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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 06:21
La Porte de l'Enfer - 09

                                                  10

- Un ange passe.

- Il s’enfuit, c’est par erreur qu’il s’est retrouvé parmi nous.

- L'air semble attendre, mais quoi ?

- Le sablier laisse filer un grain après l’autre, inutile de s'angoisser.

- J’étais tranquille, des tueurs en séries, des politiciens corrompus, la routine, voilà que tu arrives avec des questions, des ombres, sans toi je ne serais pas en train de serrer les fesses. Cette vague de froid aurait une explication simple et je dormirais paisiblement.

- Avec l’espoir de ne jamais te réveiller ! Je comprends ce que tu veux dire. Crois-tu que j’ai choisi ? Arrive dans la vie le moment de prendre ses responsabilités, de savoir ce que l’on veut et de mettre en œuvre ce qu’il faut pour le réaliser. Courir me fatigue, je ne peux plus le faire, je n’ai pas à vouloir comprendre, seulement à accepter.

- Je sais, ça me fait du bien de récriminer, de te faire porter le chapeau. Tu as une assez grosse tête pour cela.

- C’est gentil de me le dire, il te tomberait sur les oreilles.

- Qu’est-ce qu’elles sont mes oreilles ?

- Elles sont ravissantes, on en mangerait.

- N’essaie pas, elles sont piégées.

- Je vois, tu parles des trucs bizarres qui dépassent ?

- Voilà.

- On dirait de grosses araignées velues, je vais rester à distance.

- Parfait. Pour une fois j’ai envie que cette enquête rejoigne les dossiers recouverts de poussière.

- Ce n’est pas un bon exemple pour un policier.

- Tant pis si je n’en suis pas un. Je suis moi, c’est tout.

- C’est beaucoup, tiens, j’imagine le repas de nos amis avec toi.

- Gentil, qu’ils essaient, ils tomberaient sur un os, et même plusieurs.

- Mais sur beaucoup de chair auparavant.

- C’est habituel ici, le muscle, le gras, je cumule les qualités.

- Physique, tu dissimules les autres.

- Que suis-je en comparaison de toi ?

- Par charité je ne répondrai pas, je suis exceptionnel.

- Le pire est que c’est possible.

- Ça m’a pris tout petit, ce n’est pas si vieux mais le temps m’a paru long. La police apporte de quoi s’occuper. Le métier est mal vu, tant pis, mieux vaux être du côté du manche. Les gens qui nous détestent nous savent nécessaires. Si nous sentons la merde c’est qu’ils ne peuvent s’empêcher de chier, voilà tout.

- Formule rustique mais ayant le mérite de la clarté.

- N’est-ce pas !

- Tu me fais osciller, par moments j’ai envie que tout cesse, je mets la tête dans le sable, ensuite j’ai envie de comprendre, ce qui me fait peur et revenir à la proposition précédente, difficile.

- C’est le balancier du temps, qu’il se fige et la vie s'estomperait. L’agitation du monde vient de cette peur qu’il s'arrête. N'est-ce pas déjà fait, ne vivons-nous pas dans un monde artificiel. Une civilisation n’a pas vocation à durer toujours, ce qui naquit mourra, simple.

- Mais pénible. Si le balancier est bloqué ?

- Alors là… fiction que tout cela, fiction et imagination.

Wool opina, Morton en fit autant, ils étaient d’accord, unis par la peur.

Intérieurement Diatek pensait autrement, il cherchait un bourreau pour, à genoux, supplier d’être délivré, comme les autres.

Mais non, cela ne marche pas ainsi, la réalité n’était pas ce… Mais si ! Elle l’était, seule sa peur lui soufflait de la refuser, le désir de gagner un peu de temps, rien qu’un peu, un peu plus.

Les illusions meurent parfois quand l’esprit se retire d’elles de trop les croire, il s’en détourne, leur fait confiance, qu’il y revienne et il se découvre seul et perdu. Premier pas vers la lucidité.

- As-tu réfléchi à notre affaire ?

- Oui.

- Tu le dis comme s’il s’agissait d’un détail.

- L’habitude de garder une distance avec les faits. Qu’avons-nous, une voiture, un conducteur et un cadavre dans le coffre, ensuite…

- Oui ? Un éclair de génie ?

- Qui sait.

- Accouche !

- Est-ce un hasard ?

- Que veux-tu dire, tu veux la lampe dans les yeux ?

- Curieux qu’une organisation capable de conduire quelqu’un à s’offrir vivant ne puisse faire disparaître un cadavre.

- Le conducteur s’est affolé.

