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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 07:34

Promettez... (7)

                                          08

- L'enfance était une apparence, les animaux sentent cela.

- Des animaux… Sur mes premières photos je suis entre les pattes de chiennes berger allemand. Aujourd’hui ce serait mal vu comme si le vrai danger venait des animaux. Parfois j'ai envie de me débarrasser des oripeaux de la civilisation, je regarde la lune quand elle est pleine mais jamais je ne me suis transformé. J'aimerais effacer les générations me séparant de Cro-magnon en sachant que l'époque était heureuse par l'ignorance du malheur. L'inconnu est paré de qualité que la réalité efface. Vous aimez les animaux ?

- Plus que les gens. Je l’affirme sans honte et parfois avec le désir de choquer. Je nourris des chats, je ne suis pas la seule mais c’est à moi qu’ils manifestent le plus grand attachement. Dès qu’ils perçoivent ma présence ils accourent, me font fête. Dans le regard d’un félin je sens parfois une invitation, lui se souvient de la vie qu’il eut en appartement, quand ses propriétaires le traitaient comme une peluche. Il s’enfuit et voudrait que j’en fasse autant. Je ne me vois pas dormir dans une cave, me nourrir de rats, je ne fais pas la fine gueule mais j’ai des habitudes et j’apprécie le confort.

- Eux surent se débarrasser des politesses apprises.

- Notre animalité est confinée par la société. Vous n'avez pas eu de chat, c'est l'animal associé à l'écrivain, noir pour vous.

- Vous lisez en moi. J'en eu un pendant un an et un jour, comme s'il était écrit qu'il ne pouvait être à moi, mon meilleur ami. Vous ressemblez à un chat, la forme du visage, les yeux lumineux, les crocs brillants…

- Mes moustaches vous plaisent ?

- Elles sont l’élément majeur de votre charme, elles vous aident à sortir aux heures où une enfant bien élevée dort.

- Dans une vie future j’aimerais être le chat qui ne vous quitterait jamais. J’adore leur beauté entre douceur et coups de griffes. Marcher sur le toit, voir la nuit, courir en silence, retomber sur leurs pattes. Comment aviez-vous appelé votre complice ?

- Puceron ! Et je ne sais pas pourquoi.

- Ça aurait pu être pire.

- La preuve, mon chien s’appelait chou-fleur !

- Vous aviez un don pour les noms. Celui que vous choisirez pour moi sera le bon. C’est ma façon de parler d’avenir, Le temps nous domine, le passé ne nous appartient plus, le futur est un possible incertain. Il est plaisant d’imaginer demain ainsi le bonheur paraît accessible. Reparlez-moi de Puceron, il vous manque encore ?

- Des esprits chagrins diront qu’on ne peut comparer un chat et un humain. Ils ont raison, donc je préfère les premiers !

- J’aimerais ronronner comme lui, montrez-moi l’endroit où vous l’avez rencontré. Marcher nous fera du bien. Le hasard serait grand si nous en croisions un autre, assis et nous attendant pour le protéger de la nuit, de la pluie et du froid. Vous ne le laisseriez pas dehors.

Sa patte… pardon, sa main prend la mienne, elle m’entraîne. Je me laisse faire en contenant un miaulement de satisfaction

La nuit est compacte, les façades nous observent, le monde semble mort et nous les ultimes traces d’une vie ayant compris l’inanité de ses efforts.

- La nuit est propice aux rencontres sortant de l'ordinaire.

- Jeune j'attendais de croiser une belle vampire...

- Une idée d'homme ! Prendre une vie pour prolonger la sienne.

- Une plante aussi est vivante, demandez à une carotte.

- Partiriez-vous pour le désert ?

- J’y suis déjà.

- Je ne suis pas un mirage.

- Quelle est la validité du réel ? J’ai opté pour l'imaginaire par incapacité à m'intégrer, je suis né face au vide et l'aie rempli spontanément. L'extérieur n'était pas hostile, il était absent rien ne venant de l’extérieur j'ai pris l'unique chemin restant, impossible désormais de reculer. Parfois il me sembla n'être pas vivant comme si j'étais pris dans le coma depuis mon premier cri, de refus. Tout cela ne serait qu'imaginaire. Si je suis vivant alors c’est en partie seulement, avec l'avantage de pouvoir contempler ce que nul ne put qu'entrevoir et le défaut de ne plus pouvoir appréhender la réalité.

