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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 09:00

Dossier Pour la SCIENCE 93 – Octobre-décembre 2016

Les promesses du monde QUANTIQUE

(Thierry Giamarchi)

Interrogeant les gens sur les découvertes qui ont changé notre société peu évoqueraient la physique quantique. Celle-ci, et ses dérivés, est peu connue du grand public. Ceux qui en ont entendu parler l'imagine confinée dans des laboratoires où se passent des expériences mystérieuses sur des systèmes à une échelle inhumainement petite, et à très basse température.

Pourtant la physique quantique a déjà bouleversé notre société. 

Une propriété essentielle de cette science est la dualité onde-corpuscule introduite par Louise de Broglie, les mouvements et propriétés, de la matière sont aussi ceux des ondes. Deux ondes de matière peuvent interférer, s'annule ou se renforcer.

Tout système est décrit par une fonction d'onde (l'équation de Schrödinger) donnant la probabilité de trouver de la matière en un point donné. Description de la matière qui révolutionna notre compréhension des matériaux. Les électrons, dans un solide, sont des ''billes'' et des ondes. Or toutes ne peuvent pas se propager dans le solide. Suivant le taux de remplissage d'un solide par des électrons, maximal, il est un isolant, un conducteur dans le cas contraire. La physique quantique nous donna les clefs de ce qui fait un bon métal ou un bon isolant, éclairant le comportement de matériaux intermédiaires, les semi-conducteurs – ni isolants, ni métalliques -, ouvrant la porte à l'électronique moderne et à notre société de l'information. Comprendre la nature ondulatoire de la matière permit la création de matériaux convertissant la lumière en signal électrique, ceux que l'on trouve dans les caméras CCD, ou l'inverse, et ce sont les diodes électroluminescentes (les LED) transformant un signal électrique en un signal lumineux.

Nos téléphones portables et leurs dérivés sont des conséquences directes de ce que la physique moderne nous apporta.

La fonction d'onde distingua 2 types de particules, les bosons et les fermions. L'étude de ceux-ci permit en 1911 de constater que le mercure refroidi offrait une résistivité nulle, un passage du courant sans perte. Pour faire de bons supraconducteurs il faut désordonner les matériaux, constat menant à des recherches sur les effets du désordre dans des systèmes quantiques et à des applications pour les supraconducteurs.

La première est la mise au point d'un câble transportant un courant sans dissipation et la création d'aimants ultra puissants, utilisables, entre autre, dans les IRM, si le supraconducteur est maintenu à une température assez basse pour que l'aimant conserve sa puissance. Ces matériaux permettraient d'éviter la perte de 10 à 15 % de courant dans son voyage entre une centrale et les consommateurs. Problème, la cryogénie sur de longues distances est onéreuse et les lignes supraconductrices sont rares. Un développement plus large dépend de la mise au point de meilleures solutions de refroidissement ou de supraconducteurs opérant à des températures plus élevées.

Autre effet de la nature de la supraconductivité, la fabrication de détecteurs de champ magnétique ultrasensibles, une sensibilité de l'ordre de 10 femtoteslas. Champs moins intenses que ceux créés par les battements d'un cœur, voire par l'activité des neurones, dispositifs placés dans des sondes non invasives, notamment pour la magnétocardiographie en attendant d'autres applications, moteurs, limiteurs de courants...

''L'ésotérique'' physique quantique est omniprésente dans notre quotidien et impacte notre société. Applications ne pouvait être anticipées avant les découvertes correspondantes.

La première révolution quantique nous donna l'électronique sur laquelle est fondée notre société de la communication et de l'information. La seconde utilise(ra) la supraconductivité et utilisera la cryptographie quantique ou la calcul quantique. Une troisième révolution pourrait être celle des matériaux qui pourraient transformer (partiellement) la chaleur en lumière ou la lumière en un courant électrique utilisable ; stocker de l'information en utilisant la nature quantique de l'électron, on devra exploiter les possibilités offertes par les interactions.

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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 08:00

Dossier Pour la SCIENCE 93 – Octobre-décembre 2016

Les promesses du monde QUANTIQUE

(David DeutschArtur Ekert)

En 1898 Camille Flammarion utilise pour illustrer son chapitre :   La forme du ciel de son ouvrage L'atmosphère : météorologie populaire avec une gravure montrant un pèlerin, ou un clerc, passant la tête à travers le firmament et contemplant l'inconnu. 2 interprétations, opposées, de ce dessins, sont possibles.

Selon la première la connaissance est limitée par une barrière imaginaire que l'activité scientifique finit toujours par franchir ; la seconde voit une barrière véritable que l'imaginaire seul peut traverser. Elle suppose que nous serions enfermés à l'intérieur de la bulle finie de ce qui nous est familier. Nous comprenons ce qui se passe à l'intérieur, le reste nous est inaccessible.

L'activité scientifique se heurte-t-elle à l'impossibilité de dépasser notre horizon où peut-elle le traverser pour nous montrer des horizons nouveaux ? Pour ce qui est du monde microscopique c'est la seconde hypothèse qu'il convient de considérer.

Longtemps les tenants de cette théorie affirmèrent : ''Si vous pensez que vous comprenez la théorie quantique, c'est que vous ne la comprenez pas'', ''la théorie est insondable et, donc, le monde aussi'', ''les choses sont comme cela, sans raison ni explication''. Des phrases longtemps lisibles dans les manuels de physique quantique et les textes de vulgarisation.

