Aujourd'hui les superproductions sont nombreuses sur les écrans et attirent, parfois, un immense public. Intéressant donc de remonter aux sources pour découvrir le premier film digne de cette appellation : Intolerance ! Il avait été tourné plusieurs productions disposant de grands moyens, en Italie avec Quo Vadis, aux USA également avec Naissance d'une nation, du même Griffith, dont je parlerai plus tard, mais c'est surtout Intolerance qui, de mon point de vue, est le plus marquant dans l'histoire du cinéma et apte à mériter ce titre.
Griffith est réalisateur depuis 1908 et a déjà profondément modifié la technique narrative quand il décide en 1916 d'être encore plus novateur en racontant quatre histoires alternant sur l'écran, toutes exemplaire de l'intolérance.
La destruction de Babylone par les Perses, cinq siècles avant notre ère.
Jésus est crucifié en Palestine
Le massacre des protestants lors de la Saint Barthélemy au 16ème siècle.
Un jeune homme est condamné à mort au 20ème siècle pour un crime qu'il n'a pas commis.
L'ambition du réalisateur est immense, son échec le sera autant. Le public n'adhérera pas à des séquences trop différentes et liées artificiellement. Du reste la chute de Babylone est un fait de guerre, la condamnation d'un innocent, basée sur une preuve mal comprise, relève plus de l'erreur judiciaire, de plus il ne sera pas exécuté, le gouverneur de l'état intervenant au tout dernier moment pour le sauver. Quand à la mort de Jésus elle relève de la politique et de l'obligation de faire respecter les lois romaines. Peut-on, en outre, imaginer que le christianisme aurait eu ce succès sans la mort de son inspirateur ?
Bref l'intolérance est un masque flou posé sur des épisodes plus ou moins historique pour faire croire qu'ils se ressemblent.
D.W. sortira à part les deux meilleures séquences, la première et la dernière partie de son film avec un petit succès et sans que cela change la destinée d'une œuvre qui reste l'expression d'une ambition mal maîtrisée. Le film est malgré tout un moment de l'histoire du septième art par sa seule existence qu'un cinéphile se doit de connaître.
Griffith avait créé une société de production pour ce film afin d'échapper aux financiers (déjà!) qui voyaient le cinéma comme un moyen de gagner de l'argent, elle fermera ses portes à la suite de cet insuccès mais il remboursera ses dettes jusqu'au dernier cent et fondera plus tard United Artist avec Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Charlie Chaplin, une société qui connaîtra un grand succès, chose que lui ne rencontrera plus malgré quelques films notables. Sa fin de vie entre alcoolisme et indigence ne sera pas à la hauteur de sa carrière.




