Je me souviens du temps passé face au miroir,
Souriant, encouragé par cette belle image,
Heureux de la vision de l'être devant moi,
J'ignorais alors où me menait ce chemin.
Enfant j'imaginais ce que serait demain,
Mon métier passionnant, pompier, chanteur, marin,
En arpentant le monde et m'illustrant en tout,
Devenant du présent le principal atout.
Mes ambitions connurent un indécent déclin,
Pas une fois mon talent ne put vivre à sa faim.
Quand les rêves s'estompent le réel devient flou,
L'habit illuminé s'empoussiérant au clou.
Les amis, le travail, les crédits, la famille,
Ce qui ponctue les mois. Le temps que l'on gaspille,
Jeté ici ou là, faute de savoir qu'en faire,
Oubliant que demain sera reflet d'hier !
Des enfants surviendront, deux garçons une fille,
Trop vite ils grandiront, et la joie qu'on grappille,
Diluée dans jadis derrière nos paupières,
Sera le fruit gâté d'une vie ordinaire.
Dans le flot des années j'ai été englouti,
Un courant trop violent, et je suis si petit,
J'aurais voulu... J'aurais... J'ai agi de mon mieux
Profitant de l'instant, aussi gai que sérieux.
Désormais je suis seul, mon épouse est partie,
Je serai dans six mois arrière-arrière-papy.
Ainsi la nature est le désir impérieux,
A ses pieds nous restons des nabots obséquieux.
La mort est maintenant seule à prendre ma main,
J'espérais ressentir un tout dernier émoi,
Trop tard pour exprimer les joies du cinquième âge,
Maintenant j'ai compris, la vie est un mouroir.
Le manège est parti on ne peut en descendre,
Que le corps devenu un petit tas de cendres,
Je sais enfin quelle rime est idéale à dieu,
Tenant toute entière en un aussi court mot : Vieux !