Les avancées de ces dernières décennies infirment ces allégations. Les physiciens pensèrent longtemps que la théorie quantique générait des obstacle empêchant d'exploiter la nature quantique aussi facilement que la physique classique nous a habitués à le faire. À l'inverse, elle s'est révélée libératrice. Les propriétés quantiques fondamentales, superposition des états, intrication, quantification et aléatoire, se sont montrées d'une grande fécondité permettant la mise au point de dispositifs tels les lasers, les circuits intégrés, les horloges atomiques... ce n'est qu'un début, les phénomènes quantiques vont faire naître des systèmes de communications et de calcul d'une puissance inédite, apportant de nouvelles façons d'exploiter la nature et de produire du savoir.

En 1975, Gordon Moore, un des fondateurs d'Intel, prédisait que le nombre de transistors par microprocesseurs doublerait tous les 2 ans. Une ''loi de Moore'' globalement vérifiée. Pour autant elle s'approche de la limite physique, l'échelle atomique, où s'imposent les effets quantiques. De même le principe d'incertitude de Heisenberg représente un horizon de l'inconnaissable : plus nous connaissons une propriété d'un système, moins nous connaissons les autres. Aujourd'hui pourtant des physiciens contrôlent de façon routinière divers phénomènes quantiques sans se heurter à de telles barrières. Ils codent de l'information à l'aide d'atomes ou de particules élémentaires puis la traitent avec une extrême précision, créant ainsi des fonctionnalités qui ne pourraient être réalisées autrement. En réalité le principe d'incertitude affirme seulement que toutes les observables d'un système physique ne sauraient être mesurées précisément en même temps. Il convient de choisir judicieusement les observables qui vont servir de bits quantiques pour le codage de l'information.

La physique quantique permet mieux que de seulement construire des ordinateurs avec des atomes plutôt que des transistors. En permettant de construire des portes logiques inédites, elle rend de nouveaux algorithmes possibles ; par exemple la factorisation d'un nombre. Tâche qui demanderait trop de temps à un ordinateur classique.

L'idée que la théorie quantique limiterait le progrès scientifique Remonte à l'époque où il n'était question que de mécanique quantique. Erwin Schrödinger prévint un jour son auditoire qu'il allait dire quelque chose semblant insensé. Il déclara que son équation décrivait toutes les évolutions possibles d'une particule, ''pas des alternatives, mais elles se produisent vraiment toutes simultanément''. Une façon de dire que son équation décrivait la réalité. Schrödinger semblait craindre qu'on le prit pour un fou.

C'est qu'au début du XXe siècle la plupart des physiciens étaient sous l'influence de doctrines philosophiques gênant l'acquisition de nouveaux savoirs. La proximité millénaire de la physique et de la philosophie entravait la première avec les visions réductrices de la seconde. Empirisme logique, instrumentalisme, relativisme philosophique... courants s'opposant à l'idée que le monde physique existe et que la méthode scientifique permet d'accumuler des connaissances sur lui. Environnement dans lequel Niels Bohr développa son interprétation de la théorie quantique niant la possibilité de parler de phénomènes comme s'ils existaient objectivement. On ne se demande pas quelles valeurs prennent les grandeurs physique tant qu'on ne les mesure pas.

La physique a remis la philosophie sur les rails en brisant les limites que des ''philosophes'' voulaient imposer, prenant pour celles de la connaissance des frontières qui n'étaient que les leurs.

Et si la théorie quantique était réfutée, que des barrières plus fondamentales encore empêchaient la construction d'ordinateurs quantiques ? Cela nous permettait de faire évoluer la physique et d'envisager des techniques de calcul plus fascinantes.

La théorie de ''ce qui met la théorie quantique en défaut'' serait prometteuse, de sorte que, d'une façon ou d'une autre, il n'y aura pas de limite au savoir et au progrès.

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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 08:00

Dossier Pour la SCIENCE 93 – Octobre-décembre 2016

Les promesses du monde QUANTIQUE

(entretien de Alexia Auffèves avec Loïc Mangin) 

La mécanique quantique entretient depuis ses débuts des rapports controversés avec l'idée de réalité. Une nouvelle façon d'envisager la réalité tente de réconcilier Einstein et Bohr.

La mécanique quantique se tient à la ligne de démarcation entre le réalisme et l'antiréalisme, deux visions des choses telles qu'elles sont, l'ontologie, par opposition à ce que l'on peut en dire, l'épistémologie. Dans la physique ''normale'' l'observateur peut décrire ce qu'il voit, en MQ il perd sa neutralité. Historiquement Einstein était le tenant d'une vision réaliste, affirmant que l'objet observé existe mais que des raisons pratiquement empêchent de l'atteindre. Le camp d'en face est incarné par Bohr, selon lui parler de l'état d'un objet qui soi-disant existe mais reste inaccessible n'a aucun sens.

Ce débat nait dans les années 1930 relevait essentiellement de la métaphysique. En 1964 pourtant le physicien John Stewart Bell établit un critère mesurable pour trancher entre ces deux visions permettant de sortir de la métaphysique pour revenir à la physique. Des expériences dans ce sens furent menées à partir de 1979, mais surtout 1982, par Alain Aspect.

