dents de mammifères archaïques apportèrent un début de réponse à ces questions.

Une idée reçue voulaient que les protomammifères aient stagné pendant le Mésozoïque, vivant à l'ombre des dinosaures, au ras du sol à la recherches d'insectes... Démonstration a été faite qu'ils surent s'adapter, se multiplier et se diversifier.

Il existe trois ordres de mammifères : les monotrèmes pondeurs d’œufs, les marsupiaux dont l'embryon se développe dans une poche abdominale, et les placentaires chez qui il se développe à l'intérieur du ventre.

Leurs ancêtres sont issus des cynodontes, reptiles mammaliens du Pernien supérieur disparu quand une gigantesque éruption élimina presque toutes les formes de vie. L'extinction de certains amphibiens et de la majeure partie des reptiles permit l'émergence de la plupart des tortues, lézards, grenouilles, crocodiles et les mammaliaformes, c'est-à-dire tous les mammifères actuels. Trois grands types définissent nos aïeux : les kuehneotheriidés, les morganucodontidés et les haramiyidés. De la taille d'une souris ils présentaient certaines caractéristiques mammaliennes. Le progrès de scanners permet de visualiser avec précision l'anatomie interne des os fossilisés, cavités endocrânienne et passages de nerfs. Ces protomammifères avaient des encéphales plus grands que ceux de leurs ancêtres, elles étaient dotées d'aires auditives et de bulbes olfactifs impliquant que leurs propriétaires avaient une ouïe et un odorat plus fins. Ils comportaient aussi des aires cérébrales spécialisées augmentant les sensations tactiles de la peau et des poils ainsi qu'une solide ossature entourant l'oreille interne, l'isolant du vacarme considérable de la mastication. Justement, l'étude, menée par l'équipe de Pamela Gill, d'images à très haute résolution obtenues par tomographie à rayons X à partir d'un faisceau de synchrotron, révéla l'immense variété de leurs régimes alimentaires. Les morganucodontidés avaient des mâchoires pouvant écraser les gros insectes pourvus d'exosquelette, les kuehneotheriidés ne pouvaient pas croquer plus qu'un papillon ou un ver mou. Celles des haramiyidés pouvaient sectionner et écraser de petites plantes.

Une bonne coordination motrice et des sens aiguisés grâce à un plus gros encéphale, et un métbolisme plus intense, permirent aux mammaliaformes de s'épanouir dans le froid et l'obscurité et survivre à la fragmentation de la Pangée, entre le trias et le jurassique, il y a 200 M d'années, le supercontinent rassemblant alors la plupart des terres émergées. L'atmosphère a été massivement polluée par les gaz engendrés par les effusions de magma qui en même temps dévastaient les écosystèmes. 30 millions d'années plus tard la lignée des mammifères connut une diversification explosive.

Ces mammaliaformes disparus sont essentiels pour comprendre les origines des mammifères actuels. Les paléontologues s'interrogent sur la disparition de ces formes archaïques. Celles-ci donnèrent les thériens qui se diversifièrent à leur tour, créant les euthériens, groupe comprenant notamment les mammifères actuels : les placentaires et les metathériens, dont les marsupiaux.

Au début du Crétacé apparurent les angiospermes, les plantes à fleurs, donc à fruits, qui bouleversèrent la plupart des écosystèmes offrant aux mammifères de nouvelles sources de nourriture, les fruits, les fleurs et les insectes qui s'en nourrissent. Ceux disposant de molaires tribosphériques, adaptées à ces aliments, survécurent, les autres, tel Repenomamus disparurent.

Les thériens pourtant n'étaient pas seuls à proliférer, ils eurent des concurrents, dont les gondwanathériens.

Une nouvelle catastrophe biologique arriva, la chute d'un astéroïde géant provoquant incendies, raz-de-marée et tremblements de terre associés à des éruptions volcaniques qui dévastèrent la Terre entraînant changements climatiques et environnementaux insupportables pour la quasi-totalité des dinosaures. Après 150 millions d'années, la domination des dinosaures cessa, ils disparurent, à l'exception des oiseaux. De nombreux genres de mammifère connurent le même sort. Les survivants, dont l'ancêtre commun ''père'' des placentaires qui avait vécu à l'ombre des dinosaures, investirent les niches écologiques vacantes et se divisèrent en sous-groupes donnant de très nombreuses formes et tailles.