- Justement, c’est anormal, si j’ose dire. Comme s’il n’avait rien à voir avec ceux que nous recherchons, un pauvre type sachant ce qu’il trimbale sans connaître de détail, choisi pour la médiocrité dont il fait preuve, un lâche ayant besoin d’argent, il ne pouvait que faire une bêtise, après tout il aurait pu se rendre compte de quelque chose, voir le corps, se faire une idée de ce qui lui était arrivé, le tout calculé d’avance, ainsi son comportement ne pouvait qu’attirer l’attention. L’important étant que le cadavre dans le coffre soit découvert.

- Besoin de publicité ?

- Restreinte je pense.

- Pour une seule personne ?

- Disons principalement pour elle.

- Toi ?

- Moi !

- Vanité ?

- J’espère.

- Moi aussi, vraiment. C’est un piège ?

- Ils savent que je vais m’y jeter. A moi d’avoir la réaction adéquate pour les surprendre et passer au travers des mailles du filet, sans savoir où il est, ce qu’il est, et si la sortie offerte n’est pas le véritable piège. Vous devrez m’aider le moment venu.

- J’imagine un type qui se jette sur moi, dents en avant, le choc.

- Laisse venir, ce sera mieux. Donc le corps, il avait une destination logique, un endroit où cela est aisé de faire disparaître un cadavre. Une casse automobile par exemple, comprimer un corps dans une voiture, un four très puissant, n’importe quoi rendant ce service.

- Dans la direction que prenait la voiture ?

- Oui.

- Une liste facile à dresser.

- Un annuaire papier fera l’affaire.

L'américain alla en chercher un, c’était dans ses compétences.

                                        * * *

L’immeuble est ancien mais en bon état par la grâce de ses habitants. Jadis ce n’était pas comme de nos jours, tout le monde le sait.

Une large entrée donnant sur un vaste hall de marbre, des miroirs en vis à vis, des fleurs rarement volées, un tapis encastré par terre pour que les pieds s’y décrottent, une odeur d’ancien, le progrès met tout en bombe. Une odeur désuète par exemple, composition inconnu, pourvu que ça fasse penser que.

Le vieil ascenseur ressemble à une cage, pas engageant, une commission de sécurité à peine compétente exigerait son remplacement immédiat. Heureusement il y a parmi les propriétaires de l’immeuble quelques personnes bien placées, sachant préserver les objets auxquelles elles tiennent.

De vastes appartements, hauts de plafonds, difficiles à chauffer, le standing se paie cher, signe qu’il les vaut, insinuent les vendeurs.

Un tapis carmin suit l’escalier, des barres dorées lui interdisent toute liberté, il est là depuis toujours et ne supporterait pas un voyage.

L’homme monte calmement, on dirait un homme d’affaire venant rendre visite à un riche commanditaire refusant de se déplacer, tout est dans le nombre de zéros, d’ici à ce qu’un jour le besoin d’un chiffre devant ne se fasse plus sentir…

Ses yeux clairs observent calmement ce qui se passe, rien ne lui échappe, le risque est grand, le jeu est plaisant pour cela.

Le troisième étage, au travers des portes aucun son ne passe, l’insonorisation est parfaite, le montant des loyers l’impose.

Une porte de chêne, le sourire s’agrandit, un doigt appuie sur la sonnette, l’attente n’est pas longue.

Un cliquetis, une voix qui murmure une question, se satisfait de la réponse puisque l'huis s’ouvre, un peu.

L’homme âgé qui apparaît est d’un modèle courant dans sa tenue d’intérieur, un visage curieux, de grands yeux, une bouche sans lèvres qui n’a pas souri depuis la guerre de cent ans.

Le regard s’agrandit, déjà le vieillard se recule mais le coup violent l’atteint en plein front, une exclamation qui disparaît dans le couloir, le battant est refermé, le vieil homme saisi par le collet pour être porté plus loin dans l’appartement, dans un grand fauteuil de salon.

Un véritable musée, épais tapis, meubles massifs, vitrines regorgeant d’objets anciens qui rendraient fou n’importe quel amateur d’art précolombien. La richesse permet tout, sinon à quoi servirait-elle. Hein ?

L’arrivant ne perd pas son temps à contempler les merveilles offertes, il ouvre la bouche de sa victime, glisse une pince entre les lèvres, croche une fausse dent et l’arrache d’un coup sec. Le poison qu'elle contenait est désormais une sortie inaccessible.