Alexia Auffèves travaille sur ces idées avec le physicien Philippe Grangier et la philosophe Nayla Farouki grâce à laquelle elle traduisit leur réflexion en termes philosophiques, d'ontologie et d'épistémologie permettant une relecture de Bohr. Celui-ci se vit souvent reproché sa vision positiviste réduisant la mécanique quantique à une série de ''recettes'' fonctionnant sans besoin d'en connaître la réalité sous-jacente.

Cette opposition réalisme/antiréalisme ressemble à la thèse et l'antithèse d'une dissertation de philosophie.

La notion de réalité en physique consiste d'abord à isoler un objet d'étude puis à tenter de le caractériser permettant à notre cerveau d'élaborer une ''carte d'identité'' de nature opérationnelle et phénoménologique permettant de conclure qu'il y a quelque chose de tangible derrière l'objet étudié.

Dans le monde quantique il en va autrement où l'ordre des questions posées influe sur les réponses, et, donc, sur la carte d'identité, empêchant d'en faire un état définitif. Pourtant les recherches du trio visent à cette évolution en considérant le système étudié et le contexte expérimental. Un postulat de base dans leur façon d'envisager la réalité, nommé Contexte, Système Modalité (CSM). En mécanique quantique l'état d'un système ne dépend pas que du système lui-même mais aussi du contexte. Second postulat : dire que pour un système donné le nombre de modalité est fini. Par exemple : pour le photon, sa seule alternative est d'être transmis ou réfléchis, deux modalités. En termes sensationnaliste ce photon est dans une superposition d'états mais influent sur l'analyseur une certitude serait acquise.

Considérons le chat de Schrödinger,il est raisonnable d'admettre qu'on puisse décider avec certitude dans le monde usuel utilisé comme contexte, si le chat est mort ou vivant. Dans quel contexte pourrait-il être ''à la fois'' mort et vivant ? Les expériences de superpositions quantiques d'objets de plus en plus ''gros'' sont difficiles à réaliser, le problème étant de réaliser des contextes où il serait permit de vérifier que les superpositions envisagées sont des modalités.

Il est temps de libérer le matou d'Erwin de la machine infernale dans laquelle il est enfermé depuis si longtemps.

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11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 08:00

Dossier Pour la SCIENCE 93 – Octobre-décembre 2016

Les promesses du monde QUANTIQUE

(Jean-Paul EbranElias Khan)

 

La physique quantique mit en évidence des propriétés contre-intuitives qui bousculèrent le sens commun. Faut-il simplement ''faire avec'' ou, avec des philosophes, s'interroger sur ce qu'elles révèlent du réel ? Bohr et Einstein s'étaient opposés quant à l'interprétation à donner à la physique quantique.

Vous imaginez que le noyau d'un atome est sphérique ? Vous avez tort. Certains sont aplatis, d'autres en forme de poire, de banane, de bulle... Ernest Rutherford en 1911 présenta l'atome comme un système planétaire microscopique. Jusqu'alors l'atome ressemblait à un gâteau contenant des raisins secs. Il comprit qu'il était constitué d'un minuscule noyau hyperdense d'environ 10-15mm chargé positivement, accompagné d'électrons. La mécanique affina ce schéma en faisant correspondre au cortège électronique un nuage plutôt que des orbites. Le noyau atomique est loin d'avoir livré tous ses secrets. La tâche est ardue de définir un cadre unique correspondant à la diversité des structure du noyau. Objet quantique s'il en est, constitué d'éléments complexes et associant dans sa dynamique trois des quatre forces fondamentales.

Comprendre la variété des structures du noyau impliquait la recherche des règles sous-jacentes par une approche théorique rendant compte des phases du noyau. Il importe de comprendre la structure du noyau avant d'en étudier les phases.

Le noyau est un assemblant de nucléons, les protons et les neutrons, ces nucléons sont constitués de quarks et de gluons. Le proton est composé de deux quarks u et d'un quark d, c'est l'inverse pour le neutron. La cohésion entre les quarks est assurée par l'interaction forte, véhiculée par des gluons faisant office de colle entre eux. L'interaction forte maintient la cohésion du noyau. La chromodynamique quantique qui décrit l'interaction forte montre une ''soupe'' d'une multitude de quarks et de gluons en interaction.

Pour étudier le noyau il faut tenir compte de 3 des 4 forces fondamentales (les interaction forte, faible et électromagnétique). Un défi mathématique, pour un noyau formé d'une dizaine ou de quelques centaines de nucléons il est difficile d'obtenir une description exacte. Le noyau peut présenter différentes phases découlant de la compétition entre la nature quantique des nucléons et leurs interactions. Les nucléons présentent des propriétés d'onde et de particule. Mathématiquement ils sont décrit par une fonction d'onde déterminant leur probabilité de présence.

Le noyau présente deux grandes caractéristiques, la dispersion spatiale des fonctions d'onde des nucléons et la distance moyenne entre ces particules. Le rapport de ces caractéristiques, le ''paramètre'' de phase'' permet de définir trois phases dans le noyau:liquide, moléculaire et cristalline.

Dans la majorité des cas, les nucléons formant le noyau s'organisent dans une phase de liquide quantique dont l'approche phénoménologique a été introduite par le physicien soviétique Lev Landau en 1956. dans cette phase, l'interaction des nucléons est importante mais ne suffit pas pour dominer l'agitation de ces derniers. Elle rappelle la phase liquide de la matière ordinaire où les molécules sont en interaction mais où l'agitation thermique reste importante. Dans cette phase le noyau présente une grande variété de comportements. Il se déforme lorsqu'il est excité et présente des formes exotiques, allant de la soucoupe au ballon de rugby en passant par la poire. 