Il y a 63 millions d'années Torrejonia, animal de la taille d'un chiot s'accrochait aux branches. Ce protoprimate n'imaginait sûrement pas que quelques-uns de ses lointains descendants, penchés sur ses ossements, se reconnaîtraient en lui.

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 08:00

Pour la Science N°70

Nicolas OBIN & Axel ROABEL 

Miroir de l'âme pour Aristote la voix est constitutive de notre identité et exprime notre personnalité et nos émotions. Elle était propre à l'homme, désormais les voix de synthèse représentent un enjeu majeur des technologies numériques et de l'économie associée. La voix est l'une des clés de l'interaction homme-machine, elle insuffle une ''âme'' à la machine et définit les contours de sa personnalité.

Les géants du numérique sont les fers de lance des industriels investissant dans la recherche et le développement des technologies numériques liées à la synthèse de la parole. L'avenir est aux assistants personnels, des intelligences artificielles à notre service apprenant à répondre à nos moindres besoins. Ces questions mobilisent de nombreux laboratoires, Cambridge, l'université d'Édimbourg, Carnegie Mellon, Nara...de son côté l'Ircam se distingue en entretenant des liens entre l'innovation et la culture, le divertissement et la création de contenus.

Les premiers cherchent des voix standardisées, le second cherche une voix humaine par son ton, sa personnalité, son expressivité. Les voix de synthèses sont devenues naturelles et expressives grâce à des avancées scientifiques en traitement du signal, en apprentissage automatiques et en linguistique. Des algorithmes d'analyses et de synthèse de la parole permettent la reproduction fidèle du grain de la voix.

Demain il sera possible de rendre leur voix à des personnes ayant perdu l'usage de la parole, de parler dans une autre langue avec sa propre voix, d'en changer comme de coiffure, d'interagir avec des robots dotés d'une personnalité vocale indiscernable de celle d'un être humain. Pour y parvenir il faudra comprendre la singularité de la voix humaine et la maîtriser. La source d'émission de la voix est constituée de plis improprement appelés cordes vocales. Ils sont mis en vibration par l'air que les poumons insufflent à travers la trachée, ces vibrations font varier la pression de l'air qui se propage en produisant un son à une certaine fréquence dit fondamentale, la hauteur de la voix, et ses multiples, les harmoniques.

La coloration du son dépend de la configuration des articulateurs de la bouche. Chaque langue est pourvue d'un ensemble de sons spécifiques nommés phonèmes qui en constituent les unités élémentaires. Le français en compte un peu plus d'une trentaine : voyelles et sons apparentés (on, un), consonnes et sons apparentés (occlusives b, d, p ; fricatives, f, ch, s, etc). L'identité d'une voix est constituée de deux composantes propres à chaque individu : le timbre et la prosodie.

Un logiciel permet d'agir sur la hauteur et le timbre d'une voix créant l'illusion d'un changement de sexe ou d'âge. Il est possible de créer des voix non humaines, fantastique, comme en mixant un enregistrement de voix humaine et un rugissement de lion. Le résultat est saisissant, la voix est claire mais avec le souffle et les rugissements d'un lion.

L'étape suivante consiste à reproduire la voix d'acteurs ou de personnalités historiques.

Les premières tentatives de synthèse de la parole remontent au XVIIIe siècle avec les automates et les machines parlantes. Avec l'électricité les machines se modernisent et se perfectionnent puis s'automatisent avec les ordinateurs. Le synthétiseur de l'IBM 704 inspira la voix de HAL dans 2001, l'Odyssée de l'espace. Aujourd'hui les systèmes de synthèse de la parole offrent la possibilité de personnaliser les voix numériques.

Résultat de recherche d'images pour "voix synthétique"

La voix d'une machine, Deus ou diabolus ex machina ? À qui appartiendra une voix de synthèses créée à partir de voix humaines ou obtenue par conversion d'une autre voix ? Résultat de recherche d'images Comment distinguer la voix synthétique de la voix réelle, authentifier l'auteur d'un message ? L'humanisation des voix de synthèse, à l'instar de l'apparence des robots, pose question. Avec ces machines ne ferons-nous pas un pas dans la ''vallée de l'étrange'' évoquée par le roboticien japonais Masahiro Mori ?

