Oui, je me souviens maintenant, ils me prenaient tous pour un fou quand je leur ai dit ce que je pensais, comment il était possible de tromper la mort, d'effacer le temps, mieux, de trouver en soi le passage permettant de remonter jusqu'à l'Origine, bien sûr comment le démontrer, comment simplement l'expliquer sinon par des termes simples, après tout que font les religions quand elles disent que Dieu est en soi sinon chercher une formulation la plus proche d'une réalité que personne ne pouvait comprendre vraiment.
Ils disaient tous que j'étais fou, que je me prenais pour un prophète ou pire encore. Pire ? Pourquoi ? Serait-ce de trouver la Vérité car qui alors la supporterait ? Combien serions-nous pour la contempler ? Après tout est-ce si important ?
- Regarde c'est incroyable, on dirait qu'il respire, c'est lui, pas de doute possible, passe-moi le miroir. Tu vois, c'est dingue.
- Dingue...
J'ai entendu ce mot tant de fois me concernant, me définissant, si c'était le meilleur ? Peut-être suis-je, maintenant, en train de récapituler ma vie alors que la chaleur de l'incendie me dévore et que ma perception du temps est modifiée. Bientôt mes pensées cesseront, mon cerveau ne sera plus alimenté en oxygène et je m'éteindrais. J'aime ce terme dans ces circonstances, je me souviens avoir écrit une lettre de Landru à Jeanne d'Arc, l'ironie m'aura poursuivi jusqu'au bout, ou alors je suis vraiment dément. Mais que veux dire ce mot ? Est-il synonyme de folie ou de celui qui arrête de mentir ? Suis-je en train de délirer pour supporter mes derniers instants ou suis-je enfermé dans une cage aux murs matelassés, doux, si doux qu'ils donnent envie de s'endormir, il y a si longtemps que cela ne m'est pas arrivé, si longtemps que je n'ai pas fermé les yeux et cessé de penser.
- Il faut avertir les autres, ça va être l'événement du siècle.
- Non, non, attend, soyons sûrs, ce n'est peut-être qu'un reste d'air prisonnier de ses poumons ou de son corps qui s'échappe, ou les gaz de la décomposition, je ne sais pas.
- Si c'était une expiration régulière d'accord, mais là il s'arrête, écoute, on dirait qu'il inspire, c'est si faible, s'il est vivant que pourraient-ils pour lui ?
Que pouvait-on faire pour moi ? Rien probablement, je savais quelles réactions j'aurais et pourtant je ne pouvais me taire, j'étais habité par ce que je croyais être vrai. Et maintenant, vais-je trouver ce chemin menant à la Source, mourir d'un banal accident de la circulation ou rester cloîtré dans une folie de laquelle je ne peux sortir.
- Ce serait un miracle non ?
- Tu parles, regarde son état, comme s'il était possible de lui rendre simplement une apparence humaine.
Mais c'est là le piège, l'humain n'est que masque, le vrai visage de la vie est autre, différent, il est... Celui que j'avais imaginé ? Je revois mon enfance, si on peut appeler cela enfance ! Mon éducation et ce crucifix qui était mon seul compagnon, tout le reste était interdit, diabolique, dangereux, comme les autres qu'il fallait fréquenter le moins possible pour échapper au mauvais exemple, à la tentation toujours proche, prête à me sourire, à me tendre la main... Quel autre compagnon ai-je eu que ce corps torturé, à qui pouvais-je parler ? Qui pouvait me répondre sinon... Ce ne pouvait être que moi, qu'une invention de mon esprit mais j'ai tellement cru que je pouvais comprendre quand les autres s'arrêtaient aux mots, que j'avais accès au sens réel, que je pouvais. Que je ... La souffrance est incroyable, maintenant, elle envahit chaque cellule de mon corps, comme je l'ai écrit si souvent, l'espérant, l'attendant. Elle m'entraîne, mais vers quoi.
- Écoute, il respire plus vite, il faut appeler quelqu'un, le capitaine, il saura quoi faire.
- J'y vais, reste avec lui.
Avec moi ? Je devine la peur de l'autre, et la mienne ! Je me mentais en affirmant que si cela arrivait je garderais ma lucidité, quand j'ai vu arriver l'accident j'ai cru à une aide, à la confirmation que j'avais été choisi, élu ! Mais par qui, ou quoi ? La folie, la mort... Ou ce pire encore dont on me menaça dès mon plus jeune âge ? Mais s'il y avait...
Fin
(?)
Quelle bizarre histoire je viens d'écrire, pourquoi suis-je aussi troublé de l'avoir fait, inquiet sans savoir pourquoi, probablement ai-je du mal à comprendre ce qu'elle signifie, comme j'ai du
mal à saisir ce que je pense vraiment, ce que j'ai voulu exprimer dans ce que je devine n'être qu'un essai, il me faudra y revenir, chercher en moi sans craindre ce que je pourrais trouver tout
en sachant que ce sera impossible. C'est la première esquisse d'un tableau que je crains de ne pouvoir terminer, ou alors à quel prix.
Reste à savoir qui le paierait, mais j'ai mon idée, après tout une Bonne Nouvelle ne l'est jamais pour tout le monde.
N'est-ce pas ?
Dans le fond c'est moi qui crains d'ouvrir les yeux !