La difficulté expérimentale pour étudier de nouvelles formes nucléaires et qu'elles apparaissent dans des noyaux instables, dont la durée de vie est de l'ordre de quelques nanosecondes à quelques millisecondes. Ces noyaux se désintègrent rapidement par interaction faible. La déplétion de matière en leur cœur est due à un effet spécifiquement quantique. Les noyaux instables représentent 95% des édifices nucléaires connus, les stables, tel celui de l'oxygène, n'en constituent que 5%. les expérience de notre siècle s'orientent vers une étude systématique de ces derniers. Nous découvrirons alors peut-être de nouveaux états de la matière qui nécessiteront d'affiner nos modèles, voire des formes et états que les physiciens n'ont pas encore imaginés.

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 08:01

Dossier Pour la SCIENCE 93 – Octobre-décembre 2016

Les promesses du monde QUANTIQUE

Interview de Serge Haroche par Loïc Mangin

 

Au début du XXème siècle il semblait que la physique était une science quasiment achevée. Deux problèmes pourtant subsistaient, le premier, lié à la valeur de la vitesse de la lumière, l'autre venait du spectre du rayonnement d'un corps chauffé qui n’obéissait pas aux règles de la physique classique. Reprenant l'idée de Planck, Einstein postula que les ondes lumineuses sont également constituées de corpuscules, les photons.ainsi naquit la notion de dualisme entre onde et particule. Ces questions, et leurs réponses, amenèrent la théorie de la relativité et la physique quantique.

De la dualité onde-corpuscule découlent les piliers de la physique quantique. Le premier est le principe de superposition, un système microscopique dual peut se trouver en plusieurs endroits à la fois et être dans des états d'énergies différentes. Ce concept amena la notion d'intrication. Les parties d'un système ayant interagi restent liées malgré leur éloignement. Autre conséquence de la dualité, l'onde associée à une particule est en fait une onde de probabilité.

Les concepts de superposition d'état et d'onde de probabilité sont associés au phénomène d'interférence quantique : des ondes de probabilités qui se superposent peuvent s'additionner ou se soustraire selon qu'elles sont en phase ou non, ce qui diffère des lois régissant les probabilités classiques.

La physique quantique est statistique mais elle décrit la nature qui l'est également. Tous les physiciens ne sont pas d'accord avec cette opinion, ils cherchent à dépasser le hasard pour décrire une réalité objective déterministe.

Autre problème : la gravitation est la seule force que la physique quantique ne peut décrire de façon cohérente. La théorie des cordes paraît être une réponse crédible. Aucune solution n'est encore apportée. C'est dommage car par ailleurs la théorie quantique ne rencontre que des succès, le modèle standard des particules, par exemple, est conforté par toutes les observations.

Serge Haroche poursuit ses recherches dans le domaine de l'information quantique avec l'ambition de réaliser un ordinateur quantique exploitant directement les concepts quantiques pour calculer plus rapidement et plus efficacement que les ordinateurs classiques. Malheureusement pour l'instant les systèmes fonctionnant ne sont formés que de quelques ions ou de quelques circuits. Plus grand, ils se brouillent, c'est la décohérence. En revanche les horloges atomiques ont fait de grands progrès en se fondant sur un phénomène quantique, les oscillations des électrons dans les atomes, atteignent une précison de l'ordre d'une seconde sur l'âge de l'Univers.

Ces horloges sont embarquées dans des satellites coordonnés nous envoyant des signaux déterminant notre position par triangulation avec une précision de l'ordre du mètre. Une précision qui s'améliorerait avec des horloges plus performantes qui permettraient de mesurer des variations locales très faibles du champ magnétique terrestre pour prédire l'imminence de séismes.

La physique quantique permit de mieux comprendre l'écoulement des électrons dans les solides pour produire des matériaux semi-conducteurs, de la supraconductivité et toute l'électronique moderne et les ordinateurs classiques.

La deuxième révolution est lié au développement d'appareils ou la logique quantique jouera un rôle important et direct. Ce sont la métrologie, les ordinateurs et la communication quantique. Elle est à la fois conceptuelle, exploitant l'intrication et les superpositions, et pratique, isoler des systèmes quantiques (atomes, photons...) pour les mesurer individuellement, ce qui est possible grâce aux lasers, à la supraconductivité, et aux outils nés de la première révolution quantique. Celle-ci fut conduite par des hommes motivés par la curiosité sans s'attacher aux applications pouvant venir de leurs découvertes. Des applications qui les auraient probablement surpris. De même il est impossible aujourd'hui d'annoncer les utilisations possibles de cette deuxième révolution.

La physique quantique n'est pourtant pas limitée à l'infiniment petit mais est essentielle pour comprendre la physique, même à l'échelle de l'Univers. En particulier par la détection des ondes gravitationnelles primordiales. Celles qui furent observées pour la première fois en 2016 n'étaient pas primordiales mais nées de la coalescence il y a un milliard d'années de deux trous noirs.

Cette découverte va sans doute bouleverser l'astrophysique du XXIème siècle en lui ouvrant une nouvelle fenêtre sur l'Univers.