- Vous maîtriser si bien le langage.

- Qui tient les mots tient les gens aimais-je à dire.

- Vous avez raison, sans le terme adéquat comment saurions nous ce que nous voyons, entendons, pensons ?

- J’attends celui qui verra dans mes textes plus que des taches d’encre. Nous parlions du désert, chaque mot est un grain de sable, matrice du suivant. J’aimerais aller à ma rencontre sans parasite mais je suis déjà parti, tracté par les mots, le but du voyage est savoir qui je suis au-delà de la notion d’individualité. Je me fis un univers sur mesure, diminuant les sollicitations, les perturbations, besoin de renfermement, ne pouvant échapper à mon regard j’ai fini par me voir.

- Le temps a filé, observez les fantômes autour de vous, il en est de plus denses qui vous comprendront, que vous désirerez connaître. Autrui est parfois une tornade soulevant en soi des idées inconnues. Seul nous tournons en rond, englué dans l’inutile.

- J’ai atteint les limites du monde que je générais. je cherchais en tâtonnant la douceur du capiton, le froid des murs me répondit. Je les sens prêt à exploser en dents coupantes avides de mordre, de déchirer. J’ignorais la nature de mes limites, les imaginais proches, rassurantes. Vous venez du côté de la vie que je crus impossible, agressif, violent… Il l'est mais la vie n’est pas un animal docile, sans griffe ni dent, refuser leur existence les rends plus promptes à nous faire souffrir. J’ai fait un échange. Vous avez saisi la main que je tendais par-dessus l’effroi. Je perçois encore un obstacle entre nous, un refus dissimulé, une peur souriant du tour qu’elle nous joue. Cet obstacle résiste mais se fendille là où nos esprits se rejoignent. J’ai l’impression de vous voler.

- Prenez ce dont vous avez besoin, ne laissez rien, ce serait perdu. Ensemble nous réussirons. Comme des rapides sur lesquels les autres se disloquèrent. Ainsi paient ceux qui, ne pouvant se comprendre, ne perçoivent pas le danger qu’ils affrontent. Être conscient est la clé de la victoire.

- Admettre pour l’emporter, percevoir l’inutilité d’opposer le négatif au positif car alors surviendrait l’annihilation. Ensemble ils forment un tout accessible. Je me suis enfoncé dans l’erreur longtemps, optant pour le premier, refusant son contraire. Je sais désormais qu’ils se complètent. Sans vous j’aurais continué mon errance, si je n’avais pas sauté.

- Mon effet ? Le battement d’aile d’un papillon.

- Susceptible de provoquer un ouragan.

- Mais pas une catastrophe.

- Tant d’images se suivent, désert, ouragan, rapides…

- Observée sous divers angles une idée devient compréhensible.

- Mes pensées sortent de votre bouche. A nous voir qui nous jugerait semblable ?

- Qui verrait plus loin que les apparences. Vous avez quitté votre désert si vous pensez être visible.

- Je n’ai pas vu que l’herbe remplaçait le sable.

- Le troupeau se rapproche.

- Physiquement il m’est possible de les rejoindre, mentalement non. Jadis j’imaginais le retrouver pour faire un massacre, fouine dans un poulailler quand l’odeur du sang lui monte à la tête, qu’elle ne sait plus réprimer sa sauvagerie, prenant plaisir à tuer sans autre alibi qu’une pulsion à satisfaire. J’eus ce désir, aussi par dépit, par impression d’être rejeté. Je m’éloignais lentement du sentier que trace cette harde dans le vide d’un champ illimité. J’aurais pu rejoindre les prédateurs, mais ils font partie de la masse. J’ai traversé leurs rangs pensant m’y intégrer avant d’admettre que je devais aller vers moi, pas vers une satisfaction temporaire et trompeuse.

- De votre position vous pouvez encore agir.

- Sur un fond clair-obscur, être une silhouette prometteuse. La haine me parviendra de ceux qui nient l’existence d’une autre voie quand la majorité bovine mastique ses neuroleptiques. Quelques-uns, surpris, trouveront en eux la force de franchir la barrière d’angoisse, les bergers sociaux et mythologiques n’y pourront rien.

