Connaissez-vous Wônhyo, Ch'oe ch'i-wôn, Toegye, Yulgok ou Tasan, parmi quelques d'autres ? Je gage que non et c'est bien normal puisque la Corée (je ne précise pas du Sud ici puisque l'époque dont je parle ne connaissait pas la scission, malheureuse, qui existe aujourd'hui.) souffre d'être prise entre deux géants de la Pensée Asiatique, le Japon et surtout la Chine, c'est de ce dernier pays dont viendra les principales influences que subira la Corée au fil de sa longue histoire, à savoir le Taoïsme, le Bouddhisme et le Confucianisme, avant de développer une pensée propre.
Dans ce livre ( préfacé par Oliver Abel) Philippe Thiébault esquisse le portrait de la pensée asiatique dont les pères fondateurs furent Chinois puis nous guide sur le chemin de la spécificité de la pensée coréenne s'extirpant du néo confucianisme pour établir sa spécificité.
Quand nous imaginons un "penseur" nous voyons un homme à son bureau tentant d'exprimer sa pensée, recommençant et recommençant encore, nous n'avons pas la position "méditative" qu'adoptèrent souvent les penseurs d'Asie et ce malgré les Méditations métaphysiques de Descartes. Malgré tout la quête de l'esprit est similaire dès lors qu'elle est digne de ce nom ! Ainsi que l'exprimait Hegel : Il y a un Esprit unique et il est préférable de regarder la forêt avant de voir les arbres. Ainsi, partant de cette remarque je noterais que parfois étudier un arbre mort peut être intéressant car ce qui le conduisit au déclin puis à la mort ne saurait nous être étranger. La lucidité me contraignant à considérer que ne pourrais jamais être dans cette forêt que l'ombre d'un bonsaï et mon ego en prend un coup de devoir l'avouer.
Citons Chinul : Tous les sages et saint du présent ne font que cultiver leur esprit-coeur. Ceux qui étudieront à l'avenir feront bien de s'appuyer adéquatement sur cette approche. Mon souhait est que tous ceux qui pratiquent cette voie ne recherchent l'esprit-coeur absolument pas à l'extérieur d'eux-même. (p73) (Cette "simple phrase" aurait pu résumer ce que je cherchai, et cherche encore, à exprimer dans une nouvelle publiée récemment !)

Chinul (1158 - 1210)
Ainsi que l'exprime Philippe Thiébault : Chinul mettait en garde contre les dangers de l'illuminisme, de la croyance aux miracles et des raccourcis rapides où l'on se pense arrivé sans en avoir fait l'effort, sans discipline, sans l'humilité et la patience d'étudier et de se maîtriser .Le chemin de Chinul vers "l'esprit-coeur vrai" est un chemin de lumière encore aujourd'hui (p 77).
En ces temps où brillent tant de fausses lumières, tant de phares menant vers l'absence il est bon de savoir s'orienter.
L'auteur appuie sur les différences entre les approche extrême-orientale et cartésienne de la recherche de la connaissance. Il retrace les évolutions des différentes pensées asiatiques et l'influence qu'eurent les penseurs sur les politiciens et même les inspirations que purent avoir les philosophes des Lumières venant d'Asie.
Pour ma part, et probablement la vôtre, j'ignorai que les Coréens avaient mis au point les caractères mobiles et imprimé de très beaux livres avant Gutenberg (p 119).
J'aimerais m'arrêter sur tant de parties de ce livre que je serais tenté de le recopier entièrement, il m'est impossible de le résumer, je cherche simplement à vous indiquer un chemin qui pour avoir une étroite entrée n'en est pas moins large et capable de nous emmener loin, non au-delà de nous mais au plus profond de ce Soi tellement plus riche que ce Moi que l'Oxidant met en avant. L'intérêt du jeu pourrait-être de tenter de rapprocher ces pensées par ce qui les réunis et les compléter par ce qui les différencie. "Oser penser" s'écria Kant, s'il revenait tant de mains tenteraient de le bâillonner qu'il aurait du mal à s'exprimer hors du cadre agagadémique dans lequel il est coincé.
Toegye ne regarde pas le monde comme Descartes (p 131), mais une vision stéréoscopique est bien meilleure pour l'observer !
Espérons que les oeuvres principales de la pensée Coréenne seront accessibles au public français, parce que s'il me fallait apprendre le Coréen... Tant de brillants esprits ont puisés en eux le meilleur pour l'exprimer qu'il serait dommage qu'il reste inaccessible à ceux qui, moins brillants, ne sont pas moins attirés par la véritable clarté.
J'ai tenté de vous donner envie d'ouvrir ce livre disponible où vous savez, ce n'est pas un bien grand effort, ensuite...
Cela vous appartient.
Comment mieux conclure qu'avec ces paroles de Ch'oe Han-gi (p 339) : Un monde viendra où les hommes voyageront librement sans considération de frontières nationales [...]Tous les pays du monde ont des formes de pensées et des activités humaines en commun. Les langues peuvent différer mais ne se dressera aucune barrière de communication et d'harmonie tant que nous aurons tous la connaissance et la technique pour conclure et comprendre.
Et n'oublions pas que Séoul a été choisie pour accueillir l'été dernier le 22 ème congrès mondial de philosophie.