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 08:00

Pour la Science N°70

Les fraudes scientifiques

Olivier Klein & Vincent Yzerbyt

 

Le professeur Diederik Stapel se voit en septembre 2011 suspendre de ses fonctions pour fraude. ''Expert'' en psychologie sociale, à la façon dont nos jugements et comportements sont influencés quand nous nous comparons à autrui, il est l'auteur d'une centaine de publications dans les revues les plus prestigieuses. L'enquête mettra en lumière que 55 d'entre elles étaient truquées, l'auteur avait inventé des données ou modifié les résultats afin qu'ils correspondant à ses hypothèses.

Suite à ce scandale trois chercheurs en psychologie aux Pays-Bas, Wolfgang Stroebe, Russel Spears et Tom Postmes cherchent d'autres fraudes, et en trouvent. Entre 1974 et 2012 ils recensent 40 cas dans divers domaine. Le record de trucages revient à Yoshitaka Fujii qui falsifia 172 articles sur 212.

Les comportements frauduleux sont motivés par les ambitions personnelles et certains aspects du fonctionnement de la recherche.

Certains sujets attisent la curiosité des scientifiques, suscitant de fortes attentes dont les fraudeurs profitent. Stapel répondait aux attentes en rédigeant des articles adaptés aux théories du moment, de plus il produisait des résultats allant dans le sens des experts censés vérifier sa publication.

De plus ces articles jouent dans l'évaluation du chercheur mais aussi de son laboratoire, de son université, de son pays. Publier est capital pour être pris au sérieux dans un monde où la compétition fait rage.

Des articles de plus en plus nombreux sont donc retirés, 25 en 2000, 300 en 2009. Les revues rejettent pourtant 95% des propositions, sont choisis les articles correspondant aux critères de la revue. Les résultats surprenants, ou séduisants ; les données statistiquement significatives confortant l'hypothèse du chercheur sont susceptibles de passer la rampe. Ainsi est-il tentant d'annoncer un résultat fracassant ou de truquer ses données.

L'argent est une autre motivation, les résultats attirent les investissements, surtout dans les domaines intéressant l'industrie comme les sciences de la vie. Les financements dont peuvent bénéficier certaines universités peut les inciter à fermer les yeux sur les résultats annoncés.

Autre facilitation de la fraude, la confiance que les scientifiques accordent a priori. Nous avons tendance à interpréter la réalité dans le sens nous convenant ou en fonction de nos attentes comme à ne retenir d'une somme de résultats que ceux allant dans notre sens. Ainsi un chercheur allemand, Johannes Bohannon, publia qu'un régime riche en chocolat faisait perdre du poids, il bénéficia d'une importante couverture médiatique, dans son cas il s'agissait de démontrer les failles du systèmes de publication. Il est également plus facile d'approuver un résultat, que l'on soupçonne douteux, en sachant que d'autres en firent autant préalablement.

Le fraudeur commence petit, rencontrant le succès il persévère avec des mensonges de plus en plus importants.

Comment contrer les fraudes ? D'abord en permettant à ce que tous les coauteurs d'un articles disposent de l'intégralité des données, et que chacun soit responsable du résultat final. La communauté scientifique pourrait accéder aux documents à mesure de l'avancée du processus de recherche. Qu'un scientifique ait un doute et en consultant les étapes précédentes il pourrait juger de la validité, ou non, de son interrogation.

Aujourd'hui existe l'Open Science Framework, une plateforme où les chercheurs peuvent mettre en ligne les étapes de leur processus de recherche et proposer des réplications d'études antérieures. Le soutien aux ''lanceurs d'alertes'' est une autre solution, souvent une fraude est découverte par un collaborateur, tel un doctorant, qui n'osera pas la divulguer. La préservation de l'anonymat, et la transparence des procédures de dénonciation, est indispensable. Un site, Pubpeer, permet de commenter des articles publiés, éventuellement d'en souligner les erreurs trop manifestes pour avoir pu échapper à ses rédacteurs. Un biochimiste, Fazlul Sarkar, ainsi mis en cause, porta plainte pour diffamation pour connaître l'identité des accusateurs. Un comité d'expert reconnu finalement qu'il était coupable de fraude !

