Notre langue est loin d’être à
varier
Bien qu’étant assis bien droit devant mon clavier, je me penche sur la complexité, la variété des sens que l’on peut attribuer à bon nombre de mots, ce qui me permet de jouer un tantinet
avec eux !
Le verbe couvrir, son contraire et ses substantifs :
J’espère néanmoins (songez aux étrangers qui peuvent entendre : « nez en moins » !) ne pas me couvrir de ridicule… mais plutôt de lauriers !
Quiconque est couvert de dettes se voit bientôt à découvert à sa banque ! Que de contradictions dans nos expressions !
Aimés, nous pouvons être couverts de baisers. On ne dira jamais d’une chienne (je parle du canidé !) qui s’est fait couvrir : « elle s’est fait baiser » !!! On réserve en revanche cette expression à qui s’est « fait avoir »…
Mais alors, que penser d’un policier à la poursuite d’un bandit, lorsqu’il presse ses coéquipiers, armés, de le… couvrir ! Si de surcroît il est chef, appellera-t-on l’opération un couvre-chef ? Nez en plus, le malheureux risque d’être couvert de blessures.
On peut paradoxalement servir de couverture à un malfaiteur !
La guillotine a disparu après l’abolition de la peine de mort. Dieu merci, tant de non « coupables » étaient passés par là !
A ce propos, je viens de consulter mon Larousse : je voulais vérifier le sens du mot « coupable ». Il s’agit bien d’une personne qui n’est pas innocente. En revanche, jetant un œil sur son synonyme « sécable », je lis la définition :
- Que l’on peut couper.
Le terme ancestral de « non coupable » viendrait alors du fait qu’on n’avait pas à trancher la gorge ???
Le ciel est souvent « couvert »…
On ne dit jamais : « habille-toi, il fait froid », mais « couvre-toi bien ».
Si l’on revient à la saillie dont on parlait plus haut, il faut vraiment faire figure de contorsionniste !
Au temps où l’on donnait des leçons de courtoisie, les hommes portaient encore des chapeaux :
- Découvrez-vous lorsque vous rencontrez et saluez une
dame ! (si ce discours s’adressait à certains exhibitionnistes, il valait mieux qu’ils eussent un imperméable ou… un « bonnet à poils !)
Quand on pense qu’un certain Christophe a découvert l’Amérique ! Encore des expressions à faire pâlir les étrangers !...
Un autre exemple : une femme peut être couverte de bijoux. Si l’on songe un instant que ce sont des bijoux de famille… quelle sera sa réputation !
Il en est de même pour l’expression offrir le gîte et le couvert. Pour qui passerons-nous si la proposition s’adresse à un non français !
Si l’on dit :
- Cette femme est couverte de boutons : tient-elle une mercerie ?
De même pour un prêtre en soutane !
Et si vous dites qu’en rentrant chez vous, vous avez découvert une femme dans votre lit, on pourra penser à mal ! Ce qui me fait songer à la blague :
- Connaissez-vous le comble du dentiste ? non ? :
- C’est rentrer chez lui et découvrir sa femme au lit avec un mâl(e) dedans !!!
On pense aussitôt à l’expression « découvrir le pot aux roses »… Je vois assez mal un pot empli de roses et couvert de surcroît ! Comment donc le découvrir ???
Notre langue regorge de mots à double, triple, quadruple sens. Ne parlons pas des méprises dues à des consonances, comme je le mentionnais dans mon topo sur « Damocles » :
« il a tempêté sur la Bretagne »…
A Amiens, on ne dit pas « en quelque sorte », mais en Somme !!! En Corse, dire « en somme » ne nécessite pas d’explication…
Trêve de plaisanteries, je préfère être couvert de fleurs de mon vivant, plutôt que le jour où l’on m’apposera un couvercle. Doit-on pour autant appeler cela un « couvre-feu » ???
Jacques APPAR

