Cro Magnon dessinait, unissant les couleurs,
Sa grotte illuminée résonnait de cent voix,
Des rires et des chansons et dans le fond des pleurs.
Le bonheur était là sans qu'il fut même un choix.
Sapiens passant par là, attiré par le bruit,
Vint voir ce qui pouvait motiver cette joie,
Lui qui, perclus de peurs, redoutait tant la nuit,
Ce monde de terreurs regorgeant de pourquoi.
Magnon l'accueillit en lui tendant la main,
Surpris il recula la voyant sans menace,
La sienne étant déjà prête à saisir l'engin,
L'instrument de métal qui protégeait sa race.
"Ne sois pas effrayé, fais un tour parmi nous,
Ce que tu vois ici ne t'est pas étranger,
Souviens-toi de ces temps où nous vivions sans roue,
Sans progrès ni envie, alors nous étions vrais.
Par le fait d'un auteur ces mots nous réunissent,
C'est lui qui pour jouer gomme les millénaires,
Nous fait nous confronter en usant d'artifices,
Piégeant la vérité : Nous sommes intermédiaires.
La crainte est dans tes yeux, qui veux-tu implorer ?
Je lis dans tes pensées : Ce n'est qu'un cauchemar !
Si c'est la vérité, tu vas te réveiller,
Mes mots te sembleront le produit d'un hasard,
L'effet simultané de trop de boulot et
D'un abus de cocktails pour noyer ton cafard.
Pour moi le réel c'est maintenant et ici,
Et la mort une nuit qui ne finirait pas.
Nul besoin de joujoux, foi et philosophie,
Drogues et pouvoir, fric, crimes ou attentats.
Tu es l'autre chemin que la vie emprunta,
Mon destin sera tien, bientôt tu finiras.
Dans ton palais d'acier le futur surgira,
Un successeur enfin la paix t'apportera.
Ainsi la vie est-elle, ce qui fut s'éteignit,
Ce qui est maintenant demain ne sera plus.
L'important de l'instant se noiera dans la nuit,
Tu es roi en ce jour et demain superflu."