Attention doit être portée à la culture de la délation, une accusation peut être faite dans le but de salir une réputation.

Une réforme du système de recherche est-elle possible ? Empêcher la fraude, compte tenu de la nature humaine, est illusoire, la limiter serait un résultat positif. L'émulation et la confiance sont importantes pour avancer en science

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12 juin 2018 2 12 /06 /juin /2018 08:00

Pour la Science N°70

Interview par Sean Bailly

L'Univers est homogène et isotrope, identique quel que soit l'endroit où l'on se place et la direction dans laquelle on regarde. Vu de près c'est moins vrai. Il semble composé d'amas et superamas entre lesquels on trouve les ''vides'' cosmiques, espaces déserts où la densité en galaxie est très faible. Des fluctuations quantiques dans le plasma de l'Univers primordial ont créé des zones de surdensité de matière ordinaire et matière noire se sont accumulées pour donner naissance aux galaxies et amas de galaxies. Les zones de sous-densité formèrent les vides cosmiques. L'équipe de Stéphanie ESCOFFIER étudie une carte tridimensionnelle comprenant 1,5 million de galaxies et y a détecté plusieurs centaines de vides.

Résultat de recherche d'images pour "vide cosmique" Ceux-ci nous renseignent sur le processus de formation des grandes structures, les effets de lentille gravitationnelle en champ faible ou certaines anomalies du fond diffus cosmologiques, tel le point froid. Ils permettent d'étudier l'expansion accélérée de l'Univers active depuis environ 7 milliards d'années. Dynamique impliquant l'énergie sombre et la modification de la relativité générale. Si la première existe elle représenterait près de 70% du contenu de l'Univers.

L'intérêt des vides cosmiques est qu'ils pourraient être composés principalement d'énergie sombre. Ce sont des laboratoire idéal pour tester les scénarios d'énergie sombre ou les théories alternatives à la relativité générale, à condition de posséder les instruments adéquats.

Dans les régions de faible densité une déviation des observations par rapport aux calculs théoriques serait un indique qu'il faut modifier les lois de la gravitation.

Le projet BOSS (Baryon Oscillation Spectroscopie Survey) devenu eBOSS (e pour extended) afin d'étudier des vides plus lointains nés dans un Univers plus jeune afin de déterminer si la dynamique de l'énergie sombre a changé au cours du temps.

En 2020 le satellite européen Euclid permettra d'observer 10 milliards d'objets dont 50 millions de galaxies. Les vides auront, paradoxalement, beaucoup de choses à nous apprendre

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6 juin 2018 3 06 /06 /juin /2018 08:00

Pour la Science N° 470

Vous regardez le ciel et contemplez, si vous avez de la chance, combien il fourmille d'étoiles et autres objets astronomiques plus ou moins lumineux, et vous demandez si l'Univers est homogène. La réponse est non, il existe des régions relativement denses et d'autres relativement dépeuplées en galaxies. Il existe même un ''supervide'' à 3 mds d'années-lumière de nous s'étendant sur 1,8 mds d'années-lumière. Les déserts cosmiques sont liés à d'importantes questions sur les débuts de l'Univers, son expansion et les théories de la gravitation.

L'endroit le plus vide de l'Univers

István Szapudi

La lumière la plus ancienne de l'Univers est visible sur un vieux poste de télévision réglé entre deux chaînes. Les points sur l'écran montrent que l'antenne est bombardée par des photos dont certains furent émis environs 380 000 ans après le Big Bang. Ils correspondant à une température moyenne de 2,7 kelvins et forment le fond diffus cosmologique. Cette température fluctue d'environs 10-5 à 10-4 kelvin autour de la valeur moyenne. C'est l'anisotropies du fond diffus. Certaines régions de la carte cosmique semblent plus froide, d'autres plus chaudes. L'étude de ces anisotropies permet de déterminer quelques caractéristiques de l'Univers primordial. En 2004 fut repéré par la sonde WMAP un ''point froid'' de l'univers.

Résultat de recherche d'images pour "point froid de l'univers"

Quelle est la nature et que cache donc cette anomalie ?

