C'est avec surprise que j'apprends la suppression de mon emploi, certes, vous n'aviez aucune obligation de me consulter et disposez du droit de mettre un terme à ma fonction de manière anticipée. Néanmoins je me permets par la présente, dont le destin sera j'en suis sûr de finir à la corbeille, de manifester mon désaccord, non que je me considère indispensable à titre personnel mais en ces temps de hausse régulière du chômage je trouve déplacé de supprimer un poste qui, pour être superflu n'en est pas moins utile, en effet combien de membres de la fonction publique sont-ils dans ce cas ? Il va sans dire que vous n'êtes pas concerné...
Dois-je souligner que ma famille depuis plusieurs générations est au service de l'état et ce pour un salaire minimal, parfois agrémenté d'avantages en natures et diverses primes il est vrai, mais rien qui permette un train de vie compensant la difficulté de ce poste. Vous n'êtes pas sans savoir quels regards nous dûmes supporter, moi-même, enfant... Mais je semblerais me plaindre et tel n'est pas mon propos, je tenais simplement à vous rappeler que notre rôle était aussi une charge et méritait ce terme.
Sans doute est-ce un progrès pour la civilisation que de mettre un terme à mon usage, encore faudrait-il que civilisation soit un mot ayant un sens s'inscrivant dans la réalité de l'être et pas seulement dans des habitudes qui ne sont qu'apparences, peut-être même croyez-vous en la valeur humaine sans l'avoir vue d'aussi près que moi, car, croyez-moi, je l'ai vu en des instants où le masque ne pouvait que tomber avant... avant vous savez quoi. J'ai vu la peur, l'effroi mais aussi l'amusement et la curiosité, j'ai vu le matamore faire dans son pantalon et celui qui tremblait se redresser et s'approcher tranquillement, j'ai vu naître autant la panique que la curiosité, et plus souvent la seconde, signe indubitable d'avoir mérité de me rencontrer, croyez-moi, éprouver cela indique une anormale familiarité avec la mort. Nul autre instant dans la vie ne laisse mieux paraître la vérité de l'être que son dernier.
Je m'égare, ce courrier n'est pas le premier chapitre de mes mémoires, cependant, l'avoir rédigée me donne envie de les écrire malgré le devoir de réserve que vous ne manquerez pas de me remémorer et dont je tiendrais compte, ou pas.
Ne serait-ce que pour cette idée je me félicite de l'idée de cette lettre et remercie Lee Rony de l'avoir rédigé pour moi, il est d'autant plus méritant qu'il ne m'a pas consulté pour ce faire ! Je lui fais donc confiance pour rédiger un faux Journal Intime, son imagination est sans borne, son blog est là pour en témoigner.
Pas question donc de conclure sur un adieu, tout en vous présentant mes devoirs, je vous dis donc : À bientôt.
M. de Paris

