Ce n'était qu'un jeu, au début, rester là, yeux ouverts sans rien voir, la bouche close et les sens rétractés. Des ombres passaient, si lointaines qu'elles étaient floues, des voix, il y eut même des gestes, mais ce n'était pas moi qui bougeait, c'était... C'était cette chose autour de moi, cette prison de chair, de chaleur et de perceptions inutiles. Mon moi était ailleurs, loin des émotions qui l'agressaient.
Petit à petit l'opacité grandît, je sentis mon corps se transformer, éliminer l'inutile pour retrouver l'être des origines. Me souvenir de celui que je fus m'est de plus en plus difficile, ce n'était pas une autre vie mais un cauchemar que je fis, avec ces cris qui me zébraient l'âme, ces mains telles des animaux venimeux qui couraient sur moi sans que je pusse m'en débarrasser. Maintenant elles sont loin. Faute de savoir avancer l'inverse était plus simple. Je me suis éloigné, lentement d'abord, que cela ne se remarque pas, puis j'ai trouvé la meilleure cachette possible.
Ici personne ne me trouvera, qu'ils cherchent, supplient ou menacent, ni promesses ni coups pour m'atteindre, leurs appareils ne décèleront pas mon esprit. Peut-être entendront-ils mon cœur, un jour je saurais le faire taire, ne plus être que moi, que moi, que...
Qui ?