Cela va mieux, la situation se détend, le faux expert financier, mais qui a dit qu’il l’était ? regarde autour de lui. Le plafond à disparu afin que les merveilles s’exposent sur deux niveaux, plus haut le toit a été remplacé par une verrière, pour contempler des merveilles rien ne vaut la lumière du jour. Il voudrait prendre son temps, s’intéresser à tout, quel dommage qu’il soit venu pour autre chose.

Tuer un vieux collectionneur, pour ne pas dire un vieillard maniaque.

Jeu de mots !

Le vieux ne l’est pas tant, il sait le simuler, accentuer les traits le faisant paraître plus âgé, plus fragile, les excès qu’il commit sont également responsables de ce visage ridé, de cette attitude courbée et sournoise, seul le regard parfois se révèle.

- Vous êtes son fils n’est-ce pas ? Le doute n’est pas permis, vous ne seriez pas là autrement, l’enfant veut effacer les crimes du père. Peu importe que vous restiez muet, je vous devine, je vous connais. Il parlait de vous parfois, j’ai dû être un de ses rares confidents, votre visite ne me surprend pas. Je suppose que vous vous êtes occupé de lui ? Il pensait que cela finirait ainsi, les rôles étaient écrits, le contrat signé de cette encre qui interdit le refus. Il ne m’étonnerait pas que vous ayez tué beaucoup des nôtres. Pourquoi pas, qui tue le fait pour exorciser sa peur de la mort. En ce qui me concerne je ne la crains pas, je ne regrette rien, ma vie fut longue, riche, malsaine et plaisante. Je peux être cynique, ma position permet tout. La ressemblance est immense, votre père pensait que vous pourriez être pire que lui, c’était un compliment. Je pense que vous êtes seulement plus, avec la capacité de réfléchir, de prendre du recul pour saisir la situation. Il ne l’avait pas, sinon dans l’action, pas quand le temps se présentait de comprendre. Il n’y aurait pas résisté. C’est un signe de sagesse que de se contenter de ce que l’on peut posséder, inutile d’aller au-delà de ses moyens, n’est-ce pas ? Belle collection n’est-ce pas ? J’en suis fier, sans moi nombre de ces merveilles auraient été perdues, elles finiront dans un musée, l’état ne les rendra pas, je le connais, et vous aussi. Vous n’êtes pas du genre à torturer, la rage qui a pu vous habiter s’est éteinte, elle a fait place au devoir que vous devez accomplir, mais le savez-vous, le comprenez-vous ? Nous sommes des pions entre les mains… Je ne sais lesquelles, dieu ou diable je m’en fiche, le moment venu je ferai face à la situation, pourquoi me ferais-je du souci alors que le temps n’est pas venu ? En tant que français vous comprenez cela. Pour vous aider… Mais je suis bête, vous connaissez mes goûts, savez tout de moi. Parfait, vous savez que mon plaisir était de frapper les enfants, de les détruire, par morceau, un os, un autre, une plaie, une autre… Je ne vous effraie ni ne vous écœure ? C’est bon signe. Pas de question, j’aurais pu vous en apprendre. Vous êtes fier, c’est souvent un défaut, pas chez vous. Si vous voulez me frapper, je peux vous indiquer où trouver mon arme. Non ? Combien encore à éliminer ? Pour chacun une mort différente. Je ne m’intéresse pas à l’actualité, je connais celui qui sera le dernier, logique. Vous avez une corde, je fais le commentaire puisque vous ne dites rien. Je déteste les films muets, auriez-vous l’idée de me pendre ? Une dernière érection serait inespéré pour ne pas dire miraculeux. Un poignard ? Je suis gâté, je ne vous vois pas venir, ça promet, vous…

Un cri, si léger qu’une souris n’en eût pas été inquiète, un craquement, écho, briser une colonne vertébrale est difficile quand on ne veut pas tuer. Le poignard sert pour la langue et les yeux, une tige d’acier, on dirait un James Bond, pour percer les tympans, la mort viendra doucement. Qu’il en profite, face à lui même, ce qui reste de son esprit aura de quoi s’amuser.

Et de huit ! Le compte n’est pas encore bon, ça vient doucement.

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Bienvenue sur ce blog ! Vous y découvrirez mes goûts, et dégoûts parfois, dans un désordre qui me ressemble ; y partagerez mon état d'esprit au fil de son évolution, parfois noir, parfois seulement gris (c'est le moins pire que je puisse faire !) et si vous revenez c'est que vous avez trouvé ici quelque chose qui vous convenait et désirez en explorant mon domaine faire mieux connaissance avec les facettes les moins souriantes de votre personnalité.

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