Certains y voient le hasard, probabilité faible mais non nulle, de l'ordre de 0,5 %, pas l'auteur qui y voit un mystère passionnant. Ses études à l'université d'Hawaï indiquent un lien entre un supervide et cette température ''trop'' basse. La lumière la traversant perdrait de l'énergie à cause d'un effet produit par l'expansion accélérée de l'Univers. Les germes des vides et des amas sont apparus très tôt quand des processus quantiques aléatoires ont produit une légère surdensité dans certaines parties de l'espace, et une sous-densité dans d'autres. Dans le vide une particule ralentit alors qu'une zone dense l'attire et l'accélère. Pour la lumière, qui est une constante, cela se traduit par une perte d'énergie sous la forme d'une variation de sa longueur d'onde.

Résultat de recherche d'images pour "point froid de l'univers"

Les travaux d'Edwin Hubble ont prouvés que l'Univers est en expansion, et celle-ci s’accélère, grâce, pense les cosmologistes à l'énergie sombre, un élément semblant contrer l'attraction gravitationnelle.

Cette expansion signifie que le vide que traverse notre photon s'accroît, comme le reste de l'Univers. Celui qu'il retrouve une fois le désert traversé est moins dense que celui qu'il a quitté. L'effet, appelé Sachs-Wolfe est connu mais est d'ordinaire infime. Sauf dans le cas de ce super vide, une preuve de plus de l'accélération de l'expansion.

Les recherches continuent et elles sont difficiles à mener. L'avenir pourrait confirmer le lien du supervide et du point froid, ou pas. Dans ce cas des théories alternatives à la relativité générale pourraient être sollicitées.

Dans tous les cas la découverte des supervides est cruciale. Les prochaines années pourraient, en nous en apprenant davantage sur eux, nous éclairer sur la nature de l'Univers

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 08:00

Les cahiers de Science & Vie – Novembre 2016

L'émancipation par la prière

Betty Mamane

''La solitude est plus nécessaire aux nonnes qu'aux moines, parce qu'elles sont plus fragiles'' affirme Pierre Abelard. La vraie Résultat de recherche d'images pour "pierre abélard" vocation des femmes est la vie cloîtrée. ''La misogynie médiévale se distingue des autres en ce qu'elle est téhologisée et de ce fait vérité intangible'' écrit Paulette L'hermite Leclercq. La femme par essence inférieure à l'homme est sa sujette. Une créature simple d'esprit, irresponsable, dont le corps diabolisé incarne la tentation suprême, source du péché originel.

Les couvents étaient à l'origine réservés aux filles de la haute noblesse mais à partir du XIe siècle les candidatures se multiplient. Les veuves ou les célibataires de condition modeste y trouvent refuge pour échapper à la mendicité ou la prostitution. Devant le nombre de prostituées l'église favorise la création de structures d'aide aux femmes dans le besoin. ''La religiosité féminine peut participer d'une volonté d’émancipation et d'une quête spirituelle tout à fait'' remarque Frédérique Villemur. Incarnée par les béguinages, regroupements de femmes laïques, veuves ou célibataires, non astreintes aux vœux monastiques mais désireuses de mener une vie de piété. Des femmes subversives aux yeux de l'église qui obligera les Image associée béguines à intégrer une communauté religieuse sous peine d'être accusées d'hérésie. Marguerite Porete, érudite et auteur du traité du Libre-Esprit, Le Miroir des âmes simples, fait l'éloge de ceux ''qui n'adorent pas D, seulement dans les temples et les monastères''. Elle sera brûlée vive en place de Grève.

Autre expression de la religiosité féminine : la multiplication des saintes.

La virginité est érigée en valeur suprême. La sainteté passe souvent par des transformations physiques visant à transcender, annihiler ou dissimuler une féminité tenue pour un objet d'oppression, empreinte de péché. Ces femmes réinventent leur corps jusqu'à la désincarnation. Le travestissement lui aussi affirme un choix de vie. ''Cette castration symbolique ramène à la pureté androgyne d'Adam''. Explique Frédérique Villemur. ''Le travestissement permet de redéfinir la notion de virginité et Résultat de recherche d'images pour "wilgeforte" d'affirmer une sainteté au nom d'une intégrité qui renverse les notions de genre''. Quelques-unes apparaissent barbues, comme Wilgeforte, démontrant combien la poussée miraculeuse d'une barbe est un enlaidissement bienvenu en opposition à la beauté séductrice. Une façon d'emprunter l'apparence du Christ.