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 07:30

Pour la Science 471 – Janvier 2017

La guêpe émeraude et sa blatte-zombie

Christie Wilcox

 

Elle est petite, colorée, mais son venin, qu'elle injecte à une blatte transforme celle-ci en repas vivant pour sa descendance. Bel exemple de manipulation neurologique d'une espèce par une autre.

Si les blattes font des cauchemars il est probable que les guêpes émeraude Ampulex compressa en sont une cause première.

Ce petit insecte prend le contrôle du système nerveux de la blatte qu'elle donne à sa progéniture. Il ne s'agit pas, comme au cinéma ou à la télévision, d'un virus mais d'un venin spécifique agissant comme une drogue sur le système nerveux de sa victime.

Ceux-ci, chez les humains ou les insectes, ne sont que des assemblages de neurones. Il existe des millions de composés venimeux pouvant activer ou désactiver des neurones, logique donc que des venins puissent agir sur le système nerveux central. Même injectés loin du cerveau certains l'atteignent en franchissant les barrières de protection comme la barrière hématoencéphalique. D'autres, comme chez l'Ampulex, sont injectés directement dans le cerveau.

 

La guêpe émeraude est une démonstration magnifique et terrifiante que les venins neurotoxiques peuvent faire plus que paralyser. Elle est étudiée depuis des années par les biologistes, en particulier Frédéric Libersat et ses collègues de l'université Ben Gourion. La guêpe, d'une taille de la moitié de sa victime, attaque par dessus, fond sur la blatte, la saisit avec ses pièces buccales en introduisant dans le thorax de sa proie son aiguillon. Cela en quelques secondes, le venin agit rapidement ce qui permet à la prédatrice une autre injection, directement dans les ganglions cérébraux, l'équivalent du cerveau de l'insecte. La guêpe cible spécifiquement ces ganglions, enlevés pour une expérience elle les cherche malgré tout.

La blatte passe ensuite une demie heure à faire sa toilette. Peut-être une action du venin afin que le repas qu'elle est devenu soit débarrassé de ses champignons et bactéries, ou une façon d'attendre la suite. L'un ou l'autre de ces comportements probablement induit par la dopamine contenue dans le venin.

La dopamine se retrouve dans le cerveau d'une grande variété d'animaux avec des effets fondamentaux. Elle fait partie pour nous du ''système de récompense'', nous procure une sensation de bien être mais est aussi liée à des comportements addictifs et aux sensations obtenues avec des drogues comme la cocaïne. La blatte ressent-elle un moment d'euphorie ? Espérons-le compte tenu de ce qui l'attend !

La guêpe se détourne pour chercher un terrier où elle laissera son œuf, quand elle revient la blatte perd toute envie de s'échapper. La première dirige son gibier vers le nid, pond, et fixe son œuf à la base d'une patte de sa proie, la génération suivante trouvera de quoi s'alimenter. Le venin se dissiperait, mais le cafard est mort. 

La blatte conserve sa perception de l'environnement mais ne peut plus réagir comme elle l'aurait fait auparavant.

Le venin cible certains canaux ioniques présent sur la membrane des neurones, les canaux chlorure GABA-dépendants. Le GABA est un important neurotransmetteur du système nerveux animal. Le venin inhibe l'activité cérébrale qui pousserait la victime à fuir, de plus il inactive aussi temporairement les neurones moteurs. Un seul venin, deux effets, la nature fait bien les choses. De plus il ralentit le métabolisme de la blatte qui sera consommable plus longtemps.

Le bébé guêpe commence par absorber l'hémolymphe puis s'introduit dans l'abdomen de sa ''nourrice'' pour la dévorer de l'intérieur avant de se métamorphoser en pupe. Après un processus durant un mois, l'imago émerge abandonnant la carcasse de celle qui lui permit de vivre et grandir.

Le venin de la guêpe émeraude n'est qu'un exemple, extrême certes, de venin neurotoxique. Des dizaines de milliers d'espèces sont connues pour l'effet manipulateur de leur venin. Adultes elles se nourrissent normalement, larves, elles consomment d'autres animaux. Mi-indépendantes, mi-parasites, ce sont des ''parasitoïdes''. L'émeraude cible la blatte, d'autres utilisent des araignées, des chenilles, des fourmis... l'Agriotypus plonge, jusqu'à 15 minutes sous l'eau, pour fixer ses œufs sur des larves de phryganes, les Lasiochalcidia passent les mandibules d'un fourmilion pour déposer leurs œufs dans sa gorge. Mieux, des guêpes hyperparasitoïdes parasitent d'autres guêpes, comme les Lysibia nana. Cela peut aller jusqu'à des espèces se parasitant l'une l'autre, conduisant à une poupée russe d'interactions parasites.

Le ''zombie'' se fait parfois protecteur de la guêpe qui la dévore !

D'autres animaux venimeux produisent des toxines modifiant les états mentaux jusqu'à traverser notre propre barrière hématoencéphalique, ce qu'aucun venin de guêpe ne réalise.

Nous autres (sauf moi bien sûr !) , avons une affinité pour les substances perturbant notre cerveau. Les blattes fuient quand certains sapiens paient pour une dose qui leur fait connaître une expérience similaire.