- Vous atteindront-ils tous ?

- Beaucoup s’épuiseront ou tomberont dans des pièges que je ne vois pas, les comblant pour que les moins pressés, passant par-dessus, poursuivent leur chemin.

- Jusqu’à vous ?

- Chacun doit progresser vers soi, pas vers une icône à laquelle il veut ressembler alors que c’est la pire prison possible, celle ou attend, souriante, confiante, la sauvagerie. Qu’ils se sentent vivant, l’osent, là est mon rôle.

- Ces mots vous surprennent ?

- Oui, dialoguer suscite de nouvelles idées.

- Elles révèlent votre pensée, disent ce que vous refusiez, ce que la lucidité veut amener en pleine lumière. Ces concepts attendaient l’opportunité de jaillir des profondeurs. Elles l’ont fait lentement.

- Vaisseaux fantômes de l'âme attendant une tempête mentale les ramène à la surface en espérant qu'un esprit fut assez sensible pour monter à son bord, le visiter, et en revenir... Là est le plus difficile. Tant d'esprit embarquèrent qui furent entraînés dans les abysses. J'imagine la panique devant l'émergence de telles pensées gigantesques, la réaction de se crever les yeux pour survivre, de se jeter dans l'obscurité de croyances vaines mais rassurantes. Comment ne pas céder à l'effroi ou à la folie et pourquoi moi ai-je survécu, sinon parce que je m'y suis retrouvé dès ma naissance, dès que je pus penser et que cet univers-là est devenu mien, est devenu moi. Je n'ai pas eu à monter à bord et mes textes tentèrent de m'ouvrir les yeux sur ma situation. Maintenant je sais que je ne peux plus en descendre seulement essayer de survivre en me soulageant de pensées que j'envoie par dessus la rambarde. Mais je suis bien ici, face à la nature déchaînée, à la Création en pleine action, j’allais dire : en pleine crise. Une Création digne de ce nom ne peut survenir dans le calme. Le désert exprimait mon désir d'oublier ma situation, mais je peux la fuir pas la modifier. Je suis face au chaos d'idées s'entrechoquant quand remontent de l’Origine les secrets qui nous obsèdent. Mais je ne peux faire que regarder, je dois visiter les cales, parcourir les ponts, descendre dans des profondeurs où m'attendent mes pires désirs. Je l'ai déjà fait, les ai affrontés et s'ils faillirent me submerger j'eus la force de les éloigner. Comment, je ne sais pas, pourquoi, je l'ignore, est-ce la seule logique des grands nombres qui fait qu'après tant d'essais infructueux un devait réussir et ce dernier s'interroger. Évidemment si j'avais échoué je n'aurais pas de question à me poser ! J'ai approché les esprits de mes prédécesseurs, appris de leurs efforts, réussites et échecs. Je voudrais être le seul, je crains de n'être que le premier.

- Vous avez plongé au cœur de l’âme et découvert des merveilles terrifiantes. La peur qu’elles suscitent est un filtre, elles montrent les dents mais pour sourire, seul le débile s’effraie. Votre âme s’est trempée dans l’océan de visions infernales, d'émotions destructrices, dans le vent de révélations que vous seul pouviez supporter. J’entends résonner le NON que vous avez hurlé, intérieurement, au moment de disparaître. Il m’incita à venir alors que je voulais le murmurer me demandant si c’était possible. Je devine l’incrédulité d’un témoin de notre rencontre. Comment saisirait-il le sens de nos paroles ? Que la foule reste sur les canots de la normalité. Ce que nous cherchons est à nous puisque c’EST nous ! La civilisation n'est-elle pas l'association d'un équipage d’illusions et de passagers hallucinés ? Contemplant le vide vous avez appris à regarder plus loin, en acceptant les ténèbres vous connaissez la violence de la vraie lumière. Pas l’artificielle qui domine le monde, l’intérieure qui consumera ceux qui refusent de l’intégrer. La comparaison est belle ; l’image d’un vaisseau intervenant dans le réel à la faveur de tempêtes est riche d’enseignements.