L'abbesse Herrade de Hohenbourg conçut, vers 1175, la Résultat de recherche d'images pour "hildegarde de bingen" première encyclopédie réalisée par une femme. La rayonnante Hildegarde de Bingen sut se faire entendre et obtint une reconnaissance papale.

Hildegarde est la dixième enfant d'une famille noble de Rhénanie. Elle entre à 8 ans au couvent de Disibodenberg et en deviendra abbesse trente ans plus tard. Elle acquiert une vaste érudition et consigne les visions qu'elle reçoit depuis son enfance. Eugène III lui donne sa bénédiction : Écrivez donc ce que Dieu vous inspire''. Elle consacrera quatre ans à la rédaction du Livre des mérites de la vie, onze au Livre des œuvres de Dieu, tout en produisant une physique et un ouvrage sur les causes des maladies et la manière de les soigner.

Renaissance : la fermeture

Julie Pilorget

la Renaissance, loin d'apporter un souffle de liberté et de renouveau à la condition féminine, avait au contraire provoqué le renfermement des femmes sur l'espace privé. Sophie Cassagnes-Brouquet affirme que ''le Moyen Âge a inventé le féminisme et tout s'est éteint à la Renaissance où elles durent retourner dans leurs foyers et ne plus faire parler d'elles''. Le débat sur l'enfermement des femmes s'est cristallisé sur trois domaines : l'économie, la religion et la mise par écrit du droit.

En économie les femmes sont exclues progressivement des corporations. La dévalorisation du travail féminin s’inscrit dans les discours de nombreux théologiens et moralistes prônant une sphère d'activité confinée à l'espace privé. La religion abonde dans ce sens en rappelant aux femmes que leur place est au Résultat de recherche d'images pour "charles VII" foyer et en limitant leur participation à la vie religieuse. Les possibilités pour les femmes d'exercer une influence sur la théologie diminuent sensiblement. Charles VII décide en 1454 d'uniformiser les droits régionaux dans le royaume de France. C'est le droit romain qui sera prix pour modèle, le plus dur envers les femmes. Celles-ci devront céder du terrain dans le domaine de la communauté de biens et dans celui de la transmission des héritages.

Pour autant les femmes sont essentiellement victimes d'une perte de reconnaissance pour le rôle qu'elles pouvaient exercer dans le domaine économique, social et religieux qui se traduit par une ''désinstitutionnalisation de leur action'' ainsi que le montra Scarlet Beauvalet-Boutouyrie.

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30 mai 2018 3 30 /05 /mai /2018 08:00

Les cahiers de Science & Vie – Novembre 2016

Marielle Mayo

Dans le jeu de la domination seigneuriale, les femmes de l'aristocratie se révélèrent souvent des partenaires avisées des hommes de leur famille avec lesquels elles partageaient les mêmes intérêts. Certaines exercèrent de larges pouvoirs presque à l'égal de l'homme. Toutefois leurs prérogatives restaient fragiles. À partir du IXe siècle reines et princesses jouissent d'une autorité nouvelle au sein du ''consortium conjugal''. Dépositaire des insignes du pouvoir et de la mémoire dynastiques, ces élites féminines jouent une partition qui ne se réduit pas toujours à la représentation. Plus tard ''écartées, officiellement, des décisions du mari à partir du XIIe siècle, elles exercent leur influence politique dans le secret des alcôves''. ''La Résultat de recherche d'images pour "blanche de castille" femme est souvent entourée d'hommes au sein des conseils de régence. L'étendue de son pouvoir dépend de sa personnalité. Certaines, comme Blanche de Castille, ne se laissent pas marcher sur les pieds !'' comme Aliénor d'Aquitaine ou Anne de Bretagne son action est passée à la postérité.

Le rôle politique des femmes s'observe à tous les échelons de la noblesse, après l'effondrement de l'Empire carolingien une nouvelle aristocratie a pris possession des châteaux. L'homme apporte honneur et prestige, la femme, son argent et un réseau plus étendu. De ce fait elle est associée aux décisions.