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 07:37

Pour la Science 471 – Janvier 2017

Frank Postberg, Gabriel Tobie et Thorsten Dambeck

À mi-chemin entre les Bermudes et les Canaries, dans l'obscurité, à près d'un kilomètre sous la surface, la nature édifia une métropole sous-marine de tours de calcaires hautes comme des gratte-ciel abritant des multitudes d'escargots, de crabes et de moules. Ces tours sont formées par la précipitation des minéraux contenus dans l'eau chaude alcaline jaillissant des évents hydrothermaux parsemant le fond de l'océan.

Les biologistes ont découvert cette ''Cité'' à l'aide de submersibles et de caméras contrôlées à distance au début des années 2000 et l'étudient depuis afin de comprendre comment les cheminées hydrothermales peuvent, loin de la lumière du Soleil, faire vivre des écosystèmes florissants.

Les planétologues exploitant la sonde spatiale Cassini ont découvert que pourraient exister de telles cheminées hydrothermales dans l'océan souterrain d'Encelade, une petite lune glacée de Saturne. Serait-il possible que la vie y soit présente grâce à elles. Plus largement, la présence de ces cheminées constitue une énigme irrésistible pour les chercheurs. Outre l'eau, l'ingrédient nécessaire à leur activité est la chaleur mais les entrailles brûlantes de cette lune glacée sont difficiles à expliquer.

Encelade a un diamètre d'environ 500 kilomètres, c'est trop petit pour retenir la chaleur primordiale laissée par sa formation. Il y a donc une autre source de chaleur à l’œuvre, un vrai mystère.

Les premiers indices furent observés en 2005 quand Cassini détecta un énorme panache de vapeur d'eau et de grains de glace s'élevant à plusieurs centaines de kilomètres dans l'espace et originaire du pôle sud de la lune. Les spécialistes estiment qu'Encelade projette de l'eau dans l'espace depuis au moins dix millions d'années. Il apparut qu'existait un océan à l'intérieur de la lune de Saturne. Son eau est alcaline et contient du chlorure de sodium indiquant qu'il est probablement posé sur le noyau rocheux et qu'il en lessive les minéraux. La croûte aurait une épaisseur d'environ 35 kilomètres au niveau de l'équateur mais de 5 aux alentours du pôle sud.

Cassini observa des nanoparticules de silice pure éjectées d'Encelade, des expériences en laboratoires confirmèrent le mécanisme de leur formation impliquant la présence de cheminées hydrothermales dans un océan intérieur à Encelade et les conditions de celui-ci : son alcalinité, sa température... Comparaisons faites il apparut que la Cité perdue terrestre pourrait exister à l'intérieur de la lune de Saturne.

Sa petite taille et sa faible gravit lui confèrent une dynamique interne très différente de celle de planètes aussi grosses que la Terre, ainsi les compactions et consolidation faible du matériau constituant son noyau permettant ainsi à l'eau de circuler à travers la roche poreuse produisant des processus hydrothermaux au cœur même de la lune.

Une source possible de chaleur est le rythme des marées, déformations dues à la variation des forces gravitationnelles subies par le corps en orbite créant une friction produisant de la chaleur.

Cet océan est-il un phénomène transitoire limité à quelques dizaines de millions d'années ou une caractéristique présente depuis des milliards d'années ? Le système Terre-Lune ressemble à celui de Saturne-Encelade et l'influence de l'une sur l'autre est comparable. De récents calculs des mouvements des lunes de Saturne indiquent que l'excentricité de l'orbite d'Encelade est stable et durable provoquant des marées assez fortes pour maintenir un océan durant des périodes longues, persistance nécessaire à l’émergence de la vie. En effet à la fin des années 1980, Michael Russel avança que des sources hydrothermales alcalines auraient pu être le berceau des premiers organismes vivants sur la jeune Terre. Russel affirmait que ces sites offriraient un environnement clément et riche en énergie ou la chimie prébiotique aurait pu former les précurseurs des membranes, des métabolismes et des molécules autoreproductrices modernes. La découverte de la Cité perdue raviva l'intérêt envers cette hypothèse. La découverte d'un environnement similaire au sein d'Encelade, et possiblement sur d'autres lunes, indique que la vie ne serait pas confinée aux surfaces chaudes et humides de planètes rocheuses éclairées par le Soleil mais pourrait s’épanouir dans un éventail plus large d'environnements. De tels océans pourraient exister sur Ganymède et Callisto (lunes de Jupiter) ainsi que sur Titan et Mimas (lunes de Saturne) et même sur Pluton. La fécondité biologique de l'Univers airait été sous-estimé.

Il s'agit pour l'instant d'hypothèses, de spéculation. Une autre génération de sonde est à envoyer sur Encelade pour y effectuer des analyses in situ, et y faire des prélèvement à rapporter sur Terre.

Ces missions sont encore des rêves pour les astrobiologistes, peut-être plus pour très longtemps.

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 07:29

Pour la Science 471 – Janvier 2017

Stephani Sutherland  Image associée

Nicole Burwell ne s'est pas méfiée de ce petit point rouge sur sa jambe bien qu'il la démangeât. Elle prit un antihistaminique, de la diphénhydramine et dormit durant le trajet pour rentrer à Claremont (Californie). Rien n'y fit, la rougeur s'amplifia, la démangeaison également, et ce n'était que le début.

