J'entends leurs paroles, leurs dialogues, ils ne se gênent guère à cause de moi et je sais pourquoi. Ils disent que je ne me souviens pas, que ma mémoire s'efface lentement. Maintenant seul existe, hier a disparu dans la nuit et demain sera identique. Ici les jours se suivent et se ressemblent par les activités qu'ils nous imposent, pour notre bien, par les soins qu'ils nous donnent, pour motiver nos esprits. Croient-ils que nous le désirons tous, que l'oubli est un ennemi redoutable quand il est la gomme effaçant le passé et faisant de chaque jour une nouvelle promesse.
J'oublie les choses du présent, ce que je fis hier...
Quelle utilité, je refais les mêmes gestes aujourd'hui et recommencerai demain.
Mais de ma mémoire ne se sont pas effacés les moments les plus importants, les seuls comptant qui laissèrent en moi cette succession d'images, d'instants, d'émotions semblable à ces petits cailloux que le Petit Poucet abandonna sur sa route pour retrouver le chemin de sa maison, si ce n'est qu'un tel recul n'est pas possible en réalité à travers le temps, il le devient par la grâce de l'oubli jusqu'à ce que, le dernier effacé, ne reste plus que ce vide dont nous sortons pour y retourner.
Si vite !
Ils savent que j'aime feuilleter mes albums de photos, pensent que les visages que je contemple sont des spectres à peine moins flous que leur environnement, des amis, des parents, des relations ;
Ce n'est pas entièrement faux mais je ne peux leur avouer la vérité.
Ce sont mes victimes.