Au début de l'époque féodale l'aptitude des femmes à gérer châteaux et fiefs est reconnue par les droits coutumiers. Même le pape Innocent III admet qu'elles peuvent exercer une juridiction si la coutume le permet.

La société attend d'elles des qualités ''féminines'' et notamment qu'elles fassent œuvre de paix. Ces dames de cœur se distinguent aussi comme protectrices des arts et de la culture. Mécénat et patronage concourent au rayonnement idéologique et à la construction de la légitimité de la lignée. Habiles gestionnaires elles restent exposées aux critiques et pressions masculines. Au bas Moyen Âge, elle seront majoritairement écartées du pouvoir.

Les métiers se féminisent

Julie Pilorget

Résultat de recherche d'images pour "métiers féminins au moyen age"

Orfèvreresse, paintresses, chaudronnières, coutelières, barbières, transporteuses de mortier... Le Moyen Âge est plus ouvert au travail féminin qu'on aurait pu le penser. Cette diversité d'activités se retrouve surtout en ville, un gisement d'opportunités pour les plus dynamiques. Si certaines tirent leur épingle du jeu c'est qu'elles sont plus nombreuses que les hommes en ville, 100 femmes pour 75 hommes seulement ! Elles constituent une main-d’œuvre importante. Dans leur ''domaine de compétences'' d'abord, l'entretien de la maison, des enfants, du jardin, du petit bétail. La domesticité fut un grand vivier d'emploi pour les femmes de l'époque à mesure que de riches bourgeois s'établissaient dans de belles maisons. Autres domaines où les femmes trouvaient de nombreuses places, l'alimentation, le petit commerce et le textile. Résultat de recherche d'images pour "métiers féminins au moyen age"

Le travail est codifié,il est nécessaire d'appartenir à une confrérie mais de nombreux métiers accueillant des femmes les font parvenir aux plus hauts échelons de la hiérarchie corporative. Elles sont ''maîtresse'' et ont le droit de prendre des apprentis.

Plus étonnant, selon les préjugés masculins, on trouve des femmes dans des activités nécessitant force et endurance, tels la construction de remparts ou l'édification de bâtiments religieux. De nombreuses veuves sont acceptées dans les corporations lorsqu'elles reprennent l'atelier familial et les responsabilité en découlant à la mort de leur mari. Pour citer Didier Lett : ''On observe pour les corporations de la fin du Moyen Âge un phénomène général de fermeture. Il vaut pour les femmes mais pas seulement''. Ce qui est sûr c'est que les femmes tendent à disparaître des statuts et des registres après le XVe siècle.

La liberté aux champs

Román Ikonicoff

La majorité des femmes du Moyen Âge était des paysannes Résultat de recherche d'images pour "femme au champ moyen âge" menant une vie rude, modeste, et à l'abri des regards. Elles n'ont laissé ni chartes, ni chronique. Aucun troubadour n'a versifié sur leur beauté ou leur vertu. Certaines sources existent malgré tout, partiales et fragmentaires mais qui dessinent un motif général de la condition paysanne à cette époque. La femme des champs est moins contrainte par des codes que l'aristocrate ou la bourgeoise. Naissance, éducation, mariage, travail... elle aurait échappé, un peu, au déterminisme social lié à son sexe.

Résultat de recherche d'images pour "femme au champ moyen âge"

La naissance d'une fille n'est pas un drame, ''les enfants sont une force de travail quel que soit leur sexe, et les parents savent qu'ils s'occuperont d'eux dans leurs vieux jours, précise Jean Verdon, donc une fillette peut être utile. Du point de vue économique leur rôle dans la famille est proportionnellement plus important que celui des femmes de plus haute extraction. La question de l'amour se pose peut-être un peu plus chez les paysans pauvres que chez les riches – où l'on se marie pour des raisons politiques et économiques.''. Les femmes pauvres de la campagne se marient et règnent sur l'intérieur de la maison. L'amour existe, bien que pour les époux il soit moralement interdit de l'afficher en public. On tait l'amour mais il arrive qu'il soit présent dans le choix du mariage, au moins du côté de l’homme. Une vie qui diffère peu de celle des paysannes des siècles antérieurs ni de celles du XXe siècle