Nicole n'est pas la seule, un quart des adultes souffriront de démangeaisons durant plus de six semaines au cours de leur vie. Celles-ci peuvent être dues de nombreuses maladies de peau, à l'insuffisance rénale, à une lésion nerveuse due à un herpès ou au diabète, à des acariens creusant des galeries dans la peau, à une réaction allergique à un médicament, une grossesse... elles peuvent provoquer une infirmité et même pousser au suicide. Les médecins commencent juste à comprendre que les démangeaisons peuvent être un problème grave.

Les démangeaison ne se valent pas, aiguës elles font office de sentinelle contre les insectes rampants ou les plantes vénéneuses. Jusqu'à récemment les chercheurs ignoraient comment cette sensation est engendrée au niveau de la peau, et plus encore ce qui en causait les formes chroniques. De récentes recherches démontrent la présence sur des terminaisons nerveuses de la peau de nouveaux récepteurs moléculaires détectant la présence de pruritogènes. Une partie du système nerveux est dédiée aux démangeaisons, elle s'étend de la couche externe de la peau au centres nerveux supérieurs.

Se gratter endommage la couche externe, protectrice de l'épiderme. Des cellules immunitaires libèrent alors de l'histamine activant des récepteurs présents sur les minuscules terminaisons des nerfs sensitifs de la peau et déclenchant la démangeaison.

Le rôle de l'histamine apparaît moins important depuis une décennies avec la découverte du rôle des protéases comme facteurs de démangeaisons. De même un médicament comme la chloroquine provoque des démangeaisons comme le pois de Mascate, restait à déterminer de quelle façon.

Certains neurones seraient-ils spécialisés en démangeaisons ?

Un lien semble établi entre douleur et démangeaison, la différence étant dans l'intensité de la stimulation. Faible elle provoque une démangeaison, forte, c'est une douleur. Confirmation fut apportée de neurones spécifiques des démangeaisons et que ces cellules utilisent certains des capteurs présents dans les neurones sensibles à la douleur. Les cellules même de la peau contribuent aux démangeaisons en libérant des pruritogènes qui activent ces neurones. Les circuits complexes de la démangeaison s'étendent jusqu'à la moelle épinière.

Nicole Burwell a finalement été libérée de ses problèmes à la fin de 2013 après avoir consulté un dixième médecin qui montra qu'elle était allergique à un conservateur présent dans des produits cosmétiques et d'hygiènes. Son cas illustre pourtant que les démangeaisons sont mal connues des professionnels de la santé : un test simple suffit pour trouver une solution facile, après trois ans de souffrances. Il est donc important de trouver les causes sous-jacentes de ce mal dont la complexité moléculaire n'est pas encore totalement élucidée.

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7 août 2018 2 07 /08 /août /2018 07:14

Pour la Science 471 – Janvier 2017

Le monde des particules subatomiques s'est révélé foisonnant. Aux électrons, protons et neutrons s'ajoutèrent au milieu du siècle dernier moult particules instables et éphémères.

Les quarks, proposés en 1964, organisèrent ce petit monde : les hadrons organisèrent la famille des particules sensibles à l'interaction forte, ils sont composés soit de 3 quarks, le proton et le neutron, soit d'un quark et d'un antiquark. Ils donnèrent naissance à une théorie fondamentale de l'interaction forte, la chromodynamique quantique. Peuvent-ils former plus que des trios et des trio ? La théorie le prédit mais ce n'est qu'à partir de 2003 que de possibles tétraquarks apparurent.

La mise en place du LH. Au Cern, permit la mise en évidence en 2015 puis 2016 de tétraquarks et de pentaquarks. Il ne s'agit pas d'augmenter le nombre de particules mais de confirmer la théorie de l'interaction forte où les calculs sont difficiles en permettant des pistes pour les approfondir.

Des quarks aux pentaquarks 

Georg Wolschin

La structure de ces particules confirme les hypothèses concernant leur existence. Les mesures de leurs propriétés dans le cadre de l'expérience LHCb permettent d'améliorer la compréhension du comportement de la matière aux échelles les plus infimes. À l'échelle la plus fondamentale, la matière, hormis l’électron et les particules apparentées, est composée de quarks. Ceux-ci s'associent par trois pour former le proton, le neutron – composants du noyau atomique – et les particules regroupées sous l'appellation de ''baryons''. Les ''mésons'' sont eux constitués d'un quark et d'un antiquark.

 

En 1964 deux théoriciens américains conçurent, indépendamment, le modèle des quarks en découvrant qu'un trio de particules formait le proton et le neutron . Murray Gell-Mann de Caltech les nomma ''quarks'' en s'inspirant du roman Finnegans Wake de James Joyce. L'autre chercheur, George Zweig, proposait ''as'' mais c'est le premier terme qui fut retenu.

Ces quarks étaient différents, les premiers étaient le quark up, le quark down et le quark strange. Trois variantes vinrent plus tard ; les quarks charm, bottom et top, chacun défini par son initiale.

Ces quarks étaient caractérisés par des ''nombres quantiques'' tels qu'un spin, ainsi qu'une ''couleur'' pouvant prendre trois valeurs ''rouge'', ''vert'' et ''bleu'', ces termes n'ayant aucun lien avec la longueur d'onde de la lumière.

Il existe des antiquarks de masse identique mais ayant une charge électrique opposée et une ''anticouleur''.