- Elle veut dire que lors d’orages mentaux violents peut remonter un savoir inaccessible en dehors. Parfois ressentir sur quelle mer nous voguons amène à redouter de l’observer. Les pensées grouillent derrière nos habitudes, à nous de les prendre pour une pêche qui serait, elle, miraculeuse. Bien sûr elles ont pour premier effet de nous montrer ce que nous sommes. Je crus souvent être fou de sentir que je pouvais le devenir, au centre d’un maelström psychique disloquant les fondements même de mon être, l’ouvrant pour que par ces lézardes mes yeux puissent voir. Emporté, soumis à des forces que je sais endurer, pas contrôler. Je vois les mains s’agrippant au bastingage, s’efforçant de s’y maintenir pour monter, je devine les efforts, j’entends les hurlements de terreur quand le vent s’accroît, que les doigts glissent, que ne subsiste en canot de sauvetage que le fanatisme absolu, l’intégrisme total, la minéralisation compactant l’esprit pour lui permettre de paraître survivre alors qu’il se damne, poussé vers la sortie par une vie s’intéressant à ceux qui servent ses desseins, prête à réemployer les autres à sa convenance. Folie est le navire le plus solide, celui conduisant le plus loin, l’étreignant pour lui faire perdre l’idée d’une destination possible. Tant de prédateurs autour de nous, squales cérébraux dont les morsures m’interdirent de m’endormir. Je fus seul à bord de ce galion, cherchant une présence introuvable avant que le calme ne le lui permette de monter à bord. Personne ne sut se faire accepter de cette nef. Probablement crurent-ils avoir atteint le but ultime, heureux de céder à une mort paraissant amicale. J’essaie de comprendre, de traduire ce que je ressens. Ma chance fut de savoir les expulser avant qu’elles me noient.

- Ce navire est à quai, couleur de nuit pour être imperceptible aux yeux éteints, il vous conduira vers votre destin.

- Je n’ai pas atteint la limite de mes capacités, il m’en reste à employer. Je suis là pour cela.

- Je vous préfère dominant les concepts en leur laissant loisir de vous guider. Vos pages furent autant de pas dans la bonne direction. Vous avez piétiné sans vous arrêter. Vous attendiez d’atteindre les profondeurs où vous attendait cette embarcation. Le fond est le meilleur endroit pour monter à bord, vouloir le faire en surface, en pleine lucidité est impossible. Vous tenez la barre, laissant vos pensées vous mener où elles savent. Vous ne vous êtes pas opposé à une puissance intérieure et supérieure quand d’autres, feignant de la comprendre, l’adorèrent pour se briser sur des récifs qui n’oublient personne. Vous êtes à votre recherche. Cette embarcation est le moyen d’être vous. Une autre mer est accessible, ses merveilles vous attendent. Le pont craque, les voiles se tendent à se déchirer, par la grâce de votre esprit vous avancez. Porté par la vie tout est simple.

- Dangereusement simple, terriblement attirant.

- Vous aimez ça.

- JE SUIS ÇA !


Ça ! Le mot me reste alors qu’elle s’éloigne avant le retour du jour. Le temps nous oublie moins que nous le voudrions.

Ça ! Pour me désigner, mais suis-je cette image à laquelle je voulus m’identifier ? L’avenir m’en dira davantage.

 

Aucun chat ne vint à notre rencontre, quelques voitures passèrent. Sa main se raidit, elle recula sous le couvert des arbres, trop de monde, de regards, elle n’irait pas plus loin.

Je l’ai regardé s’éloigner, le moment n’était pas venu de lui demander d’où elle vient, qui elle est, les nuits nous rapprochent. Serait-elle cette vampire à laquelle je fis allusion se nourrissant non de sang mais d’émotions, sortant la nuit car ne supportant d’être vue. Ombre elle s’est fondue dans l’obscurité, aspirée par la nuit. Je suis resté seul, un goût de rêve dans la bouche, face à l’école où j’allais enfant. Du moins l’endroit où elle se trouvait ! Traces effacées, un jour il ne subsistera aucun endroit de mon enfance. Le temps ne laisse rien derrière lui, rien.

J’ai une lettre à lire !

Promettez... (9)

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