Nous nous ressemblons vaguement, corps minces, moustaches, mais nos similitudes physiques s’arrêtent là, c’est par l’esprit que nous sommes le plus proches.
Je me souviens, la première fois qu’il m’a vu, dans son miroir alors qu’il scrutait son visage. Sur le moment il crut à une hallucination, avant de se retourner pour se jeter sur moi. En vain, bien sûr, trop lent !
Nous avons cohabité ainsi. Je ne me cachais pas, lui finit par s’habituer à ma présence, après de vaines tentatives pour m’éliminer.
Il ignorait à quel point je le connaissais, ses manies, ses habitudes, se promener dans le noir par exemple, comme moi, forcément. Sa façon de se nourrir, de ne rien perdre, comme moi. Tout conserver, tout utiliser, là encore, comme moi !
Tout utiliser…
Il est mort hier soir, je l’ai vu buter sur un tas de déchets, tomber, râler. Je me suis approché, l’ai observé de près. Il m’a vu et tendant maladroitement la main a effleuré mon museau d’un doigt, pour la première fois, comme pour me transmettre son héritage, à moi, finalement sa seule famille, l’unique semblable qu’il ait connu.
Ne rien perdre était sa devise alors il comprendra que je déguste son cadavre tout en me demandant lequel de nous deux était le vrai rat !