Ces particules s'attirent par une force fondamentale, l'interaction forte réalisée par un échange de particules électriquement neutres, mais porteuses d'une charge de couleur, appelées gluons, de masse nulle, comme les photons médiateurs de l'interaction électromagnétique. Les spécificités de l'interaction forte sont décrites par une théorie quantique des champs, la chromodynamique quantique. Celle-ci fut proposée en 1973 par David Politzer, Frank Wilczek et David Gross et stipule que les quarks n'existent isolément que dans des conditions extrêmes de températures et de pression qui régnèrent dix microsecondes après le Big Bang. La matière était alors un ''plasma quarks-gluons''.

Hors ces circonstances ils s'associent pour former des structures de telle façon que la ''somme'' des couleurs de leurs quarks produise une charge globale de couleur neutre impliquant que l'on peut avoir des baryons composés de 3 quarks et des mésons, d'une paire.

Dans les années 1960 le concept de quark n'allait pas de soi, Murray Gell-Mann obtint le Nobel de physique en 1969 pour ses ''contributions et découvertes concernant la classification des particules élémentaires et leurs interactions'', mais pas uniquement pour l'idée des quarks, raison probable expliquant que Zweig ne fut pas honoré la même année. Gell-Mann voyait les quarks comme des artifices de calcul. Zweig au contraire pensait qu'ils avaient une réalité physique.

De longues recherches furent nécessaires avant de démontrer la réalité des quarks et leurs associations en duos ou trios. Zweig et Gell-Mann prédirent dès 1964 la possibilité de systèmes quadruple ou quintuple. La preuve de l'existence de ces derniers est désormais apportée avec la présence pour tous de quarks c. ceux-ci, plus lourds, tendraient à stabiliser ces systèmes multiquarks.

L'étude des multiquarks est loin d'être achevée, bien des groupes peuvent encore être observés. L'enjeu est une meilleure compréhension de la chromodynamique quantique et de l'interaction forte, l'une des quatre forces fondamentales à l’œuvre dans la nature.

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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 07:30

Pour la Science 468 – Octobre 2016  

Geoffrey Greene & Peter Geltenbort

 

Le neutron un des constituants du noyau atomique, avec le proton, est sujet à désintégration radioactive. À l'intérieur du noyau sa durée de subsistance est immense mais à l'air libre il se transforme en proton par désintégration radioactive au bout d'un quart d'heure environ. Ce dernier mot étant le plus important car les physiciens ne sont pas parvenus à établir la durée de vie moyenne du neutron libre.

Incertitude embarrassante pour les expérimentateurs mais aussi pour les scientifiques cherchant à comprendre l'Univers.

Cette désintégration est un exemple simple de l'interaction faible, l'une des 4 interactions fondamentales. Pour la comprendre vraiment il faut connaître la durée de vie moyenne du neutron, cette valeur fut déterminante dans la formation des éléments chimiques les plus légers juste après le Big Bang. Les cosmologiques voudraient comparer les abondances attendues des différents éléments et les comparer aux mesures astrophysiques, un désaccord indiquant que des phénomènes encore inconnus sont entrés en action.

Il y a 10 ans deux équipes se sont attelé à cette tâche, l'une russe, avec Peter Geltenbort, l'autre étasunienne, avec Geoffrey Greene. Les résultats montrèrent une nette divergences. L'un des groupes avait-il commis une erreur ou y avait-il une autre raison. Ces recherches ont été analysées attentivement et les résultats confirmés. Le mystère demeure !

Pourtant cette mesure devrait être simple, les mécanismes de désintégration sont bien connu et les techniques pour les étudier sont au point.

Deux méthodes expérimentales ont été utilisées, celle de la ''bouteille'' et celle du ''faisceau''. La première consiste à confiner les neutrons dans un récipient pour les comptés après un certain temps, dans l'autre ce sont les particules nées de leur désintégration qui sont comptabilisées. L'une et l'autre de ces techniques sont complexes à mettre en place.

Toute mesure a, en général, deux sources d'incertitudes, d'abord des erreurs statistiques nées d'une expérimentation sur un nombre réduit. La seconde est ''l'erreur systématique'' qui découle d'imperfections dans le processus de mesure. Ces sources sont additionnées afin de donner une meilleure estimation de la fiabilité globale de la mesure pour éviter les ''inconnues connues''. Le risque étant qu'il y ait une ''inconnue inconnue'', un effet de la procédure expérimentale ignoré. La méthode du faisceau donne une valeur de 887,7 secondes, celle de la bouteille, de 878'5 secondes. La différence pour minime qu'elle paraisse dépasse largement les incertitudes évaluées pour l'une et l'autre des méthodes.

C'est la probabilité d'une ''inconnue inconnue'' qui est à prendre en compte. Peut-être la production dans un cas de ''neutron miroir'' que l'autre technique ne percevrait pas. Cette matière miroir contribuerait à la quantité totale de matière noire de l'Univers.

Spéculation qui reste à démontrer, pour que les physiciens acceptent un concept comme celui de matière miroir il faudra une confirmation catégorique plus probante qu'une simple éventualité.

La question reste donc posée, et la réponse fiévreusement attendue afin de régler plusieurs questions fondamentales sur l'Univers et confirmer, ou pas, davantage le Big Bang.

 

Plusieurs équipes travaillent donc pour établir une méthode à la précision parfaite, à Tokai, Saint-Pétersbourg, Los Alamos, Munich ou Mayence. La réponse viendra forcément.

Mais quand 

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