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 08:00

Les cahiers de Science & Vie – Novembre 2016

Christophe Migeon

Deux personnalités féminines dominent le Moyen Âge, Jeanne Résultat de recherche d'images pour "jeanne d'arc" d'Arc, solaire et lumineuse, et Aliénor, astre noir brillant d'un feu étrange et inquiétant. L'Histoire en conserve le souvenir d'une séductrice diabolique, d'une épouse volage et sans scrupule, d'une mère manipulatrice dressant ses enfants contre leur père. Elle est la ''reine gangrénée'' du Roi Jean, la comédie de Shakespeare mais aussi la fée maléfique capable, comme Mélusine, de se transformer en serpent. Soulevant le voile de fantasmes et de mensonges c'est la silhouette d'une ''dame'' du XIIe siècle qui apparaît, indépendante et déterminée qui influença le destin de l'Europe occidentale.

À la mort de son père, Guillaume X, elle a 13 ans. Louis VI le Résultat de recherche d'images pour "aliénor d'aquitaine" Gros la marie à son fils Louis et reçoit en dot le Poitou et l'Aquitaine. Aliénor incarne les canons de beauté de l'époque, des yeux gris-bleu, de longs cheveux dorés, un charme qui passe aussi par sa conversation et son esprit. À cette époque les filles sont plus alphabétisées que les garçons qui sont plus entraînés aux arts de la guerre. En 1137 Louis monte sur le trône sous le nom de Louis VII, Aliénor devient reine de France mais la cour de son mari est bien triste à côté des cours occitanes. Pendant 15 ans elle limite son rôle aux côtés de son mari. Deux filles naissent, Louis est déçu et pour avoir un héritier décide de partir défendre la Terre sainte. Il demande à son épouse de l'accompagner. Il leur faudra dix mois pour atteindre Antioche. Lors d'un désaccord avec son mari elle menace de faire annuler leur union. ''L'incident d'Antioche'' est le début de sa légende noir. Elle a oublié sa condition d'épouse et le devoir de se soumettre à son mari.

Cette deuxième croisade sera un échec.

Le mariage sera annulé en 1152, Aliénor repart avec son duché d'Aquitaine. L'avait-elle remarqué plus tôt ? Toujours est-il Résultat de recherche d'images pour "henri ii plantagenet" qu'elle épouse Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre deux mois après le divorce. Henri devient le rival du roi France en ajoutant l'Aquitaine à l'Anjou et la Normandie. Elle espère faire de son fils un roi réunissant les royaumes d’Angleterre et de France mais la naissance de Philippe ''Dieudonné'', héritier de Louis VII et futur Philippe Auguste détruit cet espoir. D'autre part Henri s'est entiché de Rosamond Clifford avec qui il s'affiche en public.

Elle ambitionne de faire sacrer son ainé, Henri le Jeune, en 1170, mais son époux n'entend pas abandonner le trône. Elle incite donc ses enfants à s'allier à son ancien mari contre l'actuel. Celui-ci l'emportera finalement, pardonnera à ses fils et enverra son épouse croupir dans une tour.

Aliénor conserve son énergie et sa volonté quand elle est tiré de sa prison en 1184 par Henri qui veut que ses fils, Richard, Geoffroy et Jean cessent leurs querelles de succession. Henri le Jeune est mort l'année précédente. En 1189 la mort du roi lui permet de recouvrer sa liberté. Richard est sacré le 3 09 1189. Elle est proche de 70 ans mais n'aspire pas à la retraite, l'action et le pouvoir, voilà ce qu'elle aime. Elle gouverne quand Richard est absent, lui trouve une épouse, protège le royaume contre les manigances de Jean, réunit la rançon pour délivrer Richard des griffes de l'empereur d'Allemagne. Quand Richard meurt en 1199, bien qu'elle veuillle retrouver Fontevraud, elle doit intervenir pour sauver l'héritage de son époux en soutenant Jean, cette fois contre son petit-fils Arthur.

Résultat de recherche d'images pour "aliénor d'aquitaine"

Elle meurt en 1204 avant de voir Philippe Auguste s'emparer des terres continentales de sa couronne.

Son comportement ''fémininement incorrect'' aura dérouté ses contemporains et conduit à sa diabolisation posthume.